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29 août 2009 6 29 /08 /août /2009 23:01

La politique étrangère de l'Australie est ambivalente, marquée à la fois par l'alliance avec Washington et la recherche d'un multilatéralisme qui permette à Canberra d'assumer ses responsabilités de grande puissance indépendante, notamment en Extrême-Orient et en Océanie. Dans ce contexte, l'ouverture d'une ambassade australienne en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) est un des serpents de mer de la diplomatie australienne. Si l'Australie a été l'une des premières puissances occidentales à ouvrir une ambassade en Corée du Nord au printemps 1975, les tensions nées de la première - et à ce jour, unique - ambassade australienne à Pyongyang (avril-novembre 1975) ont affecté durablement les relations bilatérales, en interrompant la plupart des canaux diplomatiques pendant un quart de siècle.
Les relations diplomatiques entre l'Australie et la République populaire démocratique de Corée ont fait l'objet de plusieurs études : nous avons utilisé notamment un
article de Leonid Petrov, l'un des meilleurs universitaires actuels spécialistes de la Corée du Nord et chercheur associé à l'Université nationale d'Australie. L'épisode de 1975 nous a semblé toutefois mériter une analyse plus approfondie pour comprendre les réticences actuelles des Australiens à revenir à Pyongyang, au-delà des arguments diplomatiques officiels du ministère australien des Affaires étrangères. A cette fin, nous avons utilisé le témoignage, apparu inconnu de Leonid Petrov, du premier ambassadeur occidental en Corée du Nord (1975-1977), le Suédois Erik Cornell, qui accorde quelques pages du récit de sa mission à Pyongyang à décrire "l'intermezzo australien".  

L'alliance entre Séoul et Canberra, obstacle aux relations diplomatiques avec Pyongyang

Au lendemain de la libération de la Corée en 1945, l'Australie a été l'un des huit pays représentés au sein de la Commission temporaire des Nations-Unies pour la Corée. Après avoir voté contre la tenue d'élections séparées dans la seule moitié Sud, et appelé à ce que la Commission se retire de la péninsule coréenne, l'Australie s'est finalement ralliée aux positions américaines, dans le contexte de la guerre froide. L'Assemblée générale des Nations-Unies était présidée par le ministre australien des Affaires étrangères, le Docteur Herbert Evatt, lorsqu'elle a approuvé la
tenue d'élections séparées, boycottées par l'opposition, dans la seule moitié Sud, en 1948.

L'alliance de Canberra et de Séoul a été scellée par l'active participation australienne à la guerre de Corée (1950-1953) : 17.000 soldats ont combattu dans les troupes des Nations-Unies sous commandement américain, notamment le 77ème escadron des forces royales aériennes australiennes (Royal Australian Air Force's 77th Squadron) qui a bombardé Pyongyang, presque entièrement détruite par les bombes à l'issue du conflit. Pendant la guerre, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et les Etats-Unis ont signé à San Francisco, le 1er septembre 1951, le pacte d'alliance militaire ANZUS.

Lors de sa visite de la zone démilitarisée en 1967, à l'invitation du gouvernement sud-coréen, le Premier ministre australien Harold Holt, partisan résolu de l'alliance avec les Etats-Unis au Vietnam (à gauche, avec le président américain Harold Johnson), a été accueilli par les hauts-parleurs nord-coréens avec comme message "Retournez à la maison, Harold Holt !".

L’émergence de la Corée du Sud comme l’une des principales puissances économiques en Asie a ajouté l’argument commercial aux liens traditionnels de solidarité politique : la Corée du Sud est aujourd’hui le troisième partenaire commercial de l’Australie.

L'intermède de 1975

Le retour aux affaires des travaillistes australiens, après les élections de 1972, conduisit le gouvernement Gough Whitlam à rechercher l'ouverture de relations diplomatiques avec les Etats socialistes d'Asie, en prenant ainsi en compte la normalisation des relations entre les Etats-Unis et la Chine. Cette ouverture était audacieuse dans le contexte de la guerre du Vietnam. Le processus fut toutefois plus long avec la République populaire démocratique de Corée qu'avec le Vietnam. La reconnaissance de la RPDC par l'Australie intervint le 1er août 1973, après la visite d'une délégation commerciale nord-coréenne de haut rang en juillet de la même année. L'établissement de relations diplomatiques eut lieu le 31 juillet 1974. Une ambassade nord-coréenne s’ouvrit à Canberra le 31 décembre 1974. L’ambassade australienne à Pyongyang fut établie le 30 avril 1975. En mai-juin, 1975, une rencontre eut lieu à Pyongyang entre le ministre australien des affaires étrangères, Don Willesee, et son homologue nord-coréen, Ho Dam.

Après la Suède, qui avait ouvert une ambassade à Pyongyang quelques mois plus tôt, l’Australie était donc la deuxième puissance occidentale à mettre en place une représentation permanente auprès de la République populaire démocratique de Corée, avec cette différence notable que, contrairement à la Suède, pays neutre, l'Australie était un allié politique et militaire des Etats-Unis. Pourtant, six mois plus tard, les diplomates australiens recevaient l’ordre de quitter le pays dans les 48 heures : après leur départ le 6 novembre 1975, Canberra n’a toujours pas de représentation diplomatique permanente en Corée du Nord, trente-quatre ans plus tard. L'intermède de 1975 a donc pesé durablement dans les relations bilatérales. Quelques jours plus tôt, le 30 octobre 1975, la RPDC avait décidé de fermer son ambassade à Canberra, suite à une lettre dont les autorités australiennes ne prirent connaissance qu’a posteriori.

A qui imputer la faute de cet échec diplomatique, aux conséquences aussi durables ? Deux éléments sont à prendre en compte : les frictions permanentes entre les personnels diplomatiques coréens et australiens, notamment à Pyongyang et, plus substantiellement, un désaccord de fond sur la question coréenne.

Les explications du gouvernement nord-coréen furent laconiques, selon les archives diplomatiques australiennes consultées par le professeur Petrov : furent invoquées les "restrictions de voyager excessives imposées à son personnel d’ambassade à Canberra", ainsi que l’attitude des diplomates australiens qui donnaient une mauvaise image de la vie quotidienne en RPDC en "prenant délibérément des photos d’enfants jouant dans la boue". Le livre de témoignage de l’ancien ambassadeur suédois à Pyongyang fait une description plus précise des problèmes causés par l’attitude des diplomates australiens à Pyongyang, ainsi que les difficultés rencontrées par les diplomates nord-coréens à Canberra, tout en mentionnant une circulaire du ministère coréen des Affaires étrangères plus explicite que les archives australiennes (gestes inamicaux répétés de nature à troubler l'ordre public, activités subversives, impossibilité pour les diplomates nord-coréens en Australie d'assumer leur mission) :

- dans l’attente – pendant plusieurs mois – d’une installation dans leur ambassade, les Australiens déménagèrent de nuit du mobilier dans les chambres d’hôtel où ils séjournaient, pour les adapter à leurs activités professionnelles ; après avoir emménagé dans leurs locaux, ils organisèrent une fête dont les invités devaient venir costumés en Romains de l’Antiquité, offrant le spectacle peu ordinaire de personnes se déplaçant en chemise, le soir, dans les rues de la capitale nord-coréenne ;

- l'affectation à Pyongyang d'un secrétaire d'ambassade parlant coréen, après avoir passé plusieurs années en Corée du Sud, fut regardée avec suspicion par les Nord-Coréens ;

- alors que les jupes courtes des Australiennes choquèrent les Coréens, les diplomates, qui utilisaient un modèle luxueux de voiture Mercedes Benz, prirent l'habitude d'organiser des sorties impromptues sans autorisation, notamment des visites du métro auxquelles ils conviaient les représentants des autres ambassades ;

- à Canberra, en réponse aux restrictions aux déplacements des diplomates australiens en poste à Pyongyang, les Nord-Coréens se virent imposer l'obligation de déclarer préalablement leurs déplacements ; par ailleurs, l'achat par l'ambassade nord-coréenne de pages de publicité dans les journaux australiens, et la diffusion de tracts, entraînèrent l'achat de pages de publicité et la diffusion de tracts également par l'ambassade sud-coréenne à Canberra, et surtout la demande du gouvernement australien de faire cesser ces activités ;

- des problèmes administratifs réels existaient aussi : comme le relève l'ancien ambassadeur suédois Erik Cornell, "l’approvisionnement en devises locales ne se fit facilement, parce que la banque refusait de changer l’argent, à cause du fait que les Nord-Coréens avaient raté le passage au dollar et soutenaient que les Australiens utilisaient toujours la livre".

