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17 décembre 2009 4 17 /12 /décembre /2009 23:00
Le 16 décembre 2009, au lendemain de sa rencontre avec le ministre russe des Affaires étrangères, dernière étape de sa mission, Jack Lang, envoyé spécial du président de la République pour la Corée du Nord, était auditionné par la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale. Si Paris ne propose pas de normaliser les relations diplomatiques avec Pyongyang "dans la période immédiate", nombre des propositions et préoccupations exprimées par Jack Lang devant les députés rejoignent celles de l'Association d'amitié franco-coréenne. Dès le 17 décembre 2009, l'agence officielle KCNA a confirmé l'accord du gouvernement nord-coréen pour l'ouverture d'un bureau français d'action culturelle et de coopération à Pyongyang. 

France-RPDC-flotDevant la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, Jack Lang a annoncé que la France a proposé à la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) de créer à Pyongyang une "structure permanente de coopération humanitaire, culturelle, linguistique", sans toutefois établir de relations diplomatiques "dans la période immédiate".

La France, seul pays de l'Union européenne, à l'exception de l'Estonie, qui n'entretient pas de relations diplomatiques avec la RPDC, propose de se rapprocher de ce pays "par étapes (...), sans reconnaissance d'Etat dans la période immédiate", a déclaré Jack Lang.


L'envoyé spécial du président de République a expliqué que le contexte politique ne se prêtait pas à cette reconnaissance maintenant de l'Etat nord-coréen, tout en relevant que cette position était "contradictoire" avec la tradition française de reconnaître "des Etats et non des régimes".

"Le souhait formulé par la France est d'essayer d'ouvrir une page nouvelle" dans les relations entre les deux pays car "les lignes paraissent légèrement bouger" du côté des Nord-Coréens, a-t-il dit.

"Nous attendons la réponse de la Corée du Nord" à notre proposition d'ouvrir une structure dans la capitale nord-coréenne, a précisé Jack Lang qui a remis un rapport au président de la République Nicolas Sarkozy et au ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner.
Il a précisé que le nom de cette structure restait à définir avec les Nord-Coréens, alors que la République populaire démocratique de Corée est représentée en France, depuis vingt-cinq ans, par une délégation générale.

Avenue_Pyongyang.jpgSuite à cette annonce, l'agence officielle nord-coréenne KCNA a précisé, dès le 17 décembre, l'accord de la RPDC pour l'ouverture d'un bureau français d'action culturelle et de coopération à Pyongyang :

"La RPDC a donné son accord à l'ouverture par la France d'un bureau à Pyongyang, provenant de sa position pour le développement des relations avec la France (...) La France a informé la RPDC qu'elle souhaitait établir un bureau français d'action culturelle et de coopération à Pyongyang, comme une étape dans la première phase de la normalisation des relations entre les deux pays."

La France compte déjà en RPDC un lecteur de français. Une coopération agricole et dans d'autres domaines, notamment éducatif, existe aussi grâce aux trois organisations non gouvernementales (ONG) françaises présentes sur place, Triangle Génération Humanitaire, Première Urgence et Handicap International, dont l'action a été vantée par Jack Lang.

 
"Une aide beaucoup plus importante à ces organisations serait profitable sur tous les points", a-t-il estimé.

Dans le cadre de sa mission, Jack Lang s'est rendu du 9 au 13 novembre en Corée du Nord. Il s'est aussi rendu au Japon, en Corée du Sud, aux Etats-Unis, en Chine et en Russie, autres Etats parties aux pourparlers à six sur la question nucléaire.

Les responsables nord-coréens avec lesquels il s'est entretenu ont fait deux déclarations solennelles, a rappelé Jack Lang. La première déclaration assurait que la RPDC ne se livrait pas à des activités de prolifération avec transferts de matières fissiles et balistiques.
La seconde affirmait que la RPDC était prête à discuter de la question des droits de l'homme, ainsi que des droits sociaux. Le  ministère français des Affaires étrangères "prépare plusieurs choses" à ce sujet afin "de prendre au mot les Nord-Coréens", a indiqué Jack Lang.

Bien que la question nucléaire ne fût pas au coeur de la mission de Jack Lang, ce dernier s'est déclaré, à titre personnel, favorable à l'institution d'un "système de sécurité collective" en Asie du Nord-Est pour répondre aux inquiétudes de tous les acteurs de cette région du monde.

073-DSC0279.jpgSi l'Association d'amitié franco-coréenne regrette que l'établissement de relations diplomatiques complètes entre la France et la RPDC ne soit pas prévu dans l'immédiat, elle se félicite de la perspective d'un renforcement de la coopération humanitaire, culturelle et linguistique, comme elle l'a fait elle-même - notamment lors d'une soirée de solidarité dans les salons de Boffrand de la présidence du Sénat, ou par ses actions de coopération pour l'apprentissage du français (ici avec les étudiants du département de français de l'Université Kim Il-sung, en 2006). Pour la première fois, une représentation gouvernementale française en RPDC fera le pendant de celle de la RPDC qui existe à Paris depuis l'inauguration officielle, en 1972, d'un bureau commercial.

Dans ses échanges réguliers avec l'envoyé spécial du président de la République tout au long de sa mission, l'AAFC n'a cessé de plaider en ce sens ; elle a reçu le 18 novembre dernier une lettre de Jack Lang se félicitant de la convergence de nos analyses (voir ci-dessous), tandis qu'un de ses adhérents a été reçu, à titre professionnel, par l'envoyé spécial du chef de l'Etat.

Sources : AAFC, AFP, Assemblée nationale, KCNA


Regarder l'audition de Jack Lang par la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale



Courrier électronique adressé par l'AAFC à Jack Lang le 17 novembre 2009


Monsieur le Ministre,


L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a suivi attentivement votre mission en Corée du Nord et ses résultats.

En particulier, l'entretien que vous avez accordé le 15 novembre à RFI, TV5 et Le Monde a retenu toute notre attention.

Vos premières analyses de la situation en Corée et des relations franco-coréennes rejoignent nombre des appréciations et positions de l'AAFC, exposées notamment sur son site Internet, qu'il s'agisse :

- de la nécessité d'un véritable traité de paix dans la péninsule coréenne et de sa dénucléarisation TOTALE (voir http://amitiefrancecoree.over-blog.org/article-36912030.html
),

- de l'importance de soutenir l'action humanitaire des ONG françaises présentes sur place, face aux diverses difficultés qui touchent la population (voir http://amitiefrancecoree.over-blog.org/article-16496697.html
, http://amitiefrancecoree.over-blog.org/article-20785044.html et http://amitiefrancecoree.over-blog.org/article-20879115.html),

- de la place à accorder objectivement à la question des droits de l'homme (voir http://amitiefrancecoree.over-blog.org/article-33801898.html
).

