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15 novembre 2022 2 15 /11 /novembre /2022 21:05

Dans une étude publiée le 15 novembre 2022, deux auteurs de 38 North, Martyn Williams et Natalia Slavey, rappellent les étapes du développement de la téléphonie mobile en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). Ils estiment qu'une majorité des adultes nord-coréens - 50% à 80% - disposeraient désormais d'un téléphone mobile. 

Si un premier réseau de téléphonie mobile (Sunnet) avait été développé dans le pays entre 2002 et 2004, ce n'est véritablement qu'à partir de 2008 que ce secteur a pris son essor en Corée du Nord. Un réseau 3G avait alors été lancé par la société égyptienne Orascom dans le cadre d'une joint ventureLe capital de l'opérateur du réseau, Cheo Technology JV Co., est détenu à 75 % par Orascom Telecom, et à 25 % par la Compagnie coréenne des postes et télécommunications. La licence a été attribuée pour une durée de 25 ans - en 2015, Orascom a annoncé avoir perdu le contrôle effectif de Cheo Technology. Deux ans plus tard, en 2010, la RPD de Corée avait lancé sa propre production industrielle pour répondre à la demande des consommateurs.

 

Le cap du premier million d'abonnés au réseau Koryolink avait été franchi en février 2012 et celui des deux millions en mai 2013. Si l'évolution récente du nombre d'abonnés n'est plus connue précisément, selon l'étude de 38 North le nombre d'abonnés aurait continué de progresser rapidement, pour s'élever actuellement entre 6 et 8 millions (pour une population de 26 millions d'habitants), correspondant à une proportion de 50% à 80% de la population adulte (une même ligne pouvant être utilisée par plusieurs personnes), le réseau couvrant la plus grande partie du pays. La téléphonie mobile a joué un rôle essentiel dans l'essor des marchés privés pour faciliter les transactions. En septembre 2018, Orascom avait obtenu une exemption des Nations unies pour continuer à opérer en Corée du Nord malgré les sanctions.

 

Les Nord-Coréens ont ensuite lancé leur propre réseau 3G, concurrent de Koryolink - et les deux réseaux coexistent aujourd'hui. Opérationnel depuis 2017 à Pyongyang, puis dans d'autres grandes villes, le réseau Mirae est dix fois plus rapide que Koryolink. La modernisation du réseau de téléphonie mobile reste toutefois l'un des enjeux économiques et technologiques, comme l'a souligné le Président Kim Jong-un lors du huitième Congrès du Parti du travail de Corée, en janvier 2021.

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11 novembre 2022 5 11 /11 /novembre /2022 15:29

Après la bousculade dramatique ayant causé à présent 157 morts dans le quartier d'Itaewon le 29 octobre 2022, des manifestations ont eu lieu dans toute la République de Corée (Corée du Sud) le 5 novembre 2022 pour mettre en cause la réponse jugée insuffisante des autorités. Les manifestants ont fait le parallèle avec les défaillances dans la gestion en 2014 du naufrage du ferry Sewol, appelant à la démission du président conservateur Yoon Seok-yeol.

Tragédie du 29 octobre à Itaewon : les raisons de la colère

A l'appel de plusieurs groupes d'organisateurs, les veillées aux chandelles ont réuni au moins des dizaines de milliers de Coréens. Vêtus de noir et aborant des chrysanthèmes, symboles du deuil, ils ont exprimé leur colère. Au micro de la BBC, Kang Jee-joo, une étudiante de 22 ans, a déclaré : 

J'ai d'abord ressenti de la tristesse. Mais maintenant je suis en colère. Je suis ici parce qu'on aurait pu empêché cet incident. Ces personnes avaient presque mon âge.

Si les autorités ont reconnu ne pas avoir déployé suffisamment de forces de l'ordre sur le lieu du drame pour prévenir la catastrophe, leurs excuses - à l'instar de celles du ministre de l'intérieur - ne satisfont pas l'opinion publique qui estime que les autorités cherchent à se décharger de leurs responsabilités. Entre 18h34 et 22h11, donc jusqu'à près de quatre heures avant l'heure du drame, le numéro d'urgence 112 aurait reçu au moins 11 appels sur le risque qu'un mouvement de foule ne prenne un tour dramatique. Ces mises en garde n'ont manifestement pas été entendues. Il n'y avait que 137 membres des forces de l'ordre présents lors de la catastrophe, dont la plupart étaient en civil (seuls 58 policiers étaient revêtus de leur uniforme).  La préoccupation principale de la police semblait alors de lutte contre la consommation de cannabis.