Toujours selon Erik Cornell, l'incompréhension des Australiens leur est imputable : selon lui, les Nord-Coréens "essayèrent, à l'aide de subtiles messages propres aux Orientaux, d'encourager les nouveaux arrivants à prendre les choses un peu plus simplement, cependant ces signaux ne furent pas reconnus comme tels, mais considérés comme les tracas incompréhensible et irritants qu'ils étaient pour un regard d'Occidental". Ce refus de comprendre n'est d'ailleurs pas sans rappeler, toutes choses égales par ailleurs, celui d'un
Guy Delisle dans sa BD Pyongyang.

S'il s'agissait d'irritants notables dans les relations bilatérales, le motif le plus sérieux a été, selon Erik Cornell et la plupart des diplomates alors en poste à Pyongyang, la position de Canberra sur la question coréenne. L'année 1975 voit la présentation concurrente aux Nations-Unies de deux résolutions par la Corée du Nord et la Corée du Sud : en annonçant qu'il voterait pour la résolution sud-coréenne et contre la résolution nord-coréenne, le gouvernement australien aurait précipité le départ de l'ambassade de la RPDC à Canberra. Cependant, Canberra décida en définitive de s'abstenir sur la résolution nord-coréenne... mais le départ des Nord-Coréens aurait alors déjà été programmé. Suivant cette explication dont il reconnaît qu'elle n'est qu'une hypothèse, Erik Cornell conclut comme suit : "mais l'erreur avait déjà été commise, et pour ne pas perdre la face il fallait aller jusqu'au bout, c'est-à-dire expulser l'ambassade australienne". S'il peut sembler effectivement contraire aux intérêts des Nord-Coréens de rompre les liens avec un gouvernement qui avait finalement choisi de ne pas voter contre leur résolution, ce mode de raisonnement est cohérent d'un point de vue asiatique.

Plus fondamentalement, le ministre des Affaires étrangères Willesee recherchait un rôle de médiateur, en appelant chaque partie à surmonter les différences et en cherchant à favoriser les contacts. Erik Cornell estime que cette position, conforme à la tradition diplomatique occidentale, n'était pas acceptable pour les Nord-Coréens, "seulement intéressés dans un soutien loyal et inconditionnel des autres Etats" et refusant toute ingérence extérieure dans les affaires intercoréennes. Compte tenu de l'embarras que créait l' "inopportune" propostion australienne de médiation, "les Nord-Coréens ne pouvaient pas faire autrement que de rompre tous les contacts". En d'autres termes, la rupture de 1975 aurait pu se produire à un autre moment et en d'autres circonstances, mais elle était inévitable dans le contexte de l'époque.

Une normalisation aujourd'hui inachevée, malgré l'établissement de relations diplomatiques

En 1975, les relations diplomatiques ne furent pas officiellement rompues, mais de fait entièrement gelées. Il faudra attendre la Conférence de l'Union interparlementaire, dont la session du printemps 1991 se tint à Pyongyang, pour une reprise des échanges officiels. Le parlementaire Clive Holding conduisait la délégation parlementaire australienne à cette conférence, et en novembre de la même année une délégation du Parti du travail de Corée (PTC), conduite par Kim Yong-sun (photo), secrétaire aux relations internationales du Comité central du PTC, fut accueillie en Australie.

De même que ces premiers échanges de l'après guerre-froide avaient précédé l'entrée simultanée des deux Corée aux Nations-Unies, l'Australie n'attendit pas le sommet intercoréen de juin 2000 pour approfondir le dialogue avec Pyongyang, anticipant une nouvelle fois les prises de position des autres gouvernements occidentaux, en évitant le suivisme des Etats-Unis ou de Séoul. Deux parlementaires australiens, le sénateur Gareth Evans et le député Kevin Rudd (futur Premier ministre), visitèrent Pyongyang du 1er au 4 mai 1999, tandis que l'ancien Premier ministre Downer rencontra à New York, le 27 septembre 1999, son homologue de la RPD de Corée Paek Nam-sun (photo).

L'Australie avait tiré les leçons de l'échec de 1975 en ne cherchant plus à imposer à Pyongyang des propositions qu'elle ne souhaitait pas, mais en jouant son propre rôle, au sein des pays occidentaux. Membre depuis 1995 de l'Organisation pour le développement énergétique de la Corée (plus connue sous son acronyme anglais, KEDO), devant approvisionner la Corée du Nord en nucléaire civil en contrepartie du renoncement au nucléaire militaire, l'Australie annonça une contribution d'un million de dollars australiens au KEDO le 11 avril 2000, avant de renouer les relations diplomatiques le 8 mai 2000. En juillet 2000, l'ambassadeur australien à Pékin, David Irvine, fut accrédité à Pyongyang, et l'ambassadeur nord-coréen aux Philippines, Kim Pyong-hong, accrédité auprès du gouvernement australien. M. Downer, ministre australien des Affaires étrangères, visita la RPD de Corée du 14 au 16 novembre 2000, et Paek Nam-sun, ministre des Affaires étrangères de la RPD de Corée, l'Australie du 28 au 30 juin 2001. En mai 2002, la RPD de Corée ouvrit une ambassade à Canberra, dans le quartier de O'Malley. Le premier ambassadeur fut S.E. Chon Jae-hong.

L'achèvement du processus de normalisation diplomatique aurait alors dû conduire à l'ouverture d'une ambassade australienne à Pyongyang. Le souvenir de 1975 a-t-il joué ? Ce n'est pas sûr. En tout cas, pour le professeur Petrov, l'absence de réciprocité "tend à soutenir l'idée que l'intérêt de Canberra de réétablir des liens diplomatiques n'était pas tant guidé par le désir de s'engager dans une coopération sérieuse, que par le besoin d'acquérir un levier supplémentaire dans la discussion avec [les Nord-Coréens] sans risquer en fait quoi que ce soit". Les échanges économiques restèrent limités, après avoir atteint un pic de 48 millions de dollars australiens, ne constituant pas un argument supplémentaire pour développer les relations bilatérales. Au demeurant, les tensions internationales ne favorisèrent pas l'approfondissement du dialogue politique, tandis que l'Australie poursuivait son action de solidarité avec les populations coréennes.

En mai 2003, l'incident du Pong Su - du nom d'un navire australien intercepté par l'armée australienne avec de l'héroïne à bord - entraîna le rappel de l'ambassadeur Chon Jae-hong  Le verdict rendu dans cette affaire par la Cour suprême de Victoria, le 6 mars 2006, aboutit toutefois à l'acquittement du capitaine et des autres membres d'équipage.

Après l'essai nucléaire nord-coréen d'octobre 2006, Canberra appliqua de manière extensive les sanctions prévues par la résolution 1718 du Conseil de sécurité des Nations-Unies, portant un coup d'arrêt aux échanges commerciaux bilatéraux : les importations australiennes de RPDC oscillent entre 6 et 11 millions de dollars australiens par an, classant la Corée du Nord au 125ème rang des partenaires commerciaux de l'Australie.

Suite aux élection législatives du 25 octobre 2007, la formation d'un gouvernement travailliste, dirigé par Kevin Rudd qui avait autrefois visité Pyongyang comme député, a nourri des attentes manifestement déçues chez les Nord-Coréens quant à la réouverture, tant attendue, d'une ambassade à Pyongyang. C'est en ce sens qu'on peut interpréter la décision de Pyongyang de fermer son ambassade à Canberra, le 31 janvier 2008. En choisissant comme ambassadeur accrédité à Pyongyang son ambassadeur en poste à Séoul (et non plus à Pékin), en août 2008, l'Australie a accompli un pas supplémentaire qui l'éloigne de la Corée du Nord.

L'Australie a-t-elle abandonné toute ambition de jouer un rôle dans la péninsule coréenne ? Manifestement non : lorsque Pyongyang a fait savoir qu'il ne considérait plus le Japon comme un partenaire des pourparlers à six sur le nucléaire, Canberra a manifesté son intérêt de remplacer Tokyo, damant le pion à l'Union européenne, alors présidée par la France,
qui avait perdu une nouvelle occasion d'exister sur la scène diplomatique extrême-orientale. L'aide humanitaire australienne a atteint 8 millions de dollars sur la période 2007-2008. Ce maintien d'un vecteur d'influence est de nature aujourd'hui à peser, alors que Pyongyang a envoyé des signaux en direction de Washington et de Séoul.
 
Sources :
- Erik Cornell, "Australian intermezzo", in North Korea under communism : report of an envoy to paradise, RoutledgeCurzon, Londres, 2002, pp. 57-61. 
- Leonid A. Petrov, "Australia and DPRK : the Sixty Years of relationship", in
Policy Forum Online (Nautilus Institute), 9 septembre 2008. Article publié dans Pacific Focus en décembre 2008.
- Chronologie des relations entre l'Australie et la RPDC, sur le site du
ministère australien des Affaires étrangères et du commerce (DFAT).

