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20 mars 2010 6 20 /03 /mars /2010 11:10

En visite officielle au Japon et en République de Corée (Corée du Sud), Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères et européennes, était attendu notamment sur deux dossiers : les relations diplomatiques entre la France et la République populaire démocratique de Corée, suite à la mission de Jack Lang, envoyé spécial du Président de la République Nicolas Sarkozy, et la restitution des archives royales coréennes, après la demande de Séoul d'un prêt permanent de ces précieux documents pillés par la France en 1866. Sur le premier point, le ministre français continue à brouiller le message de Paris, en cherchant manifestement à se démarquer du point de vue de l'Elysée exprimé par Jack Lang. Sur le second point, la réponse du Quai d'Orsay restait pour le moins ambiguë, à l'heure où nous écrivions ces lignes.

bernard kouchner seoulMais quelle mouche a piqué Bernard Kouchner, lors de sa visite officielle en Extrême-Orient ? Le ministre français des Affaires étrangères et européennes - que certains médias annoncent sur le départ, lors d'un remaniement qui pourrait intervenir après le second tour des élections régionales du 21 mars 2010 - a en effet multiplié les messages ambigus, voire contradictoires avec les positions du Président de la République qui, dans le système institutionnel de la Cinquième République, définit pourtant les orientations de la diplomatie française.

Relations France-Corée du Nord : Bernard Kouchner contredit Nicolas Sarkozy en moquant Jack Lang

Premier objet de confusion : les relations diplomatiques entre la France et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), suite à la mission de Jack Lang, envoyé spécial du Président de la République Nicolas Sarkozy. Dans un entretien donnée le 18 mars 2010 au quotidien japonais Yomiuri, lors de l'étape japonaise du déplacement du ministre, Bernard Kouchner a ainsi fait la  déclaration suivante r
eproduite sur le site du Quai d'Orsay :


"La France n’a aucunement l’intention d’établir, dans les circonstances actuelles, de relations diplomatiques avec la Corée du Nord. Notre souhait aujourd’hui, tel qu’il a été exprimé par le Président de la République française et par moi-même, est de se tenir au côté de la population nord-coréenne, si éprouvée, en apportant notre soutien aux organisations non gouvernementales françaises qui travaillent sur le terrain, dans des conditions difficiles. Tel est l’objet du projet d’ouverture à Pyongyang d’un bureau de coopération et d’assistance humanitaire. Bien entendu, son ouverture prendra en compte le comportement de la Corée du Nord, notamment dans le domaine nucléaire."


Bernard Kouchner avait été encore plus catégorique lors d'une rencontre avec les correspondants de la presse étrangère au Japon, en s'interrogeant sur l'utilité d'ouvrir un bureau permanent à Pyongyang, ainsi que l'a rapporté l'AFP :

 

"'Il n'est pas du tout question d'ouverture de relations diplomatiques, non, non et non. Ce n'est pas du tout le sujet maintenant', a martelé le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner devant les journalistes lors d'une visite de 24 heures à Tokyo. "Nous avons accepté ce bureau, mais pas plus", a-t-il dit. "On peut mettre avant la fin de l'année une espèce de plaque sur un bureau pour favoriser, si on peut, l'accès à l'aide à la population civile de Corée du Nord. Mais j'aimerais bien qu'il y ait des choses à favoriser, or il n'y en a pas beaucoup, qu'il y ait des choses à développer, or il n'y en a pas beaucoup", a-t-il déploré."

Outre la maladresse que constitue le choix de la presse du Japon, pays dont l'opinion publique est la plus hostile à la Corée du Nord, pour "marteler" ces déclarations, celles-ci jettent un doute sur la parole de la France, telle qu'elle a été exprimée par Jack Lang. En tant qu'envoyé spécial du Président de la République, ce dernier a en effet négocié, à ce titre et en liaison étroite avec les autorités nord-coréennes, l'ouverture d'un bureau français de coopération comme une première étape dans l'établissement de relations diplomatiques complètes entre Paris et Pyongyang. Marginalisé sur le dossier des relations franco-nord-coréennes, ainsi que l'AAFC a pu le constater lors de son suivi de la mission de Jack Lang, Bernard Kouchner cherche encore à s'affirmer, en moquant l'idée d'ouvrir un bureau de coopération et en laissant accréditer l'idée, contre toute évidence, que cette initiative aurait été prise par Jack Lang de sa seule initiative.


