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13 août 2018 1 13 /08 /août /2018 21:09

A l'issue d'une rencontre entre délégations nord et sud-coréennes de haut niveau le 13 août 2018 dans la zone démilitarisée, les deux parties ont convenu - dans un communiqué de presse conjoint - de l'organisation d'un troisième sommet inter-coréen à Pyongyang (après ceux de juin 2000 et d'octobre 2007) d'ici fin septembre 2018 - à une date plus précise restant donc à confirmer publiquement. Après les deux rencontres au sommet entre les Présidents Kim Jong-un et Moon Jae-in les 27 avril et 26 mai 2018, il s'agit de la mise en oeuvre d'un des engagements pris dans le cadre de la déclaration de Panmunjom du 27 avril 2018 (laquelle ne parlait toutefois d'une visite du président sud-coréen à Pyongyang qu' "à l'automne", sans davantage de précisions), témoignant de la reprise concrète des échanges Nord-Sud - qui s'est d'ores et déjà concrétisée par la participation commune à des événements sportifs et culturels (dans les prochains jours, les athlètes des deux parties de la Corée défileront ensemble aux Jeux asiatiques et formeront des équipes communes dans plusieurs disciplines) et la reprise attendue, fin août, des réunions de familles séparées de part et d'autre du trente-huitième parallèle. 

Poignée de mains entre les chefs des deux délégations : pour le Nord (à gauche), Ri Son-gwon, Président du Comité pour la réunification pacifique du pays ; pour le Sud (à droite), Cho Myoung-gyon, ministre de la Réunification

Poignée de mains entre les chefs des deux délégations : pour le Nord (à gauche), Ri Son-gwon, Président du Comité pour la réunification pacifique du pays ; pour le Sud (à droite), Cho Myoung-gyon, ministre de la Réunification

Est-ce le début d'un processus d'institutionnalisation de rencontres au sommet régulières entre le Nord et le Sud ? Le Président Moon Jae-in en avait émis le souhait, et de fait - alors qu'il n'est encore qu'au début de son mandat présidentiel de cinq ans, commencé il y a quinze mois - il aura rencontré plus souvent le dirigeant suprême nord-coréen, le Président Kim Jong-un (trois fois en six mois) que tous ses prédécesseurs, sur une durée pourtant beaucoup plus longue (deux rencontres en près de 70 ans). En relations internationales, des réunions régulières (comme les sommets du G7/G8) permettent en effet d'aborder au plus haut niveau des sujets d'intérêt commun, d'arrêter des priorités et de prendre des décisions communes.

Le troisième sommet inter-coréen à Pyongyang devrait ainsi être d'abord l'occasion de préciser la feuille de route des échanges inter-coréens, telle que définie lors de la déclaration de Panmunjom le 27 avril 2018. La partie Nord a manifesté des attentes face à ce qu'elle perçoit comme des atermoiements du Sud - en particulier dans le domaine économique, où la reprise des échanges - notamment le redémarrage de la zone économique de Kaesong - est entravée par les sanctions internationales prises à l'encontre de la République populaire démocratique de Corée. En effet, si les autorités sud-coréennes ont envisagé la possibilité d'une levée partielle des sanctions, elles s'en tiennent à une position solidaire de celle de Washington, qui affirme qu'il n'y aura de levée des sanctions qu'à l'issue du processus de dénucléarisation de la Corée du Nord. Pour leur part, les autorités nord-coréennes ont dénoncé les "méthodes de gangster" des Américains, en estimant que leurs gestes de bonne volonté dans le domaine nucléaire et balistique (y compris le rapatriement de restes de soldats américains morts en Corée) n'ont pas été payés de retour. Selon Pyongyang, les Etats-Unis doivent à leur tour préciser les garanties de sécurité qu'ils entendent apporter et s'engager dans une levée au moins partielle des sanctions - les plus sévères jamais mises en place dans le cadre des Nations unies. Pour cela, eu égard notamment à la proximité entre les services secrets sud-coréens et américains (qui sont des canaux privilégiés du dialogue autour de la péninsule coréenne), la Corée du Sud pourrait transmettre des messages aux Américains pour faire réussir le processus engagé lors du sommet de Singapour entre les Présidents Donald Trump et Kim Jong-un.

Dans ce contexte, et en attendant que soit précisé le contenu des discussions inter-coréennes qui seront à l'ordre du jour du sommet de septembre 2018, le troisième sommet Nord-Sud à Pyongyang apparaît comme l'une des étapes dans les multiples rencontres diplomatiques entre les acteurs principaux dans la péninsule coréenne (les deux Etats coréens, les Etats-Unis, la Chine et la Russie). 

Ces différents points ont par ailleurs été abordés par Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne, à l'antenne de RT France, dans le journal télévisé de 21h du 13 août 2018.

Source principale : Yonhap

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18 juillet 2018 3 18 /07 /juillet /2018 13:29

Le 17 juillet 2018, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) et le Forum coréen international ont co-organisé une conférence-débat à Paris à la veille du 65e anniversaire de la signature de l'accord d'armistice de 1953 qui a mis fin aux combats de la guerre de Corée (mais pas à la guerre elle-même). dans un contexte nouveau marqué notamment par les sommets intercoréens des 27 avril et 26 mai 2018 à Panmunjom et le sommet Etats-Unis-Corée du Nord du 12 juin 2018 à Singapour. Trois mois et demi après la conférence organisée à la Bourse du travail de Paris, le 29 mars 2018, entre l'AAFC,  l'association Droit Solidarité (membre de l'Association internationale des juristes démocrates), le Mouvement de la Paix et l'Association républicaine des anciens combattants et victimes de guerre (ARAC), l'urgence est de favoriser la paix, la dénucléarisation et un système de sécurité collective en Corée.

Stephen Cho, animateur du Forum coréen international, et Benoît Quennedey, président de l'AAFC

Stephen Cho, animateur du Forum coréen international, et Benoît Quennedey, président de l'AAFC

En ouverture de la conférence, Benoît Quennedey, président de l'AAFC, a rappelé que cette manifestation s'inscrivait dans les activités traditionnelles de l'Association à l'occasion du mois de solidarité avec le peuple coréen, entre le 25 juin (date du déclenchement de la guerre de Corée en 1950) et le 27 juillet (date de la signature de l'accord d'armistice en 1953). Puis il a donné la parole à Stephen Cho, animateur du Forum coréen international.

Stephen Cho a établi le lien entre l'histoire récente de la péninsule coréenne et les développements récents de l'actualité. Il a rendu hommage à Roland Weyl, qui était assis au premier rang des participants, sur la nécessité de faire respecter le droit international, bafoué lors de la guerre de Corée qui a été une opération de police diligentée par les Etats-Unis, et d'établir un système de paix plus qu'un traité de paix lui-même - le conflit en Corée n'ayant pas été formellement une guerre. Les termes "régime de paix" figurent d'ailleurs explicitement dans la déclaration signée à Singapour le 12 juin 2018 entre les présidents Donald Trump et Kim jong-un.

Il a souligné que le conflit militaire entre les Etats-Unis et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) s'était déplacé sur le terrain diplomatique, en observant que les conditions de ce changement avaient été préparées dès la fin de l'année 2017 par des échanges directs entre Américains et Nord-Coréens. La situation actuelle présente de nombreux points communs avec de précédents cycles de tensions et de négociations, notamment la période 1993-1994, avec cette différence majeure qu'en 2017-2018 le gouvernement sud-coréen du démocrate Moon Jae-in avait joué un rôle de relai et de facilitateur. Cependant, si les Nord-Coréens ont multiplié les gestes de bonne volonté (depuis la destruction du site d'essais nucléaires de Punggye-ri jusqu'à la suspension de leurs tirs de missiles balistiques et d'essais nucléaires), les Américains ont été beaucoup plus réticents à s'engager - n'ayant concédé, et tardivement, que la suspension de leurs manoeuvres militaires au large de la Corée, tandis que les "faucon" (John Bolton en tête) s'agitent pour faire échouer le processus de dialogue en rajoutant de nouvelles exigences. C'est pourquoi les autorités nord-coréennes ont pu dénoncer les "méthodes de gangster" de Washington lors de la dernière visite à Pyongyang de Mike Pompeo, après le sommet de Singapour, faute d'engagement concret des Etats-Unis quant aux garanties de sécurité qu'ils apporteraient à Pyongyang en contrepartie de sa dénucléarisation.