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13 août 2009 4 13 /08 /août /2009 09:54

La République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a annoncé qu'elle pourrait soumettre le prochain lancement d'un satellite par la Corée du Sud au Conseil de sécurité des Nations Unies. En lançant de son côté une fusée en avril dernier, la RPDC avait été condamnée par le Conseil de sécurité. Le principe d’égalité dans les relations internationales sera-t-il respecté ?

 

La République populaire démocratique de Corée cherche à attirer l'attention de la « communauté internationale » sur les préparatifs de lancement par la Corée du Sud d'une fusée à plusieurs étages porteuse d'un satellite de télécommunication, construite avec l'assistance technique de la Russie.

 

Cité par l’agence officielle nord-coréenne KCNA, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères de RPDC a rappelé que les autres pays impliqués dans les pourparlers à six sur le programme nucléaire nord-coréen (Etats-Unis, Corée du Sud, Chine, Russie, Japon) avaient « dénoncé » la RPDC en lui imposant des « sanctions » au Conseil de sécurité des Nations Unies suite au lancement, le 5 avril 2009, de la fusée Unha-2. « Cela viole le principe du respect de la souveraineté et de l'égalité, de la vie et de l'esprit et de la base des pourparlers, et les amène à une fin », a poursuivi le porte-parole nord-coréen.

 

« Nous observerons attentivement si les parties impliquées soumettront le lancement d'un satellite par la Corée du Sud au Conseil de sécurité des Nations Unies. Leur réaction et attitude envers le lancement d'un satellite par la Corée du Sud prouvera encore une fois si le principe d'égalité existe ou s'est effondré. »

 

Le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté le 13 avril une déclaration présidentielle condamnant le lancement du 5 avril et demandant à la RPDC de « ne pas effectuer d'autre lancement ». La RPDC a ensuite annoncé son retrait des pourparlers à six, « devenus une tribune servant à porter atteinte à [sa] souveraineté », et a effectué son second essai nucléaire le 25 mai.

 

Après plusieurs reports, le tir du lanceur sud-coréen KSLV-1 est prévu le 19 août sur le site du Centre spatial de Naro à 485 km au sud de Séoul. Le tir pourrait cependant être légèrement décalé jusqu’au 26 août en fonction des préparatifs du tir et des conditions climatiques.

 

La fusée KSLV-1 a nécessité un budget de 502,5 milliards de won (285 millions d'euros). Haute de 33 mètres et d'un poids de 140 tonnes, elle comporte deux étages (contre trois étages pour la fusée nord-coréenne Unha-2). Son premier étage peut générer une poussée de 170 tonnes, et son deuxième étage une poussée de 8 tonnes, pour mettre sur orbite un satellite d'une centaine de kilos.

 

La réaction de la « communauté internationale » au lancement de cette fusée sud-coréenne sera en effet intéressante à observer. Elle risque cependant de constituer un nouvel exemple de l'application du principe des « deux poids et deux mesures » dans les relations internationales.

 

 

Sources : KBS, KCNA, Korea Times, RIA-Novosti, Xinhua

 





 

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16 juin 2009 2 16 /06 /juin /2009 23:05

Les 15 et 16 mai 2009 s'est réuni à Paris le Tribunal international d'opinion pour les victimes vietnamiennes de l'agence orange (dioxine). A l'issue de 15 heures de déposition, le tribunal a jugé le gouvernement américain et les firmes américaines responsables d'un écocide, qui a touché d'abord les populations et l'environnement du Vietnam. Parmi les victimes figurent également des Sud-Coréens, aussi venus témoigner à Paris : à ce titre, l'AAFC est solidaire des Coréens qui luttent pour la reconnaissance, par les Etats-Unis et les entreprises américaines, de leur exposition à un produit extrêmement dangereux pour la santé humaine.

Entre 1961 et 1971, plus de 72 millions de litres d'herbicide contenant de la dioxine (plus connue sous le nom d'agent orange) ont été déversés sur 2 millions d'hectares de forêts et de rizières, représentant un dixième du territoire vietnamien. Cet écocide a eu des conséquences dramatiques sur la santé d'au moins 3 millions de Vietnamiens, victimes de maladies et de malformations, ainsi que sur l'environnement du pays : en effet, la dioxine reste dans l'environnement pendant des décennies en continuant, aujourd'hui encore, à affecter les fruits et les légumes cultivés dans les sols contaminés durant la guerre.

Afin de soutenir les victimes de l'agent orange, et en l'absence de tout dédommagement aux Vietnamiens par le gouvernement et les entreprises américaines (Monsanto, Dow Chemical, Pharmacia Cop...), un tribunal d'opinion internationale (photo Bellaciao) a été constitué, formé de sept juges internationaux. Il s'est réuni à Paris les 15 et 16 mai 2009 à l'initiative de l'Association internationale des juristes démocrates et l'association française Droit et Solidarité, sous la présidence de Jintendra Sharma, juge de la Cour suprême de Delhi, en Inde, assisté des juges Juan Guzman (Chili), Claudia Morcom (Etats-Unis), Marjorie Cohn (Etats-Unis), Gavril Iosif Chiuzbaian (Roumanie, ancien ministre de la justice), Adda Bekkarouch (Algérie) et Shoji Umeda (Japon). Le rapport de mission a été déposé par le Français Maître Bourdon. Les avocats des plaignants étaient Jeanne Mirer (Etats-Unis) et Roland Weyl (France).

La nocivité de l'agent orange, connue des autorités américaines dans une étude de 1965, est telle que le président Roosevelt en avait interdit l'utilisation par l'armée américaine pendant la Seconde guerre mondiale.

A l'issue de 15 heures de déposition par 27 victimes, veuves de victimes, témoins et experts, originaires du Vietnam, des Etats-Unis et de Corée du Sud, le tribunal d'opinion a rendu son verdict le 18 mai, en considérant que l'utilisation de la dioxine était un crime de guerre (non conforme à la loi internationale d'usage et à la convention de La Haye de 1907) et un crime contre l'humanité (ayant frappé des victimes civiles), en se référant aux principes VI-b et VI-c de Nuremberg. En conséquence, le tribunal a reconnu coupable le gouvernement des Etats-Unis, et les fabricants d'agent orange coupables de complicité, en les appelant à dédommager les victimes et leurs familles, ainsi qu'à réparer les lourds dommages causés à l'environnement, notamment la décontamination des zones situées près des anciennes bases militaires. Pour évaluer le montant des compensations, le tribunal d'opinion a recommandé l'établissement d'une Commission Agent Orange, en précisant que pouvait être pris comme guide, pour le calcul des dédommagements, le montant de l'indemnisation versée chaque année par le gouvernement des Etats-Unis aux vétérans américains de la guerre du Vietnam (soit 1,52 milliard de dollars).

Des anciens soldats coréens prennent toute leur place dans ce combat pour la justice, alors que la Corée du Sud a fourni
le plus important contingent de soldats aux côtés des troupes américaines pendant le conflit. Par ailleurs, eux-mêmes et leurs familles ont également été les victimes de l'épandage massif de dioxine. A cet égard, un accord conclu en 1984 et ayant prévu une compensation de 240 millions de dollars, est discriminatoire, en n'indemnisant que des anciens soldats occidentaux (australiens, néo-zélandais, canadiens et américains), à l'exclusion non seulement les Vietnamiens, mais aussi des contingents d'autres pays ayant combattu au Vietnam, au premier rang desquels la Corée du Sud.

L'Association des Vétérans Coréens Handicapés par l'Agent Orange (Korean Disabled Veterans' Association for Agent Orange) lutte pour une juste indemnisation des victimes coréennes. Un succès historique a été remporté en janvier 2006 par 20.000 plaignants sud-coréens devant les tribunaux de leur pays, dans leur procès contre les fabricants de l'agent orange. Mais les entreprises incriminées ont fait appel de ce jugement. 32 vétérans, dont certains en fauteuil roulant, ont ainsi manifesté devant le siège des Nations-Unies le 24 août 2006 (photo Vietnam Agent Orange Relief and Responsability Campaign), en appelant notamment l'attention de la Commission des Nations-Unies pour les droits de l'homme. Les chances de succès final sont en effet très minces sans une forte mobilisation internationale, les tribunaux américains ayant jusqu'à présent toujours rejeté les demandes en indemnisation des victimes de l'agent orange. Les Vietnamiens habitant dans les régions touchées sont pourtant confrontés à des risques accrus de cécité, de diabète, de cancers des poumons et de la prostate, et présentent aussi un plus grand nombre de malformations congénitales. Ces symptômes se retrouvent parmi les anciens soldats américains et sud-coréens ayant combattu au Vietnam et leurs familles.

