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19 décembre 2014 5 19 /12 /décembre /2014 09:22

Alors que la République de Corée (Corée du Sud) constituait naguère l'une des démocraties parlementaires les plus vivantes d'Asie, l'élection à la présidence de la République des conservateurs Lee Myung-bak, en 2007, et surtout Park Geun-hye, en 2012, ont conduit à saper un par un les fondements de la démocratie sud-coréenne : intimidations et sanctions à l'encontre des médias ; chasse aux sorcières contre les opposants de gauche tous accusés (contre l'évidence) de soutenir la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) sur la base de la très antidémocratique loi de sécurité nationale ; discriminations contre les minorités ; ingérences de plus en plus fortes dans les institutions de la police politique (le Service national de renseignement, NIS)... La dérive autoritaire de la Corée du Sud ne fait malheureusement aucun doute, sous la férule de Mme Park Geun-hye, fille du général Park Chung-hee - qui avait établi le régime le plus autoritaire qu'ait jamais connu la Corée du Sud - dont elle a hérité des conseillers et, manifestement, du style de pouvoir. Le dernier rapport du département d'Etat américain, peu suspect d'antipathie à l'égard du pouvoir sud-coréen, a ainsi dressé un tableau particulièrement sombre de l'évolution politique de la Corée du Sud. Dans ce contexte, une nouvelle étape vers l'abolition du régime parlementaire a été franchie le vendredi 19 décembre 2014 : suite à une demande présentée par le Gouvernement, la Cour constitutionnelle a déclaré que le Parti progressiste unifié (PPU, gauche), troisième force politique lors des dernières élections législatives de 2012 après avoir recueilli plus de 10 % des suffrages, était désormais illégal au motif qu'il soutiendrait la Corée du Nord, ce qui a également entraîné l'invalidation de ses députés. Plus tôt cette année, un député de l'aile gauche du PPU, Lee Seok-ki, avait été condamné sur la base d'un procès truqué, fomenté par le NIS, où il avait été accusé d'avoir constitué une organisation révolutionnaire clandestine... Par amalgame, le Gouvernement sud-coréen avait profité de cette occasion pour engager une procédure d'interdiction à l'encontre du PPU, renouant avec une méthode antidémocratique du régime militaire tombée en désuétude depuis un quart de siècle. Toujours aux côtés des démocrates sud-coréens, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) appelle chacune et chacun à se mobiliser contre l'impunité et pour que le combat des milliers de Coréens morts pour la démocratie ne soit pas vain. Car ceux qui se taisent sont complices des atteintes aux libertés commises par le régime Park Geun-hye.

La dirigeante du PPU, désormais interdit, Lee Jung-hee a dénoncé dans la décision autoritaire de la Cour constitutionnelle l'avènement d'une "ère sombre" pour la Corée du Sud.

La dirigeante du PPU, désormais interdit, Lee Jung-hee a dénoncé dans la décision autoritaire de la Cour constitutionnelle l'avènement d'une "ère sombre" pour la Corée du Sud.

La décision de la Cour constitutionnelle est scandaleuse et ouvertement contraire à tous les standards démocratiques internationaux tant sur la forme que sur le fond.

Sur le fond - faut-il le rappeler ? - le Parti communiste et l'expression d'opinions marxistes sont toujours formellement interdits en Corée du Sud, et le PPU a ainsi été interdit pour des positions qu'il ne défend pas... La vieille ficelle de l'amalgame a servi de cache-sexe à la farce judiciaire qu'a jouée la Cour constitutionnelle.

