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21 mai 2014 3 21 /05 /mai /2014 22:46

Le 17 mai 2014, l'Association malienne pour la culture, l'échange et la solidarité (AMCES), basée à Stains, organisait une conférence-débat à la Maison des associations de Stains à l'occasion de la journée de l'Afrique (25 mai), sur le thème : "Afrique-Asie, singularité de partenariats : cas des deux Corée, de la Chine, du Japon...". L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) était présente à cet événement, présentant notamment les photos réalisées par le photo-journaliste Alain Noguès, co-fondateur de l'agence Sygma, lors de ses divers séjours en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) au sein de délégations de l'AAFC. D'autre part, Benoît Quennedey, vice-président de l'AAFC chargé des actions de coopération, était l'un des deux intervenants de la conférence.

Journée de l'Afrique : l'AAFC présente à la manifestation organisée par l'AMCES à Stains le 17 mai 2014

C'était un public divers, composé de personnes africaines ou d'origine africaine mais aussi asiatiques (notamment indiennes et pakistanaises), qui est venu pour mieux comprendre la nature des relations complexes entre l'Asie de l'Est (Chine, Corée(s), Japon, Inde, Vietnam...) et les pays du continent africain, à l'occasion de la conférence-débat organisée par l'Association malienne pour la culture, l'échange et la solidarité, le 17 mai 2014 à Stains, à l'occasion de la journée de l'Afrique célébrant l'anniversaire de la signature des accords de l'OUA (Organisation de l'Unité Africaine), le 25 mai 1963.

 

En ouverture de cette conférence-débat, Hamidou Konaté, président de l'AMCES a rappelé les activités développées par l'association, créée le 6 juin 2001, notamment dans le domaine linguistique (cours d'alphabétisation et de langues) et pour l'apprentissage de l'informatique.

 

Puis, Benoît Quennedey, vice-président de l'AAFC, ancien élève de l'ENA, a présenté le contexte politique et diplomatique des relations entre l'Afrique et l'Asie, qui nécessite préalablement de s'extraire d'une vision exclusivement sino-centrée de la présence asiatique en Afrique, et qui pose la question de la création ou non de nouveau liens de dépendance, semblables à ceux qui unissaient les métropoles européennes à leurs colonies africaines.

La recherche de solidarités globales, au sein du Tiers Monde, entre les nouveaux Etats indépendants d'Afrique et d'Asie a pris place dans le cadre du Mouvement des non-alignés (MNA), selon l'expression forgée par l'Indien Nehru en 1953, et popularisée suite à la conférence de Bandoeng d'avril 1955. Formellement constitué en 1961, le MNA a tenu depuis sa fondation 6 de ses sommets en Afrique et 4 en Asie, s'affirmant largement comme un forum défendant l'indépendance nationale, la souveraineté et l'intégrité des Etats du Tiers Monde, refusant l'impérialisme, le colonialisme, le néocolonialisme, la ségrégation, le racisme et le sionisme, selon les termes de la déclaration du MNA adoptée à La Havane en 1979. Le MNA regroupe aujourd'hui presque tous les pays d'Afrique, et la plupart des pays d'Asie (à l'exception notamment du Japon, de la Corée du Sud et de Taïwan, la Chine ayant le statut d'observateur), pour s'opposer au "consensus de Washington" néolibéral. Malgré des combats communs, contre une exploitation économique déséquilibrée des matières premières africaines ou d'autres pays du Tiers Monde, ou pour favoriser une conception multilatérale des relations internationales, le MNA a souffert de dissensions entre ses membres et ce sont d'abord les relations bilatérales entre l'Afrique et tel ou tel pays d'Asie de l'Est qui ont dominé les relations Afrique-Asie depuis plus d'un demi-siècle.