La Coalition des Associations de combattants coréens victimes de l'Agent orange a fondé une section au Vietnam en mars 2007, présidée par Seo Cheol-jae (photo Vietnam Agent Orange Relief and Responsability Campaign). Dans l’invitation à la cérémonie de création de cette section , à laquelle était présent l’ambassadeur de la République de Corée (du Sud) au Vietnam, il a été déclaré que « pour toutes les tristesses et les souffrances en commun, nous sommes unis comme des compagnons de voyage au-delà de toutes les frontières ». Aux victimes coréennes de la guerre du Vietnam s’ajoutent aussi les soldats sud-coréens qui, en 1968-1969, ont manipulé et déversé de la dioxine au sud de la zone démilitarisée (DMZ).

L'AAFC s'associe pleinement aux associations membres du collectif Vietnam Dioxine qui ont soutenu le procès conduit par le tribunal d'opinion international de Paris, en appelant également à une juste indemnisation des victimes coréennes. A cet égard, elle rappelle sa ferme opposition à l'utilisation de toutes les armes de destruction massive, qu'elles soient chimiques, bactériologiques ou nucléaires.


Sources : Centre de recherche sur la mondialisation, site Bellaciao, Vietnam Agent Orange Relief and Responsability Campaign
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12 juin 2009 5 12 /06 /juin /2009 21:29

Adoptée le 12 juin 2009 par le Conseil de sécurité des Nations-Unies à l'unanimité de ses quinze membres, la résolution 1874 a alourdi les sanctions contre la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), en condamnation de l'essai nucléaire nord-coréen du 25 mai dernier.

A l'issue de longues discussions - pendant plus de deux semaines - entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations-Unies (CSNU), le Japon et la Corée du Sud, la résolution 1874 du CSNU, adoptée le 12 juin 2009, a alourdi les sanctions à l'encontre de la Corée du Nord. Elle prévoit : 

- le renforcement du régime de surveillance des cargaisons aériennes, maritimes et terrestres, à destination ou en provenance de la Corée du Nord, en permettant la saisie et la destruction des biens transportés en violation des sanctions ;
- l'élargissement de l'embargo sur les armes, à l'exclusion des seules importations d'armes de petite taille par la Corée du Nord, ce qui correspond à une concession accordée à la Chine par les Etats-Unis qui souhaitaient un embargo sur tout le commerce des armes nord-coréen ;  
- l'inclusion de nouvelles entreprises nord-coréennes, mais aussi de personnes, sur la liste des entités nord-coréennes dont les avoirs à l'étranger sont gelés.

En condamnant à nouveau l'essai nucléaire nord-coréen, les cinq membres permanents du CSNU ont manifesté leur volonté de conserver leur monopole de l'arme atomique. Prolongeant la résolution 1718 du CSNU adoptée en octobre 2006 après le premier essai nucléaire nord-coréen, la résolution 1874 atteste que le droit international public, et singulièrement le droit des Nations-Unies, est conçu dans l'intérêt des grandes puissances et de leurs alliés. Par comparaison, les puissances nucléaires alliées des Etats-Unis - comme Israël et le Pakistan - n'ont jamais encouru la moindre sanction du CSNU au titre de leurs activités nucléaires militaires.

En affirmant que "en aucun cas il ne devait fait être usage de la force ou menacé d'y recourir", M. Zhang Yesui, ambassadeur de la République populaire de la Chine aux Nations-Unies, a exprimé la volonté de Pékin d'éviter que des arraisonnements de navires nord-coréens ne conduisent à des
affrontements. Certains observateurs ont ainsi mis en doute la fermeté de la Chine, premier partenaire économique de la Corée du Nord, dans l'application des sanctions.

En tout état de cause, la résolution 1874 s'inscrit dans une logique d'escalade de la tension, attisant les risques de guerre : les autorités nord-coréennes pourraient réagir en procédant à un tir de missile intercontinental, ou à un troisième essai nucléaire. Compte tenu du rôle économique du complexe militaro-industriel en Corée du Nord, ces nouvelles sanctions, présentées comme visant ses ressources, vont d'abord aggraver la vie quotidienne de millions de Coréens, employés dans les usines d'armement ou dans des secteurs liés au complexe militaro-industriel, comme l'informatique.

Il n'est d'ailleurs pas anodin que, dans la même période, la Corée du Nord négocie avec les Sud-Coréens une forte revalorisation des salaires et des loyers dans la zone industrielle de Kaesong : ces discussions, actuellement dans l'impasse, peuvent se lire comme une réaction des autorités nord-coréennes aux tentatives d'étranglement financier à son encontre. N'est-il pas encore temps de
refuser la politique du pire, et d'encourager la voie des négociations par une autre politique que celle du bâton ?

Sources : Le Monde, Pakistan Times

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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 00:07

Dans un contexte de tensions accrues dans la péninsule coréenne après l'essai nucléaire nord-coréen du 25 mai 2009, quels sont les risques réels de conflit en Corée ? La République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) souligne qu'elle renforce ses capacités dissuasives face à l'attitude hostile des Etats-Unis. Pour leur part, les Etats-Unis affirment qu'ils assumeront la défense de leur allié sud-coréen. Si aucune partie ne prétend donc s'inscrire dans une démarche offensive, il n'est pas exclu que, dans l'escalade actuelle où chaque Etat cherche à renforcer ses positions en vue de négociations à venir, des accrochages puissent se produire, et dégénérer. A ce stade, quelle est donc la probabilité d'une (seconde) guerre de Corée ? Nous allons examiner successivement plusieurs scénarios.

Une offensive terrestre de grande envergure
Le scénario d'une attaque terrestre, après le franchissement de la DMZ, reprendrait le schéma de la guerre de Corée (1950-1953). Mais le contexte a radicalement changé : lors de la partition de la Corée après la libération de l'occupation japonaise, les franchissements de la ligne de séparation Nord-Sud ont été fréquents, conduisant à de nombreux accrochages, jusqu'à dégénérer en un conflit ouvert en juin 1950. Le président sud-coréen Syngman Rhee avait alors multiplié les déclarations guerrières, et l'hypothèse d'une guerre était crédible. Actuellement, toutes les forces en présence soulignent qu'elles entendent d'abord se défendre... d'une éventuelle agression. Personne ne semble rechercher un conflit ouvert.

La stratégie américaine de changement de régime passe d'ailleurs plus par des sanctions économiques visant à l'effondrement de la Corée du Nord, que par une guerre coûteuse en vies américaines. Une autre règle de géopolitique tend à vouloir que, plus une zone concentre des armements conventionnels nombreux (comme c'est le cas aujourd'hui de part et d'autre de la DMZ), plus les risques de conflit sont paradoxalement faibles, compte tenu des dommages irréparables d'un affrontement.

Des bombardements américains en Corée du Nord
Dans les années 1990, l'idée d'un bombardement américain de la centrale nucléaire nord-coréenne de Yongbyon avait été avancée, notamment dans les cercles néo-conservateurs. De fait, des attaques aériennes prétendument ciblées ont déjà été expérimentées par Washington par le passé dans d'autres pays du monde, comme la Libye. Ce scénario apparaît aujourd'hui improbable, du moins dans le cas de la Corée du Nord : les tirs de missile de courte portée lors de l'essai nucléaire du 25 mai 2009 montrent que Pyongyang entend prévenir toute attaque de son territoire, qui supposerait une violation de son espace aérien à laquelle les Nord-Coréens réagiraient immédiatement.

Des commandos à Pyongyang ?
L'idée que des commandos puissent se rendre en Corée du Nord, par exemple pour
libérer les deux journalistes américaines récemment condamnées à douze ans de prison pour espionnage, est plus crédible dans le cadre de la lutte contre un acteur non-étatique (comme une guérilla), que dans la guerre faite à un Etat. Si, par le passé, tant le Nord que le Sud ont accusé l'autre partie d'envoyer des commandos de l'autre côté de la DMZ, l'insuccès de telles opérations rend leur probabilité assez faible. S'agissant des journalistes américaines récemment condamnées, des actions de médiation se poursuivent.

