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22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 23:17

robert_carlin_final.jpgRobert Carlin connaît bien la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), un pays où il s'est rendu une trentaine de fois. Après avoir été, de 1971 à 1989, analyste à la CIA, l'agence centrale de renseignement américaine, Carlin est devenu chef de la division pour l'Asie du Nord-Est au sein du Bureau du renseignement et de la recherche du département d'Etat. A ce titre, il a conseillé l'ambassadeur spécial des Etats-Unis pour les négociations avec la RPDC et a pris part à toutes les phases des pourparlers américano-nord-coréens de 1992 à 2000. Entre 2002 et 2006, il a été haut conseiller politique auprès de l'Organisation pour le développement énergétique de la péninsule coréenne (KEDO), conduisant de nombreuses délégations en RPDC. Robert Carlin co-préside actuellement le Comité national sur la Corée du Nord (NCNK), organisme américain non partisan réunissant "des personnalités ayant des connaissances étendues et complémentaires, ainsi qu'une expérience directe de la société, de l'économie, du gouvernement et de l'histoire de la République populaire démocratique de Corée". L'objectif du NCNK est, notamment, de "faire avancer, promouvoir, et faciliter l'engagement entre citoyens des Etats-Unis et de la RPDC". Robert Carlin est également chercheur visiteur (visiting  fellow) au Centre pour la sécurité et la coopération internationales (CISAC) de l'université Stanford. Dans un entretien accordé à l'agence Inter Press Service le 21 décembre 2009, et que l'AAFC reproduit ici, ce spécialiste des questions relatives à la Corée du Nord revient sur le tableau simpliste et exagérément moralisateur de ce pays trop souvent dressé en Occident.

 


Inter Press Service : Dans un discours prononcé aux Nations Unies, vous avez déclaré que la RPDC n'est pas un pays reclus, bien qu'un rapport de l'ONU publié en octobre prétende le contraire. Pourquoi?


Rovert Carlin :  Quand j'ai dit que le Nord n'était pas "reclus" - en tout cas, pas dans le vrai sens du terme - je ne portais pas un jugement moral. Je n'exprimais pas non plus de l'optimisme ou du pessimisme. Je n'ai fait que décrire ce que j'ai vu et appris après des années à discuter avec les Nord-Coréens et à les observer. Ils en savent davantage sur l'extérieur qu'on ne l'imagine fréquemment, et il y a toute une frange de la population qui a plus d'interactions avec les étrangers, les produits étrangers ou les idées étrangères qu'on ne l'entend communément.


Pour ma part, j'essaie de rester fixé sur des constatations moins lourdes, ce qui irrite beaucoup d'observateurs qui ne veulent pas entendre que, en réalité, le soleil brille en Corée du Nord, que les arbres y poussent, et que les gens de là-bas vivent avec la gamme habituelle des émotions et des problèmes humains.


Mon opinion personnelle est que toutes les observations sur la vie en Corée du Nord ne devraient pas être entourées d'indignation morale ou faire référence à des considérations relatives aux droits de l'homme.



IPS : Dans votre discours, vous avez également déclaré que "le monde récompense rarement la Corée du Nord pour sa bonne conduite". Qu'entendez-vous par là?

R.C.: "Récompense" est précisément le mauvais mot, et je n'aurais pas dû l'employer. Les Nord-Coréens ne sont pas des animaux de laboratoire qu'on entraîne à faire de nouveaux tours. Ces concepts de récompense et de punition, de carottes et de bâtons ont, je m'en inquiète parfois, pris le pas sur notre aptitude à comprendre exactement ce que nous essayons d'accomplir et comment nous devrions agir vis-à-vis du Nord.

Ce que j'essayais de faire remarquer, c'était que nous avons probablement contribué à encourager certains choix politiques des Nord-Coréens, des choix qui, à nos yeux, ne correspondent pas à ceux que nous aurions voulu qu'ils fassent.



IPS : Quand vous êtes allé en Corée du Nord, quelle a été votre expérience de la situation "épouvantable" des droits de l'homme dans ce pays?

R.C.: Un visiteur étranger n'est guère en mesure de voir ou de faire l'expérience de tout ce qui touche au fonctionnement de la police, des tribunaux, des prisons, ou d'autres mécanismes de la sécurité intérieure.



IPS : Si la Corée du Nord et la Corée du Sud se réunissaient un jour, elles formeraient une vaste et grande puissance, combinant la richesse du Nord en ressources naturelles et la connaissance technologique avancée du Sud. Comment évaluez-vous les chances que cela arrive?

R.C. : J'ai commencé à étudier la Corée du Nord en 1974, il y a 35 ans. Les deux côtés ont aujourd'hui bien plus d'échanges entre eux qu'ils n'en avaient alors, et il pourrait y en avoir bien davantage.

Il y a quelques années, ils étaient engagés sur la voie de contacts accrus, mais la situation est malheureusement revenue en arrière. Il n'est pas inhabituel que ce type de processus évolue par à-coups, cependant, et il n'y a aucune raison de penser les choses ne vont pas à nouveau s'améliorer un peu. L'essentiel est que lors du redémarrage du processus, celui-ci part presque toujours d'un nouveau plateau plutôt que de devoir refaire tout le chemin jusqu'au point zéro.

La plupart des gens ont tendance à penser en termes de "réunification", c'est-à-dire l'unification politique du pays sous un seul système. Il existe d'autres voies par lesquelles les deux parties pourraient mutuellement profiter de leurs atouts économiques pour le bénéfice des deux.

Si et dans quelle mesure cela constituera une "
vaste et grande puissance" est bien sûr une tout autre question. Il ne faut pas oublier que la péninsule coréenne a des voisins qui pourraient ne pas être trop heureux de voir émerger une telle puissance.



IPS : D'après Vivit Muntarbhorn, le rapporteur spécial des Nations Unies pour les droits de l'homme en Corée du Nord, la RDPC doit transformer sa
"politique de priorité à l'armée" en une "politique de priorité au peuple" si le régime veut survivre. Qu'en pensez-vous?


R.C. : Une chose que j'ai apprise à ne pas faire au fil des ans est de dire aux peuples des autres pays ce qui est le mieux pour eux. Ce n'est pas pour contredire le travail du rapporteur spécial des Nations Unies, dont c'est le métier de faire ce genre de recommandations.

Si vous lisez les documents provenant des ambassades à Pyongyang de l'ex-URSS et des pays d'Europe de l'Est, vous verrez que les Nord-Coréens ont été soumis à un déluge sans fin de "conseils" de leurs alliés,  la plupart desquels étaient tout à fait convaincus que les dirigeants nord-coréens ne comprenaient pas les questions économiques, avaient une mauvaise appréciation des principes communistes, et devaient fondamentalement profiter de la sagesse venant de l'extérieur.

L'URSS et le bloc de l'Est ont disparu, tandis que la RPDC est toujours là.

 

 

Propos recueillis par Liza Jansen le 21 décembre 2009

Traduction : AAFC (liens ajoutés par l'AAFC)

 

 

 

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Corée et médias
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Michael 23/12/2009 23:24


Excellent article, cet homme est un vrai chercheur, au sens noble du terme.....


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* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)