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27 février 2014 4 27 /02 /février /2014 19:06

Robert-Charvin_19_avril_2013.jpgLe 21 mars 2013, une résolution du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies créait une commission chargée d'enquêter sur les droits de l'homme en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Largement inspirée par les « travaux » d'officines néo-conservatrices américaines, cette commission a opportunément rendu son rapport le 17 février 2014, avec un mois d'avance sur le calendrier prévu, soit au moment d'une relative détente dans la péninsule coréenne et à la veille d'exercices militaires américano-sud-coréens controversés. Dans ces conditions, les conclusions du rapport sont forcément accablantes pour la RPDC. Voici l'analyse qu'en fait Robert Charvin, professeur émérite de droit (spécialisé dans les relations internationales) à l'Université de Nice Sophia-Antipolis et vice-président de l'Association d'amitié franco-coréenne.

Ayant participé en tant que juriste et professeur de droit international à diverses commissions d'enquête (en Angola, en Palestine, en Côte d'Ivoire et en Corée notamment), je crois connaître les difficultés extrêmes qu'il faut surmonter pour approcher une réalité toujours complexe et contradictoire.

Mais les gouvernements n'apprécient ni la complexité ni la contradiction. Ils ne recherchent pas les causes des phénomènes constatés. Les responsabilités incombent toujours aux « autres ». Les résultats des soi-disant « expertises » sont guidés par des objectifs stratégiques et non par une recherche « désintéressée » et « humanitaire ». Les organismes des Nations Unies n'échappent évidemment pas aux volontés étatiques : ils en sont le reflet. C'est flagrant pour le Conseil de sécurité, qui se comporte souvent comme un instrument de conflit et non de maintien de la paix.

C'est un fait aussi pour la plupart des autres organes qui tendent à s'incliner devant la volonté des puissances : à quoi a servi, par exemple, le rapport (modéré) Goldstone sur la question palestinienne ?

Aussi longtemps que l'ONU ne connaîtra pas une profonde démocratisation de ses structures et un véritable respect des dispositions de la Charte (notamment celles interdisant les ingérences et affirmant le respect de « l'égale souveraineté des États »), elle ne sera qu'un instrument plus ou moins « utile » aux grandes puissances, sachant que des organisations comme l'OTAN la contournent lorsqu'elle est « paralysée » par des oppositions entre grandes puissances.

Les rapports publiés par les Nations Unies sont donc inévitablement affectés par des arrières-pensées politiques : ils sont toujours « nuancés » lorsque des Puissances ou leurs alliés sont concernés (par exemple, Israël) ; ils sont sans réserve lorsque le pays mis en cause est petit et fait l'objet d'un consensus hostile plus ou moins large, ce qui est le cas de la RPDC, en raison d'une très longue résistance aux États-Unis et au Japon dans un espace jugé « vital » (de plus en plus) pour les intérêts américains. Imagine-t-on un rapport de même nature sur les libertés et les droits en Arabie Saoudite, au Qatar ou ….. au Texas ?

Cette facilité à accuser la RPDC sans la moindre preuve et la moindre retenue se vérifie à la lecture de tous les médias occidentaux qui, évidemment, ne connaissent rien du pays et de son histoire, mais écrivent sur lui sans complexe ni scrupule.

Il suffirait que le marché nord-coréen s'ouvre aux multinationales pour que le pays se retrouve dans « le meilleur des mondes ». L'Occident qui exerce encore une hégémonie (de plus en plus provisoire) sur le monde n'a aucun complexe : en pleine crise sociale, économique, politique et morale, il continue à donner des leçons à la planète entière (mais avec prudence lorsque ses adversaires sont de bons clients) et à intervenir avec son argent et ses soldats, dès lors que les rapports de force lui paraissent favorables.

Les États occidentaux qui pèsent sur les Nations Unies sont parfaitement indifférents aux droits de l'Homme dans le monde : ils instrumentalisent la question lorsqu'ils y trouvent intérêt. Le traitement des Palestiniens, victimes reconnues depuis plus d'un demi siècle, est significatif.

Le rapport des Nations Unies sur la RPDC ne fait que reprendre les analyses de quelques faux experts américains et européens, dont le travail n'a jamais suivi la moindre méthode scientifique et dont les financements sont en général très « particuliers ». Les rédacteurs auraient pu par exemple adopter la méthode élémentaire pour toute enquête du « contradictoire », consulter des ONG connaissant le terrain, (par exemple Caritas), interroger quelques personnalités qui ont visité le pays et qui se sont attachées à comprendre ce qu'elles ont vu et à remarquer ce qu'elles n'ont pas vu, etc...

En tout état de cause, se limiter à utiliser les analyses d'organisations qui inscrivent leur ligne d'action dans la stratégie occidentale et à ne rapporter que le témoignage de réfugiés nord-coréens dont le statut est incertain et donc leur sincérité limitée, porte atteinte au sérieux du rapport des Nations Unies.

La question fondamentale qui se pose aussi est de savoir quel est l'objectif poursuivi au moment même où le dialogue coréen nord-sud a repris. A l'évidence, il ne s'agit pas de favoriser l'amélioration de la situation du peuple coréen, avide de rapprochement et d'une future réunification.

Il ne s'agit pas non plus d'aider à la levée de l'embargo que subit la RPDC, origine essentielle de ses difficultés de développement, donc à l'ensemble des droits économiques et sociaux et par conséquences aux droits civils et politiques.

L'objectif n'est pas non plus de connaître la « vérité » par volonté d'un savoir qui ne préoccupe pas les États qui préfèrent ne pas savoir ce qui dérange !

Il était connu par avance que la population de la RPDC a connu et connaît encore des problèmes sérieux depuis la guerre dévastatrice de 1950-1953 qui a placé le pays en état de belligérance chronique jusqu'à nos jours (aucun traité de paix n'a été signé depuis 1953, malgré les demandes réitérées de Pyongyang). Il n'est pas besoin d'une Commission d'enquête pour savoir que l'inévitable militarisation d'une société placée sur une position de légitime défense (qui double l'absence de devises) n'est pas favorable au progrès des libertés.

Le rapport des Nations Unies conforte la stratégie de combat et d'isolement menée par les États-Unis et leurs alliés, y compris la France, depuis des décennies, quel qu'en soit le coût pour le peuple coréen.

Est-ce là la fonction d'une organisation chargée en principe du maintien de la paix et de la coopération pour le développement ?

Professeur Robert Charvin

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Relations internationales de la Corée
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* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)