Des accrochages en mer de l'ouest
Faute d'entente sur ce point, l'accord d'armistice de 1953 n'incluait pas la ligne de délimitation nord (northern limitary line, NLL, illustration www.globalsecurity.org) dans la mer de l'Ouest entre les deux Corée, laquelle a été définie unilatéralement par les troupes onusiennes sous commandement américain en août 1953. La plupart des îles ont été incluses dans le périmètre sud-coréen, réduisant considérablement l'accès maritime du port de Haeju, au sud-ouest de la Corée du Nord. Depuis 1999, la Corée du Nord a réaffirmé que la délimitation entre les espaces maritimes nord et sud-coréen se situait, selon elle, plus au Sud.

Des accrochages meurtriers ont eu lieu en juin 1999 et en juin 2002, au moment de la saison de la pêche au crabe. Cette année, Pyongyang a à nouveau défini - mais plus au Sud - la zone dans laquelle la Corée du Nord entend intervenir pour la pêche, conduisant les Américains et les Sud-Coréens à accuser Pyongyang, comme en 1999 et en 2002, d'intrusion dans les eaux sud-coréennes,
le 4 juin dernier. Il n'y a toutefois pas eu d'accrochage. La récente déclaration de la Corée du Nord qu'elle ne se considère plus liée par l'accord d'armistice de 1953, après la condamnation de son essai nucléaire, a aussi été interprétée, à Séoul, comme le signe de possibles nouveaux affrontements dans cette zone territorialement disputée, où la Corée du Sud a envoyé des navires en renfort. 

L'arraisonnement de navires nord-coréens
En rejoignant l'initiative américaine de sécurité contre la prolifération des armes de destruction massive (PSI), Séoul a rendu possible d'arraisonner et de fouiller des navires nord-coréens jugés suspects, non seulement dans les eaux territoriales sud-coréennes, mais aussi dans les eaux internationales. Pour Pyongyang, ce serait un acte de guerre.

Un initiative sud-coréenne entraînerait probablement une riposte du navire nord-coréen ainsi visé, d'autant plus - comme nous l'avons vu avec la NLL - que la zone de délimitation des espaces maritimes est contestée.

En conclusion, le contraste entre les réactions, plus mesurées, des Sud-Coréens et celles d'une partie de l'opinion publique en Europe et en Amérique du Nord dans la crise actuelle, peut s'expliquer par une meilleure appréciation des risques de conflit : l'intérêt de toutes les parties est d'éviter une guerre dont les conséquences seraient dramatiques pour les Coréens. Dans le contexte actuel, les risques d'un affrontement limité existent cependant, et le climat de tension ne permet pas d'exclure le principe d'une escalade dans cette hypothèse.
 

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26 mai 2009 2 26 /05 /mai /2009 23:23

Rien ne va plus dans la péninsule coréenne. Alors que l'intransigeance de l'administration Obama a conduit la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a procédé à son second essai nucléaire le 25 mai 2009, dans le pari de créer un nouveau rapport de forces plus favorable, la République de Corée (Corée du Sud) s'est inscrite dans une logique d'escalade en annonçant qu'elle rejoignait l'Initiative de sécurité contre la prolifération des armes de destruction massive (Proliferation Security Initiative, PSI).

Une impression de déjà-vu. Dans le bras-de-fer qui oppose d'abord les Etats-Unis et la Corée du Nord dans la péninsule coréenne, l'essai nucléaire auquel a procédé Pyongyang le 25 mai dernier n'est, comme lors du premier essai nucléaire nord-coréen en octobre 2006, qu'une étape dans un processus d'escalade... mais y aura-t-il également in fine, comme trois ans plus tôt, une reprise des discussions, qui avaient alors abouti à l'accord de Pékin du 13 février 2007 ? Dans le contexte actuel, la clé d'une éventuelle négociation réside dans des discussions bilatérales directes entre Washington et Pyongyang. Pour l'heure, Pyongyang apparaît déterminée à créer un rapport de forces plus favorable, y compris en vue d'éventuelles négociations ultérieures, suivant une tactique éprouvée par la RPD de Corée de la diplomatie non conventionnelle.

Réuni d'urgence, le Conseil de sécurité des Nations-Unies a condamné le test du 25 mai comme contraire à la résolution 1718 d'octobre 2006 qui, prise au lendemain du premier essai nucléaire nord-coréen, avait entraîné un premier train de sanctions. Le Conseil de sécurité doit se réunir à nouveau pour décider de nouvelles sanctions. La Chine et la Russie se sont jointes cette fois aux Etats-Unis dans la condamnation de Pyongyang, contrairement à la position qu'avaient adoptée ces puissances dans les jours après le lancement de la fusée Unha-2 par la Corée du Nord, le 5 avril dernier.

Pour sa part, la RPDC a effectué, le 26 mai, deux tirs de missile de courte portée sur sa côte est (après trois précédents tirs la veille). Pyongyang procède régulièrement à de tels tirs de missile, mais la concomitance avec l'essai nucléaire indique que la Corée du Nord n'entend pas se laisser intimider par les grandes puissances.

Par rapport au précédent de 2006, un élément nouveau est toutefois l'attitude des autorités sud-coréennes. Le président Lee Myung-bak, rompant avec la politique d'ouverture au Nord de ses prédécesseurs démocrates, a annoncé que la Corée du Sud rejoignait
l'Initiative de sécurité contre la prolifération des armes de destruction massive (Proliferation Security Initiative, PSI), lancée en 2003 par l'administration Bush pour lutter contre la prolifération des armes de destruction massive, de leurs vecteurs et des matériels connexes.

Jusqu'à présent, la Corée du Sud n'avait qu'un statut d'observateur au dispositif PSI, auquel participent désormais 94 pays*, alors que Pyongyang avait fait savoir de longue date qu'elle considèrerait une telle décision comme une "déclaration de guerre".

Le choix opportuniste de Séoul de rejoindre la PSI montre la volonté du président Lee Myung-bak de s'inscrire dans une logique de confrontation, dans le sillage de Washington. Elle éclaire aussi le lien qu'établit Séoul entre la PSI et les relations intercoréennes, alors que la Corée du Sud avait prétendu que PSI n'était pas dirigée contre la Corée du Nord.


* Les participants à la PSI sont : Afghanistan, Albanie, Allemagne, Andorre, Angola, Arabie saoudite, Argentine, Arménie, Australie, Autriche, Azerbaïdjan, Bahamas, Bahreïn, Belgique, Bélize, Biélorussie, Bosnie, Brunei, Bulgarie, Cambodge, Canada, Chili, Corée du Sud, Croatie, Chypre, Danemark, Djibouti, Émirats arabes unis, Espagne, Estonie, États-Unis, Fiji, Finlande, France, Géorgie, Grèce, Honduras, Hongrie, îles Marshall, Irak, Irlande, Islande, Israël, Italie, Japon, Jordanie, Kazakhstan, Kirghizistan, Koweït, Lettonie, Libéria, Libye, Liechtenstein, Lituanie, Luxembourg, Macédoine, Malte, Moldavie, Mongolie, Monténégro, Maroc, Nouvelle-Zélande, Norvège, Oman, Ouzbékistan, Panama, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Paraguay, Pays-Bas, Philippines, Pologne, Portugal, Qatar, République tchèque, Roumanie, Royaume-Uni, Russie, Saint-Siège, Salvador, Samoa occidentales, Saint-Marin, Serbie, Singapour, Slovaquie, Slovénie, Sri Lanka, Suède, Suisse, Tadjikistan, Tunisie, Turquie, Turkménistan, Ukraine, Vanuatu et Yémen.


Sources principales : AAFC, Daily Times
, Département d'Etat US

 

 

Qui prolifère vraiment?

Nombre d'essais nucléaires effectués dans le monde entre 1945 et 2009

Israël et l'Afrique du Sud auraient effectué un essai en commun en 1979

  (source : Wikipedia - photo : test atomique XX-12 GRABLE effectué le 25 mai 1953 dans le Nevada)

   
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12 mai 2009 2 12 /05 /mai /2009 23:02

Le lundi 4 mai 2009, le président cubain Raul Castro a reçu Pak Ui-chun, ministre des affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Les deux pays ont ainsi réaffirmé leur solidarité dans la lutte "anti-impérialiste", alors que Le Havane n'entretient toujours de relations diplomatiques officielles qu'avec Pyongyang dans la péninsule coréenne.

Reçu le lundi 4 mai 2009 par le président Raul Castro, M. Pak Ui-chun, ministre des affaires étrangères de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord).a rappelé les liens qui unissent les deux pays socialistes, dans un message du dirigeant Kim Jong-il qu'il a transmis au chef de l'Etat cubain, affirmant sa conviction que les deux Etats "frères" finiraient par "triompher dans leur lutte anti-impérialiste". Il s'agissait de la première rencontre à ce niveau d'un responsable nord-coréen à La Havane depuis 2006.