Alors que la sécurité publique fait partie des missions régaliennes d'un Etat, ce manque de réactivité est d'autant plus imputé au chef de l'Etat qu'il est un ancien procureur. Les participants ont appelé à la démission du chef de l'Etat, dont la popularité est exceptionnellement basse six mois après son entrée en fonctions le 10 mai 2022.

Trois partis de l'opposition (Parti démocrate, Parti de la justice et Parti du revenu de base) - qui est majoritaire au Parlement - ont demandé la constitution d'une commission d'enquête parlementaire, à laquelle s'oppose la formation du chef de l'Etat, le Parti du pouvoir du peuple. Les parlementaires d'opposition à l'origine de cete initiative estiment nécessaire d'évaluer de manière indépendante les mesures de prévention du drame puis l'intervention des forces de l'ordre, critiquant ce qu'ils appellent une "auto-enquête".

Une manifestation est organisée par les Coréens en France le samedi 12 novembre 2022, à 17h, place du Trocadéro. Et parce que les mots ont un sens, et que des responsabilités doivent être établies, les organisateurs dénoncent la tragédie du 29 octobre - et non la bousculade d'Itaewon.

Sources : 

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6 novembre 2022 7 06 /11 /novembre /2022 14:11

Dans notre édition du 28 août 2022 nous dénoncions fermement l'émission d'un mandat d'arrêt par le FBI contre le Britannique Christopher Emms, poursuivi pour avoir participé à une conférence internationale sur la blockchain en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) en avril 2019. Cette mesure intervenait après une première condamnation - celle de Virgil Griffith, développeur d'Ethereum. Christopher Emms a finalement pu quitter l'Arabie Saoudite, où il était emprisonné puis retenu contre caution depuis février 2022, et se rendre en Russie - signant l'échec des autorités américaines à obtenir son extradition. Nous nous réjouissons de cet heureux développement pour Christopher Emms, en continuant d'appeler à ce que soit mis fin au mandat d'arrêt émis contre lui pour des motifs inacceptables. Il pourrait alors rejoindre son pays et les siens. 

Photo de Christopher Emms sur son compte Twitter

Photo de Christopher Emms sur son compte Twitter

Christopher Emms a déclaré que "le Royaume-Uni aurait mis un joli petit ruban sur [lui] et l'aurait envoyé dans une prison américaine pendant 20 ans". Dans ce contexte, il a déclaré que la Russie était son "domicile dans un avenir prévisible", en ajoutant que les autorités russes lui avaient proposé de résider en Russie, mais qu'il ne travaillait pas pour le gouvernement russe.

L'intervention en sa faveur du parlementaire Crispin Blunt (conservateur) a manifestement joué pour que les autorités britanniques se soucient (enfin) du sort d'un de leurs ressortissants. La représentante de Christopher Emms, Radha Stirling, de l'ONG Due Process International, a en effet salué le "soutien continu" du gouvernement britannique pour que l'interdiction de voyager de l'informaticien britannique soit levée, en déclarant :

Nous sommes soulagés que les autorités saoudiennes aient finalement rejeté la demande d'extradition américaine, qui n'avait pas de base légale solide ; et nous apprécions fortement l'intervention britannique dans cette affaire, ainsi que la coopération établie avec les Saoudiens.

Mais pour que Christopher Emms, désormais dans un pays sûr, puisse retrouver une vie normale, il faut que la notice rouge d'Interpol le visant soit abrogée. Ses défenseurs vont à présent s'y employer.

Source : 

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30 octobre 2022 7 30 /10 /octobre /2022 11:55

Le 29 octobre 2022, une bousculade meurtrière dans les rues d'Itaewon, à Séoul, est survenue en début de soirée, à 22h15, lors de la célébration d'Halloween. Un premier bilan de la catastrophe faisait état de plus de 150 morts et d'autant de blessés, étouffés et piétinés. La Corée est sous le choc du pire drame collectif du pays depuis le naufrage du ferry Sewol, en 2014. Alors que la priorité doit être de sauver le plus grand nombre de vies parmi les blessés graves, l'Association d'amitié franco-coréenne présente ses condoléances aux victimes, majoritairement des adolescents et de jeunes adultes, à leurs familles et à leurs proches. 

