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9 avril 2016 6 09 /04 /avril /2016 15:17

Le 13 avril 2016 les électeurs sud-coréens renouvelleront les 300 sièges de la Chambre des députés pour la vingtième législature (2016-2020). A quatre jours du scrutin, l'AAFC revient sur la situation politique et les enjeux des élections, avant une diffusion en direct des résultats sur sa page Facebook le mercredi 13 avril à partir de 13h (heure française). 

Le vote anticipé, pour les électeurs indisponibles le 13 avril, se tient les 8 et 9 avril.

Le vote anticipé, pour les électeurs indisponibles le 13 avril, se tient les 8 et 9 avril.

Les précédentes élections de 2012 et l'assemblée sortante

Le taux de participation s'était élevé à 54,3 % en 2012.

Lors des élections législatives du 11 avril 2012, le Parti Saenuri (conservateur), de l'actuelle présidente Mme Park Geun-hye, avait remporté 152 sièges sur 300, dont 127 sièges obtenus dans les circonscriptions pourvues au scrutin majoritaire (43,4 % des voix) et 25 sièges au scrutin de liste national proportionnel (42,8 %). Une autre formation conservatrice, absorbée depuis par le Saenuri, le Parti de l'avancement de la liberté, avait décroché 5 sièges, dont 3 sièges dans les circonscriptions (2,2 % des voix à l'échelle nationale) et 2 sièges à la proportionnelle (3,2 %). Une dernière formation conservatrice, le Parti de la vision coréenne, avait recueilli entre 0,2 % des voix (dans les circonscriptions) et 0,7 % (proportionnel), sans obtenir de siège, soit un total de voix pour les conservateurs de 45,8 % (circonscriptions) à 46,7 % (proportionnelle).

Le Parti démocrate unifié (PDU, libéral, opposition) avait remporté 127 sièges, dont 106 au scrutin majoritaire (39,1 %) et 21 à la proportionnelle (36,5 %). Le Parti progressiste unifié (PPU), socialiste, avait décroché 13 sièges, dont 7 dans les circonscriptions (4,7 %), où des accords de désistement avaient été conclus avec le PDU, et 6 à la proportionnelle (10,3 %), portant le nombre de sièges de l'opposition à 140 (sur 300). 3 députés élus au scrutin majoritaire n'appartenaient à aucun parti. Une seule autre formation politique avait recueilli plus de 1 % des voix (mais aucun siège), le Nouveau parti progressiste (socialiste) : 1,1 % à la proportionnelle, et 0,5 % dans les circonscriptions.

292 des 300 sièges sont pourvus dans l'assemblée sortante soumise à renouvellement. Le Parti Saenuri dispose de 146 sièges. L'opposition démocrate s'est scindée en deux : le Parti Minjoo (102 sièges) et le Parti du peuple, plus centriste, constitué notamment autour d'Ahn Cheol-su (20 sièges). Le PPU s'est également divisé : 5 députés ont rejoint une nouvelle formation, le Parti de la Justice. Les autres députés ont ensuite été déchus de leur mandat, du fait de l'interdiction du PPU. Parmi les autres sièges figurent essentiellement des députés conservateurs non réinvestis par leur parti, et qui sont donc considérés comme des élus indépendants.

Par ailleurs, les élections législatives précèdent le scrutin présidentiel prévu en décembre 2017, pour lequel le chef de l'Etat sortant ne peut pas être candidat à sa réélection.

Le mode de scrutin

Les circonscriptions ont été redécoupées dans les semaines précédant le scrutin pour tenir compte des évolutions démographiques, parallèlement à une diminution du nombre de sièges attribués à la proportionnelle : le 13 avril, 253 sièges seront pourvus dans le cadre des circonscriptions et 47 sièges attribués à la proportionnelle, suivant des listes nationales, entre les formations ayant recueilli plus de 3 % des suffrages exprimés.

Les sièges dans les circonscriptions relèvent du scrutin uninominal majoritaire à un tour, en vigueur dans les pays anglo-saxons comme les Etats-Unis et le Royaume-Uni.

A la date du 31 mars 944 candidatures avaient été enregistrées dans les circonscriptions, y compris des candidats s'étant retirés ultérieurement.

Les forces politiques en présence et les intentions de vote

Selon l'institut de sondages indépendant Real Meter, au niveau national (pour le seul scrutin proportionnel), le dernier sondage dont la publication était autorisée (à la date du 7 avril 2016) donnait 34,4 % pour le Parti Saenuri, 27,3 % pour le Parti Minjoo, 16,8 % pour le Parti du Peuple et 8,3 % pour le Parti de la Justice, le solde correspondant aux intentions de vote pour les autres partis (moins de 4 % au total) et aux personnes interrogées n'ayant pas déclaré d'intentions de vote. Au cours des derniers mois les sondages ont été marqués par une érosion des intentions de vote en faveur du Parti Saenuri (qui a perdu 7 points en deux mois) et une progression du Parti du Peuple et du Parti de la Justice (de 5 points chacun). Cette évolution rend compte de la défiance croissante des citoyens sud-coréens envers les partis politiques traditionnels.

