Ancien président délégué, puis président (de 2007, après la mort de Jean Suret-Canale, à 2015) et président d'honneur (depuis 2015) de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), André Aubry nous a quittés le 14 novembre 2025, à l'âge de 94 ans. L'AAFC salue un artisan majeur du développement des relations d'amitié et de coopération entre la France et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), avec son ancien ami et camarade Guy Dupré, disparu un an plus tôt (André Aubry avait sollicité Guy Dupré pour devenir secrétaire général du CILRECO, lui-même ayant été le président fondateur du COFRECO, association de droit français gérant les activités du siège du CILRECO en France). Ancien sénateur des Hauts-de-Seine (1968-1977) et maire d'Antony (1977-1983), André Aubry était aussi une figure du communisme francilien, unaniment apprécié, fidèle jusqu'au bout à ses convictions. L'AAFC présente ses condoléances à ses deux fils et à sa famille, ses camarades et ses amis : son exemple est une source d'inspiration pour continuer à faire vivre les valeurs d'humanité et de solidarité qu'il a transmises à bon nombre des membres actuels et passés de l'AAFC.
André Aubry, président délégué de l'AAFC, au premier rang à gauche, aux côtés de Robert Charvin et Guy Dupré, vice-présidents, lors de l'assemblée générale de l(AAFC du 16 février 2008 (photo : Alain Noguès)
André Aubry était né le 1er août 1931 à Valognes, dans la Manche, de deux parents travaillant à la SNCF, Louis Aubry et Fernande Quoniam. Après avoir obtenu son CAP d'ajusteur, il commence à travailler en région parisienne et il adhère rapidement à la CGT et au PCF. Ses qualités d'orateur et d'organisateur lui valent de devenir, dès 1955, l'animateur de la section CGT de Krieg et Zivy à Montrouge, parallèlement à son activité au sein des associations de locataires et au Secours populaire, où il se lie avec Julien Lauprêtre - et il devait d'ailleurs être l'un des artisans, quatre décennies plus tard, de l'engagement humanitaire du SPF auprès des Coréens pendant les années de pénurie de la "dure marche". Formé aux écoles du Parti communiste, il entre au conseil municipal d'Antony dès 1955. Il y a siégé jusqu'en 2008.
L'un des benjamins des sénateurs français, élu dans les Hauts-de-Seine en 1968, il rejoint la commission des affaires économiques et du plan puis la commission des affaires sociales : comme il l'observera des années plus tard, à l'époque les sénateurs communistes de base n'avaient pas de collaborateurs et ils devaient rédiger seuls leurs interventions sur des sujets très techniques, pouvant éventuellement compter sur la seule aide des sténo-dactylos... C'est à la demande expresse de Jacques Duclos (alors président du groupe communiste du Sénat) qu'il s'investit sur le dossier (nord-)coréen : il visitera une première fois le RPD de Corée en 1972, à l'occasion du 60e anniversaire de la naissance du Président Kim Il-sung, puis initiera une démarche auprès du président du Sénat, Alain Poher, pour la création de l'actuel groupe interparlementaire au Sénat France-RPDC.
Elu conseiller général en 1976 (il sera réélu en 1982, jusqu'en 1988), il conquiert la mairie d'Antony en 1977 à la tête d'une liste d'union de la gauche. Son style, populaire et bon vivant, tranche avec celui de son prédécesseur Georges Suant, professeur passé de la gauche (SFIO, Parti socialiste autonome) à la droite. Après un mandat de six ans et au terme d'une campagne âpre, Patrick Devedjian lui succède à la mairie d'Antony : André Aubry sera le premier de ses opposants, animant jusqu'en 2013 un journal communiste local, Antony Hebdo. Il a été un maire bâtisseur, comme l'a rappelé le quotidien Le Parisien (qui oublie les logements étudiants à Antony) :
Parmi ses réalisations, il participa activement au développement du logement social, fit construire le centre de loisirs Paul Roze, fermé aujourd’hui, et le collège Anne Franck avec Jean Nouvel. Il créa également le centre de vacances de Samoens. Il dota aussi la commune d’un cinéma, le Select, et rénova l’ancien théâtre Firmin Gémier.
Quand le PCF rompait avec le Parti du travail de Corée, lui restait fidèle à ses engagements, avec des militants communistes fidèles qu'il appelait ses "grognards", sachant aussi s'entourer d'une équipe d'experts ayant des profils complémentaires, comme l'ingénieur Guy Dupré, l'universitaire Robert Charvin (qui se spécialise, dans les années 1980 et 1990, sur les relations avec le Sud de la Corée) et l'ancien sénateur Bernard Hugo, avant de passer le flambeau à une nouvelle génération. Sous sa présidence, l'AAFC interpellera à de nombreuses reprises le gouvernement français sur l'anomalie que la France soit l'un des rares pays de l'Union européenne à ne pas avoir - toujours à ce jour - de relations diplomatiques complètes avec la RPD de Corée. L'ouverture d'un bureau de coopération français à Pyongyang, en 2011, à la suite d'une mission confiée à Jack lang en 2009, avait toutefois représenté une première étape vers l'établissement de relations pleines et entières.
Les membres de l'AAFC se souviennent de son accueil toujours chaleureux à son domicile, pour les réunions de bureau national, où le traditionnel "apéro-chips-saucisson" clôturait, à la bonne franquette, des débats parfois âpres mais qu'il voulait toujours respectueux - car sur une cause aussi difficile que celle de la Corée, il n'y a pas de place pour les querelles et les batailles d'ego dont il aura eu à coeur de toujours préserver l'AAFC. A celui qui appelait, à la fin de ses discours, à lever le verre de l'amitié, l'AAFC tient à reproduire son geste et n'aura qu'une formule : au revoir et merci - car, pour paraphraser la formule de Coluche fondant les Restaus du coeur, sans lui, l'AAFC n'existerait pas ; sans lui l'AAFC n'existerait plus.
Paek Song Chol, délégué permanent de la RPDC auprès de l'Unesco, a présenté ses condoléances à l'AAFC et à la famille d'André Aubry, de même que l'Association coréenne pour les échanges culturels avec les pays étrangers et l'Association d'amitié Corée-France, dont nous reproduisons ci-après le message :
A la triste nouvelle du décès de Monsieur André Aubry, Président d'honneur de l'Association d'amitié franco-coréenne, l'Association coréenne pour les échanges culturels avec les pays étrangers et l'Association d'amitié Corée-France expriment leurs plus sincères condoléances à la famille du défunt et à tous les membres de l'Association d'amitié franco-coréenne.
Monsieur André Aubry a consacré beaucoup d'efforts au renforcement des relations d'amitié et de solidarité entre les peuples de nos deux pays, Corée et France, et ses exploits resteront à jamais gravés dans notre mémoire.
Nous sommes convaincus que la famille du défunt et tous les membres de l'Association d'amitié franco-coréenne surmonteront la douleur de cette perte et poursuivront les efforts visant à renforcer les relations entre nos deux peuples.
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