Lundi 7 juillet 2008 1 07 /07 /Juil /2008 00:03

 

Le 5 mai 2008, l'Association d'amitié franco-coréenne a été à l'origine de la création du comité national pour la célébration du soixantième anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Un choix justifié par le contexte dans lequel a été divisée la Corée, ainsi que par la nature du régime mis en place au Sud de la péninsule, au lendemain de la libération de la colonisation japonaise.

 

Si l'AAFC a choisi d'être, en France, à l'origine de manifestations pour commémorer le soixantième anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), le 9 septembre 1948, c'est au regard du contexte dans lequel a été divisée la péninsule coréenne, et du rôle alors joué par le président du Sud, Syngman Rhee.


Les rappels historiques qui suivent ne se fondent ni sur les travaux des historiens nord-coréens, ni sur l'historiographie restée dominante en Corée du Sud même après la chute du pouvoir militaire, mais sur les analyses indépendantes de l'Association coréenne pour la recherche en histoire, constituée à la fin des années 1980 par des historiens qui ont lutté contre le régime militaire et remis en cause les dogmes de l'histoire officielle. Leur classique "Une histoire de la Corée", publié par Saffron, a été traduit en anglais.


Débarquées au Sud le 8 septembre 1945, trois semaines après la capitulation japonaise, les troupes américaines établissent un régime d'occupation militaire : l'United States Armed Military Governement in Korea, USAMGIK. Dès l'origine, l'USAMGIK donne une large place aux anciens collaborateurs avec l'occupant japonais : "les capitalistes et les propriétaires fonciers qui avaient collaboré avec l'empire japonais se virent confiées des fonctions d'officier d'administration centrale et des postes de fonctionnaire de haut rang, tandis que les organes admnistratifs et la police coloniales étaient réinstaurés (...). Les Etats-Unis les utilisèrent comme des instruments contre le communisme." (Histoire de la Corée, op. cit., p. 268).  Alors que les dirigeants du Nord sont issus des combats contre la colonisation japonaise, non seulement le régime qui se mettra en place au Sud n'épurera pas l'administration et la police, mais ce sont les mêmes familles qui garderont les pouvoirs politique et économique jusqu'à nos jours.


Au Nord, bien que présente militairement, l'URSS n'attache pas une grande importance à la Corée et confie le pouvoir aux comités populaires qui s'étaient créés spontanément dans toute la Corée dès la libération : "l'Union Soviétique établit effectivement un QG militaire, mais au lieu d'une administration directe, les Soviétiques passèrent le relais aux comités populaires et exercèrent une influence à travers ces administrations civiles indépendantes" (ibid., p. 269).


Un accord entre les Soviétiques et les Américains, en décembre 1945, établit un compromis entre les positions des deux superpuissances : alors que les Américains voulaient maintenir une administration internationale de la Corée par quatre pays (les Etats-Unis, l'URSS, la Grande-Bretagne et la République de Chine), les Soviétiques insistaient sur la mise en place d'un gouvernement coréen indépendant. L'accord de Moscou prévoyait un régime d'administration (trusteeship) de la Corée pendant une durée maximum de cinq ans, des garanties d'indépendance de la Corée et l'établissement d'un gouvernement provisoire.


Dès l'accord signé, les partis politiques de droite, conduits par Syngman Rhee et Kim Ku, s'opposèrent à l'accord de Moscou. Les partisans de Syngmann Rhee en donnèrent un "compte rendu déformé", en mettant l'accent sur l'administration de la Corée par les puissances étrangères, et imputèrent cet accord à la volonté des Soviétiques, alors même que le trusteeship correspondait à la position américaine. "En procédant ainsi [Syngman Rhee] espérait orienter le mouvement contre le trusteeship dans un sens anticommuniste et antisoviétique" (ibid., p. 270). Soutenant Syngman Rhee, chef du gouverment coréen en exil pendant l'occupation japonaise, mais qui avait ensuite intégré dans ses propres rangs, dès 1945, nombre d'anciens collaborateurs des Japonais, les Etats-Unis choisirent alors d'appuyer le mouvement d'opposition au trusteeship.


Le 26 mars 1946, lors de la première réunion de la commission mixte conjointe américano-soviétique, les Soviétiques et les Américains furent en complet désaccord sur les organisations politiques coréennes qui devaient participer aux discussions. Les Soviétiques voulaient exclure les partisans de l'accord de Moscou de décembre 1945, ainsi que les anciens collaborateurs des Japonais. La commission mixte cessa ses travaux sur un constat de désaccord en mai 1946.