L'AAFC accorde aussi une grande importance à la coopération éducative de la France avec la RPD de Corée, notamment en ce qui concerne l'apprentissage de la langue française (voir http://amitiefrancecoree.over-blog.org/article-25770750.html
, http://amitiefrancecoree.over-blog.org/article-32216463.html et http://amitiefrancecoree.over-blog.org/article-du-bellay-et-montaigne-en-coree-du-nord-39276181.html).

Si les analyses de notre association ont jusqu'ici rencontré peu d'écho auprès des autorités françaises, nous espérons que votre mission aura pour résultat d'établir enfin un véritable dialogue politique entre la France et la RPD de Corée sur tous ces sujets.

D'une manière générale, pour assurer la paix et la sécurité dans cette région du monde - qui doit être la priorité - la France devrait, selon nous, jouer un rôle actif et contribuer à la pleine mise en oeuvre des accords inter-coréens du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007, soutenus par l'Assemblée générale des Nations Unies.


Restant à votre disposition pour vous rencontrer ou vous apporter toute information que vous jugeriez utile, nous vous prions de croire, Monsieur le Ministre, en l'expression de notre haute considération.
 

André Aubry
président de l'Association d'amitié franco-coréenne
ancien sénateur-maire d'Antony

Patrick Kuentzmann
secrétaire général de l'Association d'amitié franco-coréenne

 


Réponse de Jack Lang à l'AAFC

J.-Lang---AAFC.jpg


A Paris, le 18 novembre 2009

 


Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire Général,

 

Je vous remercie pour votre lettre en date du 17 novembre.

 

Je me réjouis de constater que nos analyses convergent.

 

Nous devons intensifier nos efforts pour favoriser une solution de paix mais aussi pour obtenir un meilleur soutien public national et international aux actions menées sur place par les organisations non gouvernementales et les Nations Unies.

 

Je vous prie de croire, Monsieur le Président, Monsieur le Secrétaire Général, à mes meilleurs sentiments.

 

 

Jack Lang





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16 novembre 2009 1 16 /11 /novembre /2009 00:56
De retour à Paris après sa mission de cinq jours en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), Jack Lang a accordé, le dimanche 15 novembre, un entretien à Radio France Internationale, TV5 Monde et Le Monde.

Répondant aux questions de Bruno Daroux (RFI), Xavier Lambrechts (TV5 Monde) et Nathalie Nougayrède (Le Monde), l'envoyé spécial du Président Sarkozy pour la Corée du Nord aborde, entre autres points : la déclaration solennelle des Nord-Coréens qui lui ont affirmé ne pas procéder à la prolifération d'armes de destruction massive ; la perspective d'un règlement global de la question nucléaire nord-coréenne, de la paix et de la sécurité en Asie du Nord-Est, auquel la France pourrait contribuer ; le travail en Corée des ONG françaises qu'il conviendrait de soutenir davantage.

Si la seconde partie de cet entretien ne concerne la Corée du Nord qu'au début, ce que Jack Lang dit ensuite sur l'embargo imposé à Cuba peut très bien s'appliquer à la Corée.

Par ailleurs, Jack Lang évite de répondre aux questions des journalistes sur "la nature du régime nord-coréen", mettant en avant son rôle d'envoyé spécial, sans chercher à se poser en juge.


Ecouter l'interview accordée par Jack Lang à RFI, TV5 et Le Monde le 15 novembre 2009 :

Première partie

Seconde partie
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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 12:16

A l'issue de sa mission de cinq jours en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), Jack Lang, envoyé spécial du président de la République Nicolas Sarkozy, a fait état de "progrès positifs" sur plusieurs dossiers, y compris la question nucléaire. Jack Lang a indiqué qu'il rendrait compte de sa mission au président français et proposerait des initiatives, alors que la France est l'un des deux derniers pays de l'Union européenne à ne pas avoir établi de relations diplomatiques complètes avec la RPDC.

Si l'on se garde de toute annonce prématurée, tant du côté français que nord-coréen, il est clair que la visite de cinq jours en RPDC de Jack Lang, envoyé spécial du président de la République, du 9 au 13 novembre 2009, a permis l'engagement d'un dialogue politique entre Paris et Pyongyang. Jack Lang a rencontré M. Pak Ui-chun, ministre des Affaires étrangères, et M. Kim Yong-nam, président du praesidium de l'Assemblée populaire suprême, qui exerce les fonctions de chef de l'Etat. Au total, selon les propres termes de Jack Lang, ce dernier a eu "dix heures de rencontres cordiales, franches et chaleureuses" avec les responsables nord-coréens. Pour leur part, les autorités nord-coréens ont fait état d'échanges dans un climat de "respect mutuel". Selon l'envoyé spécial du quotidien Le Monde à Pyongyang, Philippe Pons, il s'agit d' "une formule qui n'est pas neutre pour un pays qui se sent ostracisé et demande le respect de sa souveraineté. M. Lang était la première personnalité politique française de haut niveau à se rendre à Pyongyang depuis la visite, en février 1981, de François Mitterrand, alors secrétaire du Parti socialiste et candidat à la présidence". 

Ce déplacement clôturait une série de visites de Jack Lang dans les Etats parties aux pourparlers à six sur la question nucléaire coréenne.

Dans un entretien donné à l'AFP en Chine, à son retour de Corée du Nord, Jack Lang a déclaré que "les plus hauts dirigeants nord-coréens ont annoncé que, dans un geste particulier envers la France, ils avaient accepté notre proposition d'un échange avec la France sur les droits de l'homme". Jack Lang a rappelé que, par le passé, un dialogue s'était engagé entre l'Union européenne et la Corée du Nord sur le même sujet, avant d'être rompu en 2003. Selon les sources dont disposent l'AAFC, les gouvernements de Jacques Chirac avaient appuyé des positions rigoureuses au sein des institutions européennes, ce qui n'avait pas été sans conséquences dans la rupture de ce dialogue entre l'UE et la RPD de Corée.

