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21 août 2012 2 21 /08 /août /2012 15:42

la-servante_kim_ki_young_lee_eun_shim.jpgSorti en salles le 11 mars 1960, La Servante de Kim Ki-young est un des films fondateurs du cinéma sud-coréen. Son réalisateur, Kim Ki-young, a inspiré notamment Park Chan-wook, Bong Joon-ho, Kim Ki-duk et Im Sang-soo, qui en a d'ailleurs fait en 2010 un remake, intitulé The Housemaid. Actuellement à l'affiche à Paris, La Servante peut être vu dans une version originale restaurée, grâce notamment au mécénat de la World Cinema Foundation fondée par Martin Scorsese. L'AAFC s'est intéressée à ce que le film révèle, de façon crue, de la société sud-coréenne en 1960.

 

En 1960, la société sud-coréenne sort du régime autoritaire de Syngman Rhee et connaît une brève parenthèse démocratique, avant le coup d'Etat du général Park Chung-hee en 1961. La Corée du Sud est encore un des pays les plus pauvres du monde, qu'a ravagé la guerre de Corée ayant pris fin en 1953, et qui ne connaîtra réellement un début de décollage économique qu'au cours de la décennie 1960-1970. Dans une société encore largement rurale, le statut d'un des principaux protagonistes, père de famille, professeur de musique dans une usine pour femmes et ayant récemment emménagé dans une maison à deux étages, traduit les aspirations d'une classe sociale soucieuse d'enrichissement matériel. Embaucher une jeune servante s'inscrit dans une conception ordinaire de l'ascension sociale - suivant un esprit matérialiste volontiers raillé par le réalisateur, qui fait dire à la maîtresse de maison que leurs malheurs viennent du désir qu'ils ont eu de devenir propriétaires d'une telle maison à deux étages, et d'embaucher une domestique pour la décharger des tâches matérielles. Accessoirement, dans les rares images du monde extérieur que l'on entrevoit - au bar, à la télévision (le couple est très fier d'être le premier du quartier à acheter un poste de télévision, et de nouveaux objets peuplent peu à peu l'intérieur du logement, comme autant de signes extérieurs de richesse) - le luxe est - déjà - vu sous le prisme de la culture américaine.

 

La société décrite par Kim Ki-young est une société de classes, fortement hiérarchisée, encore imprégnée du vieil esprit confucéen : la servante est méprisée par les enfants du couple (le cadet la tutoie, ce qui est insultant dans une société où les positions se fondent sur l'âge) ; le professeur de musique est viscéralement attaché à sa respectabilité, à laquelle il sacrifiera tout. Il entretient une relation hautaine vis-à-vis des ouvrières qu'il forme au chant et au piano et qu'il n'hésite pas à dénoncer, dans le respect de la loi et de l'ordre - tout en se révélant d'une faiblesse coupable lorsqu'il laisse la servante détruire sa famille, alors même qu'il a sa part de responsabilité dans le drame qui se noue. Le huis-clos du logement où se joue l'intrigue - l'escalier avec l'étage est le théâtre des drames - ajoute encore à l'atmosphère angoissante qui imprègne un film au ton remarquablement juste.

 

Pour qui ne connaît pas la société coréenne, plusieurs explications sont nécessaires : l'adultère reste encore aujourd'hui un délit pénal en Corée du Sud ; une personne en situation d'échec (comme l'ouvrière renvoyée de l'usine) porte la responsabilité de ses malheurs, et doit en assumer les conséquences ; une faute cachée et connue de personne n'a pas de portée sociale ni juridique ; dans la famille, les garçons sont plus désirés, notamment car ils perpétuent le culte des ancêtres ; le professeur et l'enseignant sont des figures respectables et respectées ; surtout, la fiction doit avoir un caractère édifiant, ce qui suffit à expliquer l'insert en fin de film, qui suscite parfois l'hilarité des spectateurs occidentaux. Mais dans la tradition confucéenne l'écrivain comme le cinéaste doivent enseigner ce qu'est une conduite juste. Sans doute faut-il y voir aussi un jeu du chat et de la souris de Kim Ki-young avec la censure, pour ce film qui fit scandale - pas seulement en raison de sa violence (très présente dans le cinéma sud-coréen, qui joue sur le paroxysme des sentiments et des situations, notamment dans la scène finale que ne renierait pas le cinéma expressionniste), mais aussi du caractère jugé profondément immoral de la servante, jouée avec finesse par Lee Eun-shim. Assimilée par le public à son personnage dans le film de Kim Ki-young, elle ne jouera plus jamais aucun autre rôle, et épousera le réalisateur Lee Seong-gu.

 

Source principale : [à l'affiche :] LA SERVANTE - Kim Ki-young, article de Rock Brenner sur le site de la revue Cut (dont photo).

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Cinéma
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