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18 août 2009 2 18 /08 /août /2009 23:07

L'ancien président Kim Dae-jung, qui a dirigé la République de Corée (du Sud) entre 1998 et 2003, est décédé le mardi 18 août 2009, à Séoul. Sans la mobilisation internationale qui avait fait reculer la junte sud-coréenne, et à laquelle l'AAFC s'était pleinement associée, l'ancien opposant serait déjà mort plusieurs fois sous les coups des généraux alors au pouvoir à Séoul. L'Association d'amitié franco-coréenne honore la mémoire tant du combattant pour la démocratie que de l'artisan de la réconciliation intercoréenne.

La nouvelle, laconique, est tombée ce mardi 18 août 2009, peu après 1 h 40 de l'après-midi : l'ancien président sud-coréen Kim Dae-jung est décédé le mardi 18 août 2009, dans l'hôpital de Séoul où il était soigné, suite à des problèmes respiratoires, une embolie pulmonaire et de multiples insuffisances.

Lorsqu'il avait reçu le prix Nobel de la paix pour sa politique de réconciliation intercoréenne, Kim Dae-jung avait déclaré : "Dans ma vie, j'ai toujours vécu avec la conviction que la justice gagnera (...) La justice peut échouer dans la vie d'une personne, mais elle l'emportera finalement dans le cours de l'histoire". De fait, la vie de l'homme d'Etat coréen a reflété son combat pour les valeurs de paix et de justice qui, quelles que soient les vicissitudes liées aux succès provisoires des opposants au dialogue intercoréen, sont appelées à triompher in fine sur le sol de la péninsule coréenne.

Kim Dae-jung était né dans une famille de paysans pendant l'occupation japonaise de la Corée, à une date qui ne peut pas être établie avec certitude - le 5 janvier 1924 selon la bibliothèque présidentielle, et le 3 décembre 1925 selon son site Internet. Après avoir débuté sa vie professionnelle dans les affaires, Kim Dae-jung a commencé une carrière politique, qui l'a conduit au Parlement en 1961, peu avant le coup d'Etat du général Park Chung-hee dont il devait devenir le principal opposant.

Lors de l'élection présidentielle de 1971, il échoue de peu face au général Park. Ce dernier réagit en promulguant, en 1972, une Constitution encore plus autoritaire, et en tentant d'éliminer physiquement celui qui a symbolisé le refus du régime militaire : enlevé par des agents sud-coréens dans un hôtel à Tokyo en 1973, il ne devra qu'à une intervention internationale de ne pas être assassiné par noyade. Quelques semaines après l'élection présidentielle de 1971, il avait été victime d'un accident de la route, qui était manifestement une tentative d'attentat, et dont il était ressorti avec une claudication comme séquelle.

Après le soulèvement de Kwangju, son bastion politique, en mai 1980, contre la loi martiale, dont la répression a entraîné entre 200 morts (bilan officiel) et 5.000 morts (à droite, le cimetière Mangwol-dong, à Kwangju, abritant les corps des victimes), un tribunal militaire sud-coréen le condamne à mort. Sa peine n'est commuée, en une peine de prison puis en un exil aux Etats-Unis (jusqu'en 1985), que sous la pression de l'opinion internationale.

Kim Dae-jung a raconté qu'il avait refusé la proposition de coopérer que lui avait faite le régime militaire pour avoir la vie sauve, en déclarant  : "Si je fais un compromis avec vous, je vais vivre temporairement, mais je mourrai à jamais. Si je ne coopère pas avec vous, mon corps mourra, mais je vivrai à jamais dans le coeur du peuple et dans l'histoire. Je préfère vivre éternellement dans l'histoire".

Après deux nouveaux échecs aux élections présidentielles, en 1987 et 1992, Kim Dae-jung accède enfin à la magistrature suprême en remportant l'élection présidentielle de 1997. Son mandat (1998-2003), au plan intérieur, a été marqué par la restructuration et le redressement rapide de l'économie au lendemain de crise financière, ainsi que par la poursuite d'orientations économiques libérales, malgré une extension partielle du système de protection sociale, ainsi que par des scandales ayant éclaboussé des membres de la famille du chef de l'Etat.

S'agissant des relations intercoréennes, Kim Dae-jung reste l'artisan de la "politique du rayon de soleil" d'ouverture au Nord, laquelle a conduit à la première rencontre historique à Pyongyang, au plus haut niveau, entre les autorités du Nord et du Sud de la Corée divisée depuis un demi-siècle (photo encyclopédie Britannica). Cosignée par Kim Dae-jung et Kim Jong-il, président de la commission de la défense nationale de la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord), la déclaration commune Nord-Sud du 15 juin 2000 a pavé la voie de la réconciliation et de la réunification. 

En janvier 2009, Kim Dae-jung avait justifié le dialogue comme le seul chemin possible pour la réunification de la péninsule coréenne, en déclarant  : "Le Sud et le Nord n'ont jamais été libres d'une peur et d'une animosité mutuelles au cours du demi-siècle passé - même pas pendant un seul jour (...) Lorsque nous coopérons, les deux Corée bénéficient de la paix et de la prospérité économique".

Si son principal héritage politique - le dialogue intercoréen - s'est poursuivi sous le mandat de son successeur démocrate Roh Moo-hyun, la remise en cause de sa politique d'ouverture au Nord par l'actuel président conservateur Lee Myung-bak a entraîné la rupture du dialogue gouvernemental intercoréen, soulevant protestations et inquiétudes
non seulement dans les rangs de l'opposition, mais aussi au sein même du Grand parti national au pouvoir. Toutefois, sa mort a été unanimement saluée, y compris par ses adversaires politiques : le président en titre Lee Myung-bak a déclaré que "ses accomplissements et ses aspirations à réaliser la démocratisation et la réconciliation intercoréennes resteront longtemps dans la mémoire du peuple".

Le dirigeant nord-coréen Kim Jong-il a adressé un message de condoléances à la famille de Kim Dae-jung, en déclarant : "Bien qu'il ne soit plus, à notre grand regret, sa volonté de parvenir à la réconciliation nationale et à la réunification demeurera longtemps présente dans l'esprit de notre peuple".

Après le
suicide, en mai, de Roh Moo-hyun, ce sont les deux chefs d'Etat sud-coréens qui ont le plus contribué au dialogue intercoréen qui disparaissent en l'espace de quelques mois.

La coïncidence entre la mort de Kim Dae-jung et
la conclusion, la veille, d'un accord majeur entre Hyundai et les autorités nord-coréennes montre toutefois qu'il n'y aura pas de retour en arrière dans le chemin parcouru vers une meilleure compréhension entre Sud et Nord-Coréens.

L'AAFC honore la mémoire du combattant pour la démocratie et de l'homme qui, au Sud de la péninsule, a été un des principaux artisans de la réconciliation intercoréenne. Les combats ainsi menés par l'AAFC ont façonné son visage actuel : dans la continuité de son soutien aux opposants au régime militaire sud-coréen,
l'AAFC est devenue, en 1989, une association d'amitié avec tout le peuple coréen, du Nord, du Sud, comme de la diaspora, faisant de la réunification pacifique et indépendante de la Corée l'un de ses mots d'ordre, sur la base des déclarations conjointes Nord-Sud du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007.

Sources : AAFC,
AFPThe Washington Post, Financial Times, CNN.

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Politique sud-coréenne
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Temps restant avant que le secrétaire général de l'AAFC soit (peut-être) autorisé à revenir en Corée du Sud*

 

 

* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)