Catastrophe d'Itaewon : la Corée secourt ses blessés et pleure ses morts

C'était la première célébration d'Halloween sans masque depuis la fin de la pandémie de Covid-19. Dans le quartier branché et cosmopolite de la capitale sud-coréenne, la fête a tourné au drame : les victimes se sont retrouvées coincées et écrasées dans une ruelle en pente d'une largeur de 4 mètres, à proximité de la sortie 2 de la station de métro Itaewon et de l'hôtel Hamilton.

Des rumeurs font état de la présence supposée d'une célébrité non identifiée dans un bar comme pouvant être à l'origine du mouvement de foule. Un mouvement sismique se serait également produit. L'enquête est en cours sur les causes de la tragédie.

Localisation du drame

Localisation du drame

Foule dans les rues de Séoul le soir du 29 octobre

Foule dans les rues de Séoul le soir du 29 octobre

Sous réserve d'une évaluation de la réponse à cette situation de crise, quelque 850 pompiers sont intervenus rapidement. Une heure et demie après les faits 83 ambulances étaient sur le site.

Un mouvement de solidarité pour l'assistance aux victimes s'est enclenché : les commerces adjacents ont ouvert leurs portes et accueilli les victimes, des festivaliers costumés ont prodigué les gestes de premier secours et l'hôpital universitaire de Soonchunhyang, à proximité, a privilégié l'accueil des victimes. Le combat pour sauver les blessés graves se poursuit. 

L'identification des victimes a montré que la jeunesse coréenne a payé le plus lourd tribut. Un bilan provisoire a fait état de 153 morts (dont près de deux tiers de femmes), parmi lesquels 20 étrangers de 12 nationalités - chinoise (4 morts), iranienne (4 morts également), russe (3 morts), américaine, autrichienne, française, kazakhe, norvégienne, ouzbèke, sri lankaise, thaïlandaise, vietnamienne.

Un deuil national a été décrété jusqu'au 5 novembre à minuit. Les fonctionnaires porteront un ruban noir en signe de condoléances. Le maire de Séoul Oh Se-hoon, qui était en visite en Europe, est revenu d'urgence en Corée.

Alors que des images et des vidéos poignantes du drame ont circulé sur les réseaux sociaux, montrant des dizaines de corps alignés au sol, les autorités sud-coréennes ont annoncé qu'elles pourraient donner lieu à des poursuites - tout comme la diffusion de fausses informations. Mais l'heure n'est pas à rechercher des boucs émissaires ni à légiférer dans l'urgence, alors qu'affluent des messages de solidarité du monde entier, et d'abord sur les sites Internet des communautés des fans de K-pop, apparus à la pointe de la couverture des événements, comme K-Sélection, dont les contributeurs sont en partie coréanophones.

Pour notre part, nous sommes convaincus que la République de Corée, devenue en moins d'une génération l'une des puissances majeures de l'Asie, saura une nouvelle fois faire face à ce drame qui l'a frappée.

Sources :

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9 octobre 2022 7 09 /10 /octobre /2022 11:56

Tous les Coréens célèbrent la fondation de l'alphabet qui leur est propre, appelé hangeul au Sud de la péninsule et chosongeul au Nord et dans la préfecture autonome de Yanbian, en Chine. Cette commémoration a toutefois lieu à des dates différentes : le 15 janvier en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), pour célébrer la création en 1444 du Hunminjeongeum ("Les sons corrects pour l'instruction du peuple"), document décrivant la nouvelle écriture coréenne ; le 2 septembre dans la préfecture autonome coréenne de Yanbian, cette célébration ayant commencé en 2014 ; enfin, le 9 octobre, correspondant au jour de promulgation du Hunminjeongeum en 1446, en République de Corée (Corée du Sud), où le jour de l'alphabet coréen est devenu une fête nationale en 1970. 

Le Hunminjeongeum

Le Hunminjeongeum

C'est à l'initiative du roi Sejong (1418-1450) qu'a été créé l'alphabet coréen, promulgué en 1446, après trois années de travaux de recherches confiés à des érudits et menés dans la plus grande discrétion, tant les élites nobles et intellectuelles étaient hostiles à abandonner l'écriture chinoise - et ainsi favoriser un changement dans l'ordre social. En effet, l'objectif des promoteurs du nouvel alphabet était de développer un système d'écriture phonétique non seulement plus adapté à la langue coréenne, mais aussi plus facile d'apprentissage alors que la population restait largement illettrée : cet accès élargi à l'éducation aurait ainsi été un ferment d'évolution sociale.

