Alors que les révélations suite au dramatique naufrage du ferry Sewol ont mis en évidence les liens entre certains milieux culturels français et l'évangéliste Yoo Byeong-eon, connu sous son nom de photographe Ahae, il existe d'authentiques artistes coréens contemporains, qui auraient mérité mille fois davantage d'être mis en lumière par les institutions publiques françaises. Portraits croisés d'un artiste reconnu, Lee Ufan, actuellement à l'honneur au château de Versailles, et d'un affairiste habile, Ahae, tombé en disgrâce, mais dont les soutiens intéressés n'ont pas quitté le devant le scène artistique parisienne.
Né en République de Corée (du Sud) en 1936, Lee Ufan a été en 1969 l'un des fondateurs, avec Nobuo Sekine, du mouvement artistique Mono-Ha - souvent traduit par "école des choses". L'accent porté sur la pureté des choses existantes à partir du matériau brut, dans une présence physique et sensible, n'est pas sans évoquer le minimalisme - contemporain de Mono-Ha. Mono-Ha a été représenté à la Biennale de Paris en 1971, et a été actif jusqu'au milieu des années 1970.
Peintre, Lee Ufan a ensuite mis en lumière la puissance évocatrice des monochromes. En tant que créateur d'installations, il choisit d'abord de s'imprégner du lieu pour - à la manière des architectes - créer un champ de perceptions nouvelles, par un travail approfondi sur le point et la ligne. Comme il l'a déclaré dans un entretien au quotidien Le Monde, "mon propos n'est pas d'installer des objets fabriqués par moi, mais d'inviter à regarder le lieu, le ciel, la nature". Dans les installations de Lee Ufan qui sont aujourd'hui à voir à Versailles (neuf dans le parc, une dans le château), du 17 juin au 2 novembre 2014, la tombe de Le Nôtre, à l'origine de l'aménagement du lieu et de la création du jardin à partir de 1662, ne se découvre qu'à proximité immédiate - en une grosse pierre noire, symbolisant et concentrant le temps. Mais l'oeuvre la plus spectaculaire et la plus emblématique est l'Arche qui, selon l'angle où se situe le spectateur, se fond ou non dans le ciel et absorbe la lumière. Car Lee Ufan n'est pas seulement artiste ou écrivain, comme philosophe, il donne à voir et à comprendre le monde.
Travailler sur la sensation et la perception, c'est aussi ce qu'a voulu faire Yoo Byeong-eon, dans une approche subliminale de Dieu (le pasteur Yoo vend beaucoup de livres) qui n'avait rien de très original, tant sur la forme que sur le principe. Au demeurant, les photos de Ahae ne sont pas le résultat d'une réflexion artistique : il s'agit plutôt des aimables clichés léchés d'un amateur, qui en a profité pour les vendre fort chers et développer des produits dérivés, à sa gloire et à celui de sa petite entreprise. Contre toutes les pratiques établies, Yoo Byeong-eon, malgré son absence de passé artistique, s'était vu catapulter dans des expositions au château de Versailles et au jardin des Tuileries (qui dépend du Louvre), entre autres expositions à New York et à Prague. Lors de la clôture de son exposition le 8 septembre 2013 à l'Orangerie, une fête somptueuse n'a-t-elle pas été l'occasion pour le compositeur Michael Nyman d'interpréter la Symphonie n° 6 "Ahae" ? Car l'homme a un épais carnet de chèques : n'a-t-il pas versé 1,1 million d'euros au Louvre ? Et n'est-il pas un des mécènes de Versailles ?
Après une demande d'asile politique en France, rejetée, Yoo Byeong-eon est traqué par la police sud-coréenne pour son implication dans le naufrage du ferry Sewol et des accusations de détournements de fonds : 50.000 policiers sont aux trousses de l'homme, introuvable, que l'on dit protégé par les membres de l'église qu'il dirige et qui compterait 20.000 adeptes. Sa fille, Yoo Somena, a été interpelée le 27 mai 2014 à Paris.
Au-delà de l'affaire Yoo Byeong-eon, des questions se posent sur le choix des artistes, d'une part, et le financement de la culture en France d'autre part : ne relève-t-il pas de la charte éthique du musée du Louvre de refuser les dons d'origine douteuse ? Si la Philharmonie de Paris a annulé les événements organisés autour de Ahae à l'occasion des années croisées France-Corée (2015-2016), le commissaire de l'année culturelle France-Corée est Henri Loyrette, ancien président du Louvre, qui a couvert de louanges Ahae, rejoint par Catherine Pégard, présidente de l'établissement public du château de Versailles.
