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28 février 2018 3 28 /02 /février /2018 23:54

Le 23 février 2018, les autorités américaines ont annoncé de nouvelles sanctions unilatérales - décrites comme "sans précédent" - contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), à l'encontre de sociétés de transport maritimes ou de navires qui, selon Washington, aideraient Pyongyang à contourner les sanctions. Parmi les entreprises sanctionnées figurent des sociétés chinoises, ce qui a entraîné une vive réaction de Pékin. Mais dans quelle mesure la Chine va-t-elle effectivement changer sa coopération avec les Etats-Unis sur le dossier coréen ? 

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois dénonçait, en 2014, les sanctions unilatérales contre la Corée du Nord frappant des entreprises de pays tiers (dont la Chine).

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères chinois dénonçait, en 2014, les sanctions unilatérales contre la Corée du Nord frappant des entreprises de pays tiers (dont la Chine).

Par un communiqué publié dès le 24 février 2018, les autorités chinoises ont vivement réagi à cette initiative américaine prise de manière unilatérale, menaçant qu'elle pourrait avoir des conséquences sur la relation bilatérale avec Washington pour le traitement du dossier coréen : 

La Chine est fermement opposée (...) à ce que les Etats-Unis se basent sur leur droit national pour imposer des sanctions unilatérales contre des entités et des individus chinois (...).

Nous avons déposé des protestations officielles auprès des autorités américaines, et exigé que les Etats-Unis mettent fin à leurs pratiques erronées, afin d'éviter de porter atteinte à notre coopération bilatérale sur le dossier [nord-coréen].

Comme l'a observé l'analyste James Dobbin, de la Rand corporation souvent décrite comme d'inspiration néo-conservatrice, la Chine est d'autant plus sensible à une telle interférence relevant du principe d'extraterritorialité (c'est-à-dire, empiétant sur sa souveraineté) qu'elle coopère à la mise en oeuvre du régime international de sanctions contre la Corée du Nord : 

La Chine est parmi les pays les moins susceptibles de se soumettre à une interférence extraterritoriale sur ses arrangements commerciaux. Néanmoins, la Chine a soutenu l'augmentation continue des sanctions internationales contre la Corée du Nord imposée par le Conseil de sécurité des Nations unies, alors qu'elle apprécie encore moins une Corée du Nord dotée d'armes nucléaires.

Ce point de vue fait le pari que la Chine, au fond, ne serait pas hostile aux sanctions contre la RPD de Corée - certains auteurs, comme Samuel Ramani, émettant l'hypothèse que les sanctions offrent un levier à Pékin pour "rétablir son hégémonie" sur la Corée du Nord. 

La fin de la coopération sino-américaine sur la question coréenne est enfin d'autant moins probable que la Chine protestait déjà, en 2014, contre les sanctions unilatérales américaines frappant des sociétés chinoises commerçant avec la Corée du Nord. Mais elle n'a alors pas abandonné le levier des sanctions, inscrivant de fait ses pas dans ceux de la diplomatie américaine.

Si l'administration Trump pratique volontiers une diplomatie tendant à aller jusqu'au point de rupture avec Pékin,  elle sait que ses dernières initiatives ne lui font pas courir un très grand danger, mais qu'elles pourraient relever davantage d'un "grand marchandage" entre Pékin et Washington (comme l'imagine James Dobbin) : le suivisme chinois dans l'adoption des sanctions internationales contre Pyongyang, et l'absence de contre-mesures aux initiatives unilatérales des Etats-Unis, a fait perdre beaucoup de leur crédibilité aux critiques chinoises émises ce 24 février. Pour redevenir un acteur majeur sur le dossier nord-coréen, où les autorités sud-coréennes sont revenues en force à l'occasion des Jeux de Pyeongchang, la Chine ne devra pas de contenter de protestations verbales face à l'unilatéralisme américain, ou de déclarations de principe quant à la nécessité d'un dialogue direct entre Pyongyang et Washington - dont Séoul avait déjà dit quelques jours plus tôt, à l'issue de discussions intercoréennes lors de la clôture des Jeux olympiques, que la RPDC y était disposée.

Sources : 

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