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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 17:41

L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a interrogé le 18 mars 2017 les onze candidats à l'élection présidentielle sur la question coréenne, après avoir interrogé les candidats aux primaires. Alain Juppé et Bruno Le Maire, candidats à la primaire de la droite et du centre, nous avaient alors répondu, de même que Manuel Valls, candidat à la primaire de la "Belle alliance populaire" (réunissant le Parti socialiste, le Parti radical de gauche et diverses formations écologistes). Voici les premières réponses reçues de Philippe Poutou et de Nicolas Dupont-Aignan.

Réponse de Philippe Poutou

Présidentielle 2017 : des candidats répondent à l'AAFC

Montreuil, le 22/03/2017

En réponse aux questions posées par l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC)

Nous abordons dans sa globalité la situation en Asie du Nord-Est. Nous n’ignorons pas la responsabilité historique des Etats-Unis dans la géopolitique de crise qui domine cette région du monde – en particulier sa militarisation – ; une responsabilité qui remonte à leur volonté de briser les luttes de libération en Chine, au Vietnam ainsi qu’en Corée et dans bien d’autres pays d’Asie orientale. Cette politique a notamment abouti à la division durable de la péninsule coréenne, division qui est devenue un facteur de crise chronique.
Nous n’ignorons pas non plus la responsabilité présente de Washington qui organise de grandes manoeuvres aéronavales avec Tokyo et Séoul et qui implante de façon précipitée, en Corée du Sud, une base de missiles d’interception Thaad – sans attendre le résultat des prochaines élections sud-coréennes. Les Etats-Unis font ici fort peu de cas du droit démocratique de la population à décider de la politique à mettre en oeuvre sur la question de la réunification ou sur le rôle de leur pays dans la situation de crise régionale.
Les forces d’extrême droite, militaristes, sont puissantes en Corée du Sud et la démocratie certainement imparfaite, comme l’a confirmé le scandale d’Etat qui a conduit à la destitution de Park Geun-hye. Nous condamnons en particulier l’interdiction du Parti progressiste unifié, l’arrestation des dirigeants syndicaux combatifs, les attaques contre le droit syndical, la protection dont bénéficient les nantis (y compris après un événement aussi grave que le naufrage du ferry Sewol). Cependant, démocratie il y a. Des millions de personnes ont pu se mobiliser pendant plus de 300 jours, imposant la destitution de Park Geun-hye et l’appel à de nouvelles élections. Rien de tel en Corée du Nord.
Vous nous demandez ce que nous pensons des restrictions démocratiques en Corée du Sud. Etrangement, vous ne nous posez pas la même question concernant la Corée du Nord. Il faut dire que dans ce cas, il n’y a pas « restriction » de la démocratie, des libertés démocratiques. Il n’y a pas de démocratie du tout.
Notre opposition à la politique impérialiste des Etats-Unis ou de Tokyo n’implique en aucun cas un soutien au régime bureaucratique et népotique en vigueur en Corée du Nord. Nous considérons que ce régime n’incarne en rien la tradition communiste coréenne, qui était si vivace au lendemain de la Seconde Guerre mondiale ; au contraire, il l’a trahie (et même réprimée). Problème majeur, la politique du pouvoir nord-coréen rend plus difficile le rassemblement des forces progressistes contre les dynamiques de guerre en Asie orientale, contre une course folle aux armements (y compris nucléaires). Elle favorise en revanche le renforcement des courants nationalistes militaristes.
L’Asie orientale est aujourd’hui le théâtre d’un conflit majeur entre puissances capitalistes anciennes et nouvelles : les Etats-Unis et le Japon, la Russie et la Chine. La péninsule coréenne est probablement le principal « point chaud » dans cette géopolitique de confrontation. Pékin a gagné durablement l’initiative en mer de Chine du Sud. Washington tente de la garder au nord-est. Le gouvernement japonais poursuit son entreprise de réarmement, à l’encontre de la Constitution et des convictions pacifistes de la population.
Face à ces dynamiques guerrières, nous soutenons tous les efforts engagés dans la région par des mouvements populaires pour définir une politique de paix et de sécurité du point de vue des peuples et non plus du point de vue des puissances. C’est, pour nous, la meilleure façon d’oeuvrer à la réduction des tensions, puis d’aider à la recherche d’une solution durable aux conflits territoriaux et maritimes actuels dans toute l’Asie orientale.

