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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 00:14

La calamiteuse gestion par l'administration sud-coréenne du dramatique naufrage du ferry Sewol atteint la présidente sud-coréenne elle-même, Mme Park Geun-hye, qui avait fait d'une société plus sûre l'une de ses promesses de campagne. Le 9 mai 2014, alors que les familles des victimes ont demandé à être reçues par la chef de l'Etat, celle-ci n'a envoyé que des représentants de l'administration présidentielle - tandis que le camp conservateur fustigeait la présence d'éléments à ses yeux "subversifs" dans les manifestations. Cette réaction est une nouvelle manifestation du tournant autoritaire en Corée du Sud qui vise à discréditer les forces d'opposition, en tendant ainsi à remettre en question la liberté d'expression et le droit de manifester.

Emmenés par les familles des victimes, les manifestants se sont vus bloquer l'accès à la Maison Bleue par les forces de l'ordre, le 9 mai 2014.

Emmenés par les familles des victimes, les manifestants se sont vus bloquer l'accès à la Maison Bleue par les forces de l'ordre, le 9 mai 2014.

Pour exprimer leur colère et être reçues par la Présidente Park Geun-hye, les familles des victimes étaient arrivées à proximité de la Maison Bleue - du nom du siège de l'administration présidentielle - à 4h du matin ce vendredi 9 mai. Mais il leur a fallu attendre cinq heures et demie pour qu'une délégation des familles soit reçue au niveau seulement de membres de l'administration présidentielle.

Car l'affolement a gagné les rangs du camp conservateur. Min Kyung-wook, porte-parole de la présidence de la République, a suscité l'indignation en déclarant qu'il n'était pas possible de négocier avec des personnes qui n'étaient pas les représentants des familles endeuillées. Doit-on comprendre que seules ces dernières sont autorisées à s'exprimer sur une question majeure de politique publique ?

Mme Park Geun-hye, ancienne première dame de son père, le général Park Chung-hee - qui a mis en place le régime le plus autoritaire qu'ait jamais connu la Corée du Sud - a manifestement gardé le goût d'un refus de la contestation (qualifiée par la droite sud-coréenne de "subversion"), sous le prétexte d'une plus grande efficacité de l'économie libérale, tout en menaçant de nouvelles atteintes à la liberté de la presse sous couvert de "désinformation". Les propos que la chef de l'Etat a tenus sont ahurissants au regard de la responsabilité de l'administration dans la gestion du désastre. Comment Mme Park Geun-hye ose-t-elle exploiter une telle situation de tragédie pour faire taire les voix discordantes ? 

"Les comportements qui entraînent de l'agitation sociale et de la division ont un effet négatif sur notre économie (...). Il y a des fausses rumeurs et des informations déformées qui circulent, et j'espère que tous ici vous travaillez dur pour y arriver, favoriser la compréhension, et redonner espoir dans notre société. Je ne sais pas ce qu'il adviendra de notre pays si les choses continuent ainsi".

Ces propos interviennent moins de deux semaines après des consignes données aux administrations que les fonctionnaires ne devaient pas se joindre aux manifestations du 1er mai, qui ont pris en compte le drame du Sewol - alors que le naufrage est la conséquence d'une déréglementation libérale assumée, que la fête des travailleurs est l'occasion de dénoncer dans tous les pays du monde, mais visiblement pas en Corée du Sud.

 

Le programme développé par Mme Park, appuyée par les médias conservateurs qui sont la caisse de résonance du Parti Saenuri au pouvoir, entonne, un refrain connu : promotion des "bons" médias, refus de la contestation syndicale et politique, appel à l'unité autour du dirigeant dans une négation des différences de classes et d'intérêts... Il s'agit d'une résurgence des idéaux politiques du père de Park Geun-hye, le général Park Chung-hee. Si les forces de sécurité, les médias publics et de droite et les Eglises évangélistes conservatrices sont engagées dans un marathon de longue haleine pour consolider  le pouvoir du parti Saenuri, les élections locales du 4 juin prochain peuvent encore permettre aux Coréens de donner un coup d'arrêt à l'actuelle dérive de la démocratie sud-coréenne. Rarement des élections locales auront-elles été aussi lourdes de sens et d'implications sur l'avenir politique du pays.

Sources :

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Politique sud-coréenne Naufrage du "Sewol"
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Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)