Plus tôt dans la journée, lors d'une rencontre avec son homologue nord-coréen, M. Bruno Rodriguez, ministre des affaires étrangères cubain, avait souligné les "excellentes" relations entre la RPDC et Cuba, avant la signature d'un accord de coopération entre les ministères des affaires étrangères des deux pays.

En réponse au soutien constant de Pyongyang à la révolution cubaine, La Havane soutient la politique de la RPDC pour une réunification pacifique de la péninsule, comme l'avait rappelé
Fidel Castro dans des entretiens livrés en février 2008. Ainsi, dans la péninsule coréenne, Cuba n'entretient de relations diplomatiques qu'avec la République populaire démocratique de Corée, également membre du mouvement des non-alignés, en ne reconnaissant pas le régime sud-coréen.

La visite de Pak Ui-chun à La Havane s'inscrit dans le cadre d'un multilatéralisme de Pyongyang dans sa politique étrangère, le président Kim Yong-nam s'étant ensuite rendu en Afrique du Sud pour
l'investiture du président Jacob Zuma, avant d'être reçu au Zimbabwe, où le président Robert Mugabe a félicité la Corée du Nord pour le lancement du satellite Kwangmyongsong-2.

Sources : AAFC,
AFP (y compris photo)

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22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 12:00

 

Au lendemain du lancement du satellite Kwangmyongsong-2 par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), la plupart des partis politiques français classés à gauche sont restés silencieux. Dans ce contexte, l'AAFC a relevé la prise de position de Lutte Ouvrière qui dénonce la volonté des puissances impérialistes de préserver leur monopole, tout en observant cependant que l'organisation trotskyste reprend les déclarations américaines quant à l'échec supposé de la mise en orbite du satellite. 



Le tir d'une fusée par la Corée du Nord : les puissances impérialistes veulent préserver leur monopole 

par Roger Meynier 


A Prague, à l'occasion du sommet de l'Union européenne, Barack Obama a fait un numéro de charme, promettant d'œuvrer en faveur de la paix et pour un monde sans armes nucléaires. Dans la foulée, il a vivement condamné le récent lancement d'une fusée par la Corée du Nord.

Le régime coréen affirme avoir voulu placer un satellite de communication en orbite, ce qui semble vrai puisque des observateurs ont annoncé sa chute dans le Pacifique. Mais le président américain a voulu y voir la volonté de tester un missile à longue portée, s'inscrivant dans une politique de développement des armes nucléaires.

Mettant en avant la résolution 1718 de l'ONU qui, au lendemain du premier essai nucléaire nord-coréen, en octobre 2006, avait interdit à la Corée du Nord la poursuite de tout programme balistique, Obama a qualifié le tir de la fusée nord-coréenne d'illégal, et estimé que cette violation devait « être punie » par le Conseil de sécurité de l'ONU. La France, la Grande-Bretagne, le Japon et quelques autres lui ont emboîté le pas. En revanche, la Chine et la Russie ont usé de leur droit de veto pour s'opposer à toute condamnation de la Corée.

Les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France possèdent depuis longtemps un important arsenal de missiles nucléaires. Aujourd'hui, en prétendant agir au nom de la paix et de la sécurité de la planète, ces mêmes pays entendent conserver leur monopole sur ce type d'armement, et s'arrogent le droit d'interdire aux autres nations l'accès aux technologies nucléaires ainsi que le développement d'un programme spatial, fût-ce à des fins pacifiques.

Mais qui fait planer un danger sur les populations, sinon ceux qui depuis des décennies ont stocké des milliers d'armes atomiques ? Quant au représentant de l'impérialisme américain, il est vraiment mal placé pour venir faire la morale aux autres ; les États-Unis ne sont-ils pas la seule puissance à avoir jamais osé utiliser deux bombes atomiques contre des civils, en 1945 au Japon ?


Article paru dans l'hebdomadaire Lutte Ouvrière, n° 2123, 10 avril 2009, p. 8

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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 20:19

Deux jours avant le lancement d'une fusée par la République populaire démocratique de Corée (RPDC), S.E. Son Musin, délégué général de la RPDC en France, accordait un entretien à l'Association d'amitié franco-coréenne. Après l'adoption par le Conseil de sécurité des Nations Unies d'une déclaration condamnant le tir effectué par la RPDC, le délégué général  a de nouveau accepté de répondre aux questions de l'AAFC. En introduction à cet entretien de plus d'une heure, mené en toute franchise, il a tenu à rappeler la position de la RPDC.


Comme je le disais l'autre jour, le lancement d'un satellite n'est pas un droit limité à certain Etats seulement. L'esprit du Traité sur l'espace est que tous les Etats souverains ont un droit égal à utiliser l'espace à des fins pacifiques.

 
Le prétexte essentiel de la condamnation de la RPDC est que les technologies utilisées pour le lancement d'un missile et d'un satellite sont les mêmes. Si c'est si dangereux parce que les technologies sont les mêmes, les plus dangereux sont donc les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies qui ont lancé le plus de missiles et de satellites jusqu'ici ! D'après leur logique, ceux qui sont les plus dangereux et qui ont porté le plus atteinte à la sécurité et à la paix mondiales sont ceux qui ont effectué le plus de lancements.

La réalité actuelle, tragique, est donc que le Conseil de sécurité est au-dessus des lois internationales. Il n'y a aucune équité et aucune justice dans la pratique des relations internationales et seule la force compte.

En d'autres termes, ceux qui ont le même système que les Etats-Unis et qui les suivent ont le droit de faire ce qu'ils veulent, mais rien n'est toléré pour les pays qui n'ont pas le même système, la même idéologie, et qui n'obéissent pas aux Etats-Unis. Nous ne sommes pas d'accord avec cette logique. Si je ne me trompe pas, le Japon a déjà lancé au moins cinq satellites d'espionnage et compte lancer cette année une cinquantaine de mini-satellites, mais toutes ces actions ne sont jamais remises en cause.

Comme l'a demandé le ministère des Affaires étrangères de la RPDC dans son communiqué, quelle est l'utilité et la raison d'être des Nations Unies?

En réaction à la déclaration du président du Conseil de sécurité, nous avons pris trois décisions immédiates. Nous avons jugé que cette déclaration porte atteinte à la souveraineté de notre pays et se moque de notre peuple de façon assez grossière. Notre pays rejette donc catégoriquement cette déclaration.

Premièrement, nous allons nous servir de notre droit souverain, conformément aux lois internationales sur le développement et l'utilisation de l'espace, et allons continuer à développer nos activités pour la conquête spatiale.

Deuxièmement, nous jugeons que les pourparlers à six ont perdu leur raison d'être. Par la déclaration du président du Conseil de sécurité, il devient tout à fait clair que ces pourparlers à six sont devenus un espace visant à désarmer notre pays. Nous ne participerons donc plus à ces pourparlers et nous ne nous sentons plus obligés par aucun engagement pris lors des pourparlers à six.

Nous sommes en train de prendre des mesures pratiques en ce sens.

D'après des informations pas encore tout à fait confirmées, tous les membres de l'Agence internationale de l'énergie atomique chargés de surveiller le démantèlement des installations nucléaires ont déjà quitté le pays et les Américains vont partir très prochainement. Nous avons tiré une leçon très sérieuse de cette affaire : nous devons compléter le plus tôt possible les bases de notre système nucléaire. Nous allons donc envisager la construction, par nos propres moyens, d'un réacteur à eau légère.

Troisièmement, nous allons renforcer nos moyens de dissuasion nucléaire, à des fins d'auto-défense. Comme il a été ouvertement question d'intercepter un satellite pacifique lancé par notre pays, nous nous sentons contraints et obligés de renfocer nos moyens d'auto-défense.

Nous allons donc remettre en fonctionnement les installations nucléaires en cours de démantèlement et retraiter le combustible usagé.

En conclusion, si les puissances hostiles à notre République pensent qu'elles peuvent nous mettre à genoux par la force, elles se trompent. Selon la vieille règle de Newton, une action entraîne une réaction. Plus grande sera la pression contre nous, plus grande sera notre réaction.

Au cours de l'histoire contemporaine, la Corée a été victime de l'hégémonie des puissances. Nous avons subi la grande humiliation d'avoir été pendant quarante ans une colonie des Japonais. Nous avons tiré une leçon assez amère de toute cette histoire tragique que le peuple coréen ne veut pas voir se répéter.

Je pense qu'on va se poser la question de l'avenir de la péninsule coréenne sans les pourparlers à six. Notre position fondamentale est que ce ne sont pas les forces étrangères qui vont sauvegarder la paix dans la péninsule coréenne, mais nous-mêmes, par nos propres moyens, grâce à la politique de Songun (priorité aux affaires militaires).