Philippe Poutou

Philippe Poutou est le premier à nous avoir adressé une réponse détaillée, ce dont nous le remercions. Nous partageons très largement les analyses du candidat en ce qui concerne la nécessité de promouvoir la paix et la réunification, de s'opposer aux exercices militaires américano-sud-coréens et au déploiement du système de missiles antibalistiques THAAD au sud de la Corée. De même, nous nous félicitons du soutien de Philippe Poutou aux luttes des Sud-Coréens pour la démocratie et les libertés publiques, même si le candidat ne mentionne pas le rôle de l'appareil répressif d'Etat sud-coréen (notamment des services de renseignement et des forces armées promouvant une culture militariste et emprisonnant les objecteurs de conscience). 

En revanche, le candidat n'a pas répondu à nos questions sur la levée des sanctions à l'encontre de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) et sur l'établissement de relations diplomatiques complètes entre la France et la RPD de Corée.

Enfin, Philippe Poutou s'est auto-saisi d'un sujet, les droits de l'homme en Corée du Nord, qui le conduit à un rejet catégorique du système politique et social de la RPD de Corée. Son analyse omet, entre autres, la propriété publique des grands moyens de production, l'éducation et la santé publiques et la généralisation de l'enseignement public gratuit pendant douze ans.

Pour sa part, l'Association d'amitié franco-coréenne juge inutiles, voire contre-productives, les incantations d'observateurs ne s'étant jamais rendus dans le pays, mais dont les prises de position convergent en tout état de cause avec celles des néoconservateurs américains et de leurs alliés sud-coréens, lesquels n'hésitent pas, pour ce faire, à manipuler les témoignages de réfugiés dont la propension à parler dans les médias est inversement proportionnelle à leur fiabilité et à leur impartialité.

En ce qui la concerne, loin des postures moralistes, l'AAFC a choisi de s'engager pour une amélioration concrète des droits de l'homme et des conditions de vie dans la partie nord de la Corée, en apportant, par exemple, son soutien aux personnes handicapées et une aide alimentaire en cas de catastrophes naturelles  tout en dénonçant l'impact des sanctions sur la vie quotidienne de 25 millions de femmes, d'hommes et d'enfants.

 

Réponse de Nicolas Dupont-Aignan

Bonjour,

Nous avons bien reçu votre document présentant votre action pour l’unité de la Corée, et nous vous en remercions.
Celui-ci a été transmis à Nicolas Dupont-Aignan qui a pris bonne note des éléments qu’il contient et des mesures qu’il lui semble utile de mettre en place.
Nous tenons à vous assurer que son projet présidentiel, que vous pouvez retrouver sur le site internet http://www.nda-2017.fr/ répond à nombre des interrogations et constats que vous avez formulés et qu’il partage.
Nous vous remercions à nouveau pour votre envoi.
Bien cordialement,

L’équipe de campagne NDA 2017

courrier électronique du 26 mars 2017

Puisque, dans son courrier électronique du 26 mars, l'équipe de campagne de Nicolas Dupont-Aignan nous y renvoie, voici les propositions du candidat en matière de politique étrangère figurant sur son site Internet et susceptibles d'intéresser l'Association d'amitié franco-coréenne :

- Retrouver une politique étrangère indépendante qui sert les seuls intérêts du pays.
- Développer notre outil diplomatique qui joue un rôle inestimable dans la diffusion de nos valeurs et le soutien de nos entreprises.
- Réaffirmer le principe du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.
[...]
- Développer notre coopération avec les Etats d’Asie, mais établir des taxes anti-dumping quand il est avéré qu’un Etat comme la Chine nous soumet à une concurrence déloyale.
[...]
- Soutenir et développer à grande échelle la francophonie, levier de l’influence française : pour l’action culturelle française hors de France
[...]

L'Association d'amitié franco-coréenne est d'accord avec ces grandes orientations. Toutefois, ces quelques éléments sont loin de répondre aux "interrogations et constats" de l'AAFC concernant plus spécifiquement la Corée et les relations franco-coréennes. Cette absence de réponses précises aux questions posées dans le courrier du 18 mars est d'autant plus regrettable que Nicolas Dupont-Aignan avait, à l'occasion de la campagne pour l'élection présidentielle de 2012, répondu à une précédente lettre de l'AAFC en déplorant que le sujet des relations internationales ait été si peu abordé durant la campagne. La qualité du débat est-elle devenue à ce point satisfaisante en 2017?


A suivre...

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Activités AAFC Relations France-Corée
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Nouvelles de la "liste noire"

Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)