Ce geste des autorités nord-coréennes, qui ne s'adresse qu'à Paris, est d'autant plus significatif que, parmi les trois conditions posées par la France à l'établissement de relations diplomatiques complètes avec la RPDC (la question nucléaire, les relations intercoréennes et les droits de l'homme), seuls les droits de l'homme ont justifié de manière constante que notre pays soit l'un des deux Etats membres de l'Union européenne (avec l'Estonie) à ne pas avoir franchi le cap de la reconnaissance diplomatique, cette question étant au coeur de la mission confiée à Jack Lang. Par ailleurs, les droits de l'homme sont un des arguments utilisés, tant au Japon que dans les milieux conservateurs américains et sud-coréens, pour appeler la France à la prudence dans l'établissement de relations diplomatiques complètes avec Pyongyang. Sans ignorer les objectifs diplomatiques de Washington, Séoul ou Tokyo, la diplomatie française doit cependant d'abord défendre nos intérêts propres. 

L'ancien ministre socialiste a fait état de discussions sur de nombreux sujets, de la coopération à des questions plus controversées, comme le nucléaire, en observant que la France pourrait "jouer un certain rôle" pour relancer les pourparlers. Ayant pu visiter de nombreuses régions en Corée du Nord, l'envoyé spécial du Président français a déclaré que "la situation sociale dans certaines régions était très difficile... particulièrement en ce qui concerne la santé et l'alimentation". 

Jack Lang a indiqué qu'il rendrait compte à Nicolas Sarkozy de sa mission la semaine prochaine et proposerait quelques initiatives. Il s'est déclaré "prêt à revenir en Corée du Nord à tout moment, s'il en décide ainsi".

Sources : AAFC,
AFP, Le Monde. Photo : KCNA

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 08:54

Comme annoncé précédemment, Jack Lang, envoyé spécial du président de la République Nicolas Sarkozy pour la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), est arrivé ce lundi 9 novembre à Pyongyang, dans le cadre d'une mission d'information de cinq jours pour explorer, notamment, la possibilité de l'établissement de relations diplomatiques complètes entre la France et la République populaire démocratique de Corée, alors que notre pays est l'un des deux derniers Etats de l'Union européenne - avec l'Estonie - à ne pas avoir encore franchi ce cap dans ses relations avec la RPDC.

Après avoir effectué une mission similaire sur Cuba pour le président de la République, l'ancien ministre socialiste Jack Lang, député du Pas-de-Calais et ancien président de la commission des Affaires étrangères de l'Assemblée nationale, poursuit avec diligence sa nouvelle mission d'envoyé spécial du chef de l'Etat sur la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) : arrivé le 9 novembre à Pyongyang dans le cadre d'une mission d'information de cinq jours, il a rencontré, ce 10 novembre, M. Pak Ui-chun, ministre des Affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée, avant d'autres rencontres avec les dirigeants nord-coréens. La semaine dernière, une visite en France du directeur pour l'Europe du ministère nord-coréen des Affaires étrangères avait préparé cette visite à Pyongyang, suivant l'usage diplomatique.

Selon les termes du communiqué de l'Elysée en date du 1er octobre 2009 qui a nommé officiellement M. Jack Lang envoyé spécial, sa mission recouvre plusieurs aspects : "M. Lang a été invité à présenter au Chef de l'Etat et au ministre des Affaires étrangères et européennes à l'issue de cette mission, les initiatives que la France pourrait utilement entreprendre pour contribuer au règlement de la crise nord-coréenne, ainsi qu'une analyse sur les circonstances qui pourraient conduire la France à envisager l'établissement de relations diplomatiques avec la République Populaire Démocratique de Corée en tenant compte de la nécessité de progrès sur la question nucléaire, les relations intercoréennes et la situation humanitaire et des droits de l'Homme." Dans ce cadre, un rôle plus actif de la France sur le dossier nucléaire, entre autres, suppose préalablement l'ouverture de canaux de dialogue actifs, alors que notre pays, absent des pourparlers à six sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne, est le seul des grands Etats de l'Union européenne à ne pas avoir encore établi de relations diplomatiques complètes avec la RPDC.

Jack Lang  a déjà rencontré des représentants au plus haut niveau d'autres Etats impliqués dans les pourparlers à six, dont le président sud-coréen Lee Myung-bak, et à Pékin, d'où il venait avant d'arriver à Pyongyang, le Conseiller d'Etat chargé des affaires diplomatiques M. Dai Bingguo, ainsi évidemment que des responsables américains du dossier nord-coréen.

Sans anticiper sur l'issue de sa mission, Jack Lang avait déclaré la semaine dernière : "nous allons à Pyongyang avec la volonté d'engager un dialogue (...) aussi large possible (...) avec les hauts dirigeants" nord-coréens, dans le cadre d'une mission "ponctuelle, précise" devant permettre de collecter "des renseignements, des impressions", étant entendu par ailleurs, toujours selon M. Lang, que la France, membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, "peut jouer un certain rôle".

Ayant naturellement pris contact avec les collaborateurs de M. Jack Lang dont elle suit attentivement la mission, l'AAFC a plaidé de manière constante pour l'établissement de relations diplomatiques complètes entre la France et la République populaire démocratique de Corée, en estimant que le développement des échanges dans tous les domaines est le meilleur gage d'une pleine insertion de la RPDC sur la scène internationale, pour parvenir à une paix durable dans cette partie du monde. Selon l'AAFC, l'apprentissage du français en RPDC (en fort recul par rapport aux années 1970), le développement de projets de coopération économiques ou encore la fourniture de céréales - alors que
la situation alimentaire apparaît critique - sont quelques-uns des domaines possibles d'approfondissement de nos échanges bilatéraux.

La mission de Jack Lang intervient à un moment opportun, à la veille de la reprise attendue des pourparlers bilatéraux entre la Corée du Nord et les Etats-Unis : l'envoyé spécial américain pour la RPDC, M. Stephen Bosworth, pourrait se rendre prochainement à Pyongyang. Pour l'AAFC, sur des questions qui engagent l'avenir de la péninsule coréenne, l'initiative diplomatique de la France doit être saluée, au-delà des clivages partisans.

Sources : AAFC,
Le Nouvel Observateur. Photo : KCNA

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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 22:30

Au moment où Jack Lang a été chargé de mission par le président de la République comme envoyé spécial pour envisager, notamment, l'établissement de relations diplomatiques complètes entre la France et la République populaire démocratique de Corée (RPDC), il est intéressant de rappeler que, 28 ans plus tôt, François Mitterrand visitait Pyongyang comme candidat du Parti socialiste à l'élection présidentielle. Mais sa promesse que la France reconnaisse la RPDC n'avait alors pas été honorée, du fait notamment des pressions du gouvernement sud-coréen sur les entreprises françaises investissant au Sud de la péninsule.