Les relations bilatérales ont ainsi d'abord été marquées par le cadre de la guerre froide et de la décolonisation. Les exemples chinois et coréen montrent clairement comment l'Afrique a été un champ de rivalités pour des Etats asiatiques en quête de légitimité internationale. Alors que jusqu'en 1971 la République de Chine à Taïwan était reconnue par une majorité des Etats du monde (70 sur 120), le choix américain de reconnaître la République populaire de Chine a entraîné une réduction comme peau de chagrin des Etats africains n'ayant de relations qu'avec Taïwan (aujourd'hui, le Burkina Faso, le Swaziland, la Gambie et Sao Tomé et Principe) quand la Chine a insisté sur le principe de non-conditionnalité de ses aides et de relations "gagnant-gagnant" avec l'Afrique se démarquant de la posture de donneurs de leçons propre à l'Occident. Le principe de reconnaissance d'une seule Chine, exigée de Pékin, a ainsi été couché noir sur blanc dans les accords signés avec le Botswana en 1975, le Zimbabwe en 1980 ou encore l'Erythrée en 1993. S'agissant de la Corée, la Corée du Sud a d'abord marqué des points face au Nord (en 1963, elle avait des relations avec 18 Etats africains sur 35, contre 4 pour la RPDC : Algérie, Guinée, Egypte, Mali), avant de voir ses positions céder suite à l'impopularité de sa très forte implication aux côtés des Américains dans la guerre du Vietnam, et de changements politiques avec l'arrivée au pouvoir de gouvernements progressistes, reconnaissant Pyongyang (comme par exemple en 1963 au Congo). Séoul a ainsi dû abandonner en 1973 le principe de reconnaissance exclusive d'une seule Corée, tandis que Pyongyang a forgé des relations privilégiées avec plusieurs Etats : la Namibie, fruit de sa lutte contre le régime d'apartheid, ou encore la Zambie, siège du MNA, dont le vice-président Guy Scott était présent à Pyongyang aux cérémonies du 60e anniversaire de la fin de la guerre de Corée en 2013.

Dans l'après-guerre froide, les relations bilatérales se sont inscrites dans le cadre nouveau de la diplomatie des sommets bilatéraux avec l'ensemble des pays africains, d'abord initiée par le Japon, dès 1993, tardivement venu sur le continent africain, imité ensuite par la Chine (depuis 2000), Taïwan (2007), l'Inde (2008), la Corée du Sud, la Malaisie... Il s'agit d'établir des relations globales, non seulement économiques, mais aussi culturelles et de coopération technique et universitaire. Plusieurs pays d'Asie - comme la Corée du Sud, voire le Vietnam - ont aussi appelé les pays d'Afrique subsaharienne à suivre leur exemple de développement. Dans ce cadre nouveau, les compétitions entre puissances asiatiques restent très présentes, notamment entre la Chine (présente sur les chantiers d'infrastructures, ayant développé une diplomatie culturelle avec la diffusion d'une vingtaine d'Instituts Confucius en Afrique), l'Inde (qui occupe les créneaux de la santé et des nouvelles technologies, et insiste sur son statut de démocratie parlementaire pour plaider sur des formes de relations de travail plus équilibrées que d'autres pays asiatiques), ou encore le Japon - qui met en parallèle sa pénétration économique par l'annonce, en 2013, de 6,5 milliards de dollars dans des projets d'investissement. Si l'Afrique peut légitimement avoir le sentiment d'être victime de nouveaux flux d'échanges inégaux, elle bénéficie aussi d'un accès à des produits de consommation meilleur marché que ceux des entreprises européennes, et aurait tout à gagner à développer les partenariats internes pour mettre en place des accords "Sud-Sud" lui permettant de peser davantage dans les négociations avec tel ou tel pays d'Asie.

Intervenant ensuite, Mamadou Camara, économiste, maître de conférences à l'Université de Paris 13, a dressé un panorama et analysé les relations économiques actuelles entre l'Afrique et l'Asie.

 

Rappelant que les flux d'échanges entre les deux continents sont anciens de plusieurs millénaires, notamment sur la côte swahilie, il a souligné que c'est l'essor des relations privilégiées entre l'Europe et l'Afrique, au 19ème siècle, qui a occulté et affaibli les échanges anciens avec le continent asiatique, donnant l'illusion trompeuse d'un essor nouveau après la Seconde guerre mondiale. Si les années des indépendances sont marquées par des flux d'échanges peu intenses, du fait de la faiblesse des économies tant africaines qu'asiatiques, puis par une phase du chacun pour soi dans les années 1970 malgré le développement du MNA, les années 1980 ont été caractérisées par la mise en place de rapports économiques durables, caractérisés par une complémentarité industrielle, notamment avec les "quatre dragons" est-asiatiques. L'intensification des flux commerciaux et d'investissements directs étrangers a caractérisé le développement d'une diplomatie asiatique offensive vis-à-vis de l'Afrique.

