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31 mai 2011 2 31 /05 /mai /2011 21:39

DeuxCor-e.jpgLe 30 mai 2011, la Commission de la Défense nationale (CDN) de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a publié un communiqué condamnant l'escalade de la tension, "ayant atteint un degré extrême", à laquelle conduit, selon la CDN, les actions conduites par "le groupe de traîtres de Lee Myung-bak". Cette déclaration et ses conséquences - la rupture du dialogue militaire intercoréen et la fermeture du bureau de liaison dans les monts Kumgang - doivent être resituées dans leur contexte. Le 18 mai 2011, la Corée du Sud a transmis officiellement à la RPD de Corée une invitation au Sommet sur la sécurité nucléaire qui doit avoir lieu à Séoul en mars 2012. Cette proposition avait été faite le 9 mai par le président sud-coréen Lee Myung-bak au cours d'une visite officielle à Berlin,  Lee Myung-bak annonçant que le président de la CDN, Kim Jong-il, serait invité au sommet de Séoul s'il promettait de renoncer à ses armes nucléaires. Par la voix de son Comité pour la réunification pacifique de la Corée, la RPDC avait alors qualifié l'invitation lancée par le président sud-coréen de "ridicule" et visant à désarmer le pays pour pouvoir l’envahir. De nombreux analystes, y compris en Corée du Sud, doutent aussi de la sincérité de Lee Myung-bak.

 

Le 9 mai, à Berlin, le président sud-coréen Lee Myung-bak a proposé d'inviter le président de la Commission de la Défense nationale de la RPDC, Kim Jong-il, au Sommet sur la sécurité nucléaire qui doit se tenir à Séoul en mars 2012 "si la Corée du Nord se met d'accord fermement avec la communauté internationale pour sa dénucléarisation". La veille, Lee avait déclaré que "les armes nucléaires du Nord sont un obstacle à l'unification" et demandé à nouveau que la RPDC présente ses excuses pour le naufrage de la corvette sud-coréenne Cheonan le 26 mars 2010 - la RPDC niant toute responsabilité dans ce naufrage - et pour ses tirs d'artillerie contre l'île sud-coréenne de Yeonpyeong le 23 novembre 2010 – la RPDC affirmant n’avoir fait que riposter à des tirs de l'artillerie sud-coréenne vers son territoire.


Avec cette proposition, Lee Myung-bak a demandé une fois de plus à la Corée du Nord de prendre la "décision stratégique" d'abandonner ses armes nucléaires pour pouvoir participer à une réunion internationale sur la sécurité nucléaire, mais il n'a pris aucune mesure susceptible de hâter une telle décision. Au contraire, les autorités sud-coréennes, en plus de continuer d'exiger des excuses de la part de Pyongyang pour la perte du Cheonan et pour le bombardement de l'île de Yeonpyeong, se sont lancées avec les Etats-Unis dans une série d’exercices militaires d'une ampleur sans précédent dirigés contre la Corée du Nord.

 

Le 11 mai, l'agence de presse nord-coréenne KCNA a fait part du refus du Comité pour la réunification pacifique de la Corée, organisme de la RPDC en charge des relations Nord-Sud.

 

Pour le porte-parole du Comité, cité par KCNA, les remarques faites par Lee Myung-bak à Berlin ont constitué "une provocation flagrante à l’égard du système et de la dignité de la RPDC et un mépris intolérable à l’égard de l’opinion publique [en Corée] et à l’étranger ainsi que des efforts positifs de la RPDC pour le dialogue".

 

Le porte-parole nord-coréen a poursuivi : "Lee, non content de se lancer dans une bruyante campagne anti-réunification en Corée du Sud, s’est permis de faire de telles remarques irréfléchies à l’étranger. Ce n’était que le dernier effort visant à refroidir l’atmosphère menant à davantage de dialogue, à faire taire les critiques le blâmant pour l’effondrement des relations inter-coréennes et pour l’échec de sa politique envers le Nord, et à justifier l’escroquerie nucléaire contre la RPDC et les actions pour accroître la confrontation avec celle-ci."


