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10 mars 2010 3 10 /03 /mars /2010 23:30
Après la création de la Commission Vérité et Réconciliation (CVR) en Afrique du Sud, destinée à faire face à l’héritage de l’apartheid et du colonialisme, d’autres commissions de ce type ont vu le jour dans de nombreux pays cherchant à affronter les séquelles douloureuses du colonialisme, de la guerre ou de conflits intérieurs. Des pays victimes de tels traumatismes, aussi divers que le Chili, l’Argentine, le Timor Oriental et le Sierra Leone, on établi des CVR. Peu de ces commissions ont toutefois eu l'engagement de la Commission Vérité et Réconciliation instituée en Corée du Sud afin d’exhumer les fantômes associés à la division du pays, à la guerre et à des décennies de dictature. Etablie en 2005, et aujourd’hui sur le point d’être démantelée suite aux décisions du président sud-coréen Lee Myung-bak, la CVR sud-coréenne mérite qu’on porte une attention particulière à ses tentatives pour guérir les blessures du passé et bâtir un avenir commun dans une nation qui reste politiquement divisée, entre le Nord et le Sud et au sein même de la société sud-coréenne.

Rapport_CVR.jpgLa Commission Vérité et Réconciliation sud-coréenne achèvera en avril 2010 ses travaux à l’issue du mandat de quatre ans qui lui avait été initialement confié. Les mandats de deux ans de l’ancien président de la Commission et d’un autre commissaire permanent, tous les deux nommés par le président Roh Moo-hyun, expiraient en décembre 2009. En conséquence, le président Lee Myung-bak a désigné un nouveau président et un nouveau commissaire permanent, et les membres actuels de la Commission ont décidé de prolonger leurs travaux jusqu’en juin 2010 seulement, ce qui signifie que beaucoup d’affaires en instance ne seront pas résolues. Avec la nomination d’un nouveau président et des commissaires permanents hostiles à l’esprit de la Commission, à l’instar du président Lee Myung-bak lui-même, la publication de la version anglaise du rapport de synthèse 2009 a même été interdite (sur les circonstances de cette censure, lire notammment « La Censure de retour en Corée? », sur le site Agoravox)

Un article qui vient de paraître dans The Asia-Pacific Journal présente ce rapport censuré accompagné d’un entretien avec Kim Dong-choon, membre permanent qui a récemment quitté la Commission où il était plus particulièrement chargé d'enquêter sur les massacres de la Guerre de Corée (1950-1953). Voici le texte de cet entretien.

Mark Selden - Quels sont les problèmes auxquels doit faire face la CVR suite à la fin de son mandat de quatre ans et au renouvellement de sa direction en décembre 2009 ?

Kim Dong-choon - La direction actuelle, y compris l’ancien commissaire permanent Lee Young-jo qui est le nouveau président, a une opinion différente et même contraire à la nôtre sur la nécessité de la CVR. Alors que nous insistons sur l’importance de conclure les travaux de la commission au moment opportun, avec beaucoup de travail restant à accomplir, la direction actuelle cherche à mettre fin prématurément à ses activités. Par exemple, si on a mené à terme plus de 75% des dossiers sur la répression des civils coréens par la dictature et les militaires de Corée du Sud, beaucoup d’autres restent à boucler. En particulier, il faut encore enquêter et résoudre les affaires concernant les bombardements américains de civils et d’autres atrocités. Je crois comprendre, par exemple, que le nouveau commissaire permanent qui me remplace soutient la légitimité des bombardements aveugles effectués par les Etats-Unis pendant la Guerre de Corée. Il se peut que la question la plus importante concerne l’élaboration du rapport final de la Commission. Le gouvernement Lee voulant mettre fin à la CVR en juin prochain, plutôt que de prolonger de deux ans son mandat comme nous le proposons, je crains que le rapport final ne rende pas clairement compte d’une part essentielle de la vérité validée à ce jour. Il se peut que le rapport final infirme bon nombre des conclusions les plus importantes de la Commission.

Une autre difficulté qui se pose à la CVR en Corée [du Sud] est le manque de soutien et de coopération de la part des institutions gouvernementales. Sous l’actuel gouvernement Lee Myung-bak, la police et le Service national de renseignement se montrent peu coopératifs, à la différence de ce qui se passait quand nous travaillions avec eux pendant le précédent gouvernement de Roh Moo-hyun. L’ancien gouvernement accordait beaucoup d’importance à la Commission et la considérait comme une grande réalisation. Il exigeait en conséquence que les agences et autres institutions gouvernementales coopèrent avec la Commission. Et dans un dossier important concernant un massacre de civils durant la guerre, le président Roh s’est rendu sur l’île de Cheju [ou Jeju] pour présenter directement des regrets. La non-coopération de la police, de l’armée et du renseignement ne fait pas qu’entraver notre capacité d’enquêter, elle compromet aussi les tentatives de réconcilier les victimes grâce à des cérémonies publiques de réhabilitation.

Exhumation_CVR.JPG
Travaux d'exhumation menés en Corée du Sud par la Commission Vérité et Réconciliation

M. S. - Selon vous, quels sont les réussites et les défauts de la Commission ?

K. D.-C. - J’ai commencé à travailler sur les sujets liés à la rectification historique il y a plus de dix ans avec des organisations de la société civile, puis j’ai été nommé commissaire permanent en 2005. L’objectif de la Commission était de créer des conditions favorables pour parvenir à une justice dans les domaines historique, politique et juridique en faisant éclater  des vérités longtemps refoulées. Comme toutes les autres commissions sur la vérité existant dans le monde, notre commission n’a pas recherché la justice à travers le système juridique. En particulier, les atrocités commises pendant la guerre ne peuvent pas être réglées exclusivement par des procédures juridiques. Compte tenu du nombre énorme de victimes dans la population coréenne pendant la Guerre de Corée, laquelle a coûté la vie à plus de deux millions de personnes, il était impossible de résoudre devant les tribunaux les questions liées à ces victimes civiles. Nous avons plutôt cherché à donner naissance à un contre-récit en donnant la parole aux victimes longtemps réduites au silence, en explorant les archives officielles du gouvernement et de l’armée et non officielles telles que la presse, et surtout en faisant témoigner les citoyens. C’était particulièrement difficile dans une société encore en guerre (il n’y a pas eu de traité de paix entre le Nord et le Sud, ni engageant les Etats-Unis ou les Nations Unies) et dans laquelle l’anticommunisme reste profondément ancré. Il est permis de penser que la diffusion de réclamations de citoyens relatives à la Guerre de Corée constitue une forme de démocratisation par le bas, une nouvelle étape dans l’accomplissement des droits de l’homme au sein de la société coréenne.

