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29 novembre 2009 7 29 /11 /novembre /2009 11:01

Avant même sa nomination comme Premier ministre suite au succès du Parti démocrate (centriste, alors dans l'opposition) aux élections législatives du 30 août 2009, Yukio Hatoyama, avait fait part de sa volonté de dialogue et de coopération avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Cette approche plus souple et plus pragmatique que celle de ses prédécesseurs s'inscrit dans une démarche globale d'amélioration des relations entre le Japon et l'ensemble de la péninsule coréenne, Yukio Hatoyama ayant choisi la République de Corée (Corée du Sud) pour sa première visite à l'étranger comme Premier ministre.

Yukio Hatoyama connaît la Corée et apprécie la culture coréenne, tant traditionnelle que moderne : réputé fan de la culture pop sud-coréenne, il a rencontré avec son épouse Miyuki l'acteur sud-coréen Lee Seo-jin à Tokyo en septembre dernier (photo Korea Times). De fait, les propositions qu'il a formulées sur la question coréenne sont le fruit d'une politique mûrement réfléchie, sur un dossier qu'il connaît bien pour l'avoir suivi personnellement. Celles-ci sont néanmoins empreintes d'une extrême prudence : l'opinion publique japonaise reste en effet largement hostile à la Corée du Nord. Cette situation s'explique en partie par le militantisme très actif des associations de défense des Japonais enlevés par les services secrets nord-coréens dans les années 1970 et 1980, alors que les Coréens soulignent le bilan beaucoup plus lourd de la colonisation japonaise de la Corée (1910-1945), notamment la prostitution forcée des femmes de réconfort.

Alors député,
Yukio Hatoyama avait assisté en 2001 aux obsèques de Han Deok-su, président fondateur de l'Association des résidents coréens au Japon (Chongryon, proche de la RPD de Corée), et il avait visité la RPDC. Il est attendu qu'il s'inscrive dans la continuité de la Déclaration de Pyongyang signée en 2002 lors de la visite en RPDC de Jun'ichirō Koizumi, et qui prévoyait la normalisation des relations diplomatiques entre le Japon et la République populaire démocratique de Corée. Le Japon, partie aux pourparlers à six sur la question nucléaire coréenne, reste l'une des rares puissances mondiales (avec les Etats-Unis et la France) à ne pas avoir établi de relations diplomatiques complètes avec la RPDC.

En septembre 2009, après la victoire électorale du Parti démocrate du Japon (PDJ) ayant conduit à la désignation de Yukio Hatoyama comme Premier ministre, Song Il-ho, ambassadeur nord-coréen pour la normalisation des relations avec le Japon, avait déclaré à l'agence Kyodo :

"Avec une administration dirigée par le Parti démocrate du Japon, nous avons besoin d'avoir un nouveau départ (dans les discussions bilatérales pour un nouvel accord) basé sur l'esprit de la Déclaration de Pyongyang." Bien que le PDJ dispose d'une majorité absolue à la chambre basse, le nouveau gouvernement japonais s'appuie sur une coalition tripartite, comportant également une formation de droite, le Nouveau parti populaire (plus critique que le PDJ vis-à-vis de la RPDC) et le Parti social-démocrate (héritier du Parti socialiste du Japon, et qui a été le principal relais au Japon des positions en faveur de la normalisation des relations diplomatiques nippo-nord-coréennes, après l'entrée des deux Corée aux Nations-Unies en 1991).  

Ayant réservé à la République de Corée (du Sud) sa première visite officielle à l'étranger en tant que Premier ministre, Yukio Hatoyama a détaillé la nouvelle politique coréenne du Japon, fondée sur son projet d'une Communauté d'Asie de l'Est, lors de sa conférence de presse conjointe avec le Président sud-coréen Lee Myung-bak du 9 octobre 2009 (photo ci-dessus Pool/Getty images) :

"Le Japon et la République de Corée ont une importante relation en tant que nations voisines partageant des valeurs communes, et cette relation forme le coeur de la politique asiatique du Japon. En approfondissant notre coopération dans différents domaines, je pense que nous pouvons faire un pas vers la réalisation d'une Communauté d'Asie de l'Est (...). Il reste, bien sûr, plusieurs questions importantes entre la République de Corée et le Japon, mais le nouveau gouvernement japonais est un de ceux qui aura le courage de regarder l'histoire complètement", le nouveau Premier ministre japonais s'inscrivant sur ce point en rupture avec ses prédécesseurs du Parti libéral-démocrate (conservateur) qui, en honorant par leurs visites au sanctuaire de Yasukuni les criminels de guerre japonais de la Deuxième guerre mondiale, avaient soulevé un tollé de protestations dans les pays alors victimes du militarisme japonais, au premier rang desquels la Chine et la Corée.

