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5 juin 2016 7 05 /06 /juin /2016 12:12

Il y a bien deux France et deux Corée (du Sud) qui se sont retrouvées face à face ces derniers jours. Côté cour, du 1er au 4 juin 2016, Mme Park Geun-hye a effectué une visite d'Etat en France - et a été reçue avec tous les honneurs dus à son rang par le Président François Hollance. Côté rue, une manifestation a été organisée place Saint-Michel, à Paris, le 3 juin, par le Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD), en présence de représentants d'organisations sud-coréennes frappées par la répression à Séoul : l'Alliance coréenne et "Jeunes de gauche". L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), qui a soutenu la manifestation du CILD, revient sur cette dichotomie qui révèle deux conceptions différentes de la diplomatie française et des droits de l'homme. 

Deux France et deux Corée s'opposent lors de la visite de Mme Park Geun-hye en France

Au plan protocolaire, rien n'a manqué à la visite d'Etat en France de la Président sud-coréenne Mme Park Geun-hye : réception à l'Elysée, dîner d'Etat (et toast porté en son honneur), conférence de presse conjointe avec le Président François Hollande, et pour finir un tour rapide à Grenoble, où elle avait étudié six mois en 1974 - occasionnant accessoirement quelques embouteillages, les mêmes embouteillages qui - ironie du sort - servent de prétexte à restreindre la liberté de manifestation en Corée du Sud.

Mais de quoi ont bien pu parler M. Hollande et Mme Park ? De la situation politique en Corée du Sud, où Mme Park Geun-hye refuse de reconnaître sa défaite aux élections législatives du 13 avril 2016, en changeant de gouvernement et - accessoirement, si l'on peut dire - de ligne politique ? De juteux contrats économiques ? De coopérations culturelles, sportives, artistiques, dans le prolongement de l'année croisée France-Corée du Sud, qui coïncide avec le 130e anniversaire de l'établissement en 1886 des relations diplomatiques (qui, soit dit en passant, ont surtout été une ouverture forcée de la Corée sous l'effet de la politique de la canonnière) ? Il y a certes eu quelques contrats signés (notamment dans le domaine des nouvelles technologies, où les Sud-Coréens excellent), mais l'essentiel était ailleurs, si l'on s'en tient du moins aux thèmes abordés lors de la conférence de presse conjointe de François Hollande et Park Geun-hye : les deux chefs d'Etat ont surtout parlé d'un pays tiers, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Selon l'éclairant communiqué de l'agence de presse officielle sud-coréenne Yonhap,

La Corée du Nord est soumise aujourd’hui aux plus lourdes sanctions onusiennes pour son quatrième essai nucléaire et son lancement de fusée à longue portée du début de l'année. Elle continue toutefois à rejeter l’appel de la communauté internationale pour l'abandon de son programme nucléaire qu'elle considère comme un moyen de dissuasion contre la soi-disant politique hostile de Washington à son encontre.

En outre, Park et Hollande ont déclaré qu'ils mettront en œuvre de façon exhaustive les sanctions onusiennes contre le Nord et prendront des mesures additionnelles, si nécessaire, pour s'assurer que la Corée du Nord abandonne son programme nucléaire et s'engage sur la voie d'un changement véritable, selon le communiqué conjoint publié après le sommet.

Les deux pays ont enjoint la Corée du Nord d'améliorer la situation des droits de l'Homme en son sein et se sont dit inquiets de cette dernière.

http://french.yonhapnews.co.kr/national/2016/06/04/0300000000AFR20160604000200884.HTML

Des tensions dans la péninsule coréenne ? Selon ce communiqué, elles sont entièrement imputables à la Corée du Nord et il n'y aurait pas de politique hostile de Washington à l'encontre de Pyongyang. Si c'est réellement ce qui a été dit, rarement la France se sera alignée aussi étroitement sur les positions des néoconservateurs américains et sud-coréens en matière de politique étrangère. Ou M. Hollande se serait-il converti aux délires néoconservateurs va-t-en-guerre de ceux qui, hier, lançaient la guerre d'Irak en 2003, avec ces centaines de milliers de morts, ce qui a créé le terreau fertile où a ensuite prospéré le radicalisme islamiste djihadiste ?

Que M. Hollande s'inquiète des droits de l'homme au Nord est son libre choix, mais a-t-il eu au moins un mot pour les prisonniers politiques sud-coréens, dont l'un d'eux, Mme Kim Hye-young, est en train de mourir après avoir engagé une grève de la faim car elle ne reçoit pas de traitement approprié en prison ? Rien ne permet de penser que M. Hollande ait eu le moindre mot sur les atteintes gravissimes aux libertés démocratiques en Corée du Sud, alors que la lettre que lui a adressé Jean Salem, président du CILD, sur la libération des prisonniers politiques en Corée du Sud n'a même pas reçu un accusé de réception. Parler du Nord tout en fermant les yeux sur ce qui se passe au Sud, c'est adopter le point de vue des réactionnaires sud-coréens qui, hier tuaient des milliers d'opposants, aujourd'hui les emprisonnent et les torturent (avant de les tuer à nouveau ?) en arguant de la menace nord-coréenne et de la situation des droits de l'homme dans le Nord de la péninsule.

De la même façon qu'il honorait le ministre de l'Intérieur saoudien de la légion d'honneur, M. François Hollande a tenu à distinguer Mme Park Geun-hye : pour la première fois, un chef d'Etat étranger a été honoré du titre de doctor honoris causa par l'Université de médecine Pierre et Marie Curie, pour sa contribution (on ne rit pas) au développement, entre autres, de l'économie créative. Ceci n'a aucun rapport avec la médecine ? Ce n'est pas grave : il faut bien satisfaire les caprices de Mme Park, qui aurait tant aimé poursuivre des études en France.

Mais il y a une autre France, et une autre Corée du Sud : une France et une Corée du Sud qui, elles, se situent résolument du côté de la défense de la paix en Corée en favorisant le dialogue et pas la guerre, et de la libération des prisonniers politiques et de la fin de la répression contre les militants politiques et syndicaux.

La France et la Corée du Sud qui résistent à la guerre et refusent le fascisme manifestaient le soir du vendredi 3 juin 2016, à la fontaine Saint-Michel dans le sixième arrondissement de Paris, à l'appel du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud, qui a établi un compte rendu détaillé. Ils n'étaient pas seuls, l'appel à manifester ayant été reproduit sur la page Facebook du Mouvement de la paix, et sur d'autres sites (notamment Mouvement communiste) tandis qu'un article de Lina Sankari dans L'Humanité, intitulé "A Paris, Séoul vend son capitalisme autoritaire", a repris les analyses du Comité international pour les libertés démocratiques en Corée du Sud (CILD), explicitement cité, sans malheureusement rappeler la date et le lieu de la manifestation, ni indiquer le site du CILD (l'article sur Internet n'étant lui qu'en version payante). Pour défendre les libertés démocratiques en Corée du Sud et stopper une dérive libérale (en économie) - autoritaire (en politique), l'AAFC appelle plus que jamais à rejoindre le CILD, face à une situation dont l'urgence est chaque jour plus avérée.

Autre source que celles citées dans l'article :

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations France-Corée Politique sud-coréenne
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Nouvelles de la "liste noire"

Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)