M. S. - Certains ne pourraient-ils pas dire que c'est une approche favorisant la vérité par rapport à la justice, dans le sens où elle n’a pas mis en avant l’indemnisation des victimes ?

K. D.-C. - Dès le début de nos activités législatives, nous avons choisi de ne pas mettre l’accent sur l’indemnisation des victimes ou la punition des coupables (qu’ils soient Sud-Coréens, Nord-Coréens ou Américains). C’était en partie dû à notre expérience des tentatives du gouvernement d’affronter le passé après la fin du régime militaire en 1987. On peut aussi voir cela comme le reflet de sérieuses divisions entre le gouvernement et la société en Corée et au sein même du gouvernement et de la société. Dans ces conditions, j’ai pensé que la première chose à faire était d'explorer les faits sans référence à une indemnisation ou à une punition judiciaire. En diffusant la vérité sur la Guerre de Corée, en déterminant ce qui s'était réellement passé et qui étaient les coupables et les victimes, j'espérais que la société pourrait mieux prendre conscience des massacres et atrocités commis pendant la Guerre de Corée. Cela permettrait à la fois de garantir une sorte de punition sociale pour les coupables, que leur nom soit rendu public ou pas, et de redonner une légitimité aux victimes.

M. S. - Qu'en est-il des mesures prises par le gouvernement pour indemniser les victimes?

K. D.-C. - La Commission a officiellement recommandé au gouvernement de promulguer une loi spéciale pour l'indemnisation des victimes, par exemple pour le paiement des factures médicales dans un cas avéré de persécutions massives. Mais, à mon avis, l'instauration de la vérité et la réhabilitation de la réputation des victimes constituaient les premières tâches à accomplir et les bases d'une réconciliation.

Dans les années 1990, nous avons connu les victimes de Kwangju qui demandaient réparation. Le résultat a été de diviser les victimes entre elles – l'argent devenait plus important qu'établir la vérité – et les questions d'indemnisation ont éclipsé les tâches visant justement à reconstituer toute la vérité et à punir les coupables.

J'ai découvert que, pendant la Guerre de Corée, plus de la moitié de ceux qui avait combattu pour l'indépendance avant 1945 ont été tués, principalement par ceux qui avaient collaboré avec les Japonais avant d'arriver à des postes de responsabilité avec l'aide des Américains après 1945. L'occupation de la Corée par les Etats-Unis en 1945 et la Guerre de Corée peuvent être vues comme la poursuite du colonialisme dans la mesure où ce sont les Etats-Unis qui ont créé et soutenu le gouvernement de Syngman Rhee. Comme ses prédécesseurs sous la domination japonaise, le régime de Rhee était soutenu par des troupes étrangères. Les exécutions de masse de Coréens peuvent se comprendre comme un post-scriptum du colonialisme. Dans ce cas, identifier les coupables avec précision n'aurait pas beaucoup de sens. De toute façon, l'ampleur de leurs crimes et le passage du temps rendent quasiment impossible de punir les auteurs, lesquels sont presque tous décédés depuis longtemps. Ce qu'on peut faire, c'est rétablir la réputation et la dignité de familles qui avaient longtemps souffert de l'injustice.

Si un massacre fait des victimes directes, nous pouvons également considérer que les survivants et les membres des familles des victimes deviennent aussi des victimes. La plupart de leurs souffrances ont été provoquées par le traitement discriminatoire qu'elles ont ressenti en tant que citoyens de seconde zone. Dans certains cas, des biens ont été confisqués ou des possibilités d'étudier ont été bloquées, tandis que des personnes étaient ostracisées car désignées comme « rouges ». Pendant trente ou quarante ans, des survivants et parents ont ainsi souffert.

Non seulement les familles, mais aussi la société tout entière s’est sentie victime. En d'autres termes, les massacres ont eu de profondes répercussions sociales. La stigmatisation de tous les membres d'une même famille considérés comme des « citoyens de seconde zone » ou des « intouchables » servait d'exemple pour les autres, les avertissant de ce qui arrive quand on agit contre le gouvernement. Cette situation révèle la brutalité inhérente à la société coréenne sous la dictature soutenue par les Etats-Unis.

Bien qu'il soit important que les membres de la famille retrouvent leur dignité, il est aussi impératif de porter cette histoire à la connaissance des citoyens coréens afin de commencer à guérir les maux de notre société. Etant donné la gravité des maux dont souffre la société, il est impératif de révéler les fautes du passé pour montrer que tout méfait sera finalement dévoilé. L'impact potentiel d'une telle leçon serait puissant.

Le plus important, à mon avis, est la punition sociale. Pour ce qui concerne les rapports de la Commission, les noms des individus auteurs de crimes ont tous été retirés. Ceci était prévu dans la loi initiale ayant instauré la CVR. C’était le fruit d’un compromis entre les différents partis à l'époque. La Commission devait exposer les procédés et mettre à jour les événements, mais pas constituer de dossiers pour poursuivre des individus dont les crimes avaient, pour la plupart, eu lieu plus d'un demi-siècle auparavant. Dans une affaire, lorsque la Commission a révélé par inadvertance le nom d’un auteur, des anciens combattants ont lancé des poursuites contre le président de la Commission et les commissaires permanents. Le procès a finalement été suspendu sans qu’une peine soit prononcée. Dans cette affaire, les médias étrangers ayant fourni les noms, ceux-ci étaient dans le domaine public.

