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1 octobre 2009 4 01 /10 /octobre /2009 12:14

Jusqu'au début des années 1990, la France a été, parmi les pays occidentaux, l'un des plus ouverts au dialogue et aux échanges avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), et le chef de la représentation diplomatique à Paris occupait alors un poste élevé dans la diplomatie nord-coréenne : l'actuel chef d'Etat nord-coréen, le président de l'Assemblée populaire suprême M. Kim Yong-nam, a ainsi été le représentant de la RPDC auprès de la République française  à Paris. Dans ce contexte, les années 1972-1973 ont marqué, en quelque sorte, une lune de miel dans les relations franco - nord-coréennes, avec la présence d'ingénieurs français à Wonsan qui semblaient annonciatrices d'un essor des échanges commerciaux, ainsi que la visite en RPD de Corée d'une délégation de l'Assemblée nationale française.

Dans son ouvrage Juche and North Korea's global aspirations, récemment publié en septembre 2009, Charles K. Armstrong, l'un des meilleurs spécialistes actuels de la diplomatie nord-coréenne, a analysé le rôle particulier joué par la France dans l'offensive diplomatique nord-coréenne des années 1970 pour diversifier ses relations internationales. Cet auteur s'est basé notamment sur des archives de la période de la guerre froide aujourd'hui déclassifiées. Outre un renforcement des
liens avec le Tiers-Monde, les pays occidentaux n'ont pas été négligés : forte d'une diplomatie d'indépendance vis-à-vis des Etats-Unis dont les principes avaient été définis par le général de Gaulle, la France apparaît, en 1972-1973, comme un important partenaire économique et politique de la République populaire démocratique de Corée.

Les liens avec la France ont été d'abord de nature économique : alors que la diplomatie parlementaire est un des
canaux privilégiés de discussion avec les pays n'ayant pas de relations diplomatiques complètes avec la France, une délégation de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée nationale a été invitée en République populaire démocratique de Corée en novembre 1972, pour discuter l'ouverture de missions commerciales dans les deux pays. L'inauguration officielle du bureau commercial de la République populaire démocratique de Corée en France a eu lieu à la fin de l'année 1972.

Des contacts préalables avec les entreprises françaises avaient préparé ces avancées politiques. Comme l'observe Charles K. Armstrong, en Europe occidentale, la France semblait appeler, en 1972-1973, à jouer en Corée du Nord un rôle économique comparable à celui de la République démocratique allemande. Selon des informations provenant des archives de l'ambassade est-allemande à Pyongyang, un accord conclu en 1972 prévoyait la contruction à Hamhung, pour une valeur de 400 millions de francs, d'une usine chimique de polyéthylène, dont la production annuelle devait atteindre 30.000 tonnes. Alors que les discussions avaient déjà porté sur les conditions de travail et d'accueil de 200 techniciens français et de leurs familles, ce projet ne semble toutefois pas avoir été mis en oeuvre.

Toujours selon les archives est-allemandes, un rapport soviétique du début de l'année 1973 mentionne la présence de 180 spécialistes français non plus à Hamhung, mais à Wonsan, sans préciser toutefois l'objet de leur présence en Corée du Nord, ni la durée de leur séjour.

Apparemment inédites, les informations de Charles K. Armstrong posent toutefois autant de questions qu'elles n'apportent de réponses sur les relations franco - nord-coréennes. L'auteur de cet article a eu la confirmation de rencontres avec le Conseil national du patronat français (CNPF) et les diplomates nord-coréens en poste à Paris, dans les années 1970 : conduits essentiellement avec le secteur privé, les échanges n'ont donc été ni isolés, ni limités à la seule période (1972-1973) que mentionne Charles K. Armstrong. 

Nous avons également eu confirmation de l'absence de documents sur ce sujet dans les archives du groupe d'étude à vocation internationale de l'Assemblée nationale sur les questions de la République populaire démocratique de Corée, et pour cause : le déplacement d'une délégation de députés en 1972 relevait de la commission des affaires étrangères, dont il serait intéressant de savoir si elle a conservé des comptes rendus. Enfin, des témoignages de députés ou de fonctionnaires parlementaires ayant participé au déplacement de 1972, de responsables français du CNPF ayant été en relation avec la Corée du Nord ou encore des techniciens français qui ont été présents à Wonsan permettraient d'éclairer cette phase encore méconnue des relations franco - nord-coréennes. 
 
Sources : AAFC et Charles K. Armstrong, Juche and North Korea's global aspirations, Woodrow Wilson International Center for Scholars, septembre 2009, pp. 9-10.

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations France-Corée
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Jasmin Terroge 01/10/2009 19:05


Bientôt, Jack Lang ambassadeur de France à Pyongyang ?


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