Dans ce contexte, Stephen Cho a souligné le rôle dévolu aux militants progressistes sud-coréens, et plus largement aux forces progressistes concernant la situation en Corée : garantir la souveraineté du peuple coréen, qui passe par le retrait des bases américaines de Corée, lutter contre le capitalisme prévaricateur des conglomérats (les chaebols), et poursuivre la lutte pour les libertés démocratiques et les droits sociaux - les mesures réformistes accordées par le gouvernement sud-coréen étant le fruit des luttes de tout le peuple coréen (y compris les capitalistes nationaux) pour contenir la force du mouvement progressiste, qui constitue une force révolutionnaire.

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17 juillet 2018 2 17 /07 /juillet /2018 12:39

Le 16 juillet 2018, la Filmothèque du Quartier Latin - qui avait déjà proposé en novembre 2008 une des plus importantes rétrospectives du cinéma (sud-)coréen en France - a organisé une projection-débat de JSA de Park Chan-wook, suivie d'un débat animé par Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne. Le premier long métrage qui a véritablement fait connaître Park Chan-wook - sorti en salles en Corée en 2000 - a dû attendre juin 2018 pour être projeté en salle dans notre pays (hormis des projections plus ponctuelles dans le cadre de festivals). Un chef d'oeuvre à découvrir ou à redécouvrir.

"Joint security area" : un récit de fraternisation par delà la frontière

En réalisant JSA - récit d'une improbable fraternisation entre soldats sud et nord-coréens le long de la zone démilitarisée (mais qui se terminera par un affrontement mortel, qui servira de trame au thriller qui caractérise toute la première partie du film) - Park Chan-wook a opéré un tournant dans la représentation des Nord-Coréens dans le cinéma sud-coréen : ayant fait le choix de s'intéresser aux hommes et non aux systèmes politiques, il a humanisé les traits des Nord-Coréens, qui se démarquent (enfin) des brutes épaisses, assommées par l'idéologie, que l'on retrouve dans tant d'autres films sud-coréens de l'époque (ou antérieurs) consacrés aux relations Nord-Sud. Il est vrai également que l'élection du Sud-Coréen Kim Dae-jung à la présidence de la République en Corée du Sud, en 1998, a permis d'engager un rapprochement Nord-Sud qui a desserré l'étau de la censure, héritée de l'époque de la junte militaire. Park Chan-wook reconnaît lui-même qu'il n'aurait pas pu tourner ce film, qui a connu un immense succès en salles en Corée du Sud, dix ans plus tôt.

Les héritages de Quentin Taratino et du film noir américain sont très prégnants dans ce long métrage palpitant, qui brosse avec subtilité les portraits de personnages complexes, loin des héros positifs qui peuplent la création artistique - commune à l'ensemble de la Corée - où l'artiste se doit avant tout d'être pédagogue et éducateur. Non que le film soit exempt d'un message que l'on considèrera comme politique (d'ailleurs, les seuls véritables héros, si l'on veut en trouver, sont un sergent nord-coréen et une Suissesse d'origine coréenne qui découvre qu'elle est la fille d'un général nord-coréen, ce qui est en soi une révolution conceptuelle), mais Park Chan-wook s'est intéressé à la beauté de la fraternisation entre Coréens du Nord et du Sud, dans une ode à la réconciliation et à la réunification qui résonnait fortement, après le premier sommet intercoréen du 15 juin 2000, et qui a - à ce titre - marqué des générations de Sud-Coréens dans leurs représentations des "frères ennemis" du Nord. A cet égard, le réalisme est servi par une série de références historiques exactes.

Le débat qui a suivi la projection a aussi mis en avant d'autres traits originaux du film : une représentation de la femme émancipée sous les traits de l'inspectrice suisse, un message homosexuel peu évident à nos yeux mais qui a soulevé l'intérêt de la critique française en 2018, et plus nettement une critique de l'institution militaire sud-coréenne au moment où la fin annoncée de la criminalisation des objecteurs de conscience en Corée du Sud rappelle que le service militaire reste un instrument privilégié du bourrage de crâne anti-Corée du Nord dans la très conservatrice société sud-coréenne.

"Joint security area" : un récit de fraternisation par delà la frontière
"Joint security area" : un récit de fraternisation par delà la frontière
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7 juillet 2018 6 07 /07 /juillet /2018 21:54

Il y a neuf ans, le 7 juillet 2009, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) créait sa page Facebook. A cette occasion, le 7 juillet 2018, l'AAFC a organisé la 4e rencontre entre ses membres Facebook (après les précédents événements Facebook de 2014, 2015 et 2016), toujours à la brasserie parisienne "Le Twickenham" - à une date qui coïncidait également (car tout est anniversaire en Corée) avec le 46e anniversaire du communiqué conjoint Nord-Sud du 4 juillet 1972 et le 24e anniversaire de la disparition du Président Kim Il-sung, fondateur de la République populaire démocratique de Corée, le 8 juillet 1994. 

L'AAFC a organisé sa quatrième rencontre Facebook

L'augmentation du nombre de membres de la communauté Facebook de l'AAFC suit la courbe ascendante des adhérents de l'association : ils étaient 394 membres sur Facebook fin juin 2015 et 793 trois ans plus tard, le 7 juillet 2018, soit une progression de 101 %. 

Outre la reprise des articles des différents blogs de l'AAFC, ainsi que ceux du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD), la page Facebook de l'AAFC s'est affirmée comme un espace privilégié de débats et d'informations sur la Corée (du Nord comme du Sud), sans attendre les publications sur les blogs de l'AAFC - pour les événements politiques, culturels, sportifs, économiques qui touchent l'ensemble de la péninsule. A ce titre, la communauté Facebook de l'AAFC se distingue nettement des autres communautés francophones sur la Corée - qui se limitent à un groupe particulier de personnes, ou à un type d'événements (en particulier, ceux liés à la K-Pop).

La rencontre Facebook du 7 juillet 2018 a également permis de débattre de l'actualité politique et diplomatique, quatre semaines après le sommet de Singapour du 12 juin 2018, des activités et des projets de l'Association. 

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30 juin 2018 6 30 /06 /juin /2018 08:28

Séparées par des milliers de kilomètres, la République de Cuba et la République populaire démocratique de Corée sont deux nations soumises à des agressions et à des sanctions de la part des États-Unis et de leurs alliés. États en résistance, les deux républiques sont également la cible de campagnes médiatiques de dénigrement à grande échelle depuis plusieurs décennies, rabaissant, pour une grande majorité du public, la connaissance de leurs réalités à des clichés et des stéréotypes véhiculés par leurs adversaires. Soucieux de resituer chacune des deux républiques dans son contexte historique et actuel, le Comité jeunes et étudiants de l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC) a organisé une réunion publique « Cuba et la Corée du Nord à l’épreuve de la guerre médiatique » le 26 juin 2018 à Paris, avec pour intervenants :

- pour Cuba, Viktor Dedaj, administrateur du site d’information legrandsoir.info, co-auteur (avec Danielle Bleitrach et Jacques-François Bonaldi) du livre Cuba est une île

- pour la Corée, le colonel Alain Corvez, ancien conseiller du général commandant la Force des Nations unies déployée au Sud-Liban (FINUL) et ancien conseiller en relations internationales aux ministères de la Défense et de l’Intérieur, se revendiquant du gaullisme et par ailleurs membre du comité Valmy.

La réunion, à laquelle ont participé des diplomates et/ou des représentants de la République populaire démocratique de Corée, de la République de Cuba et de la République bolivarienne du Venezuela, a été animée par Loïc Ramirez, président du Comité jeunes et étudiants de l'AAFC. 

Cuba et la Corée du Nord à l'épreuve de la guerre médiatique

En ouverture, Viktor Dedaj a tenu à rappeler le danger qui pèse sur la vie de Julian Assange, retenu depuis six ans à l'ambassade d'Equateur à Londres, et qui fait l'objet d'une violente vindicte américaine.