M. S. : Comment les médias ont-ils couvert les travaux de la Commission ?

K. D.-C. - Nous avons dû composer avec le fait que les plus grand journaux coréens ont ignoré ou dissimulé l'importance de nos résultats et décisions. La presse conservatrice ne parvient pas à reconnaître la relation qui existe entre les torts du passé et les injustices du présent quand elle s’adresse à de nombreux citoyens de Corée et d’autres pays. Elle manque de sensibilité ou de la conscience historique des caractéristiques communes des interventions américaines pendant la Guerre de Corée et dans les guerres actuelles en Irak et en Afghanistan, en termes de victimes civiles. Ce sont surtout les trois grands journaux Chosun Ilbo, Donga Ilbo et Jungang Ilbo qui ont uniformément fait preuve d’hostilité et peu couvert les travaux de la Commission sauf pour en pointer les erreurs. Ils sont toujours restés fidèles à cette ligne de conduite. Mais les chaînes de télévision, notamment KBS et MBC qui étaient d’abord favorables à la Commission sous la présidence de Roh Moo-hyun, ont changé après l’élection de Lee Myung-bak et ont cessé de couvrir nos travaux. Seuls le Hankyoreh et le Kyunghyang Daily, les médias progressistes, ont régulièrement suivi nos travaux.

M. S. - Peut-on dire que l'évolution des connaissances historiques et de la conscience sociale est un résultat des travaux de la Commission?

K. D.-C. - Le sujet le plus responsable, le ministère de la Défense, a toujours fermement refusé de reconnaître ses fautes. Mais nous avons senti un petit changement d’attitude chez les Coréens ordinaires. Les résultats les plus importants ont été les changements de regard sur des tragédies historiques au sein de nombreuses communautés locales. C’est en partie parce que les médias locaux ont largement couvert nos travaux. Quand une affaire est résolue, la Commission organise un service commémoratif officiel avec les personnes endeuillées au siège du comté. A ce service, participent le gouverneur, les militaires, la police et d'autres responsables ainsi que les familles des victimes. En outre, un monument est dédié aux victimes. Mais il n'a pas été possible de le faire partout. Dans des régions comme le Cholla, une telle reconnaissance officielle a permis de redonner une dignité aux victimes. Mais dans d'autres régions où les dirigeants locaux sont hostiles à la Commission, cela a été impossible.

M. S. - Comment envisagez-vous l'avenir du mouvement pour la vérité et la réconciliation?

K. D.-C. - Dans un sens, nous en sommes encore au stade initial même si beaucoup de choses ont déjà été accomplies. J'entends par là qu'il est crucial que des groupes civiques, plutôt que le gouvernement, jouent désormais le rôle principal dans le traitement du passé. L'actuel gouvernement conservateur a semblé utiliser tous les moyens pour défaire toutes les réalisations des gouvernements libéraux précédents. Afin de réaliser complètement l’objectif d’un traitement humain du passé, de nouveaux types de mouvements seront nécessaires. Nous devons exiger du gouvernement qu’il mette en œuvre les recommandations de la CVR quant aux mesures suivantes : l’indemnisation, la création d’une fondation, des excuses officielles, le rétablissement des victimes dans leur dignité, la rectification des données gouvernementales, l’éducation aux droits humains, et la réécriture de l’histoire moderne de la Corée.

Le Forum sur la Vérité et la Justice, une association de citoyens nouvellement créée avec le soutien de militants et d'anciens membres de la CVR, vise à perpétuer et à approfondir les travaux de la Commission. Le Forum continuera à enquêter sur les affaires, à rendre publics des documents et à publier des rapports, même s’il n'a pas l'imprimatur officiel de la CVR. Avec la fin prochaine des activités de la CVR, il n'est pas possible pour ses anciens employés d'utiliser les documents mis à jour par la Commission. Pour ce faire, il faudrait engager un procès. Mais une fois que les déclarations des victimes et des auteurs de crimes sont publiées, que ce soit par la CVR ou dans la presse, ces déclarations font partie du domaine public. Il est aussi possible pour les victimes d'agir en justice pour exiger la communication des déclarations recueillies par la CVR. Il y a eu quelques victoires de ce genre devant les tribunaux. En résumé, des efforts sont en cours pour poursuivre les travaux de la Commission Vérité et Réconciliation grâce aux organisations civiques.

KimDongchoon.JPGKim Dong-choon, professeur de sociologie à l’Université Sung Kong Hoe de Séoul, a été membre permanent de la Commission Vérité et Réconciliation de République de Corée (du Sud) de décembre 2005 à décembre 2009. Il est l’auteur de nombreux ouvrages publiés en coréen et en anglais, dont The Unending Korean War: A Social History [La Guerre de Corée ininterrompue : une histoire sociale], traduit en anglais, en allemand et en japonais.



MarkSelden.jpgMark Selden, coordinateur à Japan Focus, est chercheur associé au programme pour l’Asie de l’Est de l’Université Cornell et professeur d’histoire et de sociologie à l’Université Binghamton aux Etats-Unis. Il est spécialiste de l’histoire, de l’économie politique et de la géopolitique modernes et contemporaines de la Chine, du Japon et de la zone Asie-Pacifique. Dans les années 1960, il a été un des membres fondateurs du Committee of Concerned Asian Scholars et fut pendant plus de trente ans un des rédacteurs du Bulletin of Concerned Asian Scholars. Au cours de l’été 2009, il a visité les sites des massacres perpétrés en Corée du Sud sur lesquels a enquêté la CVR.

 

Source : Kim Dong-choon et Mark Selden, "South Korea’s Embattled Truth and Reconciliation Commission," The Asia-Pacific Journal, 9-4-10, March 1, 2010 (traduction : AAFC)

 

Rapport de la Commission Vérité et Réconciliation (en anglais)

Site de la Commission Vérité et Réconciliation de Corée du  Sud (en coréen)

 

 

 

 

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25 décembre 2008 4 25 /12 /décembre /2008 12:06

Le journaliste américain John W. Powell, accusé de "sédition" dans les années 1950 pour avoir levé le voile sur l'utilisation d'armes biologiques par les Etats-Unis en Corée, vient de disparaître à l'âge de 89 ans. Retour sur une vie extraordinaire au service de la vérité.


