Le 2 octobre 2025, à Limoges, Camille Senon nous a quittés à l'âge de 100 ans. Depuis la disparition de Robert Hébras, en février 2023, elle était la dernière survivante du massacre d'Oradour-sur-Glane, le 10 juin 1944, lorsque la division Das Reich avait tué 642 femmes hommes, femmes et enfants du village martyr, que la jeune Camille, alors âgée de 19 ans, devait découvrir en proie aux flammes. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) salue la mémoire d'une femme engagée, qui avait aussi fait sienne la cause de la paix en Corée, en devenant présidente d'honneur du comité Nouvelle-Aquitaine de l'AAFC lors de sa création en 2016.
En rouge au centre, Camille Senon, présidente d'honneur du comité régional Nouvelle-Aquitaine de l'AAFC, aux côtés de Liliane Boussel, présidente du comité, qui était proche de Camille Senon (photo : AAFC, 2016)
Après le massacre d'Oradour-sur-Glane, auquel elle avait échappé de justesse en n'arrivant en train de Limoges qu'après les faits, elle avait perdu son père, son grand-père et de nombreux membres de sa famille, restant seule avec sa mère malade à charge, Catherine Chapelle. La militante cégétiste (et communiste, à partir de 1951), qui réussit en 1945 un concours de l'administration des PTT où elle gravit les différents échelons jusqu'à devenir CT-DIV à Nanterre CTA en 1976 puis à Paris-Montparnasse, s'engagea pleinement tant sur le front de la justice sociale que du combat pour la mémoire du massacre d'Oradour-sur-Glane.
Lors de la grève d'août 1953, elle était secrétaire de la section syndicale CGT de Paris-Chèques. Secrétaire générale du syndicat des services financiers de la Poste de 1955 à 1975, elle a été une des animatrices du mouvement social de mai-juin 1968.
En 1981, elle devint présidente de l'Association des familles de fusillés et massacrés de la Résistance française.
Après sa retraite en 1985, qui la conduit à retourner en Haute-Vienne, elle se consacra encore davantage à la mémoire des victimes du nazisme.
En 2016, toujours solidaire des luttes des travailleurs, elle refusa d'être nommée commandeur de l'Ordre national du Mérite, entendant protester contre le recours à la procédure de l'article 49-3 de la Constitution pour l'adoption de la loi Travail.
Soucieuse de transmettre la mémoire de ce qu'elle avait vécue, afin de faire à jamais cesser les horreurs de la guerre, elle était aussi pleinement engagée pour la paix en Corée, ayant accompagné à plusieurs reprises des étudiants coréens en déplacement à Oradour-sur-Glane et en visite au Musée de la Résistance à Limoges, notamment en 2014 et en 2016.
A ses proches et à ses camarades, l'AAFC adresse ses plus sincères condoléances. Les combats de Camille Senon resteront, à jamais, une puissante source d'inspiration.
Sources :
Par Claude Pennetier Maitron patrimonial (2006-2024) Le père de Camille Senon, Martial Senon, fut membre du Parti socialiste SFIO de 1913 à 1939. Après avoir exercé de nombreux métiers, il dev...
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