Il a ensuite souligné que la République de Cuba constituait un excellent exemple de désinformation, situé à l'épicentre des lignes de fracture Est-Ouest et Nord-Sud. Pour comprendre quels pays sont critiqués par les médias dominants, Viktor Dedaj a souligné la nécessité de réfléchir sur le modèle de société adopté dans les différents Etats de la planète :
- un premier cas de figure porte sur les pays dont les modèles est comparable au nôtre, qui ne sont pas critiqués dans la mesure où notre modèle économique et social est présenté comme le meilleur possible ;
- un deuxième cas concerne des pays dont le modèle économique et social est proche de celui des Etats occidentaux, comme le Venezuela - qui a fondamentalement une économie de marché et un système politique multipartite - mais qui ne sont pas pour autant exempts de critiques par les médias, le Venezuela étant ainsi régulièrement qualifié de "dictature" ;

- un troisième cas de figure porte sur les pays dont le modèle de société n'est en rien occidental, mais qui échappent pourtant à la critique systématique : l'Arabie Saoudite, bien qu'étant une dictature théologique de droite, n'est jamais stipendiée comme telle ; la Corée du Sud des généraux relevait aussi de cette catégorie ;
- une quatrième catégorie englobe les pays dont le système économique et social est différent du nôtre, et qui font l'objet de critiques nombreuses et systématiques (Cuba, la République populaire démocratique de Corée - Corée du Nord -, l'Iran...).


Ce rapide tour d'horizon montre qu'un pays n'est pas critiqué suivant son modèle économique et social ; le degré de mise en cause médiatique par la doxa occidentale dépend en réalité de son degré de résistance, que celle-ci soit à bon ou à mauvais escient. Et c'est bien tout le malheur de Cuba : avoir osé défié la superpuissance américaine toute proche, l'île n'étant située qu'à 150 kilomètres des côtes américaines.

Viktor Dedaj a ensuite examiné les axes du processus de désinformation. Celle-ci a comme instrument privilégié les fausses nouvelles, ou faked news, en mobilisant plusieurs moyens :
- le vocabulaire utilisé : dans le cas de Cuba, employer le termes "embargo" plutôt que celui (correspondant pourtant à la réalité, inavouable car relevant de la catégorie du crime contre l'humanité) de "blocus" ; désigner Fidel Castro comme le Leader Maximo, terme qu'on ne trouve nulle part dans les textes officiels cubains... ; 
- le deuxième outil repose sur la décontextualisation : l'agressivité américaine sera tue, le blocus sera présenté comme ayant prétendument été levé ; s'agissant enfin de l'accusation de terrorisme, on oubliera opportunément que 3000 attentats - faisant autant de morts (et, rapporté à la population française, l'équivalent de 20 000 morts) - ont été commis à Cuba ;

- le troisième outil est la fabrication de récits, comme celui d'Armando Valladarès, prisonnier qui écrit (un poète), en tout cas ancien policier du régime de Batista, arrêté pour avoir transporté des explosifs pour préparer des attentats contre Cuba socialiste, et faux paralytique. 

Les mêmes pays qui se revendiquent de l'Etat de droit n'ont pas hésité à le bafouer ouvertement : la loi Helms-Burton a ouvert le bal des lois d'extraterritorialité, ignorant le principe fondamental de territorialité de la loi (à savoir que la loi américaine s'applique aux Etats-Unis et pas dans le monde entier). Elle vise ouvertement le changement de régime économique et social à Cuba, et prévoit même que ceux qui se disent victimes de l'Etat cubain fixent eux-mêmes le montant des remboursements auxquels ils estiment avoir droit : nul doute que les multinationales feront preuve, comme toujours, de pondération et de modération, pour ne pas porter atteinte au bien-être du peuple cubain en réclamant des dommages et intérêts trop élevés. 

Le Colonel Corvez a ensuite abordé le cas nord-coréen, qu'il a étudié à partir de sa formation de géopoliticien. Ayant rappelé le paroxysme des tensions autour de la péninsule coréenne tout au long de l'année 2017, il avait alors affirmé (notamment dans une tribune de septembre 2017 intitulée "Corée : ne pas confondre coercition et dissuasion) que le danger d'éclatement d'une troisième guerre mondiale devait être écarté. En effet, le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un a parfaitement assimilé le concept de dissuasion nucléaire, et c'est parce que la Corée du Nord dispose désormais d'une force de dissuasion que - à l'instar de la France du général de Gaulle - le risque de guerre nucléaire esr désormais écarté. A cet égard, Alain Corvez rappelle la réponse faite par de Gaulle à Alain Peyrefitte sur le risque que comportait l'arme nucléaire française selon le porte-parole du Gouvernement à cette époque : 

Alain Peyrefitte dans son œuvre magistrale «C’était de Gaulle» rapporte comment le Général lui explique après l’explosion de la première bombe atomique française, qui n’était encore qu’une bombe A, le principe de la dissuasion :

«J’allais lui demander: ça ne vous fait rien de penser que vous pourriez… (Tuer vingt millions d’hommes deux heures après le déclenchement d’une agression)

Il me répond tranquillement: Précisément, nous ne les tuerons pas, parce qu’on saura que nous pourrions le faire. Et, à cause de ça, personne n’osera plus nous attaquer. Il ne s’agit plus de faire la guerre, comme depuis que l’homme est homme, mais de la rendre impossible comme on n’avait jamais réussi à le faire. Nous allons devenir un des quatre pays invulnérables. Qui s’y frotterait s’y piquerait mortellement. La force de frappe n’est pas faite pour frapper mais pour ne pas être frappé».

L'arme nucléaire est une menace pour l'humanité dont il faut se débarrasser. Mais en attendant la réalisation de cette promesse de fin de l'arme nucléaire, celle-ci constitue aujourd'hui une arme de non-emploi (à l'exception évidemment des bombardements américains sur Hiroshima et Nagasaki), dont la détention garantit l'absence d'attaque - et donc la paix. 

Toujours selon le Colonel Corvez, le sommet de Singapour du 12 juin 2018 a été la conséquence de la prise de conscience, par le Président Donald Trump, que la guerre nucléaire étant impossible, seule restait l'issue de la négociation. Le sommet a eu lieu aux conditions fixées par les Nord-Coréens, qui ont obtenu que le texte adopté évoque la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne (ce qui remet en cause la présence éventuelle d'armes nucléaires américaines en Corée du Sud, voire le parapluie nucléaire militaire américain sur la Corée du Sud) et que n'y figure pas, à ce stade, la formule, contraignante, de "dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible", mais seulement celle de denucléarisation "complète" et - comme cela vient d'être souligné - de toute la péninsule coréenne, à égalité de devoirs pour chacune des parties signataires. Cependant, pour sa part, le président américain peut se prévaloir d'être le premier commandant en chef des Etats-Unis à avoir réussi une telle négociation avec la Corée du Nord, là où ses prédécesseurs ont échoué. 

Au regard du précédent iranien, Alain Corvez a cependant exprimé sa conviction que la RPD de Corée ne procédera pas à sa dénucléarisation tant que les troupes américaines demeureront en Corée du Sud. 

L'accord trouvé entre les présidents Donald Trump et Kim Jong-un a toutefois soulevé une levée de boucliers de tous ceux qui s'opposent au président américain. A cet égard, les processus de désinformation à l'oeuvre pour Cuba se retrouvent dans le cas nord-coréen, et notamment la diffusion massive de fausses informations : faux écrivains comme Bandi, dissidents mentant sur ce qu'ils ont vécu (comme Park Yeon-mi et Shin Dong-hyuk, qui a eu, quant à lui, le mérite de se mettre en retrait, mais dont les ouvrages n'ont, eux, pas disparu des rayonnages des bibliothèques et des librairies). Tous les médias occidentaux prêtent leurs micros à ces auteurs ou à leurs porte-voix, amplifiant l'écho de prospères entreprises de propagande, ces ouvrages constituant les best-sellers sur la Corée du Nord, grâce à des diffusions massives en librairie sans équivalent pour aucun autre livre sur le même thème : le conditionnement des opinions publiques est à ce prix. 

Pour lutter contre la "mal-information", qui relève du mauvais exercice de la profession de journaliste, Viktor Dedaj a développé une méthode identifiant les contradictions du discours (les "ruptures narratives"), qu'il présente dans le cadre d' "ateliers d'auto-défense intellectuelle". 

