Le 10 août 2010, le Premier ministre japonais Naoto Kan a présenté des excuses officielles à la République de Corée (du Sud) pour la colonisation de la péninsule coréenne entre 1910 et 1945. Ce geste est intervenu à la veille du soixante-cinquième anniversaire de la libération de la Corée le 15 août 1945 et du centième anniversaire du traité d'annexion de la Corée par le Japon, signé le 22 août 2010 et ayant pris effet le 29 août 2010. Si ce geste doit être salué, il est particulièrement regrettable que ces excuses ne s'adressent qu'à la seule Corée du Sud, quand la colonisation japonaise a concerné l'ensemble de la péninsule.
Dans une déclaration rendue publique le 10 août 2010, à la veille du centième anniversaire du début de la colonisation nippone de la Corée, le Premier ministre japonais Naoto Kan a exprimé ses "profonds remords" et ses "excuses sincères" pour les "dommages immenses et les souffrances infligés par le régime colonial", dans une reconnaissance sans ambiguïté des responsabilités du Japon :
"Comme l'a montré la forte résistance de mouvements d'indépendance tels que celui de Samil [1er mars 1919], le peuple coréen à cette époque a été privé de son pays et de sa culture, et sa fierté nationale porte les cicatrices profondes du régime colonial qui a été imposé contre sa volonté dans des circonstances politiques et militaires.
Je veux regarder l'histoire en face avec sincérité. Je veux avoir le courage de confronter honnêtement les faits historiques et de les accepter avec humilité, et de même avoir l'honnêteté que nous reconnaissions nos propres erreurs".
Afin de solder le passé colonial du Japon en Corée, Naoto Kan s'est engagé à conduire sincèrement des questions de coopération humanitaire, comme "l'assistance aux Coréens restés à Sakhaline" (sans évoquer toutefois clairement l'indemnisation des travailleurs coréens de Sakhaline pour la spoliation de leur épargne) et le retour des cendres des personnes originaires de la péninsule coréenne. Il a également évoqué le transfert d'archives pillées pendant la période coloniale, notamment les protocoles royaux de la dynastie Choseon. Sur ce point, sa position est plus ouverte que celle du gouvernement français, qui jusqu'à présent s'arc-boute sur le refus de restituer les archives royales pillées pendant la tentative avortée de coloniser la Corée en 1866.
Se tournant vers l'avenir, Naoto Kan a appelé au renforcement du partenariat entre le Japon et la Corée du Sud, dont les échanges culturels et de populations depuis plus de deux millénaires ont atteint aujourd'hui un niveau inégalé, en soulignant que les deux pays partagent les valeurs communes de la démocratie, de la liberté et de l'économie de marché.
Séoul a vivement salué cette déclaration qui, dans son esprit, voire dans sa lettre, rappelle les excuses formulées par le Japon en 1995 pour l'attitude de l'empire nippon pendant la Seconde guerre mondiale. Mais cette volonté de solder le passé, dans une démarche d'ouverture très critiquée par l'extrême-droite japonaise, se heurte à des non-dits qui en limitent fortement la portée :
- pourquoi, alors que la colonisation a touché l'ensemble de la péninsule coréenne, ne s'adresser qu'aux représentants du seul régime sud-coréen ? L'omission de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) est d'autant plus regrettable que la légitimité historique de la RPD de Corée est fondée sur la lutte antijaponaise du Président Kim Il-sung, quand le président sud-coréen Syngman Rhee réhabilitait les anciens collaborateurs du régime colonial pour affermir son pouvoir ; un responsable nord-coréen en charge des questions japonaises a affirmé, selon Japan Today, que Tokyo semble vouloir entériner la division de la péninsule coréenne, tout en observant que la question des relations entre le Japon et la RPD de Corée n'est toujours pas réglée soixante-cinq ans après la fin de la Seconde guerre mondiale : en l'absence toujours de relations diplomatiques officielles entre Tokyo et Pyongyang, le Japon n'a versé d'indemnisations qu'à la partie Sud de la péninsule, ignorant les dommages causés par l'occupation au Nord ;
- pourquoi n'avoir pas dit un mot de la prostitution forcée des "femmes de réconfort" coréennes, ni de l'aumône indigne reçue à titre d'indemnisation par les travailleurs forcés coréens ?