C'était les points essentiels dont je voulais vous parler. Je suis maintenant prêt à répondre à vos questions.


Après le lancement de la fusée Unha-2, avez-vous été sollicité par les médias?

Non. Les médias n'ont peut-être pas besoin de nous écouter parce qu'il savent déjà tout.


Pourquoi, selon vous, la presse française ne veut pas entendre les arguments de la RPDC de la part de son principal représentant en France?

(rire) Ce sont plutôt eux qui doivent répondre à cette question. Nous ne sommes pas contre des contacts avec les médias français.

Depuis longtemps, les mass-médias guident l'opinion, que ce soient les photographes ou la presse écrite. Nous avons toujours voulu que les journalistes européens rendent compte de la réalité coréenne, mais ça n'a pas tellement été le cas jusqu'ici.


La Russie a reconnu le droit de la RPDC à mener un programme spatial. L'armée russe déclare maintenant ne pas avoir détecté le satellite Kwangmyongsong-2 sur son orbite. Est-ce que l'armée russe se trompe?

Je n'ai pas tellement de commentaires à faire là-dessus. Ce que je peux dire, c'est que, d'après nos moyens d'observation et de surveillance, le satellite a bien été mis en orbite et continue de suivre sa trajectoire.


Dans ces conditions, pourquoi, à notre connaissance, personne n'a-t-il pu capter le signal émis par le satellite sur les fréquences annoncées?

Tous ces détails sont très politisés. Si la Corée a bien lancé un satellite, toutes les forces hostiles n'auront aucune raison de traiter de cette question au Conseil de sécurité. Les termes et les détails sont très importants : par exemple, les Etats-Unis ont dit au début que la Corée avait lancé un engin spatial, mais avant la saisine du Conseil de sécurité, ils ont dit que la Corée avait lancé un missile à longue portée. Le plus grand problème est que les grandes puissances, surtout les Etats-Unis, ont tous les moyens de dicter l'opinion internationale grâce aux mass-médias.

Ce qui est clair, c'est que nous avons réussi le lancement. Nous ne cherchons pas la reconnaissance.

Il y a un proverbe : « Le chien aboie, la caravane passe. » Cela pour vous dire qu'il y a certaines rumeurs, certaines prétentions, certains jugements ailleurs, mais que nous sommes sûrs que le satellite a été mis sur orbite.


Au Conseil de sécurité des Nations Unies, la Chine et la Russie ont empêché l'adoption d'une résolution assortie de nouvelles sanctions à l'encontre de la RPDC, réclamée notamment par les Etats-Unis et le Japon, au profit d'une simple déclaration du président appelant à l'application de la résolution 1718 de 2006. Reconnaissez-vous les efforts de la Chine et de la Russie, alliés traditionnels de la RPDC, ou considérez-vous que ces deux pays auraient pu faire davantage en votre faveur?

(rire) Avant le lancement, nous avions déclaré que la simple saisine du Conseil de sécurité serait considérée comme un acte hostile et que nous ne participerions alors plus aux pourparlers à six. La réalité actuelle montre bien que nous avons mis en application ce que nous avons dit.

Encore une fois, nous avons fait connaître notre position avant la saisine du Conseil de sécurité.

J'ajoute que le Conseil de sécurité a suivi la logique de gangster des Etats-Unis. C'est la première fois de son histoire qu'il traite d'un lancement de satellite. Il n'y a aucune justification ni base légale pour traiter seulement de notre lancement. C'est une question de science et de technologie, pas une question politique. S'il a voulu traiter uniquement de notre lancement de satellite, c'est la preuve d'une sélection au Conseil de sécurité. Il n'y a pas eu d'équilibre, d'équité et de justice. C'était la preuve d'une hostilité contre nous.


En quittant les pourparlers à six qui réunissent depuis 2003 les deux Corée, les Etats-Unis, la Chine, la Russie et le Japon, ne craignez-vous pas de gêner d'abord vos alliés russes et chinois?

Nous allons poursuivre notre politique indépendante.


En réaction au lancement de la fusée Unha-2, la Corée du Sud envisage de rejoindre l'initiative de sécurité contre la prolifération, menée depuis 2003 par les Etats-Unis et leurs alliés. Des navires sud-coréens pourraient donc intercepter des navires de la RPDC. Faut-il craindre des affrontements navals comme en 1999 et 2002?

C'est tellement dangereux que nous avons déjà déclaré que la participation de la Corée du Sud à la PSI serait considérée comme un acte de guerre contre nous. Personne ne peut prévoir toutes les conséquences.


La RPDC s'est clairement engagée contre toute forme de terrorisme. Quelle est sa position quant à la prolifération des armes de destruction massive?

Notre position fondamentale est d'être contre la prolifération des armes de destruction massive. Nous avons déjà déclaré qu'un pays responsable, détenteur de technologies nucléaires, ne doit pas propager ces technologies.


L'AAFC attire régulièrement l'attention des autorités françaises sur la question coréenne. Que pensez-vous de l'attitude de la France sur cette question?

Nous avons l'impression que la France a suivi les Etats-Unis, le Japon et la Corée du Sud en ce qui concerne le lancement de notre satellite. Nous pensons que cette position exprime une hostilité contre nous. Cette position ne peut pas contribuer à sauvegarder la paix dans la région et aggrave la tension. Et si l'Asie connaît la tension, l'Europe va en pâtir.

Tout ce qu'on veut de la France et des pays européens, c’est qu'au moins ils adoptent une position équitable et agissent en faveur du maintien de la paix dans la péninsule coréenne et dans la région.

Certains disent que la déclaration du président du Conseil de sécurité était la volonté unanime de la communauté internationale mais ce n'est pas la réalité. Comme le Conseil de sécurité n'est plus équitable et n'est plus compétent pour assurer le rôle de « gardien de la paix », la plupart des pays du monde demandent la réforme du Conseil.


Pour certains analystes, le retrait de la RPDC des pourparlers à six vise seulement à « faire monter les enchères ». Quelles seraient les conditions d'un retour de la RPDC à la table des négociations?

(rire) Notre position actuelle est que nous ne participerons plus jamais aux pourparlers à six.


Dans ce cas, est-ce que le retrait des pourparlers à six est destiné à forcer un dialogue direct avec les Etats-Unis?

(rire) C'est notre devoir commun de regarder le futur. Ce qui est clair, c'est que les deux vrais responsables de cette fameuse question nucléaire sont notre pays et les Etats-Unis. Il serait erroné de croire que nous retournerons à la table des négociations par la pression ou que notre position actuelle est tactique. Nous maintenons notre position de principe qui est juste.


Alors que la RPDC a pour objectif déclaré de bâtir un pays puissant et prospère d'ici 2012, la déclaration adoptée le 13 avril par le Conseil de sécurité renforce les sanctions prévues par la résolution 1718, notamment en gelant les avoirs à l'étranger de plusieurs sociétés nord-coréennes. Dans une telle situation d'étranglement, comment la RPDC entend-elle atteindre son objectif d'ici les trois prochaines années?

Ca fait plus de 60 ans que notre République vit sous les sanctions des Etats-Unis, du Japon et du monde occidental en général. Après la Guerre de Corée, tout était en cendres. A l'époque, les Etats-Unis disaient que la Corée ne serait pas rétablie, même après cent ans. Mais notre philosophie était que tant qu'il y a le Leader, le Parti, le gouvernement et le peuple, nous pouvons toujours nous rétablir et vivre de manière heureuse. L'histoire de notre République l'a prouvé. C'est la force de l'union de tout le peuple autour du Leader. Nous nous sommes rétablis même dans les périodes plus difficiles qu'aujourd'hui. Actuellement, nous avons toutes les bases pour nous développer et nous avons fait la preuve de notre niveau technologique et scientifique en lançant un satellite. Notre peuple est donc certain d'atteindre son objectif.

Et puis, heureusement, dans le monde actuel il n'y a pas que les forces hostiles. Il y a aussi les amis comme l'AAFC.


Dans ce contexte de tensions autour de la péninsule coréenne, quel rôle peuvent jouer les associations d'amitié telles que l'AAFC?

Nous remercions l'Association d'amitié franco-coréenne pour le rôle joué jusqu'ici dans l'amélioration des relations franco-coréennes. Nous espérons surtout que l'Association fera connaître au public français la réalité actuelle de la péninsule coréenne pour qu'il ait une vision équitable et correcte. Nous comptons sur l'Association pour continuer, comme dans les quarante dernières années, à soutenir la juste cause du peuple coréen et apporter sa précieuse contribution à la réalisation de notre oeuvre.