Au regard des conséquences de la création de l'alphabet coréen, le développement de l'alphabet coréen fut ensuite bridé au plus haut niveau de l'Etat : en 1504, un des successeurs du roi Sejong, Yeonsangun, en interdit l'usage et l'apprentissage. Son emploi subsista néanmoins, essentiellement grâce à sa promotion par les femmes et les catégories sociales les plus défavorisées - jusqu'à ce que le Japon n'en impose l'usage en 1894, pour signifier la rupture avec la culture chinoise traditionnelle. La langue - et l'écriture - coréennes deviendront ensuite pleinement des marqueurs de l'identité nationale dans la lutte contre la colonisation japonaise, qui aboutit en 1945 au rétablissement de l'indépendance du pays. Le terme hangeul (signifiant "grande écriture") est utilisé pour la première fois en 1912 par le linguiste Ju Si-gyeong, un des pères de la langue coréenne qu'il a contribué à normaliser. 

 

Ju Si-gyeong

Ju Si-gyeong

Dans la Corée indépendante après 1945, les caractères chinois (hanja) ont  progressivement disparu, ne servant plus qu'à distinguer des homophones ou marquer des nuances.

Compte tenu de son caractère logique, l'alphabet coréen - un des rares alphabets suffisamment récent pour qu'on en connaisse la date de création - est décrit par les Coréens comme hautement scientifique. La célébration du jour de l'alphabet est fériée en Corée du Sud à partir de 1970 - hormis une interruption entre 1990 et 2012, à la demande des employeurs qui estimaient que le trop grand nombre de jours fériés nuisait à la compétitivité de l'économie (et pour compenser que le jour des Nations Unions était devenu un jour de vacances en 1991).  Mais il est redevenu ensuite un jour férié à compter de 2013, après la campagne menée en ce sens par la Société Hangeul.

Principale source : 

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3 octobre 2022 1 03 /10 /octobre /2022 21:14

Chaque année, dans l'ensemble de la péninsule coréenne le 3 octobre est célébré comme le jour de la fondation de la Corée (gaecheonjol). Fête nationale en République de Corée (Corée du Sud), le 3 octobre n'est pas férié en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) mais est également célébré et donne lieu à une cérémonie au Mausolée de Tangun, à Kangdong.

Représentation de Tangun, le fondateur de la Corée

Représentation de Tangun, le fondateur de la Corée

Selon la légende, la Corée a été fondée par Tangun, le 3 octobre de l'an 2333 avant notre ère. Fils du dieu du ciel Hwanin, Hwanung régnait sur l'Etat de Shinshi. Un tigre et un ours prièrent Hwanung de leur donner forme humaine. Ce dernier les mit à l'épreuve de rester dans une grotte, hors de la lumière, pendant 100 jours, en ne se nourrissant que de vingt gousses d'ail et d'un bouquet d'armoise. Si le tigre abandonna au bout de 20 jours, l'ours surmonta l'épreuve et devint une femme qui épousa Hwanung : de leur union naquit Tangun. Cette légende des origines a imprégné le vieux fonds chamaniste de la Corée, qui est toujours présent : les montagnes sont sacrées, au premier rang desquelles le Mont Paektu, point culminant à la frontière sino-coréenne, où serait née la Corée.

Le mot coréen gaecheonjeol signifie littéralement le jour de l'ouverture du ciel (gaecheon), faisant référence au jour où Hwanung est descendu du ciel pour vivre avec l'humanité. C'est en 1909 que le jour de la fondation de la Corée est officiellement devenu une fête nationale, Tangun étant aussi célébré comme le fondateur de Gojoseon, le premier Etat coréen. Initialement fixé au troisième jour du dixième mois du calendrier lunaire, gaecheonjol a ensuite été fixé au 3 octobre lorsqu'il est devenu la fête nationale coréenne par le gouvernement provisoire de la République de Corée, fondé en 1919 dans le contexte du soulèvement du 1er mars

Le jour de la fondation de la Corée est très lié à Tangun, lequel a donné lieu à un culte, la religion de Tangun ou taejongkyo, fondée en 1909 par Na Cheol et s'inscrivant dans le fond chamaniste national. Très lié au mouvement pour l'indépendance de la Corée, persécuté par les Japonais pendant la colonisation, le culte de Tangun aurait été pratiqué par 400 000 Coréens durant les années 1910-1920 et compte encore aujourd'hui encore au moins 10 000 croyants en Corée du Sud. 