Jack Lang, dont le déplacement en République populaire démocratique de Corée comme envoyé spécial du président de la République, Nicolas Sarkozy, pour la Corée du Nord est attendu aux alentours du 10 novembre, va-t-il conduire à honorer la promesse faite par l'ancien président de la République François Mitterrand, en février 1981, d'établir des relations diplomatiques complètes avec la République populaire démocratique de Corée ? 

Lors de son déplacement de deux jours en RPD de Corée en février 1981, dans le cadre d'un voyage en Extrême-Orient qui l'avait également conduit en Chine, François Mitterrand cherchait alors à renforcer à l'international sa stature de candidat du Parti socialiste à l'élection présidentielle, qu'il devait remporter deux mois plus tard, non sans chasser sur des terres réputées plus favorables au candidat communiste Georges Marchais. Accompagné de Lionel Jospin et Gaston Defferre, alors respectivement Premier secrétaire du Parti socialiste et président du groupe socialiste de l'Assemblée nationale, il avait rencontré le Président Kim Il-sung, qu'il avait décrit, selon le quotidien Le Monde, comme un homme "ayant beaucoup de bon sens, beaucoup de réalisme". Sensible à la politique d'indépendance de Pyongyang vis-à-vis des grandes puissances, François Mitterrand aurait, toujours selon le quotidien du soir, "retiré de cette rencontre l'impression qu'il y a entre Pékin et Pyongyang un rapprochement évident sans qu'il y a ait rupture avec l'URSS de la part de la Corée du Nord".

La visite en RPD de Corée du futur président de la République pourrait être comparée, toutes choses égales par ailleurs, à celle qui serait rendue aujourd'hui, par exemple, au président vénézuelien Hugo Chavez : si le Président Kim Il-sung concentrait lui aussi les critiques de certains milieux anticommunistes, il bénéficiait également d'une image valorisée non seulement par la résistance de la Corée du Nord aux Etats-Unis, mais aussi par le refus de tout alignement sur l'URSS : la Corée du Nord n'a jamais été membre du Conseil d'assistance économique mutuelle (CAEM), et les troupes soviétiques ont quitté le territoire coréen dès 1948. En outre, le rapide développement économique et social des années 1960 et 1970 faisait apparaître la Corée du Nord comme un pays ayant suivi avec succès une voie socialiste de développement.

Kim Il Sung Mitterrand fevrier 1981Entrevue entre François Mitterrand et Kim Il-sung, février 1981 (source : Naenara)


Selon le dirigeant socialiste Claude Estier, lors de son déplacement à François Mitterrand se serait vu prédire sa future élection, et le Président Kim Il-sung fut d'ailleurs l'un des premiers à le féliciter de son élection :

"Il nous a reçus pendant trois heures, vantant les mérites de son pays et témoignant d’une assez bonne connaissance de la situation politique en France. En nous quittant et après nous avoir fait remettre à chacun une petite caisse contenant ses oeuvres complètes, il a dit à François Mitterrand : 'Je suis heureux d’avoir reçu aujourd’hui le futur président de la République française.'

"Nous sommes peu à savoir que, le 10 mai, l’un des premiers télégrammes de félicitations parvenus à Paris était celui de Kim Il-sung !"

François Mitterrand pourra ensuite observer qu'il sera le seul dirigeant occidental en exercice à avoir visité la Corée du Nord, et à avoir rencontré le Président Kim Il-sung.

La promesse qu'il avait alors faite d'établir des relations diplomatiques complètes avec Pyongyang ne fut toutefois pas honorée. Alors que des relations économiques entre nos deux pays s'étaient nouées dès les années 1972-1973, avec l'inauguration officielle du bureau commercial de la RPDC en France et l'ouverture d'un bureau du Conseil national du patronat français en RPDC, ce sont à nouveau des arguments économiques qui semblent avoir pesé, cette fois, dans le sens d'une absence de reconnaissance diplomatique : les pressions de la Corée du Sud sur la perte potentielle de plusieurs marchés (notamment de deux centrales nucléaires) semblent avoir joué un rôle décisif. Les démarches ultérieures du prince Norodom Sihanouk, qui avait vécu à Pyongyang, pour l'amélioration des relations franco - nord-coréennes n'avaient ensuite pas suffi pour que soit franchi le cap de la reconnaissance diplomatique. Toutefois, le bureau commercial de la RPDC en France avait été élevé dès 1984 au statut de délégation générale, tandis qu'était renforcée la représentation diplomatique de la RPDC auprès de l'UNESCO, basée à Paris.

Aujourd'hui, il est fréquent qu'on rappelle aux délégations françaises en déplacement en RPDC le voyage de François Mitterrand, en février 1981. Si la mission de Jack Lang devait conduire à l'établissement de relations diplomatiques entre nos deux pays, peut-être les guides nord-coréens feraient-ils alors observer que, 28 ans après, l'ancien ministre socialiste aurait finalement honoré la promesse de celui dont il a été plusieurs fois ministre. Et que la parole présidentielle du candidat François Mitterrand aurait été mise en oeuvre par le président de la République Nicolas Sarkozy.

Sources :
Claude Estier, Le voyage en Chine de février 1981, sur le site de l'Institut François Mitterrand, 3 décembre 2007
Philippe Pons, in Le Monde, édition des dimache 15-lundi 16 février 1981, et du 17 février 1981. Cité sur Wikipédia

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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 23:49

Un communiqué de l'Elysée, en date du 1er octobre 2009, l'a annoncé officiellement : "le Président de la République a chargé M. Jack Lang d’entreprendre une mission d'information sur la Corée du Nord en qualité d'Envoyé spécial". L'AAFC se félicite de cette nomination qui devrait permettre d'envisager, notamment, l'établissement de relations diplomatiques entre la France et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Notre pays est l'un des deux derniers Etats de l'Union européenne - avec l'Estonie - à ne pas avoir encore établi de relations diplomatiques complètes avec Pyongyang, après avoir été pourtant l'un des plus ouverts au dialogue avec la Corée du Nord au sein du bloc occidental. C'était il y a plus de 20 ans...

