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2 novembre 2026 1 02 /11 /novembre /2026 18:00

Le 19 octobre 2026, la Suisse a remis en service un bureau diplomatique à Pyongyang. Dix jours plus tard, Ignazio Cassis foulait le sol nord-coréen — ce qui a constitué la première visite d'un chef de la diplomatie helvétique dans le pays depuis 2003. Derrière la sobriété d'un communiqué technique, il faut lire un signal politique fort : là où beaucoup ont choisi l'absence, un pays neutre choisit la présence. Et une présence, contrairement à un boycott, finit toujours par produire des conversations.

Il faut mesurer ce qui vient de se passer. Pendant des années, la péninsule coréenne a été gérée depuis l'extérieur : communiqués, sanctions, exercices militaires, sommets avortés. Les canaux physiques, eux, se sont refermés les uns après les autres. Le bureau suisse de Pyongyang, ouvert en 1997 et dédié à la coopération humanitaire, avait été fermé en 2020 avec le rapatriement de son personnel ; les consultations politiques bilatérales, elles, s'étaient taries dès 2019. Autrement dit : depuis plusieurs années, Berne parlait à Pyongyang par écran interposé, depuis Pékin.

Ce temps est terminé. Le nouveau bureau est opérationnel depuis le 19 octobre 2026, et il ne s'agit pas d'une réouverture à l'identique. L'ancien dispositif relevait de la Direction du développement et de la coopération ; le nouveau relève d'un mandat diplomatique et politique, rattaché à l'ambassade de Suisse à Pékin. C'est un changement de nature, pas de simple maintenance : la relation passe du registre de l'aide à celui du dialogue politique. Trois objectifs sont affichés — rétablir une présence dans un format nouveau, normaliser les relations bilatérales, reprendre le dialogue direct avec les autorités nord-coréennes.

La suite a donné à cette annonce son véritable poids. Les 29 et 30 octobre, Ignazio Cassis était à Pyongyang, accueilli à l'aéroport par des responsables du ministère nord-coréen des Affaires étrangères et par l'ambassadeur de Corée du Nord en Suisse. Au programme, des rencontres avec la ministre des Affaires étrangères Choe Son-hui et avec Jo Yong-won, secrétaire du Comité central du Parti des travailleurs. Puis, dans la foulée, une étape à Séoul jusqu'au 31 octobre.

Ce séquençage n'est pas anodin. Il dit une chose essentielle, souvent mal comprise : parler à Pyongyang n'est pas tourner le dos à Séoul. C'est même l'inverse. Le porte-parole du Département fédéral des affaires étrangères, Nicolas Bideau, le formule sans détour : « Avant tout, ce qu'on veut, c'est parler physiquement à Pyongyang pour être aussi crédible à Séoul et de manière générale, participer à une stabilité politique dont la région a besoin. » Et les autorités sud-coréennes ne s'y trompent pas : elles espèrent que ce bureau suisse les aidera à renouer le fil avec le Nord. Un intermédiaire neutre qui parle aux deux capitales, c'est une ressource pour tout le monde — pas une concession faite à l'une contre l'autre.

La Suisse n'usurpe d'ailleurs pas ce rôle. Elle entretient des relations diplomatiques avec la Corée du Nord depuis 1974, figure parmi les rares pays occidentaux présents sur place, et siège depuis des décennies à la Commission de supervision des nations neutres dans la zone démilitarisée, héritage direct de l'armistice de 1953. Cette ancienneté explique sans doute pourquoi la proposition de médiation avancée par Cassis pour réduire les tensions dans la péninsule « semblait avoir été bien accueillie ». Une phrase modeste, en apparence. En diplomatie, c'est beaucoup.

Certains objecteront que rien de spectaculaire n'est sorti de ces deux jours : pas d'annonce fracassante, pas de geste public. C'est précisément mal lire ce qui se joue. Un bureau diplomatique permanent n'existe pas pour produire un communiqué le jour de son inauguration ; il existe pour rendre possibles, un an ou cinq ans plus tard, des conversations qui n'auraient pas eu lieu autrement. La valeur d'un canal ne se mesure pas à ce qu'il diffuse immédiatement, mais à ce qu'il empêche : le malentendu, la rupture, l'escalade faute d'interlocuteur. Dans une région où les relations intercoréennes se sont durablement dégradées, chaque fil conservé compte.

Il y a là une leçon pour ceux qui, en Europe, confondent encore fermeté et mutisme. L'isolement n'a pas produit de résultats ; il a produit de l'isolement. Plus de vingt ans après la dernière visite d'un ministre suisse des Affaires étrangères à Pyongyang, le constat s'impose de lui-même : les États qui maintiennent une présence sont ceux qui, le jour où une fenêtre s'ouvre, sont en position d'y entrer. Les autres regardent passer l'occasion depuis leur capitale.

La Suisse vient de rouvrir la sienne. Il serait temps que d'autres se demandent pourquoi ils l'avaient fermée.

Sources : 

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