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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 19:49

Jeu vidéo de tir subjectif développé par Kaos Studio et mis en vente en mars 2011, Homefront désigne clairement l'ennemi à abattre pour ses millions d'utilisateurs : une Corée réunifiée sous la houlette de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), devenue une puissance agressive vis-à-vis des Etats-Unis. L'AAFC se joint à tous ceux qui appellent à l'interdiction du jeu (dont la vente a d'ores et déjà été prohibée en Corée du Sud), créant des sentiments de haine vis-à-vis des Coréens.

 

Homefront.jpgDans le monde manichéen des jeux vidéo, il y a les bons et les méchants. Il n'est d'ordinaire pas besoin de désigner qui occupe tel ou tel rôle, même si les gentils ressemblent à s'y méprendre aux GIs américains et les méchants à des brutes communistes ou islamistes (au choix). Homefront rompt avec cette habitude en désignant clairement les Coréens comme l'agresseur et l'ennemi à abattre, suivant un scénario écrit par John Milius, les "résistants" étant naturellement américains. Pis : la promotion du jeu nourrit un sentiment anti-(nord-)coréen d'autant plus répugnant quand on connaît les effets psychologiques de telles identifications sur les représentations individuelles et collectives. En effet, pour la promotion de son produit la société productrice Kaos Studio joue sciemment la carte de la propagande anticommuniste en ciblant la RPD de Corée, tout en reprenant une thèse de l'extrême-droite néoconservatrice qui assimile les partisans de la réunification de la Corée à des agents de Pyongyang.

 

 Une campagne de propagande qui n'est pas innocente, au mépris de toute vraisemblance historique ou géopolitique : avec un budget militaire plus de cent fois supérieur à celui de la RPDC, ce sont bien les Etats-Unis qui sont en mesure d'envahir d'autres puissances telles que la Corée du Nord, quand celle-ci n'a jamais engagé de conflit en dehors du territoire de la péninsule. La puissance militaire nucléaire est aujourd'hui du côté américain, seul utilisateur à ce jour de l'arme nucléaire à Hiroshima et Nagasaki en 1945, quand le gouvernement nord-coréen soutient que ses forces nucléaires sont strictement dissuasives ; pourtant, dans Homefront ce sont bien les Coréens qui irradient le Mississipi,  comme le général MacArthur avait envisagé pendant la Guerre de Corée de répandre du cobalt radio-actif le long de la frontière sino-coréenne pour empêcher une intervention chinoise. Enfin, dans l'ahurissant scénario du jeu, censé se dérouler en 2027, le Japon, qui a brutalement colonisé la Corée pendant quarante ans, passe soudain du statut d'oppresseur à celui de victime de l'impérialisme.

 

Les utilisateurs doivent ainsi tuer le maximum de méchants Coréens, devenus emblématiques du nouvel Empire du Mal. Dans un avant-goût du scénario de la guerre à venir ? 

 

Il semblerait que, initialement, les Chinois devaient jouer le rôle des méchants, mais que les studios Kaos auraient fait marche arrière par crainte des réactions du gouvernement chinois... ou de pertes financières significatives sur ce marché en plein essor du jeu vidéo ? Argument supplémentaire pour le choix de la Corée (du Nord), et pas de la Chine : l'interdépendance économique sino-américaine. Dit autrement, si Homefront n'est officiellement qu'une fiction où toute ressemblance avec la réalité ne serait bien évidemment que fortuite, les références implicites à la réalité géopolitique sont avouées par les concepteurs du jeu eux-mêmes, qui n'ignorent pas que des jeux vidéo tels que le leur ont d'autant plus d'efficacité qu'ils tendent à estomper la frontière entre la réalité et la fiction dans l'esprit des utilisateurs - et pas seulement pour les joueurs addictifs.

 

En Corée du Sud, le jeu a été interdit, cette réaction étant d'autant plus compréhensible que les sentiments de haine anti-nord-coréens que favorise le jeu tendent en fait à devenir une obsession anticoréenne tout court, puisque l'agresseur des Etats-Unis est une Corée réunifiée. Au Japon, toute référence à la Corée a été gommée, même superficiellement : il n'est plus question que d' "un certain pays au Nord" et d'un "leader au Nord".

 

north_korea_attacks_breaking_news.jpg


En Occident, à ce jour les seules réactions d'indignation sont venues d'internautes ayant visualisé une bannière publiée sur Youtube, se présentant comme un flash d'information annonçant une attaque nord-coréenne, et choqués après avoir cru à la réalité d'une agression. La publicité a été retirée, mais le pari de la médiatisation par le scandale était d'ores et déjà gagné. Dans Homefront, la manipulation est bien à tous les étages.

 

Sources : AAFC, wikipedia.

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Société
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fanch 21/03/2011 22:43



malheuresement aux premiers chiffres le jeu se vend plutôt bien malgré des critiques (presse specialisée ne prenant en compte que l'aspect techniques du "jeu")relativement mauvaises...


il est difficile de rater la "promotion" de cette horreur tant elle innonde les écrans internet comme télévisés.


le jeu vidéo prend aujourd'hui et pour l'avenir le relais du cinéma qui nous vendait les méchants soviets il y a quelques années encore avec pour effets de creuser le fossé entre les peuples...



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Nouvelles de la "liste noire"

Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)