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4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 18:19

Cinq minutes : c'est la durée du "message adressé au peuple" de Mme Park Geun-hye, Présidente de la République de Corée (Corée du Sud), lors de sa deuxième intervention où elle a présenté des excuses publiques suite à l'éclatement du scandale Choi Soon-sil, du nom de sa conseillère occulte. Placée en garde à vue pour trafic d'influence et corruption, Choi Soon-sil exerçait sur la chef de l'Etat une influence comparable à celle d'un gourou - Mme Choi dirigeant elle-même un mouvement qu'on qualifierait en France de sectaire. Alors que Mme Park a déclaré accepté de se soumettre aux enquêtes de la justice (malgré le statut d'immunité, sauf trahison, du chef de l'Etat), la question se pose : quelle est la légitimité d'une Présidente dont la cote de popularité est tombée à 5 %, et qui a fait la démonstration qu'elle n'était pas en capacité d'exercer ses fonctions ? Loin des manoeuvres d'arrière-garde des derniers fidèles de la chef de l'Etat, la démission est la seule porte de sortie honorable pour Mme Park, afin de dénouer la crise politique sans précédent que traverse la République de Corée.

La Présidente Park Geun-hye lors de son "message adressé au peuple", le 4 novembre 2016.

La Présidente Park Geun-hye lors de son "message adressé au peuple", le 4 novembre 2016.

Les aveux télévisés de Mme Park, ce 4 novembre 2016, ont pris une tournure pathétique, lorsqu'elle a dû nier que des cultes chamaniques, animés par Choi Soon-sil, se seraient tenus au siège de la Présidence de la République, et lorsqu'elle a essayé de justifier la place prise auprès d'elle par Mme Choi Soon-sil, en invoquant une solitude affective :

J’ai même interrompu les contacts avec ma famille à cause de l’éventualité d’affaires répugnantes après ma prise de fonctions (...) vivant toute seule, j’ai eu des aides de Choi Soon-sil en raison d’un manque de personnel pour s’occuper de mes affaires personnelles (...) elle était à côté de moi quand j’ai passé des années difficiles et j’ai lâché moi-même le mur de ma vigilance.

Dans ce contexte, Park Geun-hye a plaidé coupable, déclarant assumer l'entière responsabilité des événements - alors que le rôle de la chef de l'Etat dans le scandale de trafic d'influence et de corruption apparaît de plus en plus ouvertement. Ancien conseiller présidentiel chargé de la coordination des politiques publiques, An Chong-bum a été mis en examen, le 4 novembre après-midi, pour avoir exercé des pressions dans la collecte forcée de dons pour deux fondations à but non lucratif, Mir et K-Sports - dons qui ont en partie alimenté les comptes en banque de Choi Soon-sil. En effet, selon les aveux de An Chong-bum :

C'est la Présidente qui a ordonné la création des deux fondations (Mir et K-Sports) et leur processus a aussi été rapporté à la Présidente.

Le scandale autour de la fondation Mir trouve ses racines en France, puisque la fondation a été créée en octobre 2015 pour promouvoir la culture coréenne et a signé un protocole d'entente avec l'Ecole Ferrandi, à Paris. Mme Park était d'ailleurs personnellement présente à un événement organisé entre l'école de cuisine française et la fondation Mir, dans le cadre de l'année croisée France-Corée (du Sud) 2016.

Dans ce contexte, la porte de sortie, pour Mme Park, a consisté à déclarer qu'elle ne se soustrairait pas aux enquêtes de la justice :

Le Parquet élucidera clairement la vérité sans aucune hésitation et prendra des mesures judiciaires rigoureuses (...) Je coopérerai pour élucider les allégations et les responsabilités (...) en cas de besoin, je me soumettrai à l’investigation du Parquet avec diligence et accepterai même une enquête du procureur spécial.

Le comportement de Mme Park Geun-hye a atteint la fonction présidentielle elle-même, en remettant en cause le principe d'immunité du chef de l'Etat. Celle qui a multiplié les emprisonnements d'opposants, grâce notamment à la complicité de certains gouvernements occidentaux, et imprimé à la Corée du Sud un cours autoritaire en muselant la presse, en entravant la liberté de création et en refusant de reconnaître le résultat des élections législatives, a perdu toute légitimité politique : il est grand temps pour elle de partir dans l'honneur, en démissionnant, plutôt que de s'accrocher à un pouvoir qui lui échappe jour après jour.

Sources :

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Politique sud-coréenne
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