Ce concept d'une communauté d'intérêts en Asie de l'Est est aussi conçu comme un mécanisme pour garantir la paix dans cette partie du monde, de nature à conduire à des coopérations renforcées avec la RPD de Corée : des garanties économiques et de sécurité pourraient être apportées à Pyongyang en réponse à de premiers gestes de la RPDC, comme l'a déclaré Yukio Hatoyama dans la suite de sa conférence de presse avec le président Lee Myung-bak :
  
"Lors de la réunion de ce jour, nous avons pu parler de la Communauté d'Asie de l'Est et de la question nord-coréenne (...). Des questions comme le programme nucléaire nord-coréen et le développement de missiles balistiques doivent être perçues sous un jour global. Tant que la Corée du Nord n'aurait pas pris des mesures concrètes [conduisant à la résolution de ces questions] et manifesté sa volonté [de rechercher leur résolution], nous ne développerons pas la coopération économique."

La proposition de Communauté d'Asie de l'Est rappelle, dans son principe, l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), voire - si l'on intègre sa dimension économique - la réconciliation franco-allemande après 1945 et la construction européenne depuis la mise en place de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA). Elle n'est pas non plus éloignée des propositions de règlements de la question nucléaire coréenne esquissées par Jack Lang, envoyé spécial du Président de la République Nicolas Sarkozy pour la République populaire démocratique de Corée, dans les 
entretiens qu'il a donnés à la presse à son retour de Corée du Nord.

S'achemine-t-on vers un schéma de réconciliation et de coopération entre le Japon et les deux Corée en Asie du Nord-Est ? S'il est encore trop tôt pour y répondre, le contexte nouveau est historiquement l'un des plus favorables à une telle avancée depuis la libération de la Corée de la colonisation japonaise en 1945. Il n'est pas anodin que, contrairement à la proposition de "grand marchandage" du président sud-coréen Lee Myung-bak qu'elles ont rejetée, les autorités nord-coréennes continuent d'examiner la proposition japonaise de Communauté d'Asie de l'Est, qui suppose cependant le règlement d'autres questions bilatérales.

D'une part, l'opinion publique japonaise et son gouvernement sont extrêmement sensibles à la question des progrès nord-coréens dans les domaines balistique et nucléaire (dont l'opinion publique estime qu'il vise directement l'archipel), tandis que la réouverture par Pyongyang des enquêtes sur les citoyens japonais en RPDC reste attendue, en application de l'accord dit de Shenyang conclu en août 2008, mais non mis en oeuvre après la dégradation des relations bilatérales. D'autre part, la RPDC attend une condamnation claire par le Japon de la colonisation de la Corée, laquelle pourrait aussi donner lieu à des réparations japonaises, tandis que
l'application stricte par Tokyo des sanctions du Conseil de sécurité des Nations-Unies vis-à-vis de la RPDC, ainsi que la question des droits des citoyens nord-coréens au Japon, constituent d'autres dossiers à régler. S'il y a du "grain à moudre" pour le dialogue bilatéral, les sujets de désaccord restent nombreux jusqu'à la normalisation des relations bilatérales Tokyo-Pyongyang et, peut-être, l'accomplissement des premiers pas dans la réalisation d'une Communauté d'Asie de l'Est.

Sources principales : AAFC,
AP, site du Premier ministre du Japon 

Autres articles sur les relations entre la Corée et le Japon, sur les blogs de l'AAFC et de l'AAFC-Bourgogne :

(1) Relations diplomatiques entre les deux Corée et le Japon

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Yukio Hatoyama, président du Parti démocrate du Japon, prône "le dialogue et la coopération" avec la Corée du Nord (article publié le 23 août 2009)
-
Le plus terrifiant des deux (24 octobre 2008)
-
Dokdo : rappel de l'ambassadeur sud-coréen au Japon (16 juillet 2008)
-
Relations avec Pyongyang : Tokyo allège les sanctions, Paris s'isole (14 juin 2008)
-
Reprise des pourparlers Japon - RPD de Corée (8 juin 2008)
-
Le Japon prolonge de six mois les sanctions contre la Corée du Nord (12 avril 2008)
-
Lee Myung-bak renforce les liens avec le Japon le jour de son investiture
(25 février 2008)

(2) Les Coréens du Japon

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Un appel de la Chongryon (25 octobre 2009)
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Han Duk-su, président fondateur de la Chongryon (22 septembre 2009)
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Les footballeurs coréens du Japon (9 juillet 2009)
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Les Coréens du Japon, frères ennemis pendant la guerre de Corée (18 juin 2009)
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La Corée du Nord va aider les écoles de la Chongryon (12 avril 2009)
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Il y a 50 ans... le rapatriement des Coréens du Japon (18 février 2009)
-
Les Coréens du Japon (8 août 2008)
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Jong Tae-se, étoile montant du football nord-coréen (24 juin 2008)
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Solidarité de l'AAFC avec les Coréens du Japon (8 mai 2008)
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Un architecte coréen du Japon : Itami Jun (21 mai 2008)

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations Japon-Corée
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* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)