Il
a considéré que les excuses demandées par la Corée du Sud pour le naufrage du Cheonan et les tirs d’artillerie sur Yeonpyeong révèlent une "intention de défier la RPDC jusqu’au bout, sans chercher le dialogue avec elle". Quant au démantèlement des armes nucléaires de la RPDC, posé comme condition préalable au dialogue par Lee Myung-bak, il ne s’agit "que d’une tentative ridicule visant à désarmer la RPDC et à réaliser l’ambition de l’envahir en collusion avec les Etats-Unis".

 

Le porte-parole du Comité pour la réunification pacifique s’est enfin attaché à remettre en question la pertinence de la tenue d’un sommet sur la sécurité nucléaire en Corée du Sud sous l’égide du président Lee Myung-bak :

 

"La grande ironie est que Lee, un pantin au service des Etats-Unis dans leurs démarches pour une guerre nucléaire, va s’agiter sur le plan diplomatique avant l'ouverture de ce qu'il appelle un sommet nucléaire en Corée du Sud, la plus grande base avancée pour une guerre nucléaire et le plus vaste arsenal nucléaire au monde.


"Les peuples du monde savent bien qu’il a déclaré vouloir se mettre à la remorque des Etats-Unis et suivre une politique de confrontation entre compatriotes après son arrivée au pouvoir et qu’il s’est vanté de tout à fait se passer de dialogue inter-coréen pendant la durée de son mandat."

 

Pour Cheong Wook-sik, de l'organisation sud-coréenne Réseau civil pour une Corée pacifique, la faisabilité et la sincérité de la proposition du président sud-coréen sont douteuses, rappelant qu’une invitation similaire avait été lancée en avril 2010 lors du premier Sommet sur la sécurité nucléaire de Washington,  peu après que la Corée du  Sud fut choisie pour accueillir le sommet suivant. Pyongyang avait alors décliné l'invitation, déclarant que la RPD de Corée ne participerait pas à un tel sommet tant que les Etats-Unis ne changeront pas leur politique nucléaire "impérialiste".

 

En outre, Lee Myung-bak a déclaré n'envisager la réunification de la Corée que comme une absorption du Nord par le Sud et a même souhaité qu’éclatent au Nord des soulèvements du type "Révolution tunisienne du Jasmin". Pour Cheong Wook-sik, ce type d’attitude de la part du président sud-coréen rend hautement improbable une participation de la RPDC au sommet de Séoul en mars 2012.

 

Comme le remarque Cheong, en avril 2012 auront lieu en RPDC les célébrations du centième anniversaire de la naissance du président Kim Il-sung. A cette date, la RPD de Corée vise à accéder au statut de "pays puissant et prospère". D'après Cheong, l'avenir de la péninsule coréenne dépendra alors de ce que la RPDC considère être la puissance et la prospérité : la possession d’un arsenal nucléaire garant de sa sécurité, ou une dénucléarisation permettant d'améliorer la situation du pays par une plus grande ouverture au reste du monde, la dénucléarisation étant le dernier voeu du président Kim Il-sung avant son décès en 1994.

 

Dans ce contexte, la déclaration de la Commission de la Défense nationale de la RPD de Corée, le 30 mai 2011, est l'étape ultime - mais prévisible - de la dégradation des relations intercoréennes, en opposant les actions minant l'unité et la réconciliation nationales conduites par "le groupe de traîtres de Lee Myung-bak" et "la proposition généreuse de la RPDC d'ouvrir une nouvelle phase de réconciliation, de coopération, de paix et de réunification à travers un large dialogue et des conditions sans préalable", proposition rejetée par Séoul. Les exercices militaires conduits par le gouvernement sud-coréen à Yangju et Incheon s'inscrivent dans cette logique de confrontation.

