Le 28 mars 2026, l’Association d’amitié franco-coréenne a réuni à Paris ses adhérents pour une manifestation consacrée à la culture coréenne. Dans une ambiance très conviviale, les membres de l’AAFC ont pu découvrir le film de République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) L’Histoire de notre maison et en apprendre davantage sur les idéologies directrices de la RPDC.
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La réunion a commencé par la projection d’un film nord-coréen, L’Histoire de notre maison (우리집 이야기), réalisé en 2016 par Ri Yun-Ho. Cette projection était en soi un petit événement, tant les films de RPDC, surtout ceux bénéficiant de sous-titres en français, sont difficilement disponibles en France. Quelques films nord-coréens restent visibles sur certaines plateformes de vidéos en ligne, mais seulement avec des sous-titres en anglais, en espagnol, voire en russe, signe supplémentaire du déclin irrésistible de la langue française dans cette partie du monde...
Pendant l’édition 2016 du Festival du film de Pyongyang, L’Histoire de notre maison a gagné le prix du meilleur film et son actrice principale, Paek Sol-mi, le prix de la meilleure actrice. Par ailleurs, L’Histoire de notre maison a été le premier film nord-coréen projeté en public en Corée du Sud à l’occasion du Festival du film de Puchon en 2018.
Ce film est basé sur une histoire vraie, celle de Jang Jong-hwa, surnommée « la mère-enfant » en RPDC, une jeune femme qui avait déjà adopté sept orphelins avant ses 20 ans. Avant d’inspirer une œuvre de fiction, l’histoire de la jeune Jong-hwa avait attiré l’attention de la presse internationale, la chaîne des Etat-Unis CNN lui ayant consacré un reportage en 2015.1
Pendant le débat qui a suivi la projection, les participants ont commencé par regretter que les films nord-coréens ne soient pas davantage visibles en France, ce qui permettrait notamment de « tordre le coup » de certains clichés au sujet de la RPDC diffusés par des gros médias paresseux…
Bien sûr, L’Histoire de notre maison peut être qualifié de film de « propagande », à l’instar de nombre de productions venues des Etats-Unis, ou même françaises, véhiculant un message officiel ou, pour être gentil, dans l'air du temps... En l’occurence, grâce à son esprit altruiste, Jang Jong-hwa avait reçu le titre de « modèle pour la jeunesse » en mai 2015. Il était donc normal que son histoire exemplaire devienne le sujet d’un film.
Le débat a permis de rappeler que les autorités de RPDC promeuvent un modèle de mère idéale et mettent continuellement l'accent sur le rôle maternel de la femme. En outre, la crise qui a frappé la République populaire démocratique de Corée pendant les années 1990, marquées par de graves pénuries alimentaires et l’effondrement de divers systèmes de protection sociale, a été particulièrement propice à la mise en avant de figures héroïques maternelles, notamment celles prenant en charge les orphelins et les personnes âgées sans famille en les acceptant comme des membres de leur propre famille.2 Jang Jong-hwa peut être considérée comme une de ces figures, même si la situation s’est beaucoup améliorée depuis la fin des années 1990.
La conférence qui a suivi était consacrée aux doctrines professées officiellement en RPDC – Juche, Songun et Byongjin -, lesquelles restent le parent pauvre des études scientifiques. Elles sont pourtant affirmées en haut-lieu, y compris dans la constitution de la République populaire démocratique de Corée. Elles méritent donc d’être étudiées en raison de leur originalité. Ainsi, le Juche se base sur plusieurs principes, comme celui selon lequel l’homme est un « être social souverain », un « être social créateur » ou un « être social conscient ». Le Songun va, lui, insister sur la préséance donnée aux affaires militaires. Quant au Byongjin, à la conceptualisation moindre, il se traduit par un souci d’assurer le développement économique.
Ces doctrines doivent être contextualisées. On peut donc les dater nonobstant leur supposée date d’apparition. Le Juche correspond davantage au contexte de non-alignement des années 1970 dans lequel la RPDC, sous la direction du président Kim Il-sung, a été envisagée comme un exemple économique à suivre. Le Songun répondait, lui, au contexte d’isolement international des années 1990 dans lequel la RPDC, alors dirigée par Kim Jong-il, était confrontée à l’abandon de l’ancien soutien soviétique : l’armée a été ainsi un instrument de cohésion parce qu’elle assurait la défense du pays. Enfin, le Byongjin s’inscrit dans le contexte évident de changement de direction, le nouveau dirigeant Kim Jong-un mettant, à partir de 2012, l’accent sur la modernisation et une certaine ouverture économique. D’aucuns imputeront une plus faible conceptualisation à la relégation de l’écrit, les publics destinataires étant désormais moins attentifs à ce vecteur.
La réunion du 28 mars 2026, riche en débats et en informations diverses sur la RPDC, a montré, une fois de plus, qu’il existe toujours un public à la recherche d’un autre « son de cloche » à ce sujet. Rappelons que tout le monde peut adhérer à l’Association d’amitié franco-coréenne pour pouvoir en bénéficier.
1. Tim Schwarz, ‘’Orphaned by famine: The 'child mother' caring for North Korea's parentless’’, CNN, 21 septembre 2015, https://edition.cnn.com/2015/09/21/asia/north-korea-orphan-mother/index.html
2. Voir, par exemple, Hyeonjin Song, ‘’The Types and Meanings of Maternal Heroes in the North Korean Songun (Military First) Era’’, Journal of Peace and Unification, Vol. 8, No. 1, printemps 2018, Ewha Womans University, Corée du Sud, pp. 65-107, https://www.kci.go.kr/kciportal/landing/article.kci?arti_id=ART002353796
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