En conclusion, Viktor Dedaj a appelé à mettre en avant certaines vérités tues par les médias dominants. Ainsi, Cuba a développé le plus fortement au monde l'agriculture biologique ; 40 000 médecins cubains sont envoyés gratuitement à l'étranger, pour des salaires modestes car ils ont embrassé leur profession par vocation et non par appât du gain. A Cuba, le médecin de quartier est par ailleurs responsable pénalement de ses fautes éventuelles dans les soins qu'il apporte aux familles de son périmètre d'intervention. Pour sa part, la Corée du Nord a généralisé la santé et l'éducation gratuites, adopté en 1946 la loi la plus avancée d'Asie de l'Est sur l'égalité femmes-hommes et apporté un soutien constant aux luttes de libération nationale des peuples soumis aux jougs colonial puis néo-colonial.

Cuba et la Corée du Nord à l'épreuve de la guerre médiatique
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20 juin 2018 3 20 /06 /juin /2018 21:56

Alors que le président nord-coréen Kim Jong-un a achevé sa troisième visite en Chine en l'espace de trois mois, et que le président sud-coréen Moon Jae-in s'apprête à partir pour la Russie pour rencontrer le président Vladimir Poutine (et accessoirement assister au match de la coupe du monde du football entre la Corée du Sud et le Mexique), la recomposition diplomatique en cours s'accélère, après le sommet de Singapour entre les présidents Donald Trump et Kim Jong-un. Pour sa part, le président américain s'est concerté avec son allié sud-coréen pour ne pas mener en août prochain les manoeuvres militaires américano-sud-coréennes - conformément à l'engagement qu'il avait pris de cesser les "exercices de guerre" "provocateurs" vis-à-vis de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Analyse - avec en annexe un compte rendu de l'entretien donné par le président de l'AAFC à RT France le 19 juin 2018.

Kim Jong-un et Xi Jinping le 19 juin 2018

Kim Jong-un et Xi Jinping le 19 juin 2018

Le chemin sera long sur la voie de la normalisation des relations entre les Etats-Unis et la RPD de Corée, d'autant que la dénucléarisation de la péninsule coréenne devra avoir pour contrepartie des garanties de sécurité à l'égard de la Corée du Nord non seulement de la part des Etats-Unis, mais aussi dans un cadre collectif amené à impliquer la Chine et la Russie. Dans ce contexte, il est logique que Pékin et Moscou souhaitent être étroitement associés au processus de recomposition diplomatique en cours. Si le troisième sommet entre Xi Jinping et Kim Jong-un a porté sur la dénucléarisation de la Corée, les relations bilatérales et l'amélioration des échanges économiques (en mettant notamment l'accent sur le renforcement des liaisons de transport, la présence du Premier ministre Pak Pong-ju aux côtés du dirigeant nord-coréen étant symptomatique de la priorité donnée au développement économique), une nouvelle fois le dirigeant nord-coréen a très certainement informé son allié chinois (en vertu du traité d'alliance de 1961, toujours valide) des résultats de sa rencontre avec le Président Trump - le numéro un chinois avait déjà rappelé, lors de sa première rencontre de 2018 avec le Président du Parti du travail de Corée, qu'il entendait réaffirmer l'alliance stratégique Pékin-Pyongyang, ce qui implique des échanges d'informations en ce domaine.

La Russie, d'une certaine manière en concurrence avec la Chine pour être un partenaire sinon privilégié du moins majeur de Pyongyang,  alors qu'elle n'est plus le principal partenaire politique et économique de la RPD de Corée depuis la disparition de l'URSS, a une diplomatie plus audacieuse : elle mentionne plus directement que la Chine a la nécessité de lever les sanctions économiques qui frappent la RPDC sans attendre la fin du processus de dénucléarisation qui, selon les experts, prendra des années. C'est en ce sens qu'il faut interpréter la visite d'Etat, au cours des prochains jours, de Moon Jae-in en Russie : alors que le dialogue direct qui s'est établi entre Washington et Pyongyang, avec Pékin en juge de paix, pourrait tendre à marginaliser Moscou et Séoul sur les questions de sécurité, ces deux capitales réaffirment leurs convergences de vue en ce domaine, dessinant une possible convergence qui permettrait à la Corée du Sud de s'affranchir (un peu) de la tutelle militaire américaine sans nécessairement devoir se coordonner avec la Chine (d'autant que le contentieux bilatéral sur le déploiement de THAAD n'est pas entièrement soldé). La Russie n'est peut-être plus un acteur économique majeur en Asie du Nord-Est, mais elle reste un membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies et a une courte frontière commune avec la Corée du Nord : alors que la relance du contentieux commercial entre Pékin et Washington ne fait pas nécessairement de la Chine le meilleur arbitre d'un différend potentiel entre la Corée du Nord et les Etats-Unis sur le rythme, les modalités et le contreparties du processus de dénucléarisation, la Russie pourra utilement apporter ses bons offices. Dans l'immédiat, il s'agit pour elle de ne pas être marginalisée dans le processus multilatéral en cours - si elle a été partie aux pourparlers à six sur la dénucléarisation de la Corée, elle ne figurait pas (de même que le Japon) dans les pourparlers à quatre qui s'étaient mis en place lors de la première crise nucléaire, dans les années 1990.

Reste l'inconnue japonaise. Le très conservateur Premier ministre japonais Shinzo Abe a dû être réconforté que Donald Trump ne signe pas un accord global détaillé le 12 juin 2018 : Tokyo a le temps d'infléchir sa stratégie d'intransigeance à l'égard de Pyongyang, le temps de voir la rapidité - ou non - de la résolution des questions en suspens entre la RPD de Corée et les Etats-Unis d'Amérique. Dans tous les cas, fautes d'alliés de premier plan pour maintenir une pression maximale sur Pyongyang, le Japon doit déjà se préparer à une inflexion diplomatique, qui pourrait passer par une normalisation des relations diplomatiques, voire une visite de Shinzo Abe à Pyongyang - tout en continuant certainement à défendre des positions sceptiques tendant à parier sur l'échec des discussions américano - nord-coréennes.

Annexe : compte rendu de l'interview sur RT France le 19 juin 2018, au journal de 21h

Magali Forestier (MF), présentatrice du journal télévisé reçoit le président de l’AAFC, Benoit Quennedey (BQ).

-MF : Donald Trump suspend les prochains exercices de guerre, il respecte ses engagements, c’était une volonté de la Corée du nord qui les considérait comme une agression.

-BQ : Ces exercices de guerre sont les plus grandes manœuvres militaires en temps de paix, et elles n’ont cessé de gagner en ampleur depuis leur début dans les années 1970. C’est d’ailleurs Donald Trump lui-même qui utilise le terme "exercices de guerre" en remarquant qu’ils ont un caractère "provocateur". Ceux-ci s'inscrivent dans le cadre des dispositifs OPLAN qui ont pour but un changement de régime à Pyongyang. Cette suspension tant qu’il y a des négociations en cours et que la Corée du Nord arrête ses essais nucléaires et de tirs balistiques intercontinentaux revêt une importance considérable. En d"autres termes, on crée les conditions de la confiance pour engager le dialogue sur une bonne voie.

-MF : Aujourd’hui le leader nord-coréen est en Chine, quel est l’objet de cette visite ?

-BQ : C’est la troisième visite en trois mois. La Chine est le poumon économique de la Corée du Nord. Celle-ci est étranglée par des sanctions économiques. Donald Trump a dit que la levée des sanctions n’était pas à l’ordre du jour. Mais au-delà du vote par le Conseil de sécurité de l’ONU, la Chine a une certaine marge de manœuvre dans leur application. Le premier objectif des Nord-Coréens est d’obtenir un soutien chinois en cas d’échec des négociations avec les Américains et déjà de subir une application moins stricte des sanctions. Deuxième objectif important : la Chine et la Corée du Nord restent liées par une alliance militaire datant de 1961, aux termes de laquelle les deux parties doivent se consulter sur les questions d’intérêt mutuel. On peut donc penser que les Nord-Coréens ont rendu compte de la rencontre avec le président Donald Trump, ce qui répond aussi à la volonté des Chinois d’être pleinement partie prenante du jeu diplomatique qui se met en place.

-MF : Cette cessation des manœuvres militaires fait extrêmement peur au Japon qui a toujours compté sur son allié américain pour protéger cette région. Donald Trump prend des décisions sans même consulter ses alliés historiques...

