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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 13:18

Suite au dramatique naufrage du ferry Sewol (302 morts et disparus, et des chances désormais très faibles de retrouver vivants les disparus), les dirigeants administratifs et politiques sud-coréens - au premier rang desquels la présidente Park Geun-hye - ont fui leurs responsabilités en chargeant l'équipage du navire, effectivement coupable de graves erreurs, mais sans s'interroger sur les conséquences des choix politiques opérés : la dérégulation mise en œuvre par les administrations Lee Myung-bak et Park Geun-hye a non seulement permis à des compagnies douteuses, comme l'entreprise Chonghaejin qui était propriétaire du ferry, de sacrifier la sécurité des passagers sur l'autel des profits des actionnaires, mais a aussi conduit à une désorganisation des services de secours au nom d'une croyance toute libérale dans la supériorité du modèle des agences. Alors que le Premier ministre Chung Hong-won a présenté sa démission le 27 avril 2014 pour, selon ses mots, "avoir mal géré un tas de problèmes, des mesures préventives avant l'accident jusqu'aux réponses initiales et mesures de suivi du Gouvernement après l'accident", l'heure est à revoir la gestion des crises, ce qui relève de la responsabilité directe de la chef de l'Etat - qui a déclaré qu'elle accepterait la démission du Premier ministre quand les opérations de sauvetage auront été achevées et qu'auront été "gérées" (sic) les "conséquences de l'accident". Mais c'était Mme Park Geun-hye qui s'était faite élire sur la promesse de faire de la sécurité de ses concitoyens l'une de ses priorités, et pas le Premier ministre Chung Hon-won.

Chung Hong-won

Chung Hong-won

"La société coréenne s'est uniquement focalisée sur le développement rapide, considérant les règles de sécurité comme des entraves". Ce constat lacunaire et sans appel, au lendemain de la gestion catastrophique du drame du ferry Sewol, n'est pas celui d'une officine d'opposition, mais du très conservateur quotidien sud-coréen Chosun Ilbo. De fait, les observateurs sont unanimes : ayant fait le choix de la déréglementation libérale, la Corée du Sud est devenue incapable de gérer de façon optimale des catastrophes majeures, et "le pays est aujourd'hui en tête du classement des pays de l'OCDE en termes de décès par accident", comme l'a observé le journaliste du Monde Philippe Mesmer.

 

S'il existe bien en Corée du Sud des règles de sécurité maritime, les manquements ne sont pas sanctionnés, ce qui équivaut à une absence de règles pour les entreprises. Sous ce régime réglementaire ultralibéral, le ferry Sewol est un cas d'école : surcharge du navire, absence d'exercices de sécurité, statut précaire du capitaine du navire (68 ans) et d'une dizaine de membres d'équipage - qui ont donné des consignes de sécurité contraires à celles qu'aurait commandé la bonne gestion de l'accident... Tous les membres d'équipage ont, depuis la catastrophe, été mis en examen.

 

Alors que dans tous les pays du monde, l'Etat au plus haut niveau est le premier sollicité en cas de catastrophe majeure touchant à la sécurité des citoyens, le chef de la sécurité nationale de la présidence sud-coréenne, Kim Jang-soo, et son porte-parole, Min Kyung-wook, ont répondu que leur service "n'était pas une tour de contrôle pour les réponses aux désastres". Comme l'a observé le quotidien d'opposition Hankyoreh, ils n'ont même pas reconnu le problème que posait en soi l'absence de "tour de contrôle" - en étant d'abord soucieux de "sauver leur peau" (et accessoirement, celle de la Présidente) en cherchant à évacuer la question de leur responsabilité.

 

Le drame du Sewol vient de loin. Car il existait, sous l'administration Roh Moo-hyun (2003-2008), un Conseil de sécurité nationale chargé des réponses en cas de crise. Le Président Lee Myung-bak avait choisi, suivi en cela par l'actuelle chef de l'Etat Mme Park Geun-hye, de confier ces missions à un ensemble d'agences qui se sont ensuite renvoyées la responsabilité d'une mauvaise gestion de la récente catastrophe - tout en obéissant scrupuleusement aux consignes du Gouvernement, qui a cherché à accréditer l'idée (par médias conservateurs et/ou à capitaux publics interposés) que tout était mis en oeuvre pour sauver les victimes. Pour sa part, ne s'impliquant pas directement elle-même, la Présidente Mme Park semblait ailleurs qu'à suivre, heure par heure, l'une des pires tragédies maritimes de l'histoire récente de la Corée, cherchant à blâmer les responsables de la compagnie propriétaire du ferry, certes eux-mêmes impliqués dans des affaires douteuses. Mais l'existence même de telles sociétés, bénéficiant de protections au plus haut niveau de l'Etat, n'est-elle pas le symbolisme de la faillite du modèle capitaliste sud-coréen - marqué par des catastrophes en série, depuis le naufrage - déjà - d'un ferry (le Seohae) le 10 octobre 1993 (292 morts), l'effondrement du grand magasin Sampoong le 29 juin 1995 (502 morts), suite au non-respect des normes de construction, et l'incendie du métro de Daegu le 18 février 2003 (198 morts) ? 

 

Face aux défaillances des pouvoirs publics, ce sont des plongeurs volontaires - et pas les gardes-côtes ou des marins professionnels - qui ont récupéré les premiers corps. L'armée, qui dispose de moyens qui lui sont propres, n'a pas engagé le Tongyeong, son principal navire de sauvetage en mer, livré en 2012 et qui aura coûté la bagatelle de 110 millions d'euros. Ce sont ces erreurs multiples qui ont conduit le Premier ministre à la démission, mais n'est-il pas temps de remettre en place un authentique service public de secours et une réglementation de la sécurité maritime digne de ce nom ?

 

Sources :

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Société Politique sud-coréenne Naufrage du "Sewol"
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