Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
3 mai 2023 3 03 /05 /mai /2023 10:51

Le 28 avril 1960 étaient retrouvés les corps sans vie de Lee Ki-poong, dont l'élection frauduleuse à la vice-présidence de la République avait entraîné le déclenchement de la révolution d'avril 1960, de sa femme Maria Park, et de leurs deux fils, l'aîné Lee Kang-seok et le cadet Lee Kang-wook. Lee Kang-seok avait encore dans la main son pistolet militaire .45 ACP. Ainsi se dénouait tragiquement l'existence de toute une famille qui avait joué un rôle grandissant dans les dernières années du mandat de Syngman Rhee et avait semblé promise à un encore plus grand avenir. 

De gauche à droite : Lee Kang-seok, Lee Ki-poong, Maria Park et Lee Kang-wook

De gauche à droite : Lee Kang-seok, Lee Ki-poong, Maria Park et Lee Kang-wook

Lorsque l'autocrate Syngman Rhee, âgé de 85 ans, se représente une nouvelle fois à l'élection présidentielle, le décès de son concurrent démocrate (ce qui lui assure une élection automatique), son âge et son état de santé conduisent à ce que la désignation du vice-président constitue le véritable enjeu de l'élection : le colistier de Syngman Rhee, Lee Ki-poong, du Parti libéral, a comme concurrent principal le vice-président sortant, Chang Myon (Parti démocratique), qui l'avait battu - de peu - en 1956 (46,43 % contre 44,03 %). Contre toute attente, Lee Ki-poong obtient une victoire écrasante (79,19 % contre 17,51 % à Chang Myeon). L'ampleur de la fraude électorale est telle que le Parti démocratique refuse de reconnaître les résultats et que la révolution éclate. 

Si la personnalité de Syngman Rhee a dominé la vie politique sud-coréenne jusqu'en 1960, le rôle de Lee Ki-poong mérite cependant d'être rappelé à sa juste valeur. Issu d'une famille yangban déchue, tombée dans le dénuement, Lee Ki-poong, né le 12 décembre 1896 dans la province de Chungcheong, a perdu son père à l'âge de 7 ans. Il était un descendant de Taejong, troisième roi de la dynastie Joseon. Parti étudier aux Etats-Unis, où il multiplie les petits boulots et se lance dans des affaires peu fructueuses, il rencontre Syngman Rhee, dont il devient un proche collaborateur, et s'implique dans les milieux indépendantistes. Il fait aussi la rencontre de Maria Park, issue d'une lignée yangban et enseignante à l'université Ewha ; leur union est célébrée en 1934, malgré l'opposition initiale de la belle-famille, estimant qu'il s'agissait d'une mésalliance. Après la Libération, Lee Ki-poong est devenu le secrétaire particulier de Syngman Rhee, ce qui lui permet d'occuper des postes de confiance, comme maire de Séoul, et un temps ministre de la défense pendant la guerre de Corée, et surtout d'être un des principaux dirigeants et organisateurs du parti au pouvoir. Maria Park est aussi très proche de Francesca Donner, l'épouse autrichienne de Syngman Rhee. Sans enfants, Syngmann Rhee et Francesca Donner adoptent en 1957 Lee Kang-seok, le fils de Lee Ki-poong et Maria Park, né le 1er février 1937.  Après avoir envisagé des études de droit, Lee Kang-seok rejoint l'Académie militaire et devient officier. Lee Ki-poong et sa famille deviennent alors, aux yeux de l'opinion publique sud-coréenne, les symboles honnis d'un système de pouvoir clanique.

Les circonstances de la mort de Lee Ki-poong, Maria Park, Lee Kang-seok et Lee Kang-wook (qui n'avait que 18 ans) sont controversées. La famille vivait alors retranchée, sous protection, menacée par les manifestants. Dans la tradition orientale, Lee Ki-poong, estimant n'avoir plus d'avenir, aurait pu juger honorable un suicide collectif dont Lee Kang-seok aurait été l'exécutant, avant que ce dernier retourner sa propre arme contre lui-même. D'autres modes opératoires auraient été envisagés par Lee Ki-poong - notamment le recours au poison. Pour d'autres, c'est Lee Kang-seok qui avait le plus à perdre, étant le fils adoptif et l'héritier présumé de Syngman Rhee, et il aurait pris l'initiative de tuer son père, sa mère et son jeune frère avant de se suicider. Enfin, selon d'autres auteurs s'appuyant sur des éléments balistiques quant à la mort de Lee Kang-seok, Kwak Young-joo, le chef de la garde présidentielle, aurait assassiné les quatre membres de la famille Lee, dans l'espoir de calmer les manifestants. Quelles que soient les circonstances, ainsi prenait fin tragiquement la vie de Lee Ki-poong, Lee Kang-seok et Maria Park, qui avaient exercé une influence majeure dans les affaires publiques sud-coréennes et avaient été si proches d'exercer le pouvoir suprême. 

Pour leur part, Syngman Rhee et Francesca Donner devront prendre le chemin de l'exil, à Hawaï, où Syngman Rhee décèdera le 19 juillet 1965. Francesca Donner retournera alors en Autriche, puis en Corée du Sud dans l'ancienne maison du Président Rhee, accompagnée de son troisième et dernier fils adoptif, Rhee In-soo, avant de disparaître le 19 mars 1992. 

Sources : 

Partager cet article
Repost0

commentaires

Recherche

D'où venez-vous?