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22 mai 2026 5 22 /05 /mai /2026 17:03

Réédité depuis 2007 aux éditions Armand Colin, les 50 idées reçues sur l’état du monde de Pascal Boniface, actuel directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), constituent un opuscule fort instructif, et ce d’autant plus qu’il provient d’un auteur considéré comme « mainstream » qui aborde plusieurs sujets qui caractérisent les relations internationales : mondialisation, guerres et conflits, démocratie, terrorisme. L’auteur veut faire justice à certaines conceptions en cours quand on aborde rapidement les relations internationales. À la différence des fake news, elles ne visent pas à induire le public en erreur, ont même « une apparence de vraisemblable » et peuvent même être diffusées dans « les médias dits mainstream » (p. 8). On notera que l’auteur traite de la question de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) dans deux « idées reçues » explicitement consacrées à cet État.

50 idées reçues sur la RPDC

Sur le leader de la RPDC et la détention de l’arme nucléaire

L’auteur consacre une idée reçue à Kim Jong-un (« Kim Jong-un est fou ») en évitant de tomber dans des poncifs qui empruntent à la psychiatrie. L’auteur n’évacue pas les aspects du régime (il est sévère), mais sur la personnalité du leader. En effet, « il ne faut pas confondre valeur et rationalité. Kim Jong-un peut être considéré comme quelqu’un de détestable ; il n’est pas pour autant fou. Derrière ses provocations, son raisonnement est parfaitement rationnel » (p. 71). Pascal Boniface règle aussi son compte à la détention des missiles balistiques et des armes nucléaires. « Il est également craint que Kim Jong-un se lance dans une offensive militaire contre la Corée du Sud ou le Japon, préalable au déclenchement d’une troisième guerre mondiale, opposant en outre la Chine et les États-Unis ». L’auteur fait justice à cette idée : « l’arme nucléaire de la Corée du Nord n’a pas pour objet de se venger du Japon ou réunifier la Corée par la force » (p. 72). En effet, se lancer dans un conflit conduirait à une défaite en raison de l’écart de puissance avec les adversaires (p. 72). Mais l’auteur rappelle aussi une analyse partagée par différents spécialistes des relations internationales ou de la RPDC : le caractère d’« assurance-vie pour son régime et lui-même (NOTA : le leader), dissuadant les États-Unis, le Japon ou la Corée du Sud de l’attaquer » (p. 72). Ce qui est projeté n’est pas une guerre ou une invasion, mais plutôt de se prémunir de ces dernières. « Kim Jong-un estime – non sans raison – que si Mouammar Kadhafi ou Saddam Hussein avaient disposé de l’arme nucléaire, ils seraient encore en vie et au pouvoir. C’est pour cette raison que la situation actuelle a de grandes chances de se maintenir. Kim Jong-un ne renoncera pas à l’arme nucléaire, mais ne se lancera pas dans une aventure militaire » (p. 72). L’auteur conclut que cela aboutirait à la fin du régime.

La Corée du Nord ne peut pas déclencher une troisième guerre mondiale

L’auteur aborde une autre idée reçue : la perspective d’une troisième guerre mondiale (« la Corée du Nord peut déclencher une troisième guerre mondiale », p. 106-107). Pour l’auteur, les essais réguliers de missiles balistiques ne sauraient masquer le fait que les dirigeants de la RPDC « ne sont pas irrationnels pour autant » (p. 106). En effet, « le but de ce régime n’a jamais été de conquérir la Corée du Sud ou d’attaquer le Japon, mais de se maintenir au pouvoir, ce qu’il sait perdu d’avance en cas de conflit » (p. 106). L’auteur reconnaît même un durcissement dû au discours de George W. Bush sur « l’axe du mal » (p. 107), alors que précédemment, sous la présidence Clinton, le régime nord-coréen était « ouvert à une perspective de dénucléarisation » (p. 106). L’auteur souligne aussi le jeu régional où les voisins ou protagonistes ne souhaitent pas la réunification de la Corée, ce qu’entraînerait la chute du régime : le Japon « craint un renforcement de la Corée à terme » (p. 107), la Corée du Sud « n’a pas les moyens de payer une réunification qui entraverait rapidement son développement économique » (p. 107) et les États-Unis « souhaitent, quant à eux, conserver leur présence stratégique dans la zone, notamment face à la Chine » (p. 107). Quant à la Chine, elle n’a pas intérêt à une chute du régime, dont la conséquence évidente serait de conduire à la présence de troupes américaines à ses frontières (p. 107). Une manière de rappeler que la RPDC est dans une zone de confrontation avec des pays ou puissances qui ont chacun des intérêts différents et des ordres du jours faiblement convergents à l’exception du refus de voir Pyongyang procéder à des essais (balistiques ou nucléaires) et détenir l’arme atomique. Mais en tout cas, un conflit ouvert n’est pas à l’ordre du jour. On pourra par ailleurs rappeler que le conflit n’a pas cessé depuis 1953 dans la mesure où il reste à basse intensité.

Les 50 idées reçues sur l’état du monde sont aisément trouvables, dans toute bonne librairie et même en gare ou en aéroport et à un prix abordable (9,90 euros). On reconnaîtra à Pascal Boniface le soin d’éviter les poncifs qui ont cours dans les situations tendues, y compris en RPDC et dans la péninsule coréenne.

Pascal Boniface, 50 idées reçues sur l’état du monde, Armand Colin, nouvelle édition janvier 2026, 159 pages.

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