Toujours selon l'AFP, "interrogé sur les raisons véritables de la mission de M. Lang à Pyongyang, le ministre a avoué qu'il n'avait "pas très bien compris". "Jack Lang est mon ami. Mais je n'ai pas très bien compris l'intérêt de ce bureau", a-t-il dit, affirmant que l'idée de la mission était venue de M. Lang lui-même. "Jack veut être utile dans le domaine international et pas simplement être dans le déclamatoire", a-t-il ajouté."

La clarification quant à la position de la France est venue de Jack Lang, lors d'une interview qu'il a donnée par téléphone à l'AFP :


"Je pense qu'il doit y avoir une ligne, et une seule de l'Etat français (...). La ligne officielle française, la seule qui a été retenue par le Président de la République à partir des propositions que nous lui avons soumises, c'est la création à Pyongyang d'un bureau de coopération culturelle (...) [afin] que l'on s'achemine par étapes vers une éventuelle reconnaissance de l'Etat nord-coréen, conformément à la tradition française qui reconnaît les Etats et non pas les gouvernements."


Toujours dans cet entretien, l'envoyé du Président de la République a critiqué les déclarations de Bernard Kouchner : "Ces expressions diverses publiques peuvent jeter un doute sur la parole du pays et mettre en cause la crédibilité de la parole de la France."

 

Restitution des archives royales coréennes : ambiguïtés de Bernard Kouchner

Bernard Kouchner était attendu sur un second dossier coréen : la restitution des archives royales coréennes pillées par la France en 1866, suite à la demande de Séoul de leur prêt permanent. Cette proposition, réaffirmée par le président sud-coréen Lee Myung-bak lorsqu'il a reçu le ministre français des Affaires étrangères, permettrait le retour des archives en Corée, nonobstant les conditions de leur entrée dans le patrimoine national français dans le cadre d'une guerre coloniale que la France refuse malheureusement toujours de reconnaître.


Selon l'agence sud-coréenne Yonhap, "Bernard Kouchner a répondu positivement à la demande du président Lee, affirmant que le gouvernement français allait coopérer avec la Corée du Sud en mettant en œuvre tous les moyens possibles pour que l’affaire soit résolue rapidement."

Sans s'étendre sur cette promesse ambiguë d'une simple coopération (mais avait-il mandat d'aller plus loin?), Bernard Kouchner a préféré, lors de cet entretien, s'en tenir à des déclarations de principe plus abstraites sur la coopération franco-sud-coréenne, lors du prochain sommet du G20 à Séoul, en novembre, dans la lutte contre le changement climatique ou pour atteindre l'objectif conjoint des deux gouvernements de développer une "croissance verte". Une façon de montrer, sans doute, pour le - toujours - ministre français des Affaires étrangères et européennes, que lui entend, selon ses propres termes, "être utile dans le domaine international et pas simplement être dans le déclamatoire..."

 


Sources :

AAFC

AFP, "Corée du Nord : la France exclut d'ouvrir une ambassade", 18 mars 2010, et "Corée du Nord : Jack Lang critique les propos de Bernard Kouchner", 19 mars 2010

Entretien de Bernard Kouchner avec le quotidien japonais Yomiuri, 18 mars 2010 (reproduit sur le site du ministère français des Affaires étrangères et européennes)

Yonhap, "Bernard Kouchner : La France coopérera avec la Corée du Sud pour rendre les documents 'Oe Gyujanggak'", 19 mars 2010

 

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations France-Corée
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* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)