Le mode de scrutin, essentiellement majoritaire à un tour, favorise cependant les conservateurs, qui avec moins de 35 % des intentions de vote (contre plus de 50 % pour l'ensemble des forces d'opposition) pourraient néanmoins progresser nettement en sièges : ils visent l'obtention de 180 députés sur 300, voire une majorité de deux tiers des sièges (200 sur 300) qui leur permettrait d'engager des révisions constitutionnelles sans passer d'accord avec l'opposition. Cependant, la baisse continue des intentions de vote en leur faveur, le maintien des candidatures de députés sortants non réinvestis par le Saenuri après s'être opposés à la Présidente Park Geun-hye, l'adoption de la très controversée loi sur l'antiterrorisme et l'implication de proches ou de membres de la majorité dans l'affaire des "Panama papers" sont autant de facteurs qui rendent de moins en moins certain le succès attendu des conservateurs.

Le meilleur atout de la majorité, minoritaire en voix, est la division de l'opposition, pourtant unie dans sa critique de la politique économique du Gouvernement et sa dénonciation des atteintes aux libertés publiques. En effet, l'opposition présente trois candidats dans la plupart des circonscriptions. Cette situation résulte notamment de la volonté du dirigeant du Parti du Peuple Ahn Cheol-su de représenter une alternative aux principales forces politiques (Saenuri et Minjoo) dans l'espoir d'être élu Président de la République en décembre 2017. Ahn Cheol-su a tardivement levé l'interdiction faite à ses candidats d'opérer des désistements réciproques avec le Parti Minjoo dans les circonscriptions, tandis que des retraits ont aussi eu lieu sur une base locale entre le Parti Minjoo et le Parti de la Justice. Sauf coup de théâtre dans les derniers jours précédant le vote (et qui ne changeront pas le fait que les bulletins de vote sont déjà imprimés et seront mis à la disposition des électeurs), ces désistements - souvent réciproques - resteront cependant l'exception.

Le Parti Minjoo espère néanmoins bénéficier d'un vote utile pour obtenir jusqu'à 130 sièges, mais beaucoup d'observateurs estiment que, dans le contexte actuel et sauf si la tendance à la baisse du Parti Saenuri se poursuivait et s'accentuait, rester au-dessus de la barre des 100 sièges ne serait déjà pas un échec. Le Parti du Peuple ne devrait pour sa part remporter de circonscriptions que dans le Jeolla, très largement acquis à l'opposition et où sa division comporte peu de risques, à l'exception du siège d'Ahn Cheol-su dans la région capitale. Son but est de décrocher 20 sièges, pour former un groupe parlementaire autonome.

A gauche, le Parti de la Justice a bénéficié de sa position comme la seule formation à conserver une représentation parlementaire après l'interdiction du PPU, et d'hériter ainsi de relais syndicaux du PPU. S'il devrait obtenir des sièges à la proportionnelle, ses députés dans les circonscriptions sont tous menacés. Enfin, le résultat des autres formations de gauche sera à examiner : l'Union populaire a été constituée il y a quelques mois par d'anciens membres du PPU et regroupe d'ores et déjà plus de militants que le Parti de la Justice, même si ses chances d'obtenir des sièges dans les circonscriptions, où il concourt, sont très faibles. Le Parti Vert (0,5 % au scrutin proportionnel en 2012) espère une percée au scrutin de liste, mais la barre des 3 % pour décrocher des sièges apparaît très difficile à atteindre. Enfin, le Nouveau parti progressiste (1,1 % au scrutin proportionnel en 2012, contre près de 3 % en 2008) apparaît en perte de vitesse, son recul ayant profité notamment au Parti de la Justice et aux écologistes.

Le vote en Corée du Sud reste très régionalisé (les progressistes remportant tous les sièges dans le Jeolla, dans le Sud-Ouest, et les conservateurs remportant au contraire des majorités écrasantes dans le Sud-Est), même si les sondages par circonscription font apparaître des glissements avec des percées locales des démocrates dans l'Est.

Un facteur décisif sera ainsi la capacité de chaque camp à mobiliser ses électeurs, alors que traditionnellement les élections législatives ne mobilisent qu'environ un électeur sur deux en Corée du Sud. La mise en place du vote anticipé, pour la première fois dans le cadre d'élections législatives (aux élections locales du 4 juin 2014, 11,5 % des électeurs avaient voté de manière anticipée), vise à pallier une abstention que d'aucuns craignent élevée, malgré l'importance des enjeux. Alors que le Parti Saenuri prédomine chez les plus de 50 ans, plus enclins à se rendre aux urnes, une enquête de la Commission électorale nationale aurait fait apparaître une plus forte progression de l'asbtention dans cette tranche d'âge... mais s'agit-il des résultats d'une enquête objective, ou d'une tentative du pouvoir de mobiliser son électorat ? Réponse le 13 avril.

Sources :
 

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Politique sud-coréenne
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Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)