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18 juillet 2011 1 18 /07 /juillet /2011 11:23

Il y a 420 ans, l'amiral Yi Sun-sin devenait le commandant en chef des forces navales coréennes qui, palliant l'insuffisance des troupes terrestres commandées par la noblesse, infligèrent des défaites décisives à la marine japonaise grâce au premier navire cuirassé au monde, le bateau-tortue. La marine coréenne, qui s'était constituée deux siècles plus tôt à la fin de la dynastie Koryo pour résister aux pirates japonais, mit ainsi en échec les tentatives d'invasion de la péninsule pendant la guerre patriotique Imjin. L'AAFC revient sur la guerre Imjin (du nom d'un affluent du fleuve Han), marquée par deux débarquements japonais, en 1592 et 1597.

 

Après l'unification du Japon, Hideyoshi Toyotomi, ministre des Affaires suprêmes du Japon, souhaite envahir la Chine. Après avoir essuyé le refus du roi de Corée de l'aider dans cette entreprise, il donne l'ordre d'attaquer la péninsule le 24 avril 1592, déclenchant ainsi la guerre Imjin.

 

Fortes de 158 700 hommes auxquels s'ajoutent 9 000 marins, les troupes japonaises lancent une attaque surprise qui progresse très rapidement vers la Chine : après un débarquement à Pusan le 23 mai, Séoul est atteinte le 12 juin. Alors que la corruption permet d'acheter des dispenses du service militaire, les troupes coréennes sont paralysées par les luttes des clans qui s'agitent autour du roi, tandis que les Japonais ont une supériorité non seulement numérique, mais également tactique et sont dotés d'armes à feu, alors pratiquement ignorées des Coréens. 

 

bateau_tortue.jpgLes Coréens peuvent cependant compter sur un chef prestigieux, l'amiral Yi Sun-sin, qui a mis au point le premier navire cuirassé au monde capable de naviguer en haute mer, connu sous le nom de bateau-tortue (kobukson). Il s'agit d'une jonque totalement fermée et blindée, mue au moyen de rames, protégée des abordages par des piquants. Tandis que les techniques de combat maritime étaient alors fondées sur l'éperonnage et l'abordage, le bateau-tortue engage un combat d'artillerie destiné à couler les navires des forces adverses, par des tirs au canon et le lancement de flèches, la proue à tête de dragon pouvant quant à elle cracher des flammes ou lancer des fumées de soufre et de salpêtre, créant ainsi un brouillard artificiel.

 

Les premières attaques de l'amiral Yi Sun-sin contre la flotte japonaise sont lancées le 7 juin, infligeant des pertes considérables qui auront un impact décisif sur l'issue du conflit en coupant les armées japonaises de leurs bases arrières.

 

Dans les régions passées sous leur contrôle, les Japonaises procédèrent à une réorganisation administrative et encouragèrent l'acculturation des populations. Des armées de guérilla se formèrent ainsi dans l'ensemble du pays, engageant d'efficaces actions d'usure et témoignant du courage des hommes de troupe, après que les officiers de la noblesse eurent fait la preuve de leur inefficacité.

 

Le roi de Corée, après s'être réfugié à Pyongyang puis à Uiju, sollicita l'aide de son suzerain, l'empereur de Chine. Ce dernier, après des hésitations liées à l'idée d'une machination dans laquelle les Coréens auraient pu s'allier aux Japonais, décida d'une intervention, au moment où les troupes japonaises étaient massées aux abords des fleuves Tumen et Yalu. Comme à d'autres périodes de l'histoire, en particulier en 1950 pendant la guerre de Corée, la présence de troupes étrangères à la frontière sino-coréenne fut un argument pour l'entrée en guerre de la Chine, dont les soldats étaient puissamment aidés par la flotte de l'amiral Yi Sun-sin et les guérilleros coréens. Coréens et Chinois reçurent aussi le soutien de plongeurs portugais, qui trouaient les coques des navires japonais. Les troupes nippones durent se retirer et accepter une trêve, évacuant Séoul le 9 mai 1593 mais tout en conservant à Pusan une garnison qui comptait 50 000 hommes en 1597.

 

Si Hideyoshi atteignit son objectif de politique intérieure de devenir le nouveau souverain du Japon, avec l'accord de la Chine. En Corée, Yi Sun-sin, victime d'intrigues, fut dégradé au rang de simple soldat. A l'issue d'une trêve de quatre ans, Hideyoshi décida d'une deuxième invasion de la Corée à partir de Pusan, le 19 mars 1597. La nouvelle entrée en guerre des Chinois donna des résultats incertains, les Japonais se maintenant dans le Sud de la péninsule. Durant l'été 1598, le général japonais Konishi envoya en trophée à Hideyoshi les oreilles de 38 000 soldats ennemis, toujours visibles à Kyoto au Mimizuka ou "mausolée des oreilles". La mort de Hideyoshi, le 18 septembre 1598, précipita la fin du conflit.

 

Le 19 novembre, Yi Sun-sin, réhabilité, l'emporta une fois encore sur les Japonais à No Ryang, mais mourut au combat. Le commandant en chef des forces navales japonaises, l'amiral Yoshihiro, ne devait rapatrier que 50 navires sur les 250 de sa flotte.

 

Modèle de droiture et d'intégrité, Yi Sun-sin fut aussi un grand lettré, ayant notamment laissé un journal de campagne.

 

Si la Corée sortait libre de la guerre Imjin, elle avait été dévastée et pillée, tant par les envahisseurs japonais que par le passage des troupes chinoises. La production agricole chuta de plus des deux tiers, entraînant une famine. Dans leur retraite, les soldats japonais emmenèrent de force avec eux des lettrés, comme Kang Hang, à l'origine de l'introduction du néo-confucianisme au Japon, ou des potiers coréens réputés, qui ont permis la production de céladons dans l'archipel. Les Japonais tirèrent aussi les leçons de leurs échecs militaires, en mettant ensuite sur pied une flotte moderne.

 

Sources principales : André Fabre, Histoire de la Corée, Langues et monde - L'Asiathèque, 2000, pp. 247-258, et wikipedia (dont photo).  

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Histoire de la Corée
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