En février dernier, le magazine Challenges avait annoncé que l'Elysée envisageait de confier à l'ancien ministre socialiste Jack Lang une mission en direction de différents pays, dont l'Iran, la Corée du Nord et Cuba. De fait, après avoir été chargé de mission en début d'année "pour explorer avec les autorités cubaines les modalités d'une reprise du dialogue politique et de la coopération", Jack Lang vient de se voir confier, par le Président de la République Nicolas Sarkozy, une mission d'information sur la Corée du Nord, en qualité d'envoyé spécial.

Selon le communiqué de l'Elysée en date du 1er octobre 2009, "M. Lang a été invité à présenter au Chef de l'Etat et au ministre des Affaires étrangères et européennes à l'issue de cette mission, les initiatives que la France pourrait utilement entreprendre pour contribuer au règlement de la crise nord-coréenne, ainsi qu'une analyse sur les circonstances qui pourraient conduire la France à envisager l'établissement de relations diplomatiques avec la République Populaire Démocratique de Corée en tenant compte de la nécessité de progrès sur la question nucléaire, les relations intercoréennes et la situation humanitaire et des droits de l'Homme."

Alors que l'absence de relations diplomatiques entre la France et la République populaire démocratique de Corée ne facilite pas, pour l'heure, le rôle que pourrait jouer Paris dans les pourparlers sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne (
dont est aujourd'hui absente l'Union européenne), les trois critères cités pour l'établissement de relations diplomatiques complètes entre Paris et Pyongyang - le nucléaire, les relations intercoréennes et les droits de l'homme - sont ceux qui, invariablement, ont justifié le maintien du statu quo, notamment dans les réponses à l'AAFC du ministère français des Affaires étrangères et européennes. Notre dernière lettre en date du 17 mars 2009, posant à nouveau la question des relations diplomatiques entre la France et la RPDC, n'a pas reçu de réponse.

La situation actuelle autorise cependant un plus grand optimisme. D'une part, Jack Lang avait indiqué au magazine Challenges, en février dernier, être favorable, "sur un plan personnel", à l'ouverture de relations diplomatiques avec Pyongyang et, selon le magazine financier, son point de vue ne serait "pas très éloigné de celui de l'Elysée". De fait, rien n'interdit de penser que l'Elysée ait, sur le sujet, une approche plus ouverte que le ministère des Affaires étrangères et européennes. L'AAFC se tient ainsi à l'entière disposition du nouvel envoyé spécial de l'Elysée pour présenter ses positions sur ce dossier.

Depuis février, Jack Lang a manifesté en d'autres occasions son intérêt pour la péninsule coréenne plus généralement, notamment le 16 juillet 2009 dans un discours remarqué, à Séoul, en ouverture des travaux de révision de la constitution sud-coréenne. Il s'est alors prononcé pour la restitution par la France des archives royales coréennes pillées en 1866. Le député du Pas-de-Calais s'était ainsi démarqué, une première fois, des positions officielles du ministère français des Affaires et étrangères sur la Corée.


D'autre part, le contexte international a évolué. Pyongyang a multiplié les geste d'ouverture depuis la visite de Bill Clinton à Pyongyang en août 2009. Enfin, de la même façon que les Etats-Unis et le Japon - qui n'ont pas encore établi de relations diplomatiques complètes avec Pyongyang - ont nommé des représentants pour la Corée du Nord, il était attendu que la France désigne également un envoyé spécial, au risque sinon d'être marginalisée dans cette partie du monde. Depuis début août, l'ambassade de France à Séoul - également en charge des dossiers relatifs au Nord de la péninsule - a d'ailleurs renforcé sa chancellerie diplomatique, en affectant un nouveau conseiller spécialement sur les questions concernant la Corée du Nord.

Enfin, d'autres voix que celle de l'AAFC sont favorables à l'établissement de relations diplomatiques complètes entre la France et la République populaire démocratique de Corée. Dans une tribune publiée dans le quotidien Libération le 16 juillet 2008,
Barthélémy Courmont, chercheur au Centre d'études transatlantiques, a pris position pour "une ambassade de France à Pyongyang". Le Sénat s'est également prononcé en faveur de l'établissement de relations diplomatiques complètes, notamment dans un rapport d'information publié la veille de la nomination de Jack Lang.


Sources : AAFC, Le Monde
site de la présidence de la République française.

Photo : AFP

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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 12:14

Jusqu'au début des années 1990, la France a été, parmi les pays occidentaux, l'un des plus ouverts au dialogue et aux échanges avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), et le chef de la représentation diplomatique à Paris occupait alors un poste élevé dans la diplomatie nord-coréenne : l'actuel chef d'Etat nord-coréen, le président de l'Assemblée populaire suprême M. Kim Yong-nam, a ainsi été le représentant de la RPDC auprès de la République française  à Paris. Dans ce contexte, les années 1972-1973 ont marqué, en quelque sorte, une lune de miel dans les relations franco - nord-coréennes, avec la présence d'ingénieurs français à Wonsan qui semblaient annonciatrices d'un essor des échanges commerciaux, ainsi que la visite en RPD de Corée d'une délégation de l'Assemblée nationale française.

Dans son ouvrage Juche and North Korea's global aspirations, récemment publié en septembre 2009, Charles K. Armstrong, l'un des meilleurs spécialistes actuels de la diplomatie nord-coréenne, a analysé le rôle particulier joué par la France dans l'offensive diplomatique nord-coréenne des années 1970 pour diversifier ses relations internationales. Cet auteur s'est basé notamment sur des archives de la période de la guerre froide aujourd'hui déclassifiées. Outre un renforcement des
liens avec le Tiers-Monde, les pays occidentaux n'ont pas été négligés : forte d'une diplomatie d'indépendance vis-à-vis des Etats-Unis dont les principes avaient été définis par le général de Gaulle, la France apparaît, en 1972-1973, comme un important partenaire économique et politique de la République populaire démocratique de Corée.

Les liens avec la France ont été d'abord de nature économique : alors que la diplomatie parlementaire est un des
canaux privilégiés de discussion avec les pays n'ayant pas de relations diplomatiques complètes avec la France, une délégation de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale a été invitée en République populaire démocratique de Corée en novembre 1972, pour discuter l'ouverture de missions commerciales dans les deux pays. L'inauguration officielle du bureau commercial de la République populaire démocratique de Corée en France a eu lieu à la fin de l'année 1972.

