Né en 1937, l'ancien Premier ministre socialiste (de 1997 à 2002) Lionel Jospin a joué un rôle, à plusieurs reprises, dans les relations non seulement entre la France et la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), mais aussi entre le Parti socialiste et l'ensemble de la péninsule coréenne. Retour sur des itinéraires croisés, où l'on retrouve François Mitterrand.
Lionel Jospin à la gauche du Président Kim Il-sung (source)
Nous sommes dans un congrès du Parti socialiste. Une Sud-Coréenne vivant en France s'approche de François Mitterrand, alors Premier secrétaire du Parti socialiste : elle est ciblée comme opposante au régime militaire établi en République de Corée (RdC, Corée du Sud) depuis le coup d'Etat de 1961. Elle plaide surtout la cause de Kim Dae-jung qui, enlevé par le régime sud-coréen, n'a dû son salut qu'à une mobilisation internationale. A ses côtés, Lionel Jospin dit au futur président socialiste qu'il doit écouter ce qu'elle a à lui dire : l'ancien diplomate, reconverti dans l'enseignement, est parfaitement au courant des combats menés par les démocrates sud-coréens.
Secrétaire national au Tiers Monde depuis 1975, Lionel Jospin a ainsi rendu compte de l'intérêt que doit aussi porter le Parti socialiste, selon lui, à la RPDC, dans une note du 1er juin 1977 adressée à Robert Pontillon, responsable aux relations internationales du Parti socialiste - ce document étant cité par Judith Bonnin dans son ouvrage Les voyages de François Mitterrand. Le Parti socialiste et le monde (1971-1981) :
Sans être particulièrement zélateurs d'un régime communiste où le culte de la personnalité atteint de hauts sommets, nous tenons compte dans notre attitude à l'égard de la Corée du Nord de la politique de relative indépendance affirmée depuis quelques années par ce pays par rapport à l'URSS et par rapport à la Chine (la Corée du Nord a été admise à la Conférence de Lima en 1975 au Groupe des pays non alignés et elle a noué dans le Tiers Monde un réseau de relations importants : avec le Sénégal par exemple).
Quand François Mitterrand visite la RPDC, en février 1981, Lionel Jospin, alors Premier secrétaire du Parti socialiste, fait partie de la délégation qui accompagne le candidat socialiste à l'élection présidentielle. Sur les photos officielles respectant l'ordre protocolaire, le président de la RPDC, Kim Il-sung, est entouré sur sa droite de François Mitterrand, et sur sa gauche de Lionel Jospin.
Lors de la troisième cohabitation en France, entre 1997 et 2002, entre Lionel Jospin et Jacques Chirac, la question de la reconnaissance diplomatique complète de la RPD de Corée par la France se pose une nouvelle fois, alors que l'ancien opposant Kim Dae-jung (celui dont la cause était plaidée par l'intermédiaire de Lionel Jospin) est devenu Président de la RdC et qu'il encourage les pays occidentaux à normaliser leurs relations avec Pyongyang. Lionel Jospin a d'ailleurs salué le combat de Kim Dae-jung pour la liberté, dans un discours qu'il a prononcé le 15 mars 2000, à l'occasion de la première visite en France du chef d'Etat sud-coréen. Il y rappelait que Kim Dae-jung avait été l'homme d' "un engagement sans compromis", ce qui l'avait "conduit à affronter l'intimidation, la prison, la condamnation à mort". Avec le soutien de la France.
Doublée par plusieurs de ses alliés européens, la France choisit cependant de poser des conditions - ce qui la conduit à ne pas reconnaître pleinement la RPDC, toujours à ce jour. Jacques Chirac et Lionel Jospin auraient alors été en accord sur le sujet. Et il faudra finalement attendre une décennie de plus pour que, à défaut de relations complètes, la France fasse un premier pas en ce sens en ouvrant un bureau de coopération à Pyongyang en 2011.
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