-BQ : Lors de son annonce du 12 juin, ni le commandement américain, ni la Corée du Sud n’avaient manifestement été informés et ils ont réagi avec surprise. Le Japon est dans un situation de confrontation ancienne avec la Corée du Nord au point d’avoir participé aux récentes manœuvres militaires américano-Sud-Coréennes. Le Japon a poussé à la montée des tensions et est aujourd’hui dans une position jusqu'au-boutiste dans laquelle il s’est un peu marginalisé. Comme lors de l’établissement des relations entre les Etats-Unis et la Chine populaire en 1972 le Japon ne veut pas être marginalisé… On peut penser que le Japon vise un sommet avec la Corée du Nord. Dans le jeu diplomatique en cours c’est la dernière pièce du puzzle qui manque.

- MF : Donald Trump a tendance à annoncer les choses de façon rapide sans même consulter parfois ses conseillers à la défense. Il semble que certains membres du Pentagone aient été surpris.

BQ : Les membres du Pentagone sont extrêmement réticents vis-à-vis de la Corée du Nord qu’ils considèrent comme un pays retors et susceptible de ne pas tenir ses engagements, mais les Etats-Unis ont montré qu’ils ne tenaient pas non plus leurs engagements. On est dans un jeu de poker menteur. Il faut aussi voir que dans l’administration américaine il n’y pas un bloc homogène. Entre Mike Pompeo qui est devenu l’interlocuteur des Nord-Coréens et qui a rencontré plusieurs fois Kim Jong-un à Pyongyang, et John Bolton le faucon interventionniste qui justifie la guerre en Irak, hier, aujourd’hui et s'il le faut demain, les positions ne sont pas du tout les mêmes. Il est probable que, pour ne pas avoir de bâtons dans les roues, Donald Trump a choisi les interlocuteurs qu'il a mis dans la confidence.

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20 juin 2018 3 20 /06 /juin /2018 11:47

Le 9 juin 2018, à la veille du sommet historique entre Donald Trump et Kim Jong-un à Singapour le 12 juin dernier, Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), a été invité par l'association Rennes-Chine à s'exprimer sur les relations sino-coréennes, ainsi que sur l'actualité du processus de paix. Cette conférence-débat a été organisée avec le soutien du comité Bretagne de l'AAFC - et notamment d'Yves et Thérèse Broustail à la fois membres de Rennes-Chine et responsables de l'AAFC-Bretagne, avec Djimadoum Ley-Ngardigal, président du comité régional Bretagne de l'AAFC. L’association Rennes Chine est la continuatrice locale de l’Association des Amitiés Franco-Chinoises créée en 1952 et dissoute en 1989. A ce titre elle est membre de la Fédération des Associations Franco-chinoises. Tout en remerciant l'association Rennes-Chine pour cette initiative, et plus particulièrement sa présidente Marie-Madeleine Flambard, nous reproduisons ci-après le compte rendu de cette manifestation publiée par Rennes-Chine.

Débat à Rennes sur les relations sino-coréennes

Préalablement à la conférence, l'association Rennes-Chine avait publié un flyer que nous reproduisons ci-après.

La Chine,la Corée et la paix

L’Association Rennes-Chine vous propose une rencontre avec Benoît Quennedey  le samedi 9 juin à 15 h, consacrée aux relations anciennes et actuelles entre la Chine et la Corée axée sur la recherche d’une paix durable dans la péninsule coréenne. Que savons-nous de la Corée ? La Corée a été annexée par le Japon en 1910. Au lendemain de la capitulation du Japon le 15 août 1945, la Corée, après trente-cinq années d’occupation japonaise, a été divisée de part et d’autre du 38e  parallèle, ligne  de démarcation des zones d’occupation américaine et soviétique.

 La mise en place par les Etats-Unis dès 1947 d’un gouvernement séparé au sud (création en mai 1948 de la République de Corée au sud), puis de la République populaire démocratique de Corée au nord en septembre 1948, a entériné la division de la nation coréenne. Cette partition arbitraire a engendré la guerre de Corée de 1950 à 1953, qui a causé près de trois millions de morts. La Chine a participé aux côtés du peuple coréen à la lutte contre les troupes américaines (le fils aîné du président Mao Zedong,  Mao Anying est mort sous les bombardements américains en 1950). La République Populaire de Chine fut signataire, ainsi que la Corée du Nord et les Etats-Unis, de l’accord d’armistice de Panmunjom en 1953.

Depuis plus d’un demi-siècle, aucun traité de paix n’a été conclu après l’armistice. Près de 30 000 soldats américains stationnent toujours au sud. Malgré la séparation de millions de familles, les Coréens, du Nord, du Sud et de la diaspora, constituent un seul peuple, partageant une même langue et une histoire commune de plus de 5 000 ans. Aujourd’hui après de multiples épisodes de confrontation et d’épreuves un processus de paix est engagé qui inclut toutes les parties. Le 12 juin, les présidents Kim Jong-un et Donald Trump se sont donnés rendez-vous  à Singapour.

Benoît Quennedey  président de L’Association d’amitié franco-coréenne, ancien élève de l’ENA, a visité à de nombreuses reprises la Corée du Nord, la Corée du Sud et la préfecture autonome coréenne de Yanbian dans la province chinoise de Jilin. Invité régulièrement dans les médias comme expert sur la Corée, il est l’auteur de plusieurs ouvrages dont « La Corée du Nord cette inconnue » aux éditions Delga.

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Le lac de cratère à la frontière de la Chine et de la Corée, au sommet du Mont Paektu en coréen ou Chang Bai Shan en chinois. L’une des premières phrases du président sud-coréen,  Moon Jae-in à son homologue nord-coréen lors du sommet du 27 avril 2018 a été de dire combien il voulait aller au mont Paektu et Kim Jong-un l’a invité à y venir : c’est la montagne sacrée de tous les Coréens.

Le lac de cratère à la frontière de la Chine et de la Corée, au sommet du Mont Paektu en coréen ou Chang Bai Shan en chinois. L’une des premières phrases du président sud-coréen, Moon Jae-in à son homologue nord-coréen lors du sommet du 27 avril 2018 a été de dire combien il voulait aller au mont Paektu et Kim Jong-un l’a invité à y venir : c’est la montagne sacrée de tous les Coréens.

Compte-rendu de la conférence

Malgré les mauvaises conditions météo annoncées (alerte orange aux orages et inondations) plus de 40 personnes ont participé aux deux heures et demie d’exposé et de débat.

Tout d’abord pendant une heure très dense, le conférencier a balayé plusieurs millénaires d’histoire commune mais aussi singulière des peuples et états chinois et coréen(s). Il serait trop long de vouloir reprendre tout ce qui a été dit sur les aspects culturels, linguistiques etc. depuis la haute antiquité mais l’assistance était très attentive. Une histoire partagée fondée sur des bonnes relations de voisinage géographique mais aussi sur des relations inter-étatiques d’intérêts. Aujourd’hui la Corée du Sud est dans une alliance avec les Etats-Unis mais a des relations diplomatiques avec la République Populaire de Chine depuis 1992, qui est devenue par ailleurs son premier partenaire dans les échanges économiques. La Corée du Nord est formellement toujours liée avec la Chine par le Traité d’Amitié, de Coopération et d’Assistance Mutuelle signé le 11 juillet 1961 à Beijing par Zhou Enlai et Kim Il-sung.

L’accent a été mis sur les tensions entre la Chine et la Corée du Sud suite à l’accord de cette dernière pour l’installation sur son sol du système américain de protection anti-missiles THAAD dont, aux yeux des Chinois, le prétexte nord-coréen cache la réalité de menaces contre la défense nationale Chinoise.

Les deux rencontres récentes entre les leaders chinois et nord-coréen montrent l’importance réciproque accordée par ces deux pays au processus en cours. La question de la levée des sanctions a probablement été abordée. La Chine n’est pas marginalisée ; elle sera forcément partie prenante dans la résolution du dernier conflit issu de la guerre froide et elle y a de plus un intérêt pour développer économiquement sa région Nord-Est. L’engagement de Kim Jong-un correspond entièrement aux aspirations chinoises de baisse des tensions, de stabilité et de prospérité économique.

Débat à Rennes sur les relations sino-coréennes

Place aux questions.

Ensuite 90 minutes de questions/réponses dans une ambiance calme et presque studieuse :

Avec un leader nord-coréen presque divinisé dans son pays comment envisager l’évolution des relations Nord-Sud ?

