La K-Pop est devenue une industrie culturelle majeure, générant un chiffre d'affaires estimé à plus de 12 milliards d'euros en 2025. Pourquoi, ce genre (qui recouvre un large champ de disciplines ou de supports : musique, séries...) reste mal vu dans certains milieux et médias qui ambitionnent de donner le la en matière de bon goût artistique et culturel, étant empreint du sceau infâmant d'être l'incarnation d'une sous-culture. Pour donner une image, si vous allez voir un opéra de Verdi, vous êtes une personne de culture - alors que s'il s'agit d'un concert de 24K, mieux vaudra souvent vous cacher. Mais pourquoi autant de haine ?
Le mépris pour la culture dite populaire - à comprendre comme vulgaire, au sens littéral du terme (renvoyant au peuple, en pseudo-latin le vulgus) - n'est pas propre à la K-Pop : la littérature dite de gare, le polar, la bande dessinée ou le rap, pour ne prendre que quelques exemples, ont subi - voire subissent toujours - une forme de dévalorisation en termes de produit culturel.
Du reste, quand les autorités coréennes ont voulu promouvoir une culture nationale comme élément de soft power, les arts martiaux ou les ouvrages d'écrivains récompensés par des prix littéraires ont été initialement et pendant longtemps privilégiés à la K-Pop, accessible essentiellement par Internet et les nouveaux médias.
Mais là n'est pas la cause d'un discrédit qui tend à perdurer. Sans doute faut-il plutôt regarder du côté des contenus et des messages : la K-Pop véhicule un message mignon, d'aucuns diront fleur bleue. Ses principaux artistes masculins (qui plus est efféminés : quel coup porté au virilisme) plaisent à un public souvent féminin, adolescent, en parti issu des minorités ethniques dans une société en proie à des tensions racistes et identitaires. De mon point de vue, il y a des convergences avec la new romance, elle aussi décriée comme un genre pour midinettes écervelées : par exemple, Alain Finkielkraut, sur les ondes de France Culture, vomit la new romance. Vous ne le verrez pas davantage à un concert de KBS ou 24K, ou alors en apnée ethnologique...
Pourtant, la littérature de gare a produit des auteurs aujourd'hui consacrés. Le polar a gagné ses lettres de noblesse. Le rap n'est plus une musique de "racailles". Et même la bande dessinée peut désormais être citée dans les copies d'élèves en français...
Bref, les a priori ont la vie dure mais cèdent quand une analyse critique sérieuse prend - enfin - le pas. Gageons qu'il en sera de même pour la K-Pop, renvoyant les aigris dans leurs obsessions de la sous-culture. On se donne "rendez-vous dans dix ans", pour reprendre un titre musical français de l'année 1989 ?
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