Na Cheol, le fondateur du culte de Tangun

Na Cheol, le fondateur du culte de Tangun

Principale source :

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28 août 2022 7 28 /08 /août /2022 21:41

Alors que l'opinion publique française est alertée sur la situation terrible de Sébastien Raoult, jeune hacker français de 21 ans détenu au Maroc et menacé d'extradition vers les Etats-Unis, un citoyen britannique est menacé d'un sort similaire : Christopher Emms est actuellement détenu en Arable Saoudite, risquant une extradition vers les Etats-Unis après l'émission d'un mandat d'arrêt par le FBI. Pourtant, un Britannique ne devrait pas être soumis à une juridiction américaine pour des faits commis en dehors du territoire américain : le principe d'extraterritorialité est contraire aux règles de droit international. Les accusations à l'encontre de Christopher Emms sont par ailleurs absurdes : pour avoir participé à une conférence internationale sur la blockchain en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) en avril 2019, il deviendrait soudainement co-organisateur de cette conférence selon la justice américaine - et à ce titre coupable de complot pour avoir tenté de soustraire la RPD de Corée aux sanctions internationales. Christopher Emms encourt vingt ans de prison aux Etats-Unis. L'Association d'amitié franco-coréenne se joint aux défenseurs de l'informaticien britannique, qui rejette catégoriquement les accusations à son encontre, pour qu'il puisse enfin bénéficier de la protection consulaire des autorités britanniques en étant rapatrié au Royaume-Uni, et que dans son pays il puisse se défendre librement d'accusations dont tout indique qu'elles sont infondées.

Justice et liberté pour Christopher Emms !

Les poursuites contre Christopher Emms - ainsi que l'Espagnol Alejandro Cao de Benos - s'inscrivent dans le prolongement de la condamnation du développeur d'Ethereum, Virgil Griffith, à 63 mois de prison par la justice américaine. Tous les trois avaient participé à une conférence sur la blockchain, organisée en 2019 à Pyongyang par Alejandro Cao de Benos. Après avoir défendu n'avoir apporté aucune information sensible de nature à permettre aux Nord-Coréens d'échapper aux sanctions internationales, Virgil Griffith avait finalement plaidé coupable à la suite d'un placement en détention provisoire - ce qui lui avait permis de réduire la très lourde peine à laquelle il était exposé (jusqu'à 20 ans de prison). Après sa condamnation, Christopher Emms et Alejandro Cao de Benos sont poursuivis pour complicité en ayant prétendument aidé les Nord-Coréens à utiliser les crypto-monnaies pour contourner les sanctions internationales. Ni l'un ni l'autre ne sont pourtant américains et les faits incriminés n'ont pas été commis aux Etats-Unis. L'affaire Julian Assange a apparemment donné des ailes aux procureurs américains pour faire appliquer la loi américaine partout dans le monde, en méconnaissance du principe de souveraineté des Etats.

 

Comme l'a souligné Christopher Emms, non seulement il n'était pas impliqué dans l'organisation de la conférence à Pyongyang, mais la description qu'il en donne peut difficilement laisser penser qu'une quelconque information utile ait pu être apportée aux Nord-Coréens : 

Nous n'avons reçu aucune préparation, on nous a donné un tas de merde, des copiés-collés de Google qui nous ont été donnés par [Cao de Benós] avec différents sujets de discussion, des trucs de haut niveau comme “Blockchain et technologie” et “Blockchain et la paix.”

Blockworks

De la description qu'il donne de son voyage (payant) en RPD de Corée, Christopher Emms ne peut vraiment pas être décrit comme un défenseur à quelque titre que ce soit du régime nord-coréen. Pourtant, à en croire le FBI, il aurait permis aux Nord-Coréens d'acquérir des connaissances pour échapper aux sanctions frappant la RPDC... 

 

Non seulement Christopher Emms est détenu en Arabie Saoudite, dans un état de pression psychologique intense, mais ses comptes bancaires ont été bloqués par décision de la justice américaine et il en est réduit à emprunter de l'argent à sa famille et ses amis.