Né à Shanghai en 1919, John W. Powell a grandi dans le Missouri. Son père, John Benjamin Powell, dirigeait en Chine le magazine qu'il avait fondé en 1917, The China Weekly Review. A la fin des années 1930, et pendant toute la seconde guerre sino-japonaise (1937-1945), John Benjamin Powell fut un grand soutien de la cause chinoise face à l'occupation japonaise. En décembre 1941, après l'attaque de la base américaine de Pearl Harbor, il fut même interné dans un camp japonais où il perdit les deux pieds à cause de la gangrène. Il mourut en 1947 à l'âge de 60 ans. 


Après avoir fréquenté l'école de journalisme de l'Université du Missouri, le jeune John W. Powell retourna en Chine où il travailla pendant la Seconde Guerre mondiale dans le Bureau d'information de guerre des Etats-Unis. Puis il reprit le magazine de son père, devenu The China Monthly Review, avant de rentrer aux Etats-Unis, à San Francisco, avec sa famille en 1953. 

Pendant la guerre de Corée (1950-1953), John W. Powell publia plusieurs témoignages de responsables chinois accusant l'armée des Etats-Unis d'utiliser des armes biologiques dans la péninsule coréenne - des méthodes auparavant employées en Chine par l'armée japonaise.

 

Ces articles valurent à Powell d'être poursuivi à partir de 1956 par la justice américaine pour sédition - une accusation rare d'incitation à la révolte contre le gouvernement.
 

Le gouvernement américain accusait Powell d'avoir violé les lois sur la sédition en temps de guerre en publiant de fausses déclarations et d'entamer la loyauté des soldats américains faits prisonniers en Corée et obligés de lire de tels articles. Ces chefs d'accusation étaient passibles d'une peine maximale de 20 ans de prison ou de 10.000 dollars d'amende, voire des deux.

 

Deux autres rédacteurs du China Monthly Review, la propre épouse de Powell, Sylvia (décédée en 2004), et Julian Schuman, furent également poursuivis.

 

Quand le procès s'ouvrit en 1959, de nouvelles plaintes pour trahison furent déposées par le gouvernement américain contre les trois accusés. Finalement, incapable de soutenir l'acte d'accusation, le gouvernement abandonna en 1961 toutes les charges pesant sur John Powell, Sylvia Powell et Julian Schuman, avec l'approbation du ministre de la Justice, Robert F. Kennedy.

 

John W. Powell fut quand même empêché d'exercer son métier de journaliste et se reconvertit alors dans la restauration de résidences de style victorien et dans le commerce d'antiquités.

 

Dans les années 1980, il écrivit de nouveaux articles traitant de la guerre biologique menée par le Japon au cours de la Seconde Guerre mondiale, notamment de l'unité 731 de l'armée japonaise qui expérimenta à grande échelle des armes biologiques en Chine, faisant des centaines de milliers de victimes.

 

Powell affirmaient dans ces articles que le gouvernement des Etats-Unis n'avait pas voulu accuser le Japon de crimes de guerre en échange des données sur les expériences médicales menées par l'unité 731. Ces informations, écrivait Powell, permirent aux Etats-Unis d'acquérir un savoir-faire dans le domaine de la guerre biologique, utilisé quelques années plus tard en Corée. Certains historiens continuent néanmoins de nier l'utilisation d'armes biologiques par les Etats-Unis.

 
Inlassable défenseur de la vérité qui y sacrifia sa carrière,  John W. Powell s'est éteint le 15 décembre 2008 à San Francisco. (souces : New York Times, Los Angeles Times)

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29 juillet 2008 2 29 /07 /juillet /2008 19:10
Ancien président du Conseil d'Etat de la République de Cuba, Fidel Castro Ruz est un des grands acteurs de la scène politique internationale de la seconde moitié du 20ème siècle. Depuis son retrait de la tête de l'Etat cubain, en février 2008, il continue de livrer régulièrement ses réflexions et analyses. A la veille du 55ème anniversaire du cessez-le-feu qui a mis fin aux combats de la Guerre de Corée (27 juillet 1953), il a ainsi voulu revenir sur l'histoire de la péninsule coréenne depuis la fin du 19ème siècle, une histoire tourmentée qui éclaire à bien des égards la situation actuelle.



Les deux Corée

par Fidel Castro Ruz


La nation coréenne, que sa culture spécifique différencie de ses voisins chinois et japonais, existe depuis trois mille ans, cette antiquité qu’elle partage avec la plupart des sociétés d’Asie, dont la vietnamienne, la distinguant aussi absolument des cultures occidentales dont certaines ont moins de deux cent cinquante ans.


Les Japonais avaient enlevé à la Chine, par la guerre de 1894, le contrôle qu’elle exerçait sur la dynastie coréenne et ils firent de la Corée une colonie. C’est par accord entre les Etats-Unis et les autorités coréennes que le protestantisme y fut introduit en 1892, alors que le catholicisme avait pénétré durant ce même siècle à travers les missions. On calcule que, de nos jours, environ le quart de la population sud-coréenne est chrétienne, autant que les bouddhistes. La philosophie de Confucius exerça une grande influence sur l’esprit des Coréens qui ne se caractérisent pas par leur fanatisme religieux.


Deux figures importantes ont occupé le devant de la scène politique coréenne au 20ème siècle : Syngman Rhee, né en mars 1875, et Kim Il-sung, né trente-sept ans après, en avril 1912. Ces deux personnalités, aux origines sociales différentes, se heurtèrent à partir de circonstances historiques indépendantes de leur volonté.


Les chrétiens s’opposaient au système colonial japonais, entre autres Syngman Rhee, protestant pratiquant. La Corée changea de statut : le Japon l’annexa en 1910. Neuf ans après, Syngman Rhee fut nommé président du gouvernement provisoire en exil, établi à Shanghai (Chine). Il ne recourut jamais aux armes contre les envahisseurs, et la Société des nations de Genève n’en fit aucun cas.