Ce qui est puissant n'est pas toujours juste et même les petits peuvent faire accepter la justice. Notre point de vue est que, dans le monde actuel, il y a des pays grands et des pays petits, géographiquement bien sûr. Il y a aussi des associations grandes et des associations petites. Mais tous ces Etats et toutes ces associations doivent être considérés sur une base égale et de manière équitable.


Merci, Monsieur l'ambassadeur.



Propos recueillis le 17 avril 2009. Remerciements à M. Kim Myong-sik, premier secrétaire de la délégation générale de la RPDC, pour sa traduction.

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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 19:21
Le 13 avril 2009, les quinze membres du Conseil de sécurité des Nations Unies ont fini par se mettre d'accord sur un texte condamnant le lancement d'une fusée par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Il s'agit d'une déclaration, non contraignante, fruit d'un compromis entre, d'une part, la Chine et la Russie, toutes les deux membres permanents du Conseil - disposant donc d'un droit de veto - et opposées à toute nouvelle sanction contre la RPDC, et, d'autre part, les autres membres permanents du Conseil, les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni, alliés à un membre non permanent, le Japon. Suite à l'adoption de ce texte, et comme elle l'avait laissé entendre, la RPDC a annoncé son retrait des pourparlers à six sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne et la reprise de son programme nucléaire militaire. Cette nouvelle application des "deux poids et deux mesures" à la Corée du Nord a-t-elle porté un coup fatal aux négociations sur son programme nucléaire? Pas si sûr.
 
La déclaration adoptée le 13 avril 2009 par le Conseil de sécurité des Nations Unies pour condamner le lancement d'une fusée par la RPDC le 5 avril est un texte "de compromis" pour reprendre les termes de l'ambassadeur de Russie à l'ONU, Vitaly Tchourkine.
 
En effet, des divergences sont apparues au sein du Conseil après le lancement de la fusée nord-coréenne. Les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni - trois puissances nucléaires et balistiques - ainsi que le Japon ont préconisé une condamnation ferme du lancement de ce qu'ils considèrent être un missile à longue portée, le Japon et les Etats-Unis réclamant ouvertement l'adoption d'une résolution assortie de nouvelles sanctions. La Chine et la Russie se sont quant à elles montrées réticentes à élargir les sanctions à l'encontre de la RPDC, d'abord pour préserver les pourparlers à six qui réunissent depuis 2003 les deux Corée, la Chine, les Etats-Unis, le Japon et la Russie à propos de la dénucléarisation de la péninsule coréenne. Pékin a aussi souligné le droit de tout pays à l'utilisation pacifique de l'espace, conformément au Traité de 1966 sur l'espace auquel a adhéré la RPDC en mars 2009. Les Occidentaux ont alors rétorqué que la technologie est la même, qu'on mette en orbite un satellite, un missile "ou un ours en peluche", selon le mot d'un diplomate...

Occupant la présidence tournante du Conseil de sécurité,
l'ambassadeur du Mexique auprès de l'Organisation des Nations Unies, Claude Heller,
donne lecture de la déclaration adoptée le 13 avril 2009 (photo : Getty Images)

La déclaration du 13 avril, sans avoir le caractère légalement contraignant d'une résolution, affirme que le lancement d'une fusée par la RPDC "contrevient à sa résolution 1718" d'octobre 2006, qui interdit à Pyongyang tout essai nucléaire ou tir de missile, alors que la RPDC dit avoir procédé le 5 avril au tir d'un engin spatial et non d'un missile balistique. La déclaration "exige" aussi que la Corée du Nord "s'abstienne de tout nouveau tir" et prévoit "d'ajuster" certaines mesures de la résolution 1718 qui établissaient un régime de sanctions à l'égard de la Corée du Nord après qu'elle eut procédé à une série de tirs de missiles en juillet 2006, puis à un essai nucléaire en octobre de la même année.

Selon les diplomates, cela signifie que le Conseil de sécurité désignera avant fin avril des entreprises nord-coréennes qui tomberont sous le coup d'un gel de leurs avoirs financiers à l'étranger. Le principe d'un tel dispositif est contenu dans la 1718, y compris la création d'un comité du Conseil de sécurité pour appliquer et superviser les sanctions. Mais ce comité n'avait jamais été activé, pour ne pas compromettre les pourparlers à six sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne. La déclaration adoptée le 13 avril demande par ailleurs que ces pourparlers à six "reprennent rapidement".

Interrogé par l'AAFC deux jours avant le lancement de la fusée Unha-2 sur la réaction de son pays en cas de saisine du Conseil de sécurité des Nations Unies, le délégué général de la République populaire démocratique de Corée en France déclarait qu'une simple déclaration du président du Conseil de sécurité serait considérée comme un "acte hostile et brutal" envers la RPDC, remettant en question les pourparlers à six basés sur un "esprit de respect mutuel et d'égalité", par exemple l'égalité dans l'accès à un programme spatial.

Dès le 14 avril, un communiqué du ministère nord-coréen des Affaires étrangères, rapporté par l'agence officielle
KCNA, a donc rejeté la déclaration du Conseil de sécurité des Nations Unies et averti de la reprise du programme nucléaire de la RPDC :
 
"Premièrement, la RPDC rejette résolument l'action injuste du Conseil de sécurité des Nations Unies qui ne respecte pas la souveraineté de la RPDC et porte gravement atteinte à la dignité du peuple coréen.
Deuxièmement, les pourparlers à six auxquels participait la RPDC sont devenus inutiles. Puisque les pourparlers à six sont désormais devenus une tribune servant à porter atteinte à la souveraineté de la RPDC et à forcer la RPDC à désarmer pour abattre son système, la RPDC ne participe plus à ces négociations et ne se sent plus liée par les accords conclus lors des pourparlers à six.
Troisièmement, la RPDC développera par tous les moyens sa force de dissuasion nucléaire dans un but d'auto-défense. Elle prendra les mesures visant à rétablir dans leur état initial les installations nucléaires désactivées en vertu des accords conclus lors des pourparlers à six, à les remettre normalement en service et à retraiter totalement les barres de combustible usagé retirées de la centrale nucléaire expérimentale [de Yongbyon]." 
   
Les autres participants aux pourparlers à six ont vivement regretté la décision de Pyongyang. La Chine, qui accueille les pourparlers, et la Russie ont exhorté la RPDC à ne pas abandonner les négociations. Le Japon a, lui, convié "fermement" Pyongyang à "revenir à la table des négociations", des négociations le Japon a parfois eu du mal à tenir ses engagements...

La RPDC a également décidé d'arrêter sa coopération avec l'Agence internationale de l'Energie atomique (AIEA) et a demandé aux inspecteurs de l'AIEA de quitter son territoire.

Yongbyon_5MWe_Magnox_reactor.jpg"La République populaire démocratique de Corée a informé les inspecteurs de l'AIEA dans l'installation [nucléaire] de Yongbyon qu'elle cessait immédiatement toute coopération avec l'AIEA", a indiqué Marc Vidricaire, porte-parole de l'agence, dans un communiqué publié à Vienne. "Elle a demandé l'enlèvement de tous les équipements de surveillance [...], à la suite de quoi l'accès des inspecteurs de l'AIEA à l'établissement ne sera plus autorisé", et "les inspecteurs ont également été priés de quitter la RPDC le plus tôt possible", selon le communiqué de l'agence
 
Une reprise rapide des pourparlers à six paraît donc exclue sans qu'on puisse dire si la dernière condamnation par la "communauté internationale" - atténuée par la Chine et la Russie - de l'exercice du droit d'un pays souverain, membre des Nations Unies, à mener un programme spatial a porté un coup fatal aux négociations sur le programme nucléaire de la RPDC. Pour plusieurs analystes, la balle est désormais dans le camp des Etats-Unis, les seuls pouvant vraiment mettre fin à l'état d'insécurité qui pousse la Corée du Nord à se doter d'outils de dissuasion. "Quand la Corée dit qu'elle en a fini avec les négociations à six, elle le pense", déclare Scott Bruce, du Nautilus Institute de l'Université de San Francisco, évoquant la nécessité pour l'administration Obama "de repartir de zéro [...] dans un autre cadre, potentiellement bilatéral avec des contacts directs entre Washington et Pyongyang." Si Scott Bruce voit juste, et si l'administration Obama consent à un tel dialogue, les responsables américains devront avoir à l'esprit que le démantèlement du programme nucléaire militaire nord-coréen constitue (constituait?) l'objectif final des pourparlers à six, et non un préalable aux négociations. (sources : AAFC, AFP, KCNA)


 

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