 

En conséquence, le communiqué de la CDN de la RPDC a déclaré (1) que "l'armée et le peuple de la RPD de Corée ne négocieront jamais avec le traître Lee Myung-bak et son clan", (2) que la RPDC va lancer une campagne nationale pour s'opposer à la politique de confrontation conduite par Lee Myung-bak et (3) que, dans une première étape, l'Armée populaire de Corée rompt le dialogue militaire Nord-Sud et ferme le bureau de liaison des monts Kumgang.

 

Pour sa part, l'Association d'amitié franco-coréenne établit une distinction entre, d’une part, la question des relations inter-coréennes, laquelle, par définition, concerne la Corée du Nord et la Corée du Sud, et, d’autre part, la question nucléaire, laquelle est liée à la menace militaire que font peser les Etats-Unis sur la RPDC en l'absence de traité de paix entre ces deux pays. L'AAFC apporte donc son soutien au dialogue inter-coréen, en particulier aux déclarations Nord-Sud des 15 juin 2000  et 4 octobre 2007, rejetées par l'administration du président sud-coréen Lee Myung-bak. Et, tout en soutenant le dialogue inter-coréen, l'AAFC appelle à la conclusion d'un véritable traité de paix dans la péninsule coréenne pour remplacer l'Accord d'armistice de 1953 signé par la RPDC, les Etats-Unis et la République populaire de Chine (la Corée du Sud avait alors refusé de signer l'Accord d'armistice). La négociation et la signature d'un traité de paix, éventuellement dans le cadre des pourparlers à six (deux Corée, Etats-Unis, Chine, Russie, Japon), constituent la seule initiative capable de garantir une paix durable en Corée et une étape indispensable vers la dénucléarisation totale de la péninsule coréenne et l'élimination d'un foyer de tension majeur menaçant la paix mondiale.

 

Arrivé au pouvoir en Corée du Sud en février 2008, le président conservateur Lee Myung-bak a voulu lier à tout prix les questions des relations inter-coréennes et de la dénucléarisation de la seule Corée du Nord, faisant de cette dénucléarisation un préalable. Ainsi, le dialogue entre Pyongyang et Séoul est, de fait, soumis à l’ingérence d’une puissance étrangère, en contravention du premier principe pour la réunification de la Corée, figurant dans le communiqué conjoint signé par le Nord et le Sud en 1972.

 

Résultat : en seulement trois ans, le gouvernement Lee Myung-bak a ruiné les progrès accomplis en 40 ans de dialogue inter-coréen et a pris le risque de faire reculer la paix – et la dénucléarisation qui devrait en découler – pourtant essentielle pour la Corée et le reste du monde. Face à un tel constat, l’appel lancé depuis Berlin par Lee Myung-bak pour que la RPDC accepte d’échanger sa force de dissuasion nucléaire contre un simple strapontin dans une réunion internationale manque évidemment de sincérité et n’a pas de sens : oui, si elle en avait la volonté, la Corée du Sud pourrait jouer un rôle de médiateur et aider à rebâtir la confiance entre les Etats-Unis et la RPDC ; non, la Corée du Sud n’est pas à même de fournir les garanties nécessaires pour que la Corée du Nord renonce à son programme nucléaire.

 

Sources :

"Président Lee : 'Les armes nucléaires du Nord sont un obstacle à l'unification'", Yonhap, 8 mai 2011

"Lee fait part de son intention d'inviter le leader nord-coréen si Pyongyang s'engage à se dénucléariser", Yonhap, 9 mai 2011

"CPRK Denounces Lee Myung Bak's Provocative Remarks against DPRK", KCNA, 11 mai 2011

"La Corée du Nord notifiée officiellement de l'invitation de Lee à Kim", Yonhap, 18 mai 2011

Cheong Wook-sik, "Recommendations for Kim Jong-il to visit Seoul in Spring 2012", Peace Network, 24 mai 2011

"DPRK Will Not Deal with Lee Myung Bak: Spokesman for NDC of DPRK", KCNA, 30 mai 2011

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations intercoréennes
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