L’empire japonais employa des méthodes de répression brutales contre la population coréenne. Les patriotes résistèrent les armes à la main à la politique colonialiste du Japon et parvinrent à libérer une petite zone montagneuse dans le Nord, presque à la fin du 19ème siècle.


Kim Il-sung, né aux environs de Pyongyang, rejoignit à dix-huit ans les guérillas communistes qui se battaient contre les Japonais. A trente-trois ans à peine, menant une vie révolutionnaire active, il occupait déjà la direction politique et militaire des combattants antijaponais dans le Nord de la Corée.



Durant la Deuxième Guerre mondiale, les Etats-Unis décidèrent du sort que courrait la Corée dans l’après-guerre : ils entrèrent dans le conflit après avoir été attaqués par une de leurs créatures, l’Empire du soleil levant, dont les portes féodales hermétiquement closes avaient été ouvertes, dans la première moitié du 19ème siècle, par le commodore Perry dont les canons forcèrent l’entrée de cet étrange pays asiatique qui refusait de faire du commerce avec les Etats-Unis.


Le brillant disciple se convertit plus tard en un puissant rival, comme je l’ai expliqué à un autre moment. Quelques décennies plus tard, le Japon attaqua tour à tour la Chine et la Russie, s’emparant au passage de la Corée. Mais il fut toutefois l’astucieux allié des vainqueurs de la Première Guerre mondiale aux dépens de la Chine. Il accumula des forces et, converti à une version asiatique du fascisme, il tenta d’occuper la Chine en 1937 et attaqua les Etats-Unis en décembre 1941, portant la guerre jusque dans le Sud-est asiatique et l’Océanie.


Les possessions coloniales de la Grande-Bretagne, de la France, des Pays-Bas et du Portugal étant vouées à la disparition, les Etats-Unis surgirent comme la nation la plus puissante de la planète, le seul pays en mesure de leur résister étant l’Union soviétique, détruite par la Deuxième Guerre mondiale et par les énormes pertes matérielles et humaines que lui avait causées l’attaque des nazis. Quand la boucherie mondiale prit fin en 1945, la Révolution chinoise était sur le point de se conclure : le combat unitaire contre les Japonais galvanisait alors ses énergies. Mao, Ho Chi Minh, Gandhi, Sukarno et d’autres leaders poursuivirent leur lutte contre la restauration du vieil ordre mondial désormais insupportable.


Truman largua la bombe atomique contre deux villes civiles japonaises, une arme nouvelle terriblement destructrice dont, comme je l’ai dit, il n’avait jamais informé son allié soviétique, le pays qui avait contribué le plus à la liquidation du fascisme. Rien ne justifiait ce massacre, même pas les quinze mille soldats étasuniens ayant péri du fait de la tenace résistance des Japonais dans l’île d’Okinawa. Le Japon était déjà vaincu et cette arme, lancée contre une cible militaire, aurait eu tôt ou tard le même effet démoralisateur sur le militarisme nippon, sans d’autres pertes pour les soldats étasuniens. Ce fut un acte de terreur inqualifiable.


Comme promis à la fin des combats en Europe, les soldats soviétiques avançaient vers la Mandchourie et le Nord de la Corée, les alliés ayant défini au préalable jusqu’où pourrait progresser chaque force : le milieu de la Corée, sur une ligne de démarcation équidistante du fleuve Yalu et du sud de la péninsule. Le gouvernement étasunien négocia avec les Japonais les règles qui devaient régir la reddition de leurs troupes sur ce territoire. Les Etats-Unis occuperaient le Japon. Il existait encore en Corée, annexée au Japon, une grande force de la puissante armée nippone. Ce sont les intérêts des Etats-Unis qui allaient prévaloir au sud du 38ème parallèle, autrement dit la ligne de démarcation prévue. Le gouvernement étasunien réinstalla dans cette partie du territoire, avec la coopération ouverte des Japonais, Syngman Rhee qui remporta de peu les élections de 1948. Les soldats de l’Union soviétique, eux, s’étaient retirés cette même année de Corée du Nord.


C’est le 25 juin 1950 que la guerre éclata dans ce pays. On discute encore pour savoir qui tira le premier : les combattants du Nord ou les soldats étasuniens qui montaient la garde aux côtés des soldats recrutés par Syngman Rhee. Le débat n’a aucun sens vu du côté coréen : les combattants de Kim Il-sung avaient lutté contre les Japonais pour libérer toute la Corée, et ils avancèrent, irrésistibles, après avoir occupé Séoul et d’autres villes, jusqu’à la pointe sud où les Yankees se défendaient en recourant massivement à leurs avions de combat. MacArthur, chef des forces étasuniennes dans le Pacifique, fit débarquer l’infanterie de marine à Incheon, sur les arrières des forces du Nord qui ne purent contre-attaquer. Pyongyang tomba aux mains des forces yankees après des attaques aériennes dévastatrices. Ce qui incita le quartier général étasunien du Pacifique à vouloir occuper toute la Corée, étant donné que l’Armée populaire de libération chinoise, conduite par Mao Zedong, avait infligé une défaite retentissante aux forces de Tchang Kaï-Chek, équipées et soutenues par les Etats-Unis, récupérant ainsi l’ensemble du territoire continental et maritime, exception faite de Taipei et de quelques autres petites îles où les forces du Guomindang se réfugièrent, transportées par les bâtiments de la sixième flotte.

 



On connaît bien la suite des événements. N’oublions pas que Boris Eltsine livra à Washington, entre autres, les archives de l’Union soviétique.


