Les prochaines Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) donneront à la République de Corée (RdC, Corée du Sud) une place centrale dans l’Église catholique internationale. Au-delà de l’événement, des responsables sud-coréens espèrent que la venue du pape Léon XIV pourra aussi nourrir les échanges et les perspectives de rapprochement sur la péninsule, alors que la possible visite du pape en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) est une hypothèse régulièrement évoquée au regard du rôle du dialogue religieux comme levier d'ouverture des pays de démocratie populaire.
La visite annoncée du pape Léon XIV en République de Corée s’inscrit dans un rendez-vous déjà fixé : les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ), prévues à Séoul du 3 au 8 août 2027. Le pape a lui-même dit espérer retrouver les jeunes à Séoul, et les préparatifs internationaux sont engagés. L’événement fera revenir les JMJ en Asie pour la première fois depuis Manille, en 1995.
Cette venue constitue un moment important pour l’Église catholique sud-coréenne, mais son écho pourrait dépasser le cadre religieux. Le président sud-coréen Lee Jae-myung a demandé au pape de se rendre également au nord de la péninsule. L’idée est devenue un sujet de spéculation diplomatique : le cardinal Lazzaro You Heung-sik a déclaré que Léon XIV était prêt à agir pour la paix sur la péninsule, tout en soulignant que la concrétisation d’un déplacement dépendrait des conditions et des positions de Pyongyang. À ce stade, une visite papale en RPD de Corée reste cependant une hypothèse, distincte du rendez-vous confirmé à Séoul.
Une Église visible dans la société sud-coréenne
Le catholicisme occupe une place notable dans le paysage religieux sud-coréen, sans être la religion de la majorité. Selon les statistiques de la Conférence des évêques catholiques de Corée, publiées en 2025 sur la base des données de fin 2024, l’Église comptait près de six millions de fidèles inscrits, soit 11,4 % de la population. Ce chiffre décrit les registres ecclésiastiques : il ne signifie pas que tous les inscrits participent régulièrement aux pratiques religieuses.
Cette présence s’est inscrite dans une histoire particulière. Le catholicisme coréen s’est développé à partir de la circulation d’idées et de textes, puis à travers des communautés locales qui ont contribué à bâtir l’Église. La mémoire des martyrs et des premières générations de croyants reste importante dans la culture catholique du pays. Aujourd’hui, les paroisses, les institutions éducatives et les œuvres sociales participent à la vie quotidienne de nombreuses communautés. Cette implantation donne à l’Église des relais locaux et une capacité de mobilisation qui seront particulièrement visibles pendant les JMJ.
L’événement de 2027 mettra aussi en lumière une société jeune, urbaine et connectée au monde. Des participants venus de nombreux pays se retrouveront à Séoul pour des rencontres, des célébrations et des échanges. La portée sociologique des JMJ tient autant à leur dimension spirituelle qu’à leur capacité à créer des réseaux entre jeunes, associations, institutions religieuses et acteurs publics. Pour la Corée du Sud, accueillir cette rencontre est une manière de se présenter comme un carrefour culturel et religieux en Asie.
Le dialogue interreligieux comme langage diplomatique
Dans une société où coexistent traditions bouddhistes, chrétiennes et courants de pensée issus de différentes histoires, le dialogue interreligieux peut offrir un espace de rencontre qui ne se réduit pas aux relations entre gouvernements. Il met en avant des thèmes accessibles à des interlocuteurs divers : la paix, la dignité humaine, la solidarité, la mémoire et la réconciliation. La visite d’un pape — figure religieuse mais aussi acteur diplomatique international — attire ainsi l’attention sur la capacité des institutions confessionnelles à entretenir des contacts et à soutenir des échanges.
Sur la péninsule coréenne, l’Église catholique du Sud a notamment fait de la réconciliation un thème régulier de prière et de sensibilisation. En janvier 2024, des catholiques de Séoul et de Pyongyang ont prié pour la paix et la réconciliation. Ces gestes ne remplacent pas la diplomatie officielle, mais ils entretiennent un langage commun et une mémoire d’appartenance coréenne partagée.
Le dialogue religieux peut également servir de canal avec le reste du monde. Le Saint-Siège entretient des relations diplomatiques et des échanges avec de nombreux États (depuis 1963 avec la République de Corée), tandis que les réseaux religieux relient communautés locales, organisations humanitaires et acteurs internationaux. Dans ce cadre, une parole pontificale en faveur de la paix peut contribuer à maintenir la question coréenne présente dans les débats internationaux, sans prétendre résoudre à elle seule les différends politiques.
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