Benoît Quennedey rappelle l’origine de cette relation aux dirigeants, et fait aussi remarquer qu’il n’y a pas de badge à l’effigie de Kim Jong-un ni de portraits omniprésents de sa personne. Balayage des différents types d’unification avec l’Allemagne, le Yémen, Chine/Hong Kong et Macao et les visions des deux Corées dont celle du Sud qui s’inspire de l’Union européenne.

Comment les Nord-Coréens ont-ils obtenu l’arme nucléaire ?

Ils ont probablement bénéficié d’aide de certains experts pakistanais et peut-être avec l’effondrement de l’URSS de certains ex-soviétiques mais ils ont de très bons chercheurs et leur niveau en mathématiques et physique est avéré.

Quel est le poids du complexe militaro-industriel nord-coréen ?

« J’ai écrit un livre sur l’économie de ce pays mais je ne peux pas vous donner une réponse précise ». En effet le poids de l’armée est important mais celle-ci fait beaucoup de choses dans le domaine économique. On peut estimer ce poids entre un quart et un tiers du PIB.

Comment les Nord-Coréens voient-ils l’évolution des choses ?

Le Sud a souvent été perçu comme un lieu de corruption et de dépendance par rapport aux Etats-Unis mais cette perception évolue.

Quel est le taux de croissance, quelle est la place des jeunes et des femmes ?

Depuis pas mal d’années, le Nord ne publie plus de statistiques économiques, le Sud le fait mais elles sont souvent biaisées politiquement. « Selon les données du Sud, il y aurait eu de 1999 à nos jours de 1 à 2% de croissance par an mais je pense que c’est plutôt de 3 à 5 % »..  La place des femmes a grandi dans le domaine économique et en particulier avec la nécessité à la fin des années 1990, face aux grandes difficultés, de survivre sans compter sur l’Etat. Le nombre de divorces a augmenté. Au Nord, la pratique de l’IVG est plus libérale qu’au Sud.

Pouvez-vous comparer les systèmes éducatifs du Nord et du Sud ?

Les étudiants du Nord sont salariés par l’Etat. Au Sud les universités sont dirigées par les grands consortiums comme Samsung. A noter que durant le régime de dictature militaire au Sud les universités étaient des foyers de résistance étudiante.

Ensuite les questions se sont tournées nettement vers l’actualité symbolisée par l’approche du sommet historique de Singapour, les intérêts du Nord, des Etats-Unis, de la Chine, du Japon, leurs approches réciproques.

Le conférencier, après avoir détaillé les options possibles, a conclu en donnant sa vision personnelle.

Pour le Nord, le développement économique est une priorité. Si les sanctions peuvent être levées et des garanties de sécurité obtenues, ce sera une bonne affaire et cela vaut la peine d’essayer. Probablement que la rencontre du 12 juin débouchera sur l’établissement d’un cadre général pour l’ouverture de longues négociations impliquant des contreparties réciproques à chaque étape de compromis et le renforcement de la paix.

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15 juin 2018 5 15 /06 /juin /2018 14:38

Le sommet de Sentosa, à Singapour, le 12 juin 2018 a donné lieu à une importante couverture médiatique : le matin du sommet, Benoît Quennedey, président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), est intervenu sur le plateau de RT France ; le soir même, il faisait partie des experts invités par France 24 pour s'exprimer dans le cadre du débat d'actualité The Debate. Nous rendons compte ci-après de ces deux émissions.

Intervention de Benoît Quennedey au journal télévision de RT France le 12 juin 2018, à 7h (heure de Paris), alors qu’une déclaration - dont le contenu n'était alors pas encore connue - était annoncée à l’issue du sommet (en cours).

La journaliste Dora Abdel Razic (DAR) interroge Benoît Quennedey (BQ), président de l’AAFC.

DAR : Kim Jong-un est apparu souriant face à Donald Trump, les deux hommes ont un caractère imprévisible, quel scénario prévoyez-vous pour les heures à venir ?

BQ : Ce sommet historique entre un président américain en exercice et le dirigeant suprême nord-coréen a été voulu par les deux parties. Rien n’a été laissé au hasard, compte tenu du passé d’hostilité entre les deux pays. Cette rencontre avec un président américain en exercice est un objectif de longue date de la Corée du Nord. Kim Jong-un est souriant mais le fait que Trump ait l’air grave a été étudié pour ne pas troubler une partie des Américains.

DAR : Un dirigeant va-t-il avoir l’ascendant sur l’autre ?

BQ : Non, car ce serait une humiliation pour chacun des deux. L’important est la déclaration qui va être signée. Elle comprendra sans doute l’objectif de dénucléarisation, mais s’agira-t-il de la seule Corée du Nord ou, comme dans la récente déclaration commune Nord-Sud, de l’ensemble de la péninsule, donc aussi du territoire sud-coréen ? Un signal concernant la levée des sanctions sera-t-il donné ? L’objectif d’une paix durable et peut-être aussi des annonces de visite de Kim Jong-un aux Etats-Unis ou de Donald Trump en RPDC peuvent être envisagés.

DAR : Sur ces différents dossiers quelle est la place des autres acteurs, Corée du Sud, Chine … ?

BQ : Jusqu’ici l’approche américaine était multilatérale jusqu’à ce que Donald Trump, à l’automne 2017, menace de détruire la RPDC. On mesure donc le chemin parcouru. Pour la Corée du Sud, comme l'a observé le Président Moon Jae-in,  c’est le début d’un long processus, car aujourd’hui ce sera la signature d’une déclaration de principes plus que la présentation d’une feuille de route. Bien sûr, la Chine dont le dirigeant a rencontré deux fois en 40 jours son homologue nord-coréen, ne peut qu’approuver cette démarche de dialogue qu’elle a toujours appelée de ses vœux. Si un traité de paix remplace l’armistice, la Chine sera partie prenante, ayant participé au conflit de 1950-1953. Elle aura aussi un rôle à jouer dans le système de garanties collectives de sécurité que la Corée du Nord exigera en contrepartie de sa dénucléarisation. La Russie a aussi un rôle à jouer dans un tel système et une rencontre est d’ailleurs prévue entre les dirigeants russe et nord-coréen.

DAR : On a vu la destruction du site d’essais nucléaires nord-coréen, est-ce un pas en avant, un signe positif ?

BQ : Oui, et les Nord-Coréens ont multiplié les gestes concrets avec aussi la libération des trois ressortissants américains qui étaient emprisonnés.  Maintenant la RPDC attend des gestes concrets des Américains et pas seulement des déclarations d’intentions. Elle attend de voir ce qu’ils vont mettre sur la table des négociations.

The Debate (Le débat) sur France 24 (version anglophone). Le 12 juin2018, le journaliste franco-américain François Picard anime une émission de 19h10 à 20h00 sur la « poignée de mains historique » à Singapour.

Deux participants en duplex depuis les Etats-Unis : Katharine Moon (KM) titulaire de la chaire d’études Asiatiques Wasserman au collège Wellesley (Massachusetts), d’origine coréenne, et Sam Nunberg (SN) ancien conseiller de la campagne électorale de Donald Trump.

Deux participants français sur le plateau : Antoine Bondaz, enseignant à l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris, et Benoît Quennedey, président de l’AAFC. Compte tenu de la longueur de ce débat seuls des extraits sont repris ci-après.

L’animateur (A) s’adresse en premier à Katharine Moon pour lui demander, en entendant la voix de Kim Jong-un évoquer un avenir brillant pour la République populaire démocratique de Corée (RPDC), ce qu’elle en pense de cette déclaration.

KM : Cela fait deux fois que je l’entends parler et je dois dire qu’il manie la langue coréenne avec éloquence, avec gravité et en utilisant des mots très simples. Il est très efficace et j’ai été impressionnée ces deux foix. Il semble très à l’aise et très désireux d’être pleinement un nouvel acteur sur la scène internationale

A : Nous avons toujours du mal à comprendre la structure du pouvoir à Pyongyang. Est-il vraiment le seul à tenir les rênes du pouvoir ?

KM : Oui, c’est lui qui dirige mais la Corée du Nord est un pays complexe et il doit prendre en compte des intérêts différents. Il a des défis importants à relever. D’abord gérer le commandement militaire qui se voit mis de côté avec les pourparlers. Economiquement il doit aussi tenir compte de ceux qui se sont enrichis avec les réformes et qui se demandent s’ils vont être les gagnants ou les perdants des annonces qui ont été faites très clairement.