Des contacts préalables avec les entreprises françaises avaient préparé ces avancées politiques. Comme l'observe Charles K. Armstrong, en Europe occidentale, la France semblait appeler, en 1972-1973, à jouer en Corée du Nord un rôle économique comparable à celui de la République démocratique allemande. Selon des informations provenant des archives de l'ambassade est-allemande à Pyongyang, un accord conclu en 1972 prévoyait la contruction à Hamhung, pour une valeur de 400 millions de francs, d'une usine chimique de polyéthylène, dont la production annuelle devait atteindre 30.000 tonnes. Alors que les discussions avaient déjà porté sur les conditions de travail et d'accueil de 200 techniciens français et de leurs familles, ce projet ne semble toutefois pas avoir été mis en oeuvre.

Toujours selon les archives est-allemandes, un rapport soviétique du début de l'année 1973 mentionne la présence de 180 spécialistes français non plus à Hamhung, mais à Wonsan, sans préciser toutefois l'objet de leur présence en Corée du Nord, ni la durée de leur séjour.

Apparemment inédites, les informations de Charles K. Armstrong posent toutefois autant de questions qu'elles n'apportent de réponses sur les relations franco - nord-coréennes. L'auteur de cet article a eu la confirmation de rencontres avec le Conseil national du patronat français (CNPF) et les diplomates nord-coréens en poste à Paris, dans les années 1970 : conduits essentiellement avec le secteur privé, les échanges n'ont donc été ni isolés, ni limités à la seule période (1972-1973) que mentionne Charles K. Armstrong. 

Nous avons également eu confirmation de l'absence de documents sur ce sujet dans les archives du groupe d'étude à vocation internationale de l'Assemblée nationale sur les questions de la République populaire démocratique de Corée, et pour cause : le déplacement d'une délégation de députés en 1972 relevait de la commission des affaires étrangères, dont il serait intéressant de savoir si elle a conservé des comptes rendus. Enfin, des témoignages de députés ou de fonctionnaires parlementaires ayant participé au déplacement de 1972, de responsables français du CNPF ayant été en relation avec la Corée du Nord ou encore des techniciens français qui ont été présents à Wonsan permettraient d'éclairer cette phase encore méconnue des relations franco - nord-coréennes. 
 
Sources : AAFC et Charles K. Armstrong, Juche and North Korea's global aspirations, Woodrow Wilson International Center for Scholars, septembre 2009, pp. 9-10.

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16 juillet 2009 4 16 /07 /juillet /2009 23:35

Le jeudi 16 juillet 2009, Jack Lang a prononcé, à Séoul, le discours inaugural des travaux de révision de la Constitution sud-coréenne. Si l'ancien ministre socialiste s'est prononcé, à titre personnel, pour la restitution des archives royales coréennes pillées en 1866, une question moins médiatisée est lourde de conséquences pour le futur politique de la Corée : l'influence que pourrait avoir la Constitution française de la Cinquième République sur les travaux de révision constitutionnelle à Séoul.

Depuis moins d'un an, les parlementaires et les professeurs de droit sud-coréens, de même que les collaborateurs des députés du pays du Matin calme, ont multiplié les visites en France, à l'Assemblée nationale et plus occasionnellement au Sénat. D'où provient cet intérêt pour la pratique parlementaire française ? Après le bras-de-fer au Parlement sud-coréen entre la majorité et l'opposition, qui a culminé lors des vacances de Noël 2008-2009, le parlementarisme rationalisé de la Cinquième République française semble perçu comme un possible modèle pour le gouvernement conservateur de Lee Myung-bak, afin d'accélérer le rythme de réformes souvent impopulaires.

Dans ce contexte, le choix de Jack Lang pour prononcer, à Séoul, le discours inaugural des travaux de la révision de la Constitution sud-coréenne, n'était pas fortuit, d'autant plus que l'un des artisans de la révision de la Constitution française de juillet 2008 se serait déclaré ouvert, selon le Bulletin quotidien, à apporter sa contribution aux travaux des constitutionalistes coréens. Jack Lang, qui affirme avoir été contacté par les autorités de Séoul, sera reçu par le Premier ministre
Han Seung-soo, qui n'a malheureusement rencontré qu'un nombre restreint de parlementaires lors de sa récente visite en France

Mais le modèle français est-il celui à suivre par les Sud-Coréens ? De fait, les pratiques du parlementarisme rationalisé de la Cinquième République française, comme la possiblité du vote bloqué, la limitation du nombre de commissions parlementaires ou l'encadrement du droit d'amendement, pourraient être autant de reculs à l'exercice des libertés parlementaires en Corée du Sud.

Par ailleurs, un an après la révision constitutionnelle de 2008 en France, les députés comme les sénateurs prennent conscience que la réforme a accéléré la présidentialisation des institutions : si le texte voté en séance est désormais celui de la commission, la contrepartie est la présence du gouvernement aux travaux des commissions, mettant à mal le principe de séparation des pouvoirs. Si le gouvernement maîtrise plus, en théorie du moins, la quasi-totalité de l'ordre du jour des travaux parlementaires, la pratique avérée depuis l'élection de Nicolas Sarkozy est l'arbitrage beaucoup plus systématique de l'Elysée sur les amendements parlementaires, réduisant d'autant la marge de manoeuvre des députés et des sénateurs.

Dans un tel contexte, la vigilance s'impose quant au contenu et à la portée de la révision constitutionnelle qui se prépare à Séoul, dans un silence médiatique qui ne manque pas de surprendre. En tout état de cause, il est souhaitable d'y associer pleinement l'opposition si le président Lee Myung-bak souhaite que ce processus soit couronné de succès.

Sources : AAFC, Le Point
Le Figaro

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27 juin 2009 6 27 /06 /juin /2009 23:26

Les 24 et 25 juin 2009, le Premier ministre sud-coréen, M. Han Seung-soo, a présidé, à Paris, la réunion annuelle de l'OCDE. Dans ce cadre, il a rencontré son homologue français, M. François Fillon, lors d'un entretien de travail. L'AAFC revient sur ce déplacement de M. Han Seung-soo à Paris, marqué par des manifestations de syndicalistes coréens de la KCTU.

