Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 septembre 2014 4 18 /09 /septembre /2014 22:05

Le 16 septembre 2014, la présidente sud-coréenne Park Geun-hye a appelé à l'adoption rapide par le Parlement de la dernière version du projet de loi visant à créer une commission spéciale pour enquêter sur les causes du dramatique naufrage du ferry Sewol en avril dernier - qui a causé 304 victimes, en majorité des adolescents qui étaient en voyage scolaire. Cette réaction d'autorité est vivement dénoncée comme autoritaire par l'opposition et les familles des victimes, lesquelles ont engagé un mouvement de protestation pour exiger que la commission créée par la loi spéciale sur le Sewol ait non seulement des pouvoirs d'enquête, mais également d'accusation. Par ailleurs, l'implication in fine de la chef de l'Etat - qui avait initialement jugé que cette question relevait de la compétence du Parlement - apparaît comme un revirement de position, difficilement explicable autrement que par l'irritation de Mme Park Geun-hye face à la colère des familles des victimes - aisément compréhensible, mais qu'elle perçoit comme une mise en cause de sa propre autorité. Au final, son brutal rappel à l'ordre pour que cessent les discussions parlementaires n'est-elle pas un aveu de faiblesse ?  

La montagne parlementaire va-t-elle accoucher d'une souris ? Le doute est permis au regard du refus du parti Saenuri (conservateur, au pouvoir) d'accepter de prendre en compte les demandes des familles des victimes pour l'adoption de la loi spéciale suite au naufrage du Sewol - comme le propose l'opposition démocrate, qui a menacé de boycotter les travaux parlementaires tant qu'un compromis acceptable ne serait pas trouvé.

Au coeur du débat figure l'étendue des pouvoirs de la commission d'enquête indépendante qui serait créée sur le naufrage du ferry Sewol : à des pouvoirs d'enquête les familles des victimes demandent que s'ajoutent des pouvoirs de mise en accusation. La présidente sud-coréenne a répondu "non", en estimant qu'il y aurait là une confusion des pouvoirs et un non-respect de l'indépendance de la justice. Ses détracteurs rétorquent que la commission d'enquête telle qu'elle est proposée risque de ne pas avoir les moyens de conduire des travaux qui lui permettent de faire toute la vérité sur cette tragédie, ni d'éviter qu'une telle situation se reproduise à l'avenir.

Pour se faire entendre, des membres des familles des victimes - ensuite rejointes par des représentants de groupes civiques, d'églises et de partis politiques - ont établi des tentes à proximité de la Maison bleue, siège de la présidence de la République, et engagé un mouvement de grève de la faim. Parmi eux, Kim Young-oh, père d'une des jeunes filles disparues lors de la catastrophe, a conduit une grève de la faim pendant 46 jours. Lorsqu'il a mis fin à sa grève de la fin, le 28 août, des centaines de Coréens ont alors suivi son exemple en décidant à leur tour de ne pas manger.

Kim Young-oh, père d'une des victimes du naufrage du "Sewol", en discussion avec Park Young-sun, représentante du comité de l'opposition démocrate

Kim Young-oh, père d'une des victimes du naufrage du "Sewol", en discussion avec Park Young-sun, représentante du comité de l'opposition démocrate

Plusieurs leçons sont à tirer de ce bras-de-fer courageux et opiniâtre, qui rappelle l'engagement jusqu'à la mort de ceux qui, naguère, luttèrent contre le régime militaire et pour la démocratie au Sud de la péninsule.

 

Le jusqu'au-boutisme de la Présidente de la République, qui refuse une nouvelle fois le compromis, est une source majeure de tensions dans la société coréenne. De surcroît, en assimilant toute opposition à des manoeuvres subversives où elle croit déceler la main de l'opposition, Mme Park se trompe de cible : l'émotion créée par la catastrophe nécessite de dépasser les clivages partisans et de cesser de rejeter par principe les propositions de l'opposition démocrate - dont les précédents compromis avaient toutefois été très mal reçus par les familles des victimes. Si la loi est adoptée par égard aux victimes et à leurs familles, ne doit-on pas parvenir à une forme de consensus avec ces dernières ?

Enfin, derrière les postures, se pose une question fondamentale : les autorités sud-coréennes entendent-elles revenir sur une déréglementation qui a rendu possible le drame du Sewol, et promet de nouvelles catastrophes similaires à l'avenir si rien ne change ?


Sources :

Partager cet article

Repost 0
Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Naufrage du "Sewol" Politique sud-coréenne
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Association d'amitié franco-coréenne
  • Association d'amitié franco-coréenne
  • : Soutenir une réunification indépendante et pacifique de la Corée, conformément à l'aspiration légitime du peuple coréen et dans l’intérêt de la sécurité et de la paix dans le monde
  • Contact

Recherche

D'où venez-vous?

aujourd'hui


dans les 30 derniers jours

 
 

Nouvelles de la "liste noire"

Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)