 

La baisse de la part relative de l'Afrique dans le commerce mondial (de 5 % des exportations mondiales entre 1970 et 1979 à 2,8 % entre 2000 et 2010, la part dans les importations baissant respectivement de 4,3 % à 2,5 % au cours des mêmes périodes) donne une impression trompeuse de marginalisation du continent africain. En réalité, en valeur, les échanges Afrique-Asie ont connu une importante augmentation. Dans le cas par exemple du Mali, la part de l'Asie dans les échanges commerciaux a atteint 29,3 % sur la période 2007-2011.

Une différence fondamentale entre l'Afrique et l'Asie est la part du commerce interrégional : entre 2007 et 2011, l'Afrique ne représentait en moyenne que 12,5 % des échanges commerciaux des Etats africains, quand cette part s'élevait à 53 % pour l'Asie en développement, pour laquelle il s'agit d'un facteur de développement économique et de croissance. La demande chinoise en matières premières a été un facteur majeur d'essor des échanges entre l'Afrique et la Chine. L'analyse de la diversification des partenariats commerciaux n'est cependant pas univoque. Les termes de l'échange (mesuré par le ratio entre le prix des produits importés et le prix des produits exportés) ont été marqués par une détérioration continue pour les pays africains, traduisant une position dominante des firmes multinationales.

 

En termes d'investissements directs étrangers (IDE), la crise économique des pays émergents a favorisé par contre-coup l'accueil d'IDE en Afrique. Selon le rapport 2012 de la CNUCED sur les IDE dans le monde, les flux annuels d'IDE ont atteint 50 milliards de dollars, en croissance de 5 % par rapport à l'année précédente - soit un dynamisme comparable à celui de 2011, à contre-courant de l'évolution mondiale. Les projets d'IDE restent cependant très concentrés sur les pays riches en matières premières. En 2012, le stock d'IDE japonais en Afrique s'élevait à 8,4 milliards de dollars (dont 2,4 milliards de dollars en Afrique du Sud). Pour la Chine et la Corée du Sud, ces données s'établissaient respectivement à 4,8 milliards de dollars (dont près de 2 milliards de dollars seulement au Nigéria) et 1,8 milliard de dollars.

 

En conclusion, quelles peuvent être les attentes de l'Afrique en termes d'IDE ? Les IDE chinois se voient reprocher de ne pas être accompagnés d'un recours à la main d'oeuvre locale et d'être trop limités au secteur minier, sans enclencher de réel processus d'industrialisation. Mais un processus de croissance apparaît manifestement enclenché, et la croissance moyenne annuelle de 5 % des économies africaines depuis le début des années 2000 coïncide avec une augmentation de la demande intérieure, une amélioration des récoltes et aussi un renforcement des liens avec les économies émergentes d'Asie.

Lors du très riche débat qui a suivi la conférence, les participants ont abordé la question de la redistribution des richesses pour les populations africaines, le besoin de stabilité politique pour offrir un cadre attractif aux IDE, le caractère artificiel des frontières de nombreux Etats africains (à la différence des nations asiatiques, dont l'unité est très ancienne, comme dans le cas de la Corée) et les effets néfastes de la libéralisation commerciale depuis la création de l'OMC en 1994 sur l'accès aux brevets et la perte de ressources douanières pour les économies africaines.

 

Les discussions se sont poursuivies dans une atmosphère conviviale, lors d'un dîner autour d'un buffet malien et coréen.

 

L'Association d'amitié franco-coréenne remercie l'Association malienne pour la culture, l'échange et la solidarité pour son invitation, en espérant que cette journée ait contribué à une meilleure compréhension entre les peuples.

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Publié par Association d'amitié franco-coréenne - dans Activités AAFC Relations Afrique-Corée
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* Le ministre de la Justice peut interdire l'entrée en République de Corée (du Sud) d'un étranger qui a quitté le pays suivant un ordre de déportation il y a moins de cinq ans (sixième alinéa du premier paragraphe de l'article 11 de la loi sud-coréenne sur l'immigration)