Que firent les Etats-Unis quand éclata un conflit quasiment inévitable compte tenu des prémisses créées en Corée ? Ils présentèrent la partie Nord comme l’agresseur. Le Conseil de sécurité de la toute récente Organisation des Nations Unies mise en place par les puissances victorieuses de la Deuxième Guerre mondiale vota la Résolution sans qu’un de ses cinq membres puisse imposer son veto. Ces mois-là, l’Union soviétique avait protesté contre l’exclusion de la Chine du Conseil de sécurité où les USA reconnaissaient Tchang Kaï-Chek, qui contrôlait moins de 0,3% du territoire national et moins de 2%de la population, comme membre ayant pouvoir de veto. Cette décision arbitraire entraîna l’absence du délégué soviétique, ce qui permit au Conseil de sécurité de donner à la guerre le caractère d’une action militaire de l’ONU contre le prétendu agresseur, la République populaire démocratique de Corée. La Chine, absolument étrangère au conflit qui portait même préjudice à sa lutte pour la libération totale de son territoire, vit planer une menace directe sur elle, ce qui était inacceptable d’un point de vue sécuritaire. Selon des données désormais publiques, elle envoya son premier ministre Zhou Enlai à Moscou pour exposer ses vues à Staline : l’inadmissibilité de la présence de forces onusiennes, sous le commandement des USA, sur les rives du Yalu, qui délimite la frontière sino-coréenne, et réclamer la coopération de l’Union soviétique. Aucune contradiction profonde ne séparait alors les deux géants socialistes.


On affirme que la contre-attaque chinoise était prévue pour le 13 octobre, mais que Mao l’ajourna au 19, dans l’attente de la réponse soviétique. C’était le plus qu’il pouvait retarder.

[...]

Le 19 octobre 1950, plus de quatre cent mille combattants chinois, des volontaires, franchirent le Yalu sur instructions de Mao Zedong et partirent contrer les troupes étasuniennes qui avançaient vers la frontière chinoise et qui, surprises par l’action énergique du pays qu’elles avaient sous-estimé, durent reculer jusqu’aux abords de la côte méridionale sous la poussée des forces combinées des Chinois et des Nord-Coréens. Staline, qui était extrêmement précautionneux, coopéra bien moins que ce qu’attendait Mao, mais d’une façon utile toutefois : des Mig-15 pilotés par des Soviétiques sur un front limité de seulement 98 kilomètres, qui protégèrent à l’étape initiale la progression intrépide des forces terrestres. Celles-ci récupérèrent Pyongyang et réoccupèrent Séoul, défiant les attaques incessantes des forces de l’air étasuniennes, les plus puissantes jamais réunies alors.


MacArthur brûlait d’attaquer la Chine en recourant à des armes atomiques dont il demanda l’usage après sa honteuse défaite. Le président Truman fut contraint de le casser et de nommer le général Matthews Ridgway à la tête des forces étasuniennes – terre, air et mer – sur le théâtre d’opérations.


Les Etats-Unis ne furent pas les seuls dans cette équipée impérialiste : ils furent accompagnés du Royaume-Uni, de la France, des Pays-Bas, de la Belgique, du Luxembourg, de la Grèce, du Canada, de la Turquie, de l’Ethiopie, de l’Afrique du Sud, des Philippines, de l’Australie, de la Nouvelle-Zélande, de la Thaïlande et de la Colombie. Ce dernier pays, sous le gouvernement unitaire du conservateur Laureano Gómez, responsable de tueries de paysans massives, fut le seul d’Amérique latine à y avoir participé ; aux côtés, comme on peut le constater, de l’Ethiopie d’Haïlé Sélassié, où régnait encore l’esclavage, et de l’Afrique du Sud gouvernée par les racistes blancs.


La boucherie mondiale, débutée en septembre 1939, avait pris fin à peine cinq ans auparavant, en août 1945. Au terme de combats sanglants sur le territoire coréen, le 38ème parallèle redevint la démarcation entre le Nord et le Sud. Selon les calculs, près de deux millions de Nord-Coréens, d’un demi million à un million de Chinois, et plus d’un million de soldats alliés moururent durant cette guerre. Pour les Etats-Unis, près de quarante-quatre mille soldats périrent – dont beaucoup étaient nés à Porto Rico ou dans d’autres pays latino-américains, recrutés pour prendre part à une guerre en leur qualité d’immigrants pauvres.


Le Japon tira de gros avantages de ce conflit : en un an, son secteurs manufacturier crut de 50%, et en deux ans, retrouva son niveau d’avant-guerre. Ce qui ne modifia en rien toutefois la vision des génocides perpétrées par les troupes impériales en Chine et en Corée : tous les gouvernements japonais ont rendu hommage aux actions génocides de leurs soldats qui, comme je l’ai rappelé dans des Réflexions antérieures, violèrent en Chine des dizaines de milliers de femmes et assassinèrent brutalement des centaines de milliers de personnes.


Extrêmement travailleurs et tenaces, les Japonais ont converti leur pays, privé de pétrole et d’autres matières premières importantes, en la seconde puissance économique mondiale.


Le PIB du Japon, mesuré en termes capitalistes – bien que les données varient selon les sources occidentales – atteint aujourd’hui plus 4.500 milliards de dollars et ses réserves en devises se chiffrent à plus de 1.000 milliards. Soit pour l’instant le double du PIB chinois – 2.200 milliards – bien que la Chine possède 50% de plus de réserves en monnaie convertible. Le PIB des Etats-Unis – 12.400 milliards de dollars, mais avec 36,4 fois plus de territoire et 2,3 fois plus de population – est à peine le triple de celui du Japon, dont le gouvernement est aujourd’hui l’un des principaux alliés de l’impérialisme alors que celui-ci est menacé par la récession économique et qu’il brandit ses armes perfectionnées de superpuissance aux dépens de la sécurité de l’espèce humaine.


Ce sont là des leçons de l’Histoire indélébiles.


La guerre, en revanche, affecta sérieusement la Chine. Truman ordonna à la sixième flotte d’empêcher le débarquement des forces révolutionnaires chinoises qui devaient couronner la libération totale de leur pays en récupérant ce 0,3% de leur territoire occupé par le reste des forces de Tchang Kaï-Chek qui s’y étaient réfugiées avec l’aide des impérialistes.