Après l'élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République française, en mai 2007, Lee Myung-bak, qui n'était alors qu'un candidat du Grand parti national (GPN, conservateur) à l'élection présidentielle sud-coréenne, avait félicité le nouveau chef de l'Etat français, en soulignant les points communs entre lui et l'ancien maire de Neuilly. De fait, les deux hommes partagent les mêmes convictions économiques libérales, une volonté commune de resserrer les liens entre leur pays et les Etats-Unis, et un style de gouvernement : le volontarisme de M. Nicolas Sarkozy fait directement écho à celui du "bulldozer", comme l'a surnommé la presse sud-coréenne. Et l'un et l'autre rencontrent les mêmes oppositions : aux importantes manifestations syndicales en France répondent les manifestations contre la reprise des importations de boeuf américain en Corée du Sud, sans précédent dans le pays depuis la chute du régime militaire, tandis que les protestations contre l'arrestation de l'internaute Minerve à Séoul ne manquent pas d'évoquer les résistances en France à la loi Hadopi (Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet).   

Le 24 juin 2009, s'est tenu un entretien de travail entre le Premier ministre sud-coréen, M. Han Seung-soo, et son homologue français, M. François Fillon [photo : Benoît Granier, Matignon]. Cette rencontre est intervenue en marge de la réunion annuelle de l'OCDE à Paris, les 24 et 25 juin, que présidait M. Han Seung-soo.

Les thèmes évoqués lors de cet entretien, selon le compte rendu laconique figurant sur le site du Premier ministre français, retracent l'essentiel des questions de coopération bilatérale :

- le réchauffement climatique : la Corée du Sud, dixième émetteur mondial de gaz à effet de serre, n'est pas engagée par le protocole de Kyoto, en tant qu'économie de développement ; dans ce cadre, l'objectif affiché par Séoul de
maintenir les émissions de dioxyde de carbone au même niveau entre 2007 et 2012 est jugé insuffisant par les écologistes ;

- la crise économique mondiale et les moyens de la relance : alors que la Corée du Sud doit présider le G20 dans six mois, elle n'a toutefois montré qu'un intérêt limité pour les projets, élaborés notamment par la France, de refonte du système monétaire international ;

- les transports et l'armement : la Corée du Sud a acheté des avions Airbus en 2008 ; le programme d'hélicoptères KHP, fruit d'un partenariat entre Eurocopter et les Industries aérospatiales coréennes (acronyme anglais : Korea Aerospace Industries), pourrait à présent donner lieu au développement d'un hélicoptère d'attaque ;

- la santé et la technologie : un Institut Pasteur en Corée, ouvert en 2004, s'est également installé à Pangyo, dans la province du Gyeonggi-do, en mai 2009, tandis qu'ont été constitués des centres conjoints de recherche en nanophotonique (2006) et en physique des particules (avril 2007).

Même si elle n'a pas vocation à l'exhaustivité, la brève liste des thèmes abordés lors de la rencontre entre les deux Premiers ministres comporte quelques lacunes notables : il n'est fait mention ni des discussions toujours en cours sur
l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et la Corée du Sud, ni d'une éventuelle participation française à l'exposition internationale de Yeosu, en 2012, qui aura pour thème les cotes et les océans vivants, et encore moins de la restitution à la Corée des archives royales pillées en 1866.

On relèvera également que les sujets de politique internationale n'ont pas été mis en avant : le gouvernement français avait pourtant
salué l'initiative de Séoul de rejoindre l'Initiative de sécurité pour la prolifération (PSI). Pour sa part, l'AAFC déplore cette position de la France, conforme à sa ligne de fermeture envers Pyongyang, comme contre-productive en vue d'atteindre l'objectif d'une paix durable dans la péninsule coréenne. 

De fait, l'alignement de la France sur l'axe Washington-Séoul vis-à-vis de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) n'a, jusqu'ici, pas produit de résultats probants pour obtenir l'appui de Séoul sur d'autres dossiers, tels que la réorganisation du système financier international ou la lutte contre le réchauffement climatique, malgré le relatif succès des échanges économiques bilatéraux : si les échanges commerciaux bilatéraux ont atteint 7 milliards d'euros en 2008, les
investissements sud-coréens en France (195 millions d'euros, suite notamment à la fermeture de trois usines Daewoo en Lorraine, qui employaient 1.300 salariés, en 2002-2003) ne sont pas à la hauteur des investissements de 160 entreprises françaises en Corée du Sud, plaçant notre pays au quatrième rang des investisseurs étrangers dans le sud de la péninsule. 

Dans la presse, tant sud-coréenne que française, la rencontre entre les Premiers ministres a été totalement occultée par celle qui avait eu lieu à Washington, une semaine plus tôt, le 16 juin 2009, entre les présidents Lee Myung-bak et Barak Obama. Lors de cette rencontre, Washington a réaffirmé que Séoul bénéficiait du "parapluie nucléaire" américain. Cette annonce avait suscité de vives réactions de Pyongyang, dénonçant la volonté américaine d'attiser les risques de tension jusqu'à la menace d'une guerre nucléaire. La différence de traitement médiatique tient non seulement au niveau de la rencontre, mais aussi à la place mineure qu'occupe la France dans les relations économiques et politiques de Séoul, et à l'absence d'annonces concrètes. La diplomatie française semble avoir négligé le poids grandissant de la Corée sur la scène internationale, en ayant privilégié dans ses relations avec Séoul les questions de lutte contre la prolifération. Sur ces sujets, la France ne peut cependant jouer, aux yeux de l'actuel gouvernement conservateur sud-coréen, qu'un rôle mineur par rapport à l'allié américain.

 

Le déplacement de M. Han Seung-soo à Paris est intervenu dans un contexte d'impopularité persistante du président Lee Myung-bak : après l'émotion suscitée par le suicide de l'ancien Président Roh Moo-hyun, qu'une majorité de Sud-Coréens attribuent à un acharnement judiciaire de l'exécutif, les enquêtes d'opinion indiquent que, en cas d'élections législatives, l'opposition du Parti démocratique serait majoritaire. La communion de MM. Han Seung-soo et François Fillon autour des sacro-saints principes du marché suscite les mêmes oppositions, à Séoul et à Paris. Une délégation de syndicalistes sud-coréens de la KCTU, dont plusieurs venus de Corée, a ainsi réussi à s'introduire dans la salle de réunion de l'OCDE, lors de l'ouverture de ses travaux, et à déployer des banderoles "Honte sur vous", à l'attention du Premier ministre sud-coréen. Les militants sud-coréens ont également initié plusieurs manifestations, pour protester contre la précarisation de l'emploi qu'entraînent les réformes libérales du Président Lee Myung-bak.

