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20 janvier 2009 2 20 /01 /janvier /2009 19:02

Basée à Lyon, Triangle Génération Humanitaire (Triangle GH) est l'une des deux ONG françaises présentes en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), dans le cadre institutionnel de l'Union européenne. C'est aussi Triangle GH qui a reçu une aide alimentaire apportée par la France à l'automne 2008 (300.000 euros), des mois après de graves inondations, suite notamment à l'appel lancé par l'AAFC aux autorités françaises. Après avoir rencontré sur place l'équipe de Triangle GH lors de son voyage en Corée en 2006, l'AAFC reproduit ci-après, avec l'aimable autorisation de Triangle GH, le témoignage d'Anne Barthes, chef de mission de Triangle GH en RPDC.  Publié fin 2008, ce témoignage apporte un regard impartial sur la vie quotidienne en Corée du Nord, loin des habituels clichés.

Barrage réhabilité à Pyongwon par Triangle GH (photo : Alain Noguès - AAFC, 2006)


 

Corée du Nord

par Anne Barthes, chef de mission Triangle GH en République populaire démocratique de Corée


Corée du Nord. Ces deux mots amènent à d’autres tels que dictature, famine, bombe atomique, essais nucléaires, camps de travail... Est-ce que ce pays de 22 millions de personnes peut seulement se résumer à cela ?

 

Il n’est pas aisé d’écrire sur un sujet tel que la Corée du Nord. La mauvaise utilisation d’un terme, le second degré, l’enthousiasme ou le rejet peuvent être alors interprétés comme point de vue pro ou contre régime. La neutralité semble quasiment impossible. Alors comment parler de ce pays si fermé, si empreint de mystère, si diabolisé, de façon "positive", sans être taxé de militant pour le régime en place ?


Exercice d’autant plus difficile que, un peu comme le conflit israélo-palestinien, tout le monde en a entendu parler, tout le monde a un avis sur le sujet, et cependant peu se sont réellement intéressés à la question et ont fait le tri des (maigres) informations relayées par les medias.

 

Des esprits bien pensants estiment que le simple fait d’être présent ici est une forme d’allégeance à la politique menée par Kim Jong-il, ce discours étant souvent destiné aux agences des Nations Unies et aux organisations non gouvernementales travaillant en RPDC, dont Triangle GH fait partie depuis 1998.

 

Nous sommes une poignée d’étrangers (environ 350 à l’heure actuelle, dont 100 chinois et 100 russes travaillant pour leurs ambassades respectives) à avoir l’opportunité de travailler et donc de vivre en Corée du Nord. Les motivations des uns et des autres sont multiples et variées, le point de convergence étant le désir de connaître et comprendre le peuple coréen.

 

Je ne souhaite parler ni politique, ni crise alimentaire, ni enjeux humanitaires, mais tenter du mieux possible, à travers mes yeux d’étrangère, de narrer quelques tranches de vie qui font partie de mon quotidien à Pyongyang.

 

Ce qui attire indéniablement l’œil les premiers jours est l’absence de feux de signalisation. Non pas qu’ils n’existent pas, ils sont bien là, à tous les carrefours de la ville, mais ils ne fonctionnent pas par souci d’économie, le pays faisant face depuis de nombreuses années à une pénurie d’énergie. Ils sont donc remplacés par des agents de signalisation, appelées plus communément par la communauté francophone "les fliquettes".

 

La "fliquette" donc, est une véritable institution dans la capitale, elle est le reflet du pays tout entier. Munie d’un bâton rouge et blanc, changeant de tenue au fil des saisons, c’est elle qui gère (le peu) de circulation du centre ville (ailleurs, et dans les autres villes, elles sont remplacées par des hommes.) Elle attire forcément le regard (elle est entre autre sélectionnée pour sa beauté), surtout celui de la gent masculine étrangère ; certains d’entre eux ont obtenu, à force de passage régulier, un sourire, un clin d’œil et/ou un penchement de tête. Deux fois par an, elle disparaît des intersections : quinze jours en août pendant les grosses chaleurs et quinze jours en hiver. Pendant cette période, tous les conducteurs sont perdus, ils la cherchent des yeux, ne font pas forcément attention aux feux de signalisation en marche et attendent avec impatience son retour.