Les rapports entre la Chine et l’Union soviétique se dégradèrent ensuite, à la mort de Staline en mars 1953. Le mouvement révolutionnaire se scinda presque partout en deux. Dans son appel dramatique, Ho Chi Minh fit état du dommage que cela avait causé, tandis que l’impérialisme, fort de son énorme appareil médiatique, attisa les flammes de l’extrémisme de faux théoriciens révolutionnaires, un art dans lequel les services de renseignement étasuniens sont devenus des experts.


A la suite de la division arbitraire du pays, la Corée du Nord avait eu en lot la partie le plus accidentée. Chaque gramme d’aliment s’y obtenait au prix d’efforts et de sacrifices. Il n’était pas resté pierre sur pierre de Pyongyang, la capitale. Il fallait prendre en charge un grand nombre de blessés et de mutilés de guerre. Le pays était bloqué et sans ressources. L’URSS et les autres pays du camp socialiste étaient en pleine reconstruction.


Quand je suis arrivé en République populaire et démocratique de Corée le 7 mars 1986, presque trente-trois ans après une guerre qui y avait laissé de telles destructions, je n’en croyais pas mes yeux. Ce peuple héroïque avait bâti une infinité d’ouvrages : de grands et petits barrages et canaux pour accumuler l’eau nécessaire à la production d’électricité, à l’alimentation des villes et à l’irrigation des champs ; des centrales thermiques ; d’importantes usines de production mécanique et d’autres branches, dont beaucoup enterrées dans les profondeurs des montagnes au prix d’un travail difficile et méthodique. Faute de cuivre et d’aluminium, les Nord-Coréens furent même contraints d’utiliser du fer dans leurs lignes électriques dévoreuses d’une énergie qui provenait en partie de la houille. La capitale et les autres villes rasées avaient été reconstruites mètre après mètre. Je calculais alors des millions de nouveaux logements dans les zones urbaines et rurales, et des dizaines de milliers d’installations de services de toutes sortes. Des heures de travail infinies converties en pierres, en ciment, en acier, en bois, en produits synthétiques et en équipements. Les champs que je pus observer, partout où j’allai, ressemblaient à des jardins. De partout, un peuple bien habillé, organisé et enthousiaste accueillait le visiteur. Il méritait la coopération et la paix.


Je fis à peu près le tour de toutes les questions avec mon hôte illustre, Kim Il-sung. Je ne l’oublierai pas.


La Corée fut donc divisée en deux par une ligne imaginaire. Le Sud vécut une expérience différente. C’était la partie la plus peuplée, celle qui avait le moins souffert des destructions de la guerre. La présence d’une énorme quantité de troupes étrangères avait exigé des livraisons de produits locaux finis ou autres, qui allaient depuis l’artisanat jusqu’aux fruits et légumes frais, en plus des services. Les dépenses militaires des alliés avaient été énormes. Le même scénario se répéta quand les Etats-Unis décidèrent de maintenir indéfiniment de grandes forces militaires. Les transnationales occidentales et japonaises y investirent durant les années de Guerre froide des sommes considérables, soutirant des richesses illimitées du travail des Sud-Coréens, tout aussi laborieux et dévoués que leurs frères du Nord. Les grands marchés du monde furent ouverts à leurs produits. Ils n’étaient pas en butte à un blocus. Aujourd’hui, cette partie a atteint des niveaux élevés de technologie et de productivité. Elle a souffert des crises économiques occidentales qui provoquèrent le rachat de nombreuses entreprises sud-coréennes par les transnationales. L’austérité du peuple a permis à l’Etat d’accumuler d’importantes réserves de devises. Il souffre aujourd’hui de la dépression de l’économie étasunienne, notamment des cours élevés des combustibles et des aliments, et des pressions inflationnistes découlant de ces deux phénomènes.


Le PIB de la Corée du Sud (787 milliards de dollars) est similaire à celui du Brésil (796 milliards) et du Mexique (768 milliards), qui ont tous deux d’abondantes ressources en hydrocarbures et des populations incomparablement supérieures. L’impérialisme a imposé son système à ces nations : deux sont restées à la traîne, la troisième a bien plus avancé.


Rares sont les Sud-Coréens qui émigrent en Occident ; les Mexicains le font en masse vers le territoire actuel des Etats-Unis ; les Brésiliens, les Sud-Américains et les Centraméricains le font partout, poussés par le besoin de travail et par la propagande consumériste. On le leur en sait gré maintenant par des lois rigoureuses et méprisantes.


On connaît la position de principes de Cuba au sujet des armes nucléaires, exprimée au sein du Mouvement des pays non alignés et ratifiée à la Conférence au sommet de La Havane en septembre 2006.


J’avais salué pour la première fois le dirigeant actuel de la République populaire et démocratique de Corée, Kim Jong-il, à mon arrivée à l’aéroport de Pyongyang, alors qu’il se tenait discrètement à côté du tapis rouge, près de son père. Cuba maintient d’excellentes relations avec son gouvernement.


A la disparition de l’URSS et du camp socialiste, la RPDC perdit des sources et des marchés importants de pétrole, de matières premières et d’équipements. Comme pour nous, les conséquences en furent très dures, menaçant les progrès faits au prix de grands sacrifices. Le pays fit toutefois la preuve de sa capacité à fabriquer des armes nucléaires.


Quand la Corée du Nord procéda à l’essai correspondant voilà à peu près un an, nous fîmes part à son gouvernement de nos points de vue au sujet du dommage que cela pouvait causer aux pays pauvres du Tiers-monde qui livraient une lutte inégale et difficile contre les plans de l’impérialisme à une heure décisive pour le monde. Peut-être n’aurait-il pas fallu le faire. Kim Jong-il, arrivé à ce point-là, avait décidé d’avance ce qu’il devait faire compte tenu des facteurs géographiques et stratégiques de la région.


Nous nous félicitons de la déclaration dans laquelle la Corée du Nord se dit en disposition de suspendre son programme d’armes atomiques. Une décision qui n’a rien à voir avec les crimes et chantages de Bush, qui s’en vante maintenant comme d’un succès de sa politique génocidaire. La Corée du Nord ne fait pas ce geste à l’adresse du gouvernement étasunien, face auquel elle n’a jamais cédé, mais à l’égard de la Chine, voisine et amie, dont la sécurité et le développement sont vitaux pour les deux Etats.