Militants sud-coréens expulsés de l'OCDE le 23 juin 2009 (photo : redian.org)

 


Sources : AAFC,
site français du Premier ministre, site du ministère français des Affaires étrangères et européennes

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3 juin 2009 3 03 /06 /juin /2009 20:24

"Que faire avec la Corée du Nord ?" Alors que cette question revient de manière lancinante parmi les journalistes et les commentateurs au lendemain de l'essai nucléaire nord-coréen du 25 mai 2009, la coopération éducative entre la France et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) - bien que modeste - montre les résultats obtenus dans le cadre d'une politique d'engagement, fondée sur le dialogue, alors que la France est l'un des deux pays de l'Union européenne à ne pas avoir établi de relations diplomatiques complètes avec la RPDC. L'AAFC plaide pour le développement des relations bilatérales dans le domaine de l'éducation et de la formation, dans l'intérêt mutuel de la France et de la Corée.

Un ensemble d'actions de coopération qui restent cependant modestes

Bien que modestes (le budget annuel de coopération de la France avec la Corée du Nord s'élève à 60.000 euros), les actions de coopération franco-nord-coréennes en matière d'éducation et de formation se sont développées dans plusieurs domaines, après la
déclaration du 15 juin 2000 et l'engagement, par les présidents sud-coréens démocrates Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun, d'une politique nouvelle d'ouverture au Nord. Si la formation d'architectes n'est pas propre à la France (des actions similaires ont été menées en Allemagne, en Autriche et en Italie), l'accueil régulier de diplomates à l'Institut d'études politiques de Paris est plus spécifique à notre pays. En effet, ces formations courtes ont peu d'équivalent en Europe, à l'exception notable de la Suisse.

D'autres formations, ciblées, ont été retenues par l'Allemagne et l'Italie, qui a accueilli des étudiants en musique. Des professeur allemands participent au projet d'Université de sciences et de technologie de Pyongyang (Pyongyang University of Science and Technology, PUST), qui doit ouvrir prochainement, avec le soutien de groupes et de personnalités étrangères (notamment chinoises et américaines). Des programmes longs - pluriannuels - dans les domaines scientifique et technologique, aujourd'hui également privilégiés par la France dans ses actions de coopération éducative, correspondent à un choix cohérent de formation de techniciens pour la RPDC. En effet, la Corée du Nord a également formé des étudiants en informatique à New Delhi, en Inde, et a lancé un autre programme de formation d'informaticiens avec Singapour, alors que la Chine reste - de très loin - la première destination d'accueil des étudiants nord-coréens à l'étranger, au nombre de plusieurs milliers dans ce pays. Réciproquement, des étudiants chinois - notamment de la minorité coréenne chinoise - ont été formés dans les principales universités nord-coréennes, comme l'Université Kim Il-sung et l'Université Kimchaek.

D'autres programmes courts de formation sont conduits à l'initiative des universités (par exemple, des professeurs de français, en novembre-décembre 2008, au
Centre universitaire d'études françaises de Grenoble).

Un lecteur de français est en poste à Pyongyang, à l'Université des langues étrangères et à l'Université Kim Il-sung, depuis plus de trois ans, avec une vacance de poste de près d'un an. Il dispose d'une petite dotation en matériel pédagogique, affectée en 2008 à du matériel informatique, sur la demande des Nord-Coréens.

Par ailleurs, le Secours populaire français a formé des médecins nord-coréens.

Un vecteur d'influence pour la France

La France est, avec l'Estonie, l'un des deux pays de l'Union européenne à ne pas avoir établi de relations diplomatiques complètes avec la République populaire démocratique de Corée, et notre action humanitaire reste des plus modestes (une aide aux victimes des inondations de l'automne 2007 n'a été versée qu'en 2008, et son montant a été très inférieur à celui de la plupart des autres pays occidentaux).

Dans ce contexte, la coopération en matière d'éducation et de formation est l'un des rares vecteurs de l'influence française en Corée du Nord où l'apprentissage du français a fortement reculé après avoir été, naguère, l'une des principales langues étrangères enseignées. La faiblesse des échanges commerciaux - par comparaison avec nos principaux partenaires européennes, comme l'Allemagne, l'Italie et le Royaume-Uni - tend également à un effacement de la présence française en Extrême-Orient, l'une des régions les plus dynamiques au monde.

La coopération éducative et de formation participe d'une meilleure compréhension réciproque entre Français et Nord-Coréens. Elle a été encouragée par les autres grandes puissances mondiales afin d'encourager la pleine insertion de la RPDC sur la scène internationale, à la faveur du rapprochement intercoréen auguré par le président sud-coréen Kim Dae-jung. Elle permet aussi de former les futures élites nord-coréennes, choisies parmi les meilleurs étudiants dans l'ensemble de la population nord-coréenne. Le programme "Personnalités d'avenir" du ministère des Affaires étrangères et européennes correspond, de manière similaire, à une action ciblée de la France en direction des futures élites des pays étrangers.

Il serait logique - et souhaitable - que la France poursuive et approfondisse sa coopération en ce domaine, y compris en envisageant la création sinon d'une Alliance française (celle-ci prenant nécessairement la forme d'une association de droit local, complexe à créer en Corée du Nord), du moins d'un Institut français à Pyongyang.

Le soutien de l'AAFC à ces actions de coopération

La coopération éducative constitue l'un des axes majeurs d'action de l'AAFC, qu'il s'agisse du
parrainage de l'école n° 1 de Moranbong ou d'actions plus ponctuelles de fourniture de matériel scolaire, menées en coopération avec le lecteur français à Pyongyang.

Si les moyens publics apparaissent des plus limités, dans un contexte de diminution drastique des crédits gouvernementaux de coopération culturelle, le secteur privé pourrait prendre le relai :


- par le financement d'étudiants nord-coréens, notamment dans les domaines économique et scientifique, à l'initiative des entreprises, lesquelles établiraient ainsi des contacts avec de futurs homologues nord-coréens, en vue d'investissements à moyen terme ;
- par la fourniture de matériel pédagogique ;
- par l'accueil de formateurs français en Corée du Nord.

L'AAFC est naturellement disposée à être partenaire de tels projets de coopération, y compris au plan financier, et à faciliter les démarches administratives auprès des autorités françaises et nord-coréennes, en étant consciente que plusieurs projets récents de coopération n'ont pas abouti faute d'accord entre les deux pays. Dans de telles situations, l'AAFC a pleinement vocation à jouer un rôle d'intermédiaire, en particulier par ses contacts avec les établissements d'enseignement supérieur et les ministères français.

Source : AAFC.

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