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17 mai 2026 7 17 /05 /mai /2026 10:08

Peu après son retour au pouvoir à la Maison Blanche, en janvier 2025, Donald Trump avait publiquement envisagé de réouvrir le dialogue avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), laissant la porte ouverte à une nouvelle rencontre avec Kim Jong-un, après celles de Singapour (juin 2018), Hanoï (février 2019) et dans la zone démilitarisée (DMZ) séparant les deux Corée (juin 2019). L'absence de toute mention de la RPDC dans la nouvelle stratégie nationale de sécurité américaine, présentée en décembre 2025, signifie d'ailleurs implicitement que toutes les options sont sur la table à l'égard de Pyongyang. Pourtant, les spéculations sur une possible rencontre Trump-Kim lors de la visite du président américain en République de Corée (RdC, Corée du Sud), en octobre 2025, n'ont abouti à aucune avancée publique concrète sur une reprise du dialogue avec Pyongyang. De fait, les nouvelles données des relations internationales depuis 2019 diminuent fortement la probabilité d'un nouveau sommet entre Kim Jong-un et Donald Trump - alors même que l'hôte de la Maison Blanche, homme de médias et de mises en scène qui semble illustrer à merveille la notion de société du spectacle développée par Guy Debord, est friand de rencontres au plus haut niveau avec ses compétiteurs mettant en cause l'Occident.

Donald Trump et Kim Jong-un, lors de leur dernière rencontre, le 30 juin 2019, à Panmunjom, dans la zone démilitarisée séparant les deux Corée

Donald Trump et Kim Jong-un, lors de leur dernière rencontre, le 30 juin 2019, à Panmunjom, dans la zone démilitarisée séparant les deux Corée

L'interventionnisme américain tous azimuts est vu comme une menace existentielle par Pyongyang

Il n'y a pas que certains partisans du camp MAGA à être désarçonnés par les initiatives militaires de la deuxième administration Trump, qui avait été portée au pouvoir sur une promesse de mettre fin aux guerres à l'étranger pour se recentrer sur l'Amérique : l'opération Absolute Resolve au Vénézuela, en janvier 2026, et la guerre avec l'Iran, depuis février 2026, ont conduit la RPDC à sévèrement dénoncer des violations du droit international et à condamner dans les termes les plus durs l'impérialisme américain. Par ailleurs, l'enlèvement de Nicolas Maduro et la mort d'Ali Khamenei ont conduit à Pyongyang à réviser sa Constitution en menaçant d'une riposte nucléaire en cas d'élimination de son commandement suprême. Les forces spéciales américaines étant probablement les seules au monde à être capables aujourd'hui de mener des opérations telles que celles conduites, en l'espace de quelques semaines, contre les directions vénézuelienne et iranienne, il est évident que cette réaction de la RPDC s'adresse bien à Washington, et pas à Séoul, Tokyo... ou Bruxelles. De fait, les Etats-Unis sont érigés en principal adversaire de la Corée du Nord. 

Par ailleurs, les volte-faces de l'administration Trump dans la guerre avec l'Iran, le manque de clarté sur les objectifs militaires poursuivis au Moyen-Orient, ou encore sa décision soudaine et inattendue de négocier avec Delcy Rodriguez, présidente par intérim de la République bolivarienne du Vénézuela, font apparaître le président américain comme totalement imprévisible. Les révélations récentes sur l'échec d'une opération américaine, début 2019, qui visait à placer sur écoute Kim Jong-un ne peuvent que miner un peu plus la confiance de la direction nord-coréennes dans l'administration Trump.   

La nouvelle guerre froide : une opportunité pour la RPDC

L'invasion de l'Ukraine par la Russie en février 2022 a changé la donne géopolitique, en favorisant un rapprochement inédit entre Moscou et Pyongyang depuis le refroidissement des relations bilatérales en 1985, le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev refusant alors de continuer à livrer du pétrole à Pyongyang dans le cadre d'accords de troc - avant d'établir des relations diplomatiques avec Séoul en 1990. La RPDC est aujourd'hui le seul pays à intervenir aux côtés des Russes, en tant qu'Etat, dans la guerre en Ukraine.

En s'appuyant sur Moscou, la RPDC peut ainsi contrebalancer sa relation avec Pékin, la République populaire de Chine étant devenue son partenaire économique presque exclusif après la fin des échanges intercoréens dans le domaine commercial. Pékin s'attache cependant à maintenir Pyongyang dans son giron, en mettant en scène un axe Pékin-Moscou-Pyongyang lors des cérémonies de commémoration de la fin de la Seconde guerre mondiale en septembre 2025. 

L'époque où le Conseil de sécurité des Nations unies votait des sanctions contre les programmes nucléaires et balistiques nord-coréens, avec l'aval de la Russie et de la Chine, semble ainsi appartenir à une époque révolue. La levée partielle des sanctions que pourrait offrir Washington dans des négociations avec Pyongyang ne présente plus aujourd'hui le même intérêt pour la RPDC qu'en 2018-2019 : la diversification aujourd'hui des partenariats du pays lui permet de se réinsérer sur la scène internationale sans amélioration de ses relations avec les Etats-Unis et les puissances occidentales, et sans non plus renouer des liens importants avec la RdC. Or, Séoul avait eu un rôle majeur d'intermédiaire dans l'engagement du dialogue américano-nord-coréen en 2018, en jouant notamment de sa relation privilégiée avec les Etats-Unis. A supposer que les Etats-Unis voudraient utiliser à nouveau la carte sud-coréenne pour renouer avec Pyongyang, celle-ci n'a plus la même valeur en 2026. 

Des critiques plus virulentes contre la politique intérieure américaine

Le durcissement politique interne aux Etats-Unis sous la deuxième administration Trump a conduit Pyongyang à dénoncer encore plus fortement ce qu'elle qualifie de "racisme systémique" aux Etats-Unis. Très impliquée dans les mouvements décoloniaux, elle avait d'ailleurs soutenu fortement le mouvement Black Lives Matter. 

Cette critique s'accompagne de celle des violences policières et des inégalités sociales aux Etats-Unis, documentées dans un Livre blanc annuel sur les violations des droits de l'homme aux Etats-Unis, publié par l'Institut des droits de l'homme de l'Académie des sciences sociales de Corée. 

Evidemment, ces prises de position, pas très éloignées de celles de Pékin ou La Havane, doivent aussi s'interpréter dans une stratégie de réponse aux critiques sur les violations des droits de l'homme en RPDC, Pyongyang dénonçant un double standard des puissances occidentales moins soucieuses de la situation des droits de l'homme dans les pays qui leur sont alliés, comme l'Arabie Saoudite. Mais un obstacle supplémentaire est aussi dressé à la reprise du dialogue avec l'administration Trump, non seulement du point de vue nord-coréen - la RPDC se veut à la pointe de la lutte contre l'extrême-droite et le fascisme - mais aussi américain : une partie du camp républicain peut dénoncer une convergence de fait avec leurs adversaire démocrates accusés d'être des suppôts du "wokisme" et du "communisme", même si en réalité les administrations Obama et Biden ont très sévèrement condamné Pyongyang sur le terrain des droits de l'homme. 

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