Sur la forme, interdire un parti pour faire taire ses opposants n'a aucun équivalent dans la Corée du Sud de l'ère post-militaire. Ajoutons que l'opposition démocrate, qui réunit pratiquement autant de voix que la majorité, s'est opposée à la dissolution du PPU, et que dans toute démocratie digne de ce nom des décisions aussi lourdes de conséquences que l'interdiction d'une des principales forces politiques - en l'occurrence, le PPU - devraient au moins recueillir un consensus (c'était par exemple le cas lors de l'interdiction du Parti communiste en RFA pendant la guerre froide). Les méthodes expéditives du régime Park Geun-hye n'en ont bien évidemment cure : la chef de l'Etat n'avait jamais digéré que la candidate du PPU à l'élection présidentielle, Mme Lee Jung-hee, mette en cause ce qu'elle était (la fille du dictateur Park Chung-hee) et ce dont elle était le nom, lors d'un débat télévisé d'avant-scrutin : désormais, Mme Park Geun-hye peut espérer ne plus jamais être confrontée à ce type de situation. La meilleure façon de verrouiller le débat n'est-elle pas de fixer par avance les limites à ne pas franchir pour l'opposition ?

A l'iniquité de leur décision (rendue par huit voix contre une), les "juges" constitutionnels sud-coréens ont cru bon d'ajouter la désinvolture : le président de la Cour constitutionnelle Park Han-chul s'est félicité que soit ainsi clos un débat idéologique qui n'aurait été que trop consommateur de temps... Nous suggérons au Président Park Han-chul d'aller jusqu'au bout de sa logique : pourquoi ne prônez-vous pas, M. le Président de la Cour constitutionnelle, l'interdiction pure et simple de toute critique contre la politique de la Présidente Park Geun-hye et de son Gouvernement, afin de gagner du temps et de faire cesser des querelles vaines à vos yeux ?

Décidément très en verve, le président de la Cour constitutionnelle a aussi estimé qu' "il n'y avait pas d'autre choix que d'interdire le parti... car ses principes et ses activités mettent en danger notre ordre démocratique". Exprimées dans un cadre entièrement légal et de manière totalement pacifique, les critiques du PPU mettaient indéniablement en cause l'ordre du régime Park Geun-hye, mais certainement pas un quelconque ordre démocratique : la démocratie consiste au contraire à permettre l'expression d'opinions différentes. Faire passer la Corée du Sud pour une démocratie à protéger était déjà le mensonge proféré par la Corée du Sud du général Park Chung-hee, tout particulièrement après la promulgation de la Constitution Yusin : les gardiens des institutions désormais autoritaires de la République de Corée ont été formés à bonne école, et ont bien retenu les procédés de leurs aïeux.

Les associations de défense des droits de l'homme ont très vivement réagi, et pas seulement en Corée du Sud où elles sont déjà soumises à une surveillance policière accrue.

Directeur de recherche pour l'Asie de l'Est d'Amnesty International, Roseann Rife a déclaré dans un communiqué que "l'interdiction du PPU soulevait de sérieuses inquiétudes quant au respect par les autorités des libertés d'expression et d'association".

Selon Phil Robertson, directeur adjoint pour l'Asie de Human Rights Watch, "le Gouvernement de la Présidente Park ne devrait pas utiliser la très extensive loi de sécurité nationale pour réduire les libertés publiques et politiques fondamentales, et interdire l'expression d'opinions politiques opposées (...) Cette stratégie politique draconienne est le genre de choses qu'on peut attendre d'un régime autoritaire comme celui de son père il y a des décennies, pas du dirigeant du pays moderne et démocratique qu'est devenue la Corée du Sud au vingt-et-unième siècle". Mais Mme Park Geun-hye a officié comme "la première dame" sous la présidence de son père, et à l'instar des émigrés d'Ancien régime revenus sous la Restauration elle n'a rien appris ni rien oublié. Comme naguère du temps des généraux en Corée du Sud, nous devons, à l'AAFC et au-delà, renouer avec la mobilisation internationale qui avait permis la libération de l'opposant Kim Dae-jung. Il faut que s'exerce la pression des opinions publiques occidentales sur leurs propres gouvernements, pour que ceux-ci fassent comprendre à Mme Park qu'elle a franchi les limites qui séparent la démocratie et de l'autoritarisme. Seuls notre courage et notre engagement permettront d'éviter la mort de la démocratie parlementaire sud-coréenne, aujourd'hui dans un état clinique.

Principale source (hors AAFC) :

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Politique sud-coréenne
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Nouvelles de la "liste noire"

Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)