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15 juillet 2013 1 15 /07 /juillet /2013 11:37

pak-chol-su suh-ho panmunjom juillet-2013En dépit de l'accord de principe des deux parties coréennes quant à la nécessité d'une reprise des activités de la zone intercoréenne de Kaesong, les discussions qui se sont tenues le 15 juillet 2013 n'ont abouti à aucun accord. Une quatrième série d'échanges est prévue après-demain. La partie Nord commence à mettre en doute la volonté du Sud d'aboutir à un accord, alors qu'une suspension durable des activités signifierait que les échanges Nord-Sud seraient pratiquement nuls, soit un retour en arrière d'un quart de siècle dans l'histoire du commerce intercoréen.

L'annonce en a été faite par le ministère de la réunification sud-coréen, à l'issue de la troisième série de pourparlers : "les discussions à la ville frontalière de Kaesong n’ont pas abouti à un quelconque accord (...) les deux camps [sic] se sont mis d’accord pour se réunir à nouveau mercredi", selon le site de l'agence officielle sud-coréenne Yonhap qui a commis par ailleurs un lapsus (révélateur ?) dans la retranscription des propos du ministère - au lieu de parler de "parties" aux discussions, elle a évoqué des "camps", utilisant un terme utilisé dans une situation de guerre ou de conflit.

Alors que le Nord considère qu'il y a lieu de permettre une reprise sans conditions des échanges, les demandes présentées par la partie Sud ne facilitent pas la conclusion d'un accord : obtention de garanties pour empêcher toute suspension des activités à l'avenir dans la zone, alors que le Sud impute la situation actuelle à la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) ; mise en conformité avec les normes internationales, notamment en matière de communication et de douanes ; transformation du complexe en une zone d'activité internationale, et pas seulement intercoréenne.

Chacune des deux parties se renvoyant la responsablité de la suspension des activités de Kaesong, symbole du rapprochement intercoréen, un débat sur les causes de la situation actuelle ne pourrait qu'éloigner davantage toute solution. Le texte commun sur lequel le Nord et le Sud s'étaient entendus le 7 juillet évitait ainsi d'entrer dans ce débat. En Corée du Sud, les partisans d'une politique d'isolement du Nord avaient vivement dénoncé cette omission volontaire, réutilisant alors une tactique classique de la présidence Lee Myung-bak : exiger préalablement des excuses du Nord, cette demande ayant alors permis de refuser toute reprise des échanges Nord-Sud.

L'élargissement de l'ordre du jour des discussions étant une stratégie connue d'enlisement, la partie Nord a commencé à mettre en doute la sincérité de la partie Sud.

En tout état de cause, la Corée du Sud ne montre pas le même empressement que la Corée du Nord à une reprise des échanges : dans un entretien donné à Pascal Dayez-Burgeon pour la revue française Politique internationale, la présidente sud-coréenne Park Geun-hye a défendu sa vision d'une politique de confance ("Trustpolitik") à l'égard du Nord, en déclarant : "je ne veux pas d’un nouveau compromis décidé à la hâte".

Le temps presse pourtant pour les entrepreneurs sud-coréens présents à Kaesong, de nouveaux délais mettant en péril leurs acivités. Toutefois, conformément à l'accord du 7 juillet, 159 entrepreneurs sud-coréens appartenant à 49 entreprises textiles ont pu contrôler leurs installations situées au Nord de la DMZ, alors que commence la saison des pluies, et ramener des produits finis et des matériaux de production.

Par ailleurs, l'argument de Mme Park selon lequel la balle serait dans le camp de Pyongyang ne correspond pas à la réalité de l'histoire des relations intercoréennes, qui montre au contraire une continuité de la politique nord-coréenne réagissant aux changements d'orientations au Sud au gré des alternances politiques.

Comme l'a observé Haksoon Paik dans une contribution récente à un ouvrage collectif de chercheurs spécialistes de la Corée du Nord publié par la librairie du Congrès américain : "fondamentalement, il n'y a pas eu beaucoup de changement dans la stratégie et la politique de la Corée du Nord vis-à-vis du Sud (...). Pour l'essentiel, les changements dans la stratégie et la politique de la Corée du Sud - s'exprimant souvent dans la remise en cause des stratégies et des politiques du précédent gouvernement - ont été responsables de la plupart des évolutions dans les relations intercoréennes, qu'elles soient bonnes ou mauvaises". Comme l'analyse plus en détail Haksoon Paik, pendant les présidences Roh Tae-woo (1988-1993), Kim Dae-jung (1998-2003) et Roh Moo-hyun (2003-2008), dans l'application d'une politique de la carotte et du bâton, la Corée du Nord a alors choisi la carotte : le dialogue intergouvernemental, la coopération économique, les échanges sociaux et culturels, la coopération humanitaire. Mais quand les présidences sud-coréennes de Kim Young-sam (1993-1998) et Lee Myung-bak (2008-2013) ont visé à l'isolement de la RPD de Corée dans l'espoir de précipiter une réunification de la péninsule par effondrement de la Corée du Nord, les autorités nord-coréennes ont manié le bâton : vives attaques verbales, fin de projets intercoréens (comme le tourisme des Monts Kumgang, dont il n'est pas anodin que la RPDC enivsage actuellement la reprise après le départ du Président Lee Myung-bak de la Maison bleue), suspension des réunions de familles séparées...

 

L'enjeu, à présent, est de savoir si la présidente Park Geun-hye s'engagera sur la voie du dialogue intercoréen ou du rapport de forces. Si la chef de l'Etat avait critiqué la politique intercoréenne, impopulaire, de son prédécesseur Lee Myung-bak, elle est soumise à des influences contraires au sein même de sa propre famille politique. Soucieuse d'éviter toute accusation de faiblesse par son extrême-droite, elle cherche à obtenir des résultats tangibles - comme des garanties pour éviter toute nouvelle suspension des activités de Kaesong. Mais à mettre la barre trop haut, elle encourt le risque de tout perdre, et à réduire à néant les échanges commerciaux intercoréens.

 

Sources :

- AAFC,

- Pascal Dayez-Burgeon, "Corée du Sud : une femme aux commandes", in Politique internationale, n° 140, juillet 2013 ;  

- Haksoon Paik, "Changes and continuities in interkorean relations", in Kung-ae Park et Scott Snyder (sous la direction de), North Korea in transition. Politics, economy and society, bibliothèque du Congrès, Rowman and Littlefield Publishers, 2013, pp. 239-261 ;

- Yonhap, principalement, dépêche du 15 juillet 2013.   

 

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations intercoréennes
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* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)