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27 août 2017 7 27 /08 /août /2017 16:13

Lors de la crise qui a opposé l'Américain Donald Trump au Nord-Coréen Kim Jong-un en août 2017, peu de cas a été fait de la position de la Corée du Sud de Moon Jae-in : si ce dernier a affirmé le 17 août qu'il n'y aurait pas la guerre dans la péninsule car Séoul y opposerait son "veto", en réalité la République de Corée n'a jamais disposé tout au long de la crise, en droit ou en fait, d'une véritable capacité à peser sur les décisions de l'administration américaine, tout en ne disposant pas de leviers par ailleurs vis-à-vis de Pyongyang et de Pékin. Comme l'a montré Tim Beal, dans une analyse publiée par The Asia-Pacific Journal - Japan Focus que nous reprenons largement ci-après, l'impuissance sud-coréenne est le résultat d'un choix délibéré du Président sud-coréen d'éviter toute confrontation avec l'administration Trump et de ne pas utiliser les quelques marges de manœuvre dont il disposait pour relancer le dialogue intercoréen. Ces choix malheureux ont conduit à l'effacement du rôle de Séoul dans la crise récente.

La ministre des Affaires étrangères de la République de Corée Kang Kyung-wha pose, au centre, aux côtés de ses homologues américain Rex Tillerson et japonais Taro Kono, lors du forum régional de l'ASEAN à Manille début août 2017

La ministre des Affaires étrangères de la République de Corée Kang Kyung-wha pose, au centre, aux côtés de ses homologues américain Rex Tillerson et japonais Taro Kono, lors du forum régional de l'ASEAN à Manille début août 2017

Surtout, ne pas compromettre la relation stratégique Etats-Unis - République de Corée : cette obsession de Moon Jae-in l'a conduit à éviter les sujets de désaccord lors de sa rencontre aux Etats-Unis, fin juin 2017, avec le président américain Donald Trump (c'est à la demande de la partie sud-coréenne que la question du bouclier antimissile THAAD n'a pas été évoquée) - tout en se faisant imposer par Washington le principe d'une révision, à plus ou moins court terme, de l'accord de libre échange entre les deux pays, et sermonner sur le coût du fardeau que représenterait la défense de la Corée du Sud par les Etats-Unis - Donald Trump ayant réaffirmé sa volonté de faire payer davantage les Sud-Coréens.

Les médias sud-coréens ont alors loué la qualité de la relation personnelle qui aurait ainsi été établie entre les deux chefs d'Etat - bien qu'on ait vu ce qui était advenu des liens d'homme à homme prétendument noués entre Donald Trump et Xi Jinping. De même, les médias de Corée du Sud ont souligné que Moon Jae-in aurait obtenu des Américains de pouvoir relancer le dialogue intercoréen - autorisation qui, au demeurant, n'avait pas été sollicitée par les prédécesseurs de Moon Jae-in engagés dans la politique du "rayon de soleil", les démocrates Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun. En réalité, quelques semaines plus tard, Pyongyang devait ne donner aucune suite à la proposition de Séoul de relancer un dialogue duquel Séoul avait exclu non seulement les points les plus significatifs (à savoir, la relance des échanges économiques, notamment dans l'ancienne zone économique spéciale de Kaesong, le Président Moon abondant pleinement dans le sens de la politique américaine de sanctions économiques vis-à-vis du Nord), mais aussi des aspects plus symboliques - comme autoriser, sinon le retour au Nord, au moins dans un premier temps les échanges avec leurs familles des serveuses d'un restaurant nord-coréen en Chine, manifestement amenées contre leur gré en Corée du Sud à la veille des élections législatives d'avril 2016 (et dont on a appris récemment qu'elles auraient été mariées en Corée du Sud). Pis, quelques jours avant de formuler à un moment inopportun sa proposition de relance du dialogue intercoréen, l'administration Moon avait jugé devoir, en réaction au lancement d'un ICBM par la RPD de Corée, confirmer le déploiement du dispositif américain THAAD sur son territoire, révélant ainsi sa subordination aux intérêts stratégiques américains.