 

Malgré l'engagement courageux en sa faveur du député britannique conservateur Crispin Blunt, les autorités londoniennes ont manifestement abandonné l'un de leurs ressortissants.  Tout ce qu'il demande est de pouvoir retourner au Royaume-Uni et se défendre :

Emms maintient qu'il est innocent, mais même s'il ne l'était pas, il considère qu'il a le droit de “rentrer à la maison et de traiter avec le système judiciaire britannique, ce qui n'est pas, je pense, une énorme chose à demander, même aux Américains”

Coingeek

Les poursuites contre Christopher Emms s'inscrivent plus largement dans un mouvement inquiétant de criminalisation des activités liées aux crypto-monnaies, ainsi que de mise en oeuvre d'un délit d'opinion - ce dont a également souffert le président de l'AAFC : au fond, la principale critique contre Christopher Emms n'est-elle pas d'avoir dénoncé comme particulièrement injustice la gestion par les autorités américaines du système monétaire global ? Les fondateurs des crypto-monnaies ont rêvé d'un monde meilleur en instituant un système monétaire qui puisse échapper aux Etats ; aujourd'hui, l'appareil répressif des Etats cherche à étouffer leurs voix indépendantes et libres.

 

Sources :

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20 juillet 2022 3 20 /07 /juillet /2022 20:32

Quand vous demandez à un Sud-Coréen ou à une Sud-Coréenne vivant à l'étranger son âge, il est fréquent que l'on vous réponde "ici j'ai X... ans", mais "en Corée j'ai X+1 [ou X+2] années". Mais il serait plus exact d'écrire "quand vous demandiez". Car l'administration présidentielle intérimaire (avant l'entrée en fonctions du chef de l'Etat Yoon Seok-yeol) de la République de Corée (Corée du Sud) a décidé de mettre fin à ce qui était une spécificité de la culture sud-coréenne - et qui n'était d'ailleurs pas appliqué au nord de la péninsule.

Comment expliquer cette différence ?

 

A votre naissance vous étiez considéré comme ayant déjà 1 an - afin de prendre en compte la durée de la grossesse. Enfin, le 1er janvier de l'année suivant notre naissance vous aviez 1 an de plus - ce qui n'empêchait évidemment pas de célébrer votre anniversaire le jour commémorant votre date de naissance. En conséquence, une personne née un 31 décembre avait 2 ans dès le lendemain - et non 1 jour selon l'usage en vigueur dans la plupart des pays du monde. Mais l'écart de 2 ans se résorbait à 1 an le jour de l'anniversaire.  

 

Mais cette façon de compter son âge - qui suscitait bien des interrogations parmi les étrangers - a vécu. Désormais, le décompte de l'âge en Corée du Sud suit les standards internationaux, par souci de standardisation. Reste maintenant à savoir quel sera le délai pour que la pratique administrative entre dans les usages des Sud-Coréens. 

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1 juillet 2022 5 01 /07 /juillet /2022 22:37
"Faire du terrain en Corée du Nord" ? La réponse d'universitaires et de chercheurs

En 2021, l' "Atelier des Cahiers" a édité un essai intitulé "Faire du terrain en Corée du Nord", publié sous la direction de Valérie Gelézeau et Benjamin Joineau. Cet ouvrage relate et analyse le déplacement en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), en octobre 2013, de sept chercheurs : outre les deux auteurs précités, Yannick Bruneton, Evelyne Chérel-Riquier, Koen De Ceuster, Alain Delissen et Françoise Ged. A la suite de ce déplacement, la géographe et urbaniste Valérie Gelézeau, spécialiste de la Corée, et l'architecte Françoise Ged ont pu initier une coopération franco-(nord-)coréenne dans leurs domaines de spécialité, accueillant ensuite à plusieurs reprises des confrères nord-coréens en France. L'Association d'amitié franco-coréenne revient sur la manière dont les auteurs ont rendu compte de leur échange, à la lumière de cette question : comment faire un travail de recherche de terrain, réputé impossible, en Corée du Nord ?

Lorsqu'en avril 2012 une délégation de l'AAFC en visite en Corée du Nord rencontrait des architectes nord-coréens formés en France qui lui avaient fait part de leur intérêt d'engager des coopérations avec des universitaires français, elle ne se doutait pas que plusieurs de ses interlocuteurs de l'EHESS, spécialistes de la Corée, souhaitaient alors eux aussi mettre en place un programme d'échanges avec la RPDC. Cette question d'un échange universitaire devait à nouveau être abordée lors d'un nouveau voyage de l'AAFC au nord de la péninsule, en