Les pays du Tiers-monde ont tout intérêt à l’amitié et à la coopération entre la Chine et les deux parties de Corée, dont l’union ne doit pas se faire forcément aux dépens de l’une, comme cela est arrivé en Allemagne, aujourd’hui l’alliée des Etats-Unis à l’OTAN. Les liens qui uniront les deux Corée continueront de se tisser pas à pas, sans hâte mais sans trêve, en correspondance avec leur culture et leur histoire. Nous développons progressivement nos relations avec la Corée du Sud ; avec la Corée du Nord, elles ont toujours existé, et nous continuerons de les renforcer.


Agence cubaine d'information

22 juillet et 24 juillet 2008


(photos insérées par l'AAFC)

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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 09:51

Depuis deux ans, une commission gouvernementale sud-coréenne est chargée de faire la lumière sur les crimes de masse commis par les autorités sud-coréennes pendant la guerre de Corée (1950-1953). Un des principaux enseignements est de souligner l'ampleur des massacres de civils au début de la guerre, lesquels ont causé des centaines de milliers de morts.

100.000 morts : c'est l'estimation minimale du nombre de victimes civiles exécutées sans procès par les autorités sud-coréennes en juillet 1950, au début de la guerre de Corée, alors que les troupes nord-coréennes progressaient rapidement vers le sud. Mais ces données de la commission gouvernementale vérité et réconciliation, mise en place il y a deux ans pour établir la vérité historique sur des faits longtemps niés tant par les autorités sud-coréennes que par l'armée américaine, sont très en-deçà de la réalité, selon l'historien Kim Dong-choon membre de la commission, dans un évident souci d'apaisement politique.

Comment expliquer des crimes de guerre à une telle échelle ? Au début de la guerre de Corée, la rapidité de l'attaque nord-coréenne affole l'administration Syngman Rhee, élu président deux ans plus tôt au terme d'un processus électoral boycotté par les forces d'opposition, de droite comme de gauche. Les prisons renferment 30.000 prisonniers politiques suspects de sympathies communistes, souvent sans preuves, et l'un des premiers gestes des troupes nord-coréennes, dès leur arrivée à Séoul, est de libérer les prisonniers. Pour Syngman Rhee, qui a maté dans le sang les mouvements de guérilla qui s'étaient soulevés suite aux élections de 1948, il s'agit d'empêcher coûte que coûte la formation de groupes civils qui pourraient combattre aux côtés des Nord-Coréens. Une organisation paramilitaire dite de "rééducation", la Ligue nationale, avait été instituée en promettant à leurs membres des rations de riz et d'autres avantages ; en contrepartie, ses membres devaient dénoncer les suspects de sympathies communistes, en fait dans leur grande majorité des paysans peu politisés.

Le général américain Mac Arthur, bien qu'exerçant le contrôle de l'armée sud-coréenne, a considéré les exécutions comme une "affaire interne" à la Corée du Sud. Ses hommes ont été impliqués dans plusieurs affaires, dont le "massacre au pont de Nogun Ri", suivant le titre d'un manhwa dessiné par Park Kun-woong et écrit par Chung Eun-yong

Pourquoi un tel silence sur ces massacres de masse ? Il a fallu attendre la démocratisation de la Corée du Sud, dans les années 1990, pour que des informations largement relayées, tant par les témoignages des familles de victimes que par les soldats ayant reçu l'ordre de tirer, ne soient plus considérées comme relevant de la propagande communiste, alors que l'armée américaine a commencé à déclassifier ses informations. Les 17 membres du sous-comité de la commission gouvernementale, sur les "sacrifices civils de masse", ont à instruire des demandes de plus de 7.000 Sud-Coréens portant sur 1.200 incidents supposés (et pas seulement des massacres à grande échelle), dont 215 impliquent l'armée américaine.

Par ailleurs, les travaux d'aménagement, mais aussi la forte exposition de la péninsule coréenne aux aléas climatiques, ont mis à jour une - infime - partie des corps des victimes. Les médias sud-coréens avaient souligné, en 2002, le cas d'une tombe découverte après le passage d'un typhon, tandis qu'un autre corps était retrouvé dans une mine cachée. A ce jour, la commission a identifié de manière certaine 150 tombes contenant les restes d'au moins 400 personnes. Mais de nombreux corps, jetés à la mer, ne seront jamais retrouvés.

Parmi les faits clairement établis, deux massacres de masse ont été identifiés à Cheongwon et à Ulsan, où l'ancien président sud-coréen Roh Moo-hyun avait présenté des excuses au nom de la Corée du Sud pour la mort d'au moins 870 personnes. Dans la vallée de Sannae, l'historien Kim Dong-choon évalue le nombre d'exécutions entre 3.000 et 7.000. A Daejeon, un document américain déclassifié évalue à 4.000 le nombre de personnes tuées par les troupes et les policiers sud-coréens lors d'une seule opération (cf. ci-joint une photo déclassifiée fournie par les Archives nationales américaines de College Park, le 5 mai 2008). Dans la ville de Pusan, qui n'a jamais été contrôlée par les troupes nord-coréennes, le nombre de victimes avait été estimé à 10.000 par un parlementaire, à l'issue d'une enquête menée moins de dix ans après les faits, pendant la brève parenthèse démocratique de 1960-1961.

L'avenir de la commission, dotée d'un budget annuel de 19 millions de dollars, garanti jusqu'en 2010, est cependant incertain. Même si ses membres appartiennent à toutes les sensibilités politiques, l'élection du conservateur Lee Myung-bak, dont le parti est l'héritier des militaires au pouvoir en Corée du Sud jusqu'en 1993, rend plus probable des coupes budgétaires ou un plus grand écho aux protestations de l'extrême-droite contre le travail de la commission. De fait, le musée national de la guerre à Séoul fait aujourd'hui totalement l'impasse sur les massacres commis par les troupes sud-coréennes et leurs alliés américains pendant la guerre de Corée. (source : the Associated Press)


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