A : Antoine Bondaz, qu’en pensez-vous ?

AB : C’est une rencontre historique mais pas un accord technique de dénucléarisation, ni même quelque chose se rapprochant de ce qui été conclu dans le cadre de l’accord avec l’Iran. C’est une déclaration d’intentions qui est vague et ne reprend pas les termes de dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible. Mais au moins, nous allons dans la bonne direction.

A : Va-t-on dans la bonne direction Benoît Quennedey ?

BQ : Oui. Je ne suis pas aussi sévère qu’Antoine Bondaz. Bien sûr c’est une déclaration d’intentions mais si nous considérons la déclaration commune de Panmunjom des deux dirigeants coréens le 27 avril 2018, nous voyons qu’elle incluait non seulement l’objectif de dénucléarisation mais aussi celui d’un traité de paix, qui sont cette fois repris dans une déclaration entre Américains et Nord-Coréens. La déclaration de ce jour prévoit aussi concrètement le rapatriement des restes de soldats américains morts en Corée entre 1950 et 1953. Le plus important est qu’il s’agit du début d’un processus qui sera long et difficile, mais si nous nous souvenons qu’il y a neuf mois Donald Trump menaçait à l’ONU de détruire la Corée du Nord nous pouvons apprécier le chemin parcouru depuis lors.

AB : Il n’y a rien de nouveau dans cette déclaration, par rapport aux engagements antérieurs de la Corée du Nord (notamment en 2005 et 2012), y compris la question du rapatriement des restes de soldats morts en Corée.

A : Sam Nunberg, êtes-vous d’accord ?

SN : Je suis en complet désaccord avec le dernier analyste qui vient de parler. Je sais que je parle à une audience européenne et vous devez mettre de côté votre aversion pour Donald Trump. Il a hérité d’une situation difficile, Barack Obama lui avait dit que c’était la menace numéro un et celui-ci a été très près d’un bombardement de la Corée du Nord. Donald Trump a une nouvelle approche et c’est ce que veulent les Américains. Les accords cités par l’analyste précédent comme celui de 2005 ont été des échecs constants de la diplomatie classique, ce dont nous ne voulons plus. Donald Trump ne lève pas les sanctions, il veut des gestes de Kim Jong-un. Si Kim Jong-un comprend qu’en échange de la dénucléarisation il obtiendra un  développement économique de son pays il acceptera cet accord.

A : Votre réaction, Katharine Moon ?

KM : Alors que Donald Trump avait annoncé un nouvel accord qui serait du jamais vu, celui qui a été conclu est inférieur aux attentes. Donald Trump a aussi cédé en renonçant aux manœuvres militaires conjointes avec les Sud-Coréens.

Puis le reporter de France 24 reprend la parole pour dire qu’au cours de la journée Donald Trump a été un « président normal », comme s’il avait rencontré Emmanuel Macron…

A : Trump parle du caractère provocateur des manœuvres. Etes-vous surpris Antoine Bondaz ?

AB : Je suis très surpris, il est en train d’affaiblir l’alliance avec la Corée du Sud, en mentionnant un possible retrait des troupes américaines de Corée du Sud sans réelles raisons alors qu’il parle d’exercices militaires qui sont plus que justifiés et défensifs par nature. Soyons clairs : Trump offre des concessions au Nord alors que celui-ci n’a rien fait. Le gel des essais nucléaires et des tirs de missiles ne veut rien dire.

SN : Nous n’abandonnons pas la Corée du Sud, nous installons là-bas le système THAAD. Ceux qui sur votre plateau critiquent l’abandon des manœuvres militaires doivent avoir à l’esprit qu’il s’agit des plus importants exercices militaires de l’histoire de l’humanité. Trump a fait un geste de bonne volonté, nous Américains ne voulons pas envoyer 300 000  soldats faire la guerre en Corée – car nous savons que ce serait à nous de le faire en cas de nécessité.

KM : Je vous interromps pour dire que c’est vrai que ces manœuvres sont devenues trop importantes, mais je précise qu’elles incluent 300 000 soldats sud-coréens et pas américains…Trump a fait cette annonce sans en informer son ministère de la Défense ni le gouvernement sud-coréen qui ont aussitôt déclaré qu’ils n’étaient pas au courant.

(…)

A : Benoît Quennedey, qu’en dites-vous ?

BQ : Il faut être clair. Comme cela a été dit, tout ce qui a été essayé avec la Corée du Nord n’a pas fonctionné. Je regrette d’avoir à le dire mais l’action de  Barack Obama a été un désastre au regard des objectifs visés, puisque  la Corée du Nord s’est équipée d’armes nucléaires et de missiles. Au moins Donald Trump a essayé et réussi à entamer un dialogue. L’arrêt des manœuvres n’affaiblit nullement l’alliance américano-sud-coréenne, mais par contre favorise le dialogue Nord-Sud que souhaite par ailleurs le président sud-coréen Moon Jae-in.

AB : Je ne suis pas sûr que les Japonais vont  penser ainsi. La diminution de l’ampleur des exercices militaires est différente de leur suspension, ce qui est une demande des Chinois et des Russes. Beijing aujourd’hui doit très content.

A : Katharine Moon, n’avez-vous pas l’impression que le leader japonais Shinzo Abe doit aujourd’hui se sentir un peu seul ?

KM : Les choses ne se passent pas comme il l’aurait voulu mais il envisage déjà un sommet avec Kim et je suis persuadée que ce sommet aura lieu car c’est une bonne période pour Kim.

Projection de la vidéo américaine montrant la future Corée du Nord en plein boom économique.

A : Benoît Quennedey, que peuvent penser les Nord-Coréens d’une telle vidéo ?

BQ : Depuis l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un l’opinion publique nord-coréenne s’est habituée à un changement de styles. Rappelons nous en 2012 l’apparition des  personnages de Walt Disney dans des représentations artistiques du groupe Moranbong, alors nouvellement constitué. La Corée du Nord est déjà en boom économique, mais bien sûr un boom d’ampleur limitée à cause des sanctions dont les Nord-Coréens souhaitent avant tout la levée - et probablement sur ce point ont-ils l’oreille de la Chine.

A : Sam Nunberg, voyez-vous l’avenir de la Corée du Nord comme une démocratie occidentale ou plutôt comme la Chine ?

SN : C’est un sujet que j’ai souvent abordé avec le président Trump, il offre à la Corée du Nord la possibilité de suivre un développement comparable à celui la Chine, où Kim Jong-un resterait au pouvoir et dans lequel les Nord-Coréens seraient prospères.

A : Antoine Bondaz, pensez-vous aussi que Donald Trump offre à la Corée du Nord de suivre la voie empruntée par le modèle chinois ?

AB : Le Nord aura beaucoup de mal à mener de vraies réformes économiques. Leur dilemme est de savoir comment obtenir un développement économique tout en gardant un contrôle de la population.

KM : Toute voie qui sortirait ce pays de la voix nucléaire serait la bienvenue. Je ne suis pas sûre qu’ils aient le désir de suivre la voie chinoise. Ils sont très fiers, surtout par rapport aux grandes puissances. Ils vont  choisir  leur propre modèle et jouer des contradictions entre les grandes  puissances  pour obtenir un soutien économique. C’est ce que tout dirigeant conscient dans un pays souverain devrait faire. Les Sud-Coréens sont soulagés que le sommet se soit passé sans anicroches mais les Sud-Coréens conservateurs sont inquiets, ce qui pourrait se refléter dans les élections à venir [NdA : les élections locales du 13 juin 2018 ont au contraire été un désastre pour les conservateurs sud-coréens].

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11 juin 2018 1 11 /06 /juin /2018 11:29

Annoncé par le président américain Donald Trump, annulé par ce dernier puis finalement confirmé après une série d'échanges diplomatiques ayant notamment impliqué la République de Corée (Corée du Sud) et la République populaire de Chine, la rencontre au sommet entre les présidents Kim Jong-un et Donald Trump devrait finalement bien avoir lieu, sauf accident, ce mardi 12 juin 2018 à Singapour, où les deux dirigeants sont déjà arrivés. Nous revenons sur les enjeux de cette première rencontre entre un président américain en exercice et un dirigeant suprême nord-coréen, en joignant un compte rendu de deux interventions de Benoît Quennedey, président de l'AAFC, sur France 24 (canal anglophone et canal francophone) le 11 juin 2018.