Il est temps de tirer toutes les conséquences de ce naufrage culturel et que les responsables impliqués rendent compte. C'est le sens de l'appel lancé par des Coréens en France dans une lettre ouverte à Mme Aurélie Filipetti, ministre de la culture, reproduite sur le site Louvre pour Tous - qui a été le premier à dénoncer, dans notre pays, l'imposture artistique qu'est Ahae.
Sources :
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Ahae : les Coréens de France interpellent Aurélie Filippetti
Bernard Hasquenoph | 13/06/2014 | 12:05 | Dans une lettre saignante publiée en français et coréen sur le site d'informations Paris Copain , des Coréens vivant en France s'adressent à la minist...
http://www.louvrepourtous.fr/Affaire-Ahae-les-Coreens-de-France,778.html
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Lee Ufan à Versailles : des formes pures pour réinventer les lieux
Le Monde | * Mis à jour le | Par Philippe Dagen Né en Corée du Sud en 1936, vivant et travaillant entre le Japon, l'Europe et les Etats-Unis, Lee Ufan a d'abord lié son nom à celui du mouvemen...
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La traque géante de l'étrange M. Yoo, propriétaire du " Sewol "
Le Monde | * Mis à jour le | Par Philippe Mesmer (Séoul, envoyé spécial ) Toutes les victimes de la tragédie du ferry sud-coréen Sewol, dont le naufrage, le 16 avril, a fait plus de 300 victi...
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"A la lumière de la nécessité du développement de notre musique nationale, nous nous étions atelés à cette tâche dès la fin des années 1960, après une longue période de préparation et d'essai, et l'avons menée à bien pour l'essentiel en peu de temps.
L'écrivain et réalisateur
Douze vestiges de l'ancienne capitale de Koryo (918-1392), aujourd'hui situés dans la zone urbaine de Kaesong, aux pieds des montagnes, à l'ouest de la ville, ont été classés au patrimoine de l'humanité : cinq sections de l'ancienne forteresse royale (dont les fouilles font par ailleurs l'objet de travaux de coopération conjoints franco-coréens entre l'Ecole française d'Extrême-Orient et les archéologues de la RPD de Corée) ; le site de l'ancien palais Manwoldae et les vestiges de l'observatoire astronomique et météorologique de Chomsongdae ; la porte Namdaemun, au Sud de l'ancienne capitale royale, qui constituait son principal accès ; l'ancien institut royal Songgyungwan, qui formait les fonctionnaires royaux ; l'école confucéenne Sungyang Sowon ; le pont Sonjuk et les stèles de Phyochung ; le mausolée du roi Wang Geon, fondateur de la dynastie Koryo, et sept autres tombes situées sur le même site, ainsi que l'ensemble de tombes de Myongrung ; le mausolée du roi Kongmin (photo à gauche).
Johann Gutenberg, le célèbre imprimeur allemand, édite au cours des années 1450 plusieurs exemplaires de la Vulgate, la fameuse bible traduite en latin par Saint-Jérôme. Malheureusement pour lui, sa première presse dotée de caractères métalliques mobiles n’a pas le succès escompté auprès de la population et il finira ruiné. Cette version, répétée à l'envi dans les écoles primaires européennes, ne constitue que la partie occidentalo-centrée de l’histoire. En effet, pour qui décentre son regard vers l’Asie, on s’aperçoit que les Chinois ont maîtrisé l’imprimerie à caractères fixes (impression page par page, à la différence de la presse de Gutenberg qui permettait de recomposer des textes avec les mêmes caractères) beaucoup plus tôt puisque les premiers textes imprimés datent de la très raffinée dynastie Tang, soit entre 618 et 907 de notre ère. Le Sutra du Diamant, texte bouddhique considéré comme le premier texte imprimé connu, aurait été édité en 868. Ce texte sacré, destiné à être diffusé gratuitement (à une certaine strate sociale de lettrés, cela s’entend) a été retrouvé dans la splendide grotte de Dunhuang (actuelle province chinoise du Gansu, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, photo ci-dessus, source
Du côté coréen, l’histoire semble se répéter : si les Chinois peuvent se targuer d’avoir été les premiers à utiliser des presses à caractères fixes, les Coréens de la dynastie Koryo auraient été les premiers à utiliser les caractères mobiles et ce presque un siècle avant Gutenberg… Le plus vieux texte imprimé coréen, le Jikji (abréviation de baegun hwasang chorok buljo jikji simche yojeol, « Anthologie des enseignements zen des grands prêtres bouddhistes », photo à droite, source
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