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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 13:37

Le samedi 10 décembre 2016, le journal télévisé de 20 heures de France 2 (présenté par Laurent Delahousse) a raconté une bien étrange histoire pour narrer le vote de la motion de destitution de la présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye (l'émission peut être vue en replay à cette adresse). Dans le but sans doute d'opposer le présent et le passé, France 2 se lance dans un portrait de Mme Park Geun-hye qui prend des allures de panégyrique, au point de se demander si une opération aussi grossière de réécriture de l'histoire relève de la manipulation ou de la mésinformation.

"C'est la fin d'une histoire incroyable", nous dit France 2 pour parler de Park Geun-hye. Après avoir occulté le fait qu'elle était la fille du président le plus autoritaire qu'ait connu la Corée du Sud dont elle a repris les conseillers, le court reportage de France 2 (commentaire de Claude Sempère et montage de Hélène Possetto) se lance dans une réécriture de l'histoire qui est, elle, proprement incroyable :

- prétendre tout d'abord que Mme Park était populaire dans l'opinion dès son accession au pouvoir alors que celle-ci était le fruit d'une élection manipulée par une ingérence massive des services de renseignement et sur laquelle pèsent de lourds soupçons de fraude, et qu'en conséquence la moitié de l'opinion publique sud-coréenne lui était immédiatement hostile (les plus engagés exigeant même son départ, suite à une élection jugée non légitime) ;

- affirmer ensuite que, "au pouvoir elle défendra toujours les intérêts de son pays face à la dictature de la Corée du Nord", dans un coup de chapeau incongru à une ligne politique sud-coréenne militariste et intransigeante qui a conduit la péninsule au bord du gouffre de la guerre, tout en occultant les atteintes massives aux libertés publiques en Corée du Sud initiées par Mme Park elle-même ; s'agissant par ailleurs des intérêts nationaux de la Corée du Sud, Mme Park n'a pas hésité à les brader dans un accord très controversé sur le douloureux contentieux nippo-coréen des "femmes de réconfort", les anciennes esclaves sexuelles de l'armée japonaise avant et pendant la Seconde guerre mondiale ;

- enfin, cerise sur le gâteau, prétendre qu'elle a toujours été aux côtés des familles du naufrage du ferry Sewol, alors qu'au contraire c'est sa gestion de cette crise qui a précipité sa chute (où était-elle dans les 7 heures qui ont suivi le naufrage ? pourquoi a-t-elle refusé toute intervention des équipes de secours qui auraient pu sauver les vies de 304 personnes ?), tandis qu'elle s'est ensuite acharnée à refuser d'accéder aux demandes des familles des victimes, accusées d'être manipulées par l'extrême-gauche.

Le portrait qui est fait de la Présidente Park a soulevé une tempête de protestations des Coréens en France, que le site Internet de la chaîne de télévision a accepté de publier, ce qui est tout à son honneur - mais malheureusement tout en bas de page, si bien que peu d'internautes iront spontanément lire ces commentaires. Pour autant, la rédaction de France 2 n'a pas jugé utile de faire le moindre rectificatif.

Par ailleurs, comment les journalistes de la chaîne de télévision en sont-ils arrivés à commettre autant d'erreurs ? Le discours que la chaîne a servi à des millions de téléspectateurs était, au mot près, celui que serinent les services secrets sud-coréens, passés maîtres dans l'art de manipuler l'opinion publique occidentale (sur la Corée du Nord bien sûr, mais aussi sur leur propre pays). Les journalistes de France 2 ont-ils été sous cette influence occulte des services de renseignement sud-coréens, sinon de leurs porte-paroles patentés ? Ou faut-il y voir le simple fruit du travail bâclé, de la paresse intellectuelle et, disons-le, la manifestation du manque d'intérêt pour un pays (la Corée du Sud) vu comme lointain et dans son seul rapport à la Corée du Nord (d'où peut-être la louange à la politique intercoréenne très contestable et contestée de l'administration Park Geun-hye) ?

Le minimum de la déontologie journalistique est de vérifier les informations et de confronter les sources, ce qui n'a manifestement pas été fait, et est d'autant plus dommage qu'il n'était pas difficile de joindre ceux qui ont organisé les manifestations contre Mme Park en France (ou qui y ont simplement participé), ou encore les universitaires et auteurs spécialistes de la Corée, indépendants de l'ambassade sud-coréenne en France, dont la neutralité est entachée par la proximité personnelle de l'ambassadeur avec Mme Park Geun-hye. Espérons que, à l'avenir, France 2, saura retrouver ses réflexes élémentaires du métier de journaliste.

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Corée et médias
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Bruno 15/12/2016 10:21

mais il n'y a qu'une seule Corée donc il y a deux Etats mais un seul pays, donc les services sud-coréens combattent leur propre "pays" du Sud comme du Nord, au service de leur Etat séparatiste

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