Qu'attendre du sommet entre Kim Jong-un et Donald Trump ?

Les sceptiques en ont été pour leurs frais : sauf accident, le sommet de Singapour aura bien lieu, entre deux dirigeants dont les pays avaient été au bord d'une guerre nucléaire en 2017 - même si les réactions du président américain à l'époque doivent être resituées dans le contexte d'une montée des enchères, conformément à son style de négociations, fort peu diplomatique, qu'il avait exposé dans L'Art de la négociation - et dont Dennis Rodman se targue d'avoir offert un exemplaire au dirigeant nord-coréen.

Les Nord-Coréens ont mis sur la table le principe d'une dénucléarisation dont les modalités et le terme devront encore faire l'objet de négociations, tout en multipliant les geste de bonne volonté. Les Américains ont pris conscience que les négociations sur la dénucléarisation de la Corée du Nord, en contrepartie d'engagements tangibles de sécurité collective (dans le cadre d'un processus multilatéral appelé à impliquer la Chine et la Russie) et d'une nécessaire levée par étapes (et non in fine) des sanctions internationales, seront nécessairement longues et feront l'objet de discussions ultérieures - où les menaces de rupture, exprimées par l'une ou l'autre parties, sont à attendre. Mais le Président Donald Trump, homme de communication plus que de dossiers, laissera à ses collaborateurs le soin de négocier des détails qui s'avèreront pourtant décisifs, en écartant les "faucons" de son administration (comme son conseiller John Bolton) de ce dossier sensible. Dans un premier temps, il s'agit d'abord pour lui d'établir un climat de confiance en montrant qu'une entente est possible avec les Nord-Coréens, à contre-courant des précédentes administrations présidentielles américaines qui ont laissé pourrir une situation de tensions.

Si un communiqué conjoint devait être publié à l'issue de la rencontre (et les deux parties ne peuvent que le souhaiter), il devrait réaffirmer des principes qui ne sont pas sans portée réelle : l'objectif de la signature d'un traité de paix, avec en contrepartie des engagements de sécurité pour Pyongyang (et un possible sommet trilatéral avec le président sud-coréen Moon Jae-in, voir quadripartite avec le président chinois Xi Jinping) ; une invitation de Kim Jong-un aux Etats-Unis et de Donald Trump à Pyongyang ; la perspective de l'établissement de relations diplomatiques bilatérales ; des échanges culturels et sportifs ; la venue symbolique d'entreprises américains à Pyongyang (on évoque McDonald's), la possible restitution aux Etats-Unis, à terme, du navire espion Pueblo, capturé par les Nord-Coréens il y a 50 ans... Les thèmes de convergences sont nombreux, même si d'autres sujets de désaccord peuvent envenimer un processus qui n'en est qu'à ses débuts et reste fragile : la mise en place du dispositif THAAD en Corée du Sud et la poursuite des manoeuvres américano-sud-coréennes d'un côté, les programmes balistiques (et les autres programmes d'armements conventionnels) et spatiaux de la Corée du Nord de l'autre... Mais Donald Trump est résolu à aller de l'avant - refusant désormais le terme de "pression maximale" sur la Corée du Nord auquel les Japonais et les Français restent attachés - comme l'a montré leur prise de position lors du dernier sommet du G7 - quitte à ne pas comprendre les évolutions diplomatiques en cours dans cette partie du monde, en ayant un train de retard.

Annexe - SOMMET HISTORIQUE DE SINGAPOUR J-1, France 24 invite l’AAFC à commenter l’actualité.

Le lundi 11 juin à 8h30 le présentateur (P) de la chaine France 24 (version anglophone) pose trois questions à Benoit Quennedey (BQ), président de l’AAFC, lors du journal télévisé.

P- Le monde attend beaucoup de cette rencontre. Que pensez-vous qui puisse être réellement atteint ?

BQ- Il faut être modeste car nous avons vu que le président Donald Trump peut changer très rapidement de position. Les deux leaders vont sans doute essayer de se tester mutuellement afin de voir jusqu’où l’autre est prêt à aller. Nous pouvons attendre d’importantes déclarations comme l’affirmation de la recherche d’un traité de paix et la réaffirmation par Pyongyang de sa dénucléarisation. Entre deux pays techniquement toujours en état de guerre c’est très important.

P- Pourquoi Pyongyang a-t-il changé de ton et de position et pourquoi avec ce président américain en particulier ?

BQ- Les Nord-Coréens ont déjà eu affaire aux diplomates américains mais ceux-ci n’envisageaient pas vraiment un processus de paix. Donald Trump a une diplomatie non-conventionnelle et les Coréens se sont dit pourquoi ne pas essayer avec ce président, même s’il a menacé de détruire leur pays à la tribune des Nations unies à l'automne 2017.

P- Et le rôle de la France et des puissances occidentales dans ce contexte ?

BQ- La France n’a pas, jusqu’à présent, joué un grand rôle et elle perdu une occasion de le faire. En particulier au Conseil de Sécurité de l’ONU entre le bloc anglo-saxon et celui des Chinois et Russes elle aurait pu avoir un rôle utile. L’Union Européenne, comme dans le cas de la Palestine, peut jouer un rôle dans le futur en matière d’aide économique et d’investissements.
 

A 9h00 changement de plateau c’est le journal « Paris Direct », la version francophone de France 24, avec deux journalistes Pauline Godart et Florent Rodo (J).

J- Quelles sont les intentions réelles de Kim Jong Un ? Recherche-t-il réellement un accord ?

BQ- la Corée du Nord obtient ce qu’elle a recherché depuis des années, un dialogue direct avec un président américain en exercice et ne peut pas sortir du sommet sans au moins un accord a minima sur les principes à savoir l’avancée vers des garanties de sécurité et la levée des sanctions.

J- Kim Jong -un obtient un statut diplomatique international..

BQ- C’est certain avec la multiplication des rencontres avec les présidents de Corée du Sud de Chine Populaire, une invitation en Russie il passe du rôle du méchant à celui de faiseur de paix.

J- Sur quoi peut déboucher ce sommet ?

BQ-  Le sommet débouchera probablement sur un début de clarification sur le terme de dénucléarisation, car les conceptions des deux parties sont différentes à ce sujet, et sur l’obtention de garanties de sécurité collective par Pyongyang. Les Etats-Unis veulent aller plus loin et prévoir d’autres rencontres mais les Nord-Coréens attendent de voir ce que les Américains mettront sur la table.

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8 juin 2018 5 08 /06 /juin /2018 22:32

Dans son édition du 7 juin 2018, Lina Sankari, spécialiste de la Corée à L'Humanité, a fait une présentation de l'ouvrage La Corée du Nord, cette inconnue (publié en 2017 aux éditions Delga) dans le quotidien communiste. Nous publions ci-après des extraits de sa critique. 

Lina Sankari présente "La Corée du Nord, cette inconnue" dans "L'Humanité"

Lina Sankari a cité à plusieurs reprises l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) dans ses articles. Sa recension d'un des deux ouvrages publiés par Delga et consacrés à la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) - avec Comment peut-on être Coréen (du Nord) ? de Robert Charvin, vice-président de l'AAFC, est toutefois la première publiée à notre connaissance dans un quotidien national français. 

D'emblée, Lina Sankari souligne la nécessité de dépasser les clichés et les idées reçues : 

Il est des images inévitables. À propos de la Corée du Nord, le cliché confine aux défilés militaires, aux foules endoctrinées et éplorées à la mort de chacun de ses dirigeants et à une famine que l’on voudrait endémique. Dans un essai pédagogique, Benoît Quennedey, président de l’Association d'amitié franco-coréenne confronte données fiables et travaux universitaires afin de comprendre le pays et ses évolutions.

Lina Sankari observe que l'ouvrage "passe au crible le système politique, économique et social" et aborde les enjeux militaires et diplomatiques, tout en concluant que 

[il] explique comment les agressions extérieures, l'impasse diplomatique et les sanctions ont jusqu'alors bloqué toute ouverture et développement du pays. A méditer à l'aune des sommets à venir entre les deux Corées puis entre Donald Trump et Kim Jong-un.

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