- pourquoi avoir ignoré la question de l'égalité des droits des Coréens du Japon, à commencer par leur accès au droit de vote ?
Sur ces différents points, le Premier ministre Naoto Kan apparaît ainsi, au mieux, avoir manqué une occasion de solder le contentieux historique entre le Japon et toute la Corée, et au pire avoir adressé implicitement une fin de non-recevoir aux demandes réitérées de reconnaissance et d'indemnisation des victimes de la colonisation.
Sources :
- AAFC ;
- Japan Today, "N Korea slams Kan for apologizing only to S Korea for colonization", 11 août 2010 ;
- Ria Novosti, "Japon - Corée du Sud : excuses de Tokyo pour la colonisation de la Corée", 10 août 2010 ;
- Yomiuri Shimbun, "Statement by Prime Minister Naoto Kan", 11 août 2010.
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Yukio Hatoyama connaît la Corée et apprécie la culture coréenne, tant traditionnelle que moderne : réputé fan de la culture pop sud-coréenne, il a rencontré avec son épouse Miyuki l'acteur sud-coréen Lee Seo-jin à Tokyo en septembre dernier (photo
Ayant réservé à la République de Corée (du Sud) sa première visite officielle à l'étranger en tant que Premier ministre, Yukio Hatoyama a détaillé la nouvelle politique coréenne du Japon, fondée sur son projet d'une Communauté d'Asie de l'Est, lors de sa conférence de presse conjointe avec le Président sud-coréen Lee Myung-bak du 9 octobre 2009 (photo ci-dessus
C'est ce qu'a compris Yukio Hatoyama, président du Parti démocrate du Japon (PDJ, opposition centriste), en déclarant sur la chaîne Fuji TV, le 23 août 2009, qu'il encouragerait "le dialogue et la coopération" avec la Corée du Nord, si sa formation remportait les élections législatives du 30 août, comme le lui prédisent les sondages. Yukio Hatoyama a observé que "même le président Obama a commencé à rechercher le dialogue et la coopération". Prudent sur un sujet extrêmement sensible au sein de l'opinion publique japonaise (qui perçoit négativement la Corée du Nord
Pour sa part, Yukio Hatoyama, né le 2 février 1947, est l'héritier d'une riche dynastie politique issue des rangs du PLD, parfois comparée aux Kennedy : son père, Iichirō Hatoyama, a été ministre des Affaires étrangères (1976-1977), son grand-père, Ichirō Hatoyama, a été Premier ministreà plusieurs reprises entre 1954 et 1956, notamment pendant la guerre de Corée, son arrière-grand-père, l'ancien samouraï Kazuo Hatoyama, a présidé la Chambre des représentants de 1896 à 1897. Enfin, le frère de Yukio Hatoyama, Kunio Hatoyama (à droite sur la photo, avec son frère Yukio au centre et leur grand-père, l'ancien Premier ministre Ichirō Hatoyama), a détenu plusieurs portefeuilles ministériels, mais dans des gouvernements PLD, entre 2007 et 2009.