Syngman Rhee appela alors à la formation d'un gouvernement représentatif dans la seule partie Sud de la péninsule. Cette déclaration divisa la droite nationaliste coréenne, car elle entérinerait la partition.


Dans le même temps, les partis de gauche demandaient, au Sud de la péninsule, des réformes économiques, prenant appui sur l'exemple du Nord : en mars 1946, la réforme agraire au Nord avait redistribué les terres à 70% des paysans en l'espace de vingt jours ; en juin, la durée quotidienne de travail y avait été abaissée à huit heures ; en juillet, la loi sur l'égalité entre les hommes et les femmes avait mis fin à des siècles de féodalisme ; enfin, plus de 90% des entreprises avaient été nationalisées. Alors que ces réformes ne concernaient que la moitié Nord, le Sud était confronté à des risques grandissants de famine.


En septembre-octobre 1946, une grève générale se déclenche au Sud, à partir de Pusan. Plus de 2 millions de manifestants réclament la réquisition du riz, l'application de la réforme agraire et l'interdiction des milices de droite.  La répression cause plus de mille morts.


Pendant ce temps, les Etats-Unis avaient transféré le traitement de la question coréenne à l'Organisation des Nations-Unies, alors dominée par les pays d'Europe occidentale et d'Amérique latine qui leur étaient favorables. L'ONU décide l'organisation d'élections au Nord et au Sud de la péninsule, mais les autorités nord-coréennes refusèrent, en janvier, la supervision du processus électoral par l'ONU. Les Nations-Unies décidèrent alors, en février, l'organisation d'élection séparées dans la seule moitié Sud. Toujours en février, à l'appel du Parti du travail de Corée du Sud, une grève générale réunit 1,5 millions de travailleurs au Sud : 57 personnes furent tuées et 10.584 arrêtées.


La contestation la plus vive eut lieu dans l'île de Jeju, en avril : les manifestants s'opposèrent aux élections séparées, aux milices de droite et demandèrent le départ des troupes américaines. Le bilan fut de 30.000 morts, tués par les forces de police et les milices de droite.


L'assemblée sud-coréenne, élue le 10 mai 1948 à l'issue d'un scrutin boycotté par la majorité des partis et s'étant tenu dans la seule partie du Sud (à l'exception de Jeju), porte Syngman Rhee à la présidence de la République. La République de Corée est née.


Pour faire face à la scission, les nationalistes de droite, au premier rang desquels Kim Ku, abandonnent Syngman Rhee, en exigeant, dès février 1948, des élections dans toute la Corée. Fin avril, les opposants à la tenue d'élections séparées au Sud, dont les nationalistes Kim Ku et Kim Kyu-sik, se réunissent à Pyongyang. Leur programme commun comporte le départ des troupes américaines et soviétiques, l'établissement d'un gouvernement provisoire et d'une assemblée pour toute la Corée, ainsi que l'invalidation des élections prévues en Corée du Sud.


Prenant acte de l'établissement d'un gouvernement séparé au Sud, les dirigeants du Nord organisent des élections le 25 août 1948, en secret dans la partie Sud. L'Assemblée populaire suprême proclame la République populaire démocratique de Corée le 9 septembre 1948 : Séoul est alors choisie comme la capitale de la RPDC, en signe du refus de la partition. Chacun des deux gouvernements entend représenter toute la Corée.


A la fin de l'année 1948, Kim Ku appelle à nouveau au retrait des troupes américaines et soviétiques, ainsi qu'à la reprise des discussions Nord-Sud. En mars 1949, 36 députés sud-coréens, conduits par le vice-président Kim Yak-su, demandent l'expulsion des troupes étrangères au comité Corée de l'ONU. Syngman Rhee répond en énonçant la loi de sécurité nationale, toujours en vigueur en Corée du Sud et qui condamne tout contact réel ou supposé avec le Nord. Dans la vague d'exécutions et d'arrestations qui se déclenche, Kim Ku est assassiné en juin 1949.


Après une présentation des travaux de la Commission vérité et réconciliation, qui enquête actuellement sur les massacres de civils de masse perpétrés au début de la guerre de Corée, l'AAFC entend poursuivre ses travaux historiques sur la Corée d'après-guerre, à l'approche du soixantième anniversaire de la fondation de la RPD de Corée.

 

Par Association d'amitié franco-coréenne - Publié dans : Histoire de la Corée
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