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24 novembre 2015 2 24 /11 /novembre /2015 13:20

Né le 20 décembre 1927 à Geoje dans le Gyeongsang du Sud, l'ancien Président de la République de Corée (Corée du Sud) Kim Young-sam (1993-1998) est décédé quelques jours avant son quatre-vingt-huitième anniversaire, le 22 novembre 2015 à l'hôpital de l'Université nationale de Séoul. L'Association d'amitié franco-coréenne salue la mémoire d'un homme d'Etat qui a marqué l'histoire de la Corée au vingtième siècle en conduisant à engager la Corée du Sud sur la voie de la démocratie, et dont les obsèques donneront lieu à des funérailles nationales.

Kim Young-sam (1927-2015), ancien Président de la République de Corée

Kim Young-sam (1927-2015), ancien Président de la République de Corée

Il y a plusieurs phases dans la vie politique de Kim Young-sam. Né dans une famille aisée de pêcheurs en 1927, diplômé de l'Université de Séoul en 1952, il devient en 1954 le plus jeune député de l'Assemblée nationale, élu sous les couleurs du parti majoritaire du très autoritaire Syngman Rhee. Puis il rejoint les rangs de l'opposition par refus des manoeuvres des autorités sud-coréennes pour réviser la Constitution.
 

Pendant le régime militaire du général Park Chung-hee, il devient, avec Kim Dae-jung, l'un des chefs de file de l'opposition libérale et se distingue par sa critique acerbe du pouvoir le plus autoritaire qu'ait jamais connu la Corée du Sud, et son refus de toute compromission avec la junte militaire. Cette dernière utilise le pouvoir judiciaire pour l'écarter politiquement : en septembre 1979, une décision de justice lui retire la présidence du Nouveau parti démocratique ; en octobre 1979, il est déchu de son mandat de député, ce qui conduit 66 députés d'opposition à remettre leur démission et les Etats-Unis à rappeler leur ambassadeur en République de Corée. Interdit de toute activité politique entre 1980 et 1985, placé en résidence surveillée, il conduit une grève de la faim pendant vingt-et-jours, en 1983, devant le siège de la présidence.

Après le rétablissement de l'élection du chef de l'Etat au suffrage universel direct grâce au combat des militants pour la démocratie, il est candidat au scrutin présidentiel de 1987, remporté par le général Roh Tae-woo. La division de l'opposition entre ses deux figures de proue (Kim Dae-jung et Kim Young-sam, qui obtiennent respectivement 27 % et 28 % des voix), et le mode de scrutin uninominal à un seul tour assurent l'élection d'un répresentant de la junte militaire (36,6 % pour Roh Tae-woo).

Alors que le régime militaire est de plus en plus affaibli, ses partisans décident de s'allier avec Kim Young-sam contre Kim Dae-jung, le premier étant considéré comme un opposant moins dangereux pour leurs intérêts : en 1990, le Parti libéral-démocrate (PLD) naît de la fusion du Parti pour une réunification démocratique de Kim Young-sam et du Parti démocratique pour la justice (au pouvoir). Kim Young-sam prend la présidence du PLD. Avec 42 % des voix (contre 33,8 % pour Kim Dae-jung), Kim Young-sam remporte l'élection présidentielle de 1992. En fonctions de février 1993 à février 1998, il devient le premier président civil de la Corée du Sud depuis 1962.

Son mandat est marqué par une volonté de réforme politique et économique : dans le contexte d'une campagne anti-corruption, ses deux prédécesseurs (les généraux Chun Doo-hwan et Roh Tae-woo) sont arrêtés. Des milliers de prisonniers politiques sont libérés, et la faction militaire Hanahoe, dont les hommes avaient animé la junte militaire au pouvoir, est dissoute. Kim Young-sam entend en outre adapter la Corée du Sud à l'ère de la mondialisation.

Il échoue cependant à réduire le pouvoir des conglomérats, les chaebols, alors que le pays reste marqué par des catastrophes témoignant de l'ampleur de la corruption : en 1995, l'effondrement du grand magasin Sampoong cause cinq cents morts. La crise financière asiatique de 1997-1998, qui conduit la République de Corée à bénéficier de la plus importante opération de soutien financier alors jamais conduite par le FMI (à hauteur de 58 milliards de dollars), ternit considérablement son image, de même que l'implication de son second fils dans un scandale de corruption et d'évasion fiscale, conduisant à la faillite du conglomérat Hanbo Steel. Il finit aussi par amnistier ses deux prédécesseurs à la tête de l'Etat, qui avaient été accusés de mutinerie et de trahison.

La démocratisation n'a pas été conduite à son terme, la loi de sécurité nationale restant en vigueur et les opposants étant sévèrement réprimés - notamment le mouvement étudiant, fer de lance de la démocratisation, à l'Université Yonsei en 1996, et le mouvement syndical, suite à l'adoption de la loi du 26 décembre 1996 restreignant les libertés syndicales. Néanmoins, les syndicats non liés aux intérêts patronaux peuvent pour la première fois s'organiser librement : la Confédération coréenne des syndicats (acronyme anglais, KCTU) est créée en 1995.

S'agissant des relations intercoréennes, le Président Kim Young-sam a joué un rôle utile de retenue pour empêcher les Etats-Unis de bombarder les installations nucléaires nord-coréennes lors de la crise de 1994, ce qui aurait pu entraîner une escalade des tensions menant jusqu'à la guerre. En juillet 1994, l'absence de condoléances de la République de Corée après la disparition du Président Kim Il-sung de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) ajournera les projets de sommet intercoréen jusqu'à la fin du mandat de Kim Young-sam, grippant durablement les relations Nord-Sud.

Alors que les chefs de l'Etat sud-coréens n'ont plus le droit de se représenter immédiatement à l'issue de leur mandat, Kim Young-sam favorise implicitement l'élection de Kim Dae-jung en 1997, en se distanciant de son ancien Premier ministre (1993-1994), Lee Hoi-chang, candidat sur une ligne ultra-conservatrice.

Après son départ de la présidence de la République, Kim Young-sam a évité une trop grande implication dans la vie politique. Récemment, il avait critiqué l'actuelle chef de l'Etat Mme Park Geun-hye, fille du général Park Chung-hee qui avait réprimé sévèrement les activités de l'opposition alors conduite par Kim Young-sam.

Sources :

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Politique sud-coréenne
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* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)