Comme l'observe Tim Beal, la marge de manœuvre du Président Moon Jae-in, comme celle de ses prédécesseurs, est étroite s'agissant des relations avec les Etats-Unis, mais le pari d'un alignement stratégique sur l'administration Trump pour peser sur les orientations américaines a été perdu. Non seulement vis-à-vis de Washington, Séoul adoptant un ton systématiquement conciliant qui a pu donner l'impression que le pays se satisfaisait pleinement de sa position d'allié subordonné, mais aussi à l'égard de Pékin et de Pyongyang. Par rapport à la Chine, le déploiement de THAAD en Corée du Sud, qui menace directement les intérêts stratégiques chinois, a entraîné un manque à gagner estimé à 4,8 milliards de dollars au premier semestre 2017 au titre des échanges économiques bilatéraux, à la suite des 
sanctions prises par Pékin et du boycott de la Corée du Sud comme destination touristique par les Chinois ; en outre, l'absence délibérée d'indépendance de Séoul par rapport à Washington sur la question nord-coréenne a privé  la République de Corée de la possibilité de jouer un rôle diplomatique propre lors des propositions de médiation formulées par Pékin. L'administration sud-coréenne n'a pas pu - ou voulu - voir que la Chine entendait désormais sanctionner plus fortement les initiatives nord-coréennes, et Séoul a ainsi laissé se mettre en place un dialogue direct entre Washington et Pékin sur la question nord-coréenne, dans lequel elle n'a pu ni défendre des positions qui lui sont spécifiques, ni a fortiori défendre ses propres intérêts économiques et stratégiques.


A l'égard de la République populaire démocratique de Corée, les choix de l'administration Moon Jae-in ont été encore plus néfastes : alors que Pyongyang fustige la soumission aux grandes puissances (sadae), l'attitude de la République de Corée a achevé de convaincre les autorités nord-coréennes qu'il valait mieux discuter avec le maître américain qu'avec son valet sud-coréen - tout en faisant apparaître le Président Moon Jae-in, dont sont apparues les contradictions avec le discours de candidat, comme un homme politique dépourvu de principes. Si les autorités sud-coréennes comptent désormais sur une participation nord-coréenne aux Jeux olympiques d'hiver qu'elle a accueillera à Pyeongchang en 2018 pour relancer le dialogue Nord-Sud, le temps manque et leur crédit est désormais sérieusement entamé aux yeux des Nord-Coréens, qui ont par ailleurs montré qu'ils attachaient plus d'importance à se doter d'une force de dissuasion complète qu'à une hypothétique participation aux Jeux de Pyeongchang.

Enfin, les propos du Président Moon Jae-in quant à sa volonté de promouvoir la paix sont par ailleurs d'autant plus décalés que, en cas de guerre, le commandement opérationnel des troupes sud-coréennes (OPCON)  serait assuré par les Etats-Unis - ce que le général Richard Stilwell, ancien commandant des forces américaines en Corée du Sud avait qualifié d' "abandon de souveraineté le plus remarquable au monde". L'accord qu'ont trouvé sur ce point les Présidents Moon et Trump, fin juin, apparaît ambigu - Tim Beal jugeant improbable que les Etats-Unis acceptent en pratique quelque formule qui conduise à subordonner leurs choix à ceux des Sud-Coréens. En outre, alors que le Président Roh Moon-hyun avait fixé une date pour le transfert d'OPCON aux Sud-Coréens, le communiqué conjoint Trump-Moon ne précise pas quand interviendrait cette opération (repoussée à plusieurs reprises par les présidents conservateurs sud-coréens) sur un sujet pourtant hautement symbolique des différences d'approche entre conservateurs et progressistes en Corée du Sud.

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations Etats-Unis-Corée
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