Bien qu'issu du courant nationaliste du PLD, le Premier ministre Jun'ichirō Koizumi, au pouvoir entre 2001 et 2006, avait recherché une normalisation des relations diplomatiques avec Pyongyang, notamment lors de deux voyages en RPD de Corée, en septembre 2002 et mai 2004. Aux "profonds regrets" exprimés par Jun'ichirō Koizumi sur l'attitude japonaise pendant l'occupation de la Corée avaient répondu les "excuses" du dirigeant nord-coréen Kim Jong-il pour les enlèvements de ressortissants japonais, avec des garanties que de tels événements ne se reproduiraient pas et que les responsables de ces actes avaient été punis. Si cinq ressortissants japonais enlevés survivants avaient ainsi été autorisés à retourner au Japon, les familles des autres personnes disparues, décédées depuis selon Pyongyang, n'avaient pas été convaincues par les arguments nord-coréens. Elles avaient relancé une campagne médiatique à ce sujet, régulièrement épaulées par les Premier ministres conservateurs japonais successifs, confrontés à des taux d'impopularité records. Les essais nucléaires nord-coréens d'octobre 2006 et mai 2009 ont ainsi justifié le régime de sanctions contre la RPDC le plus sévère au monde, ayant notamment
Le 30 septembre 2008, le ministre japonais des Affaires étrangères, Hirofumi Nakasone, a annoncé la prolongation de six mois des sanctions économiques prises par le Japon contre la RPD de Corée. Imposées pour la première fois en octobre 2006 suite à l’essai nucléaire nord-coréen, ces sanctions interdisent notamment l'importation des produits nord-coréens, l'entrée des navires nord-coréens dans les ports du Japon et l’accès du territoire japonais aux citoyens nord-coréens. Depuis 2006, ces sanctions ont été reconduites tous les six mois. Nakasone a justifié cette nouvelle reconduction par le fait que la RPDC était en train de
Il ne reste donc plus au Japon que l'argument de l'enlèvement de seize de ses citoyens par des agents nord-coréens, un argument suffisant aux yeux du gouvernement japonais pour maintenir les sanctions à l'encontre de la RPDC mais aussi ne pas respecter les engagements pris lors des pourparlers à six. En effet, les accords signés par les six pays les 13 février et 3 octobre 2007 [1] prévoient la fourniture d'une aide énergétique d'un million de tonnes de fioul à la RPDC au titre des compensations économiques pour l'abandon de ses programmes nucléaires. Mais le Japon, qui devait à l'origine assurer la livraison de 200.000 tonnes de fioul, demande d’abord le règlement du dossier des enlèvements. Les autres pays négociant avec la RPDC semblent même résignés à chercher l'assistance d’un autre partenaire que le Japon (peut être l'Australie ou l'Union européenne).
Dès septembre 2002, à l'issue d'un sommet entre le Premier ministre japonais Junichiro Koizumi et le dirigeant coréen Kim Jong-il, la RPDC a reconnu l'enlèvement de treize citoyens japonais, un acte pour lequel ce pays a présenté des excuses officielles et promis de punir les coupables. Cinq citoyens japonais enlevés purent retourner au Japon, les huit autres étant décédés. Toutes les enquêtes et les rencontres entre représentants japonais et nord-coréens n'ont pas permis de retrouver la trace d'autres "enlevés".
L'histoire la plus terrible concerne les 200.000 "femmes de réconfort", un euphémisme désignant les Coréennes arrachées à leur pays pour servir d'esclaves sexuelles aux soldats japonais durant la Seconde Guerre mondiale. Les quelques survivantes peuvent témoigner de ce que les autorités japonaises cherchent encore à nier.
Dès son investiture, le président sud-coréen Lee Myung-bak avait opéré un
Les discussions nippo - nord-coréennes, suspendues depuis la dernière rencontre bilatérale officielle à Oulan-Bator en septembre 2007, doivent reprendre à Pékin les 11 et 12 juin 2008, suite à une rencontre le samedi 7 juin à Pékin entre Akitaka Saiki, directeur général du Bureau des affaires d'Asie et d'Océanie du ministère japonais des Affaires étrangères, et Song Il-ho, ambassadeur de la RPDC pour les discussions de normalisation des relations avec le Japon.
Enfin, un important contentieux territorial demeure : situées en mer de l'Est, les îles Dokdo (nom international : rochers de Liancourt), inhabitées mais contrôlées de fait par les gardes-côtes sud-coréens, sont revendiquées par le Japon qui les appelle Takeshima.
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