 

Autre institution, plus récente, peut être moins typique, mais qui est comme une bouffée d’air frais pour la communauté expatriée : les marchés d’Etat. Ils ont été créés il y a quelques années et, suite à des visites impromptues et persuasives de certains étrangers, nous pouvons maintenant nous y rendre et acheter nos fruits et légumes sans aucun problème. Cela nous permet, entre autre, de voir ce qui est accessible sur place et d’avoir une idée des prix des denrées fraîches. Le plus gros marché de Pyongyang s’appelle Tongil. C’est un marché couvert d’une toiture bleue, très souvent grouillant d’acheteurs potentiels. On y trouve des fruits, des légumes, de la viande, du poisson, des fruits de mer, une quantité importante de kimchis variés (chou fermenté qui est le plat national et qui peut être comparé à notre pain en terme d’importance dans le repas), du soul (sorte de saké local), des vêtements, de la quincaillerie et beaucoup de chinoiseries (produits en tout genre de très mauvaise qualité !).


La Corée
du Nord est certes anti capitaliste, et donc contre le système marchand. Néanmoins, les chalands, principalement des femmes d’un certain âge, ont vite assimilé le concept de marchandage, surtout avec les étrangers. La barrière de la langue n’est pas un problème, c’est à coup de calculatrice que les transactions se font. Elles nous interpellent, comparent les prix avec la marchande d’à côté, sourient quand on commence à négocier et poussent des hauts cris quand on lance un prix trop bas. Et ça se bouscule, ça crie, ça rigole, bref un vrai marché comme on en trouve partout dans le monde, sinon que dans celui-ci, le chou est roi.

 

Le chou donc, est récolté et distribué une fois par an - toute la Corée est réquisitionnée pour la distribution, camions, bus, tramways, charrettes, tout ce qui roule fait office de transport - puis transformé par l’ensemble de la population en kimchi. Chaque mère de famille a sa propre recette, secrète, il est donc rare de manger deux fois le même. Il est servi en tant qu’accompagnement à tous les repas (même le petit déjeuner). Les Coréens en raffolent et lui prêtent mille et une vertus dont la protection contre le cancer (!!!).


Fortement épicé, il doit donc être accompagné d’un verre, voire plus suivant l’humeur, de soul, un alcool de gland à l’origine, transparent et qui a finalement peu de goût mais qui ne fait pas moins de… degrés ! L’alcool tient une place prédominante dans la culture coréenne (en Corée du Sud aussi), pour les repas officiels, les apéritifs entre collègues, les rassemblements familiaux, etc... Il est très mal vu de se servir soi même, il faut attendre que quelqu’un prenne l’initiative de remplir votre verre.
Vous gagnerez le respect total si vous êtes capable de faire "Tchou", littéralement cul sec, plusieurs fois de suite, sans tomber par terre, surtout si vous êtes une femme.

 

Pour finir, il me semble important de parler de notre rapport avec les Nord-Coréens, autres que ceux qui travaillent avec nous. L’idée commune pour ceux qui ne sont jamais venus ici est que les Coréens détournent les yeux à notre vue, qu’ils leur est interdit d’établir le moindre contact avec les étrangers sous peine de sanctions. C’était certes le cas il y a quelques années (et maintenant encore dans certaines provinces) mais il suffit de se promener à pied ou à vélo dans Pyongyang pour se rendre compte que cette époque est révolue.


Nous ne sommes plus considérés comme des bêtes curieuses ou comme une menace potentielle. Il n’est pas rare qu’au détour d’un chemin dans un des parcs de la ville, le week end, nous soyons invités à partager un verre de soul et un morceau de viande avec une famille coréenne venue profiter du beau temps.


Dans la rue, on a souvent droit à des bonjours en anglais, la plupart du temps de la part d’étudiants. Les enfants, eux, nous font de grands sourires et nous saluent. On les intrigue avec nos looks bizarres, nos cheveux et nos yeux clairs. Nous sommes cependant aussi curieux d’eux qu’ils le sont de nous.

 

Il peut sembler absurde de s’attacher à ce genre de détails, mais ici, ces petits signes d’ouverture prennent une importance significative. Après 6 mois en Corée du Nord, je suis encore surprise tous les jours par des détails aperçus dans la rue, les magasins, au bureau avec notre équipe locale. Cela représente peut être 1% de la "vraie vie" du pays, mais c’est à travers notre curiosité et notre attachement à ces moments que nous pourrons continuer à faire notre travail de la meilleure façon possible, comme dans n’importe quel autre pays du monde.


 
  

Depuis janvier 2007, Triangle GH conduit avec le soutien de l’Union européenne (EuropeAid) et de l'Agence suédoise pour le développement et la coopération (SIDA), un programme de réhabilitation de polder* dans la province du sud Pyongan. Le but de ce projet est d’augmenter la surface des terres cultivables, permettant ainsi un accroissement de la production agricole, et par voie de conséquence le renforcement de la sécurité alimentaire, notamment des fermes avoisinant le polder.

 

A ce jour, la phase de travaux (réhabilitation de la digue extérieure, construction des digues intérieures) est achevée. Triangle GH travaille maintenant en étroite collaboration avec les deux fermes coopératives exploitant la zone du polder. Il s’agit de déterminer les cultures à mettre en place dès l’année prochaine, de lancer la construction d’aires d’abattage du riz et de silos de stockage, et de préparer les commandes de petits équipements à destination des fermes.

 

* Un polder est une étendue artificielle de terre dont le niveau est inférieur à celui de la mer. Les polders sont réalisés par drainage provoquant l'assèchement des zones littorales.

Photos : AAFC


En savoir plus sur l'action de Triangle Génération Humanitaire en Corée 



Note de l'AAFC


Selon les dernières estimations disponibles du Programme alimentaire mondial (PAM), la récolte de céréales se serait élevée en 2008 à 4,21 millions de tonnes, soit une nette amélioration par rapport à 2007, malgré de vives inquiétudes à l'été 2008 après de nouvelles pluies diluviennes. Compte tenu des besoins alimentaires (estimés à au moins 5,5 millions de tonnes par an), et des importations de céréales par la Corée du Nord (500.000 tonnes), le déficit alimentaire s'élève à encore 800.000 tonnes, alors que la Corée du Sud  a suspendu son aide bilatérale après l'arrivée au pouvoir du président Lee Myung-bak, et n'avait pas donné de réponse favorable à la demande d'aide alimentaire formulée par la PAM, au moment où nous publions ces lignes.

L'AAFC appelle ainsi toutes et tous à poursuivre l'effort de solidarité avec les populations coréennes. Les dons par chèque à l'ordre du Secours populaire français peuvent être adressés par courrier, à Mme Jacqueline Lucca, trésorière de l'AAFC (5 rue Frédéric Chopin - 91380 Chilly Mazarin), à l’adresse du Secours Populaire Français (BP 3303 – 75 123 Paris cedex 03, préciser "Catastrophes naturelles / Corée du Nord"), ou en ligne, par chèque ou carte bleue, sur le site
www.secourspopulaire.fr (indiquer l’affectation "Urgence et développement dans le monde", et préciser "Corée du Nord"). Les dons permettent de bénéficier d'une réduction d'impôt sur le revenu égale à 75% des dons (dans la limite de 488 euros versés), et 66% au-delà dans la limite de 20% du revenu net imposable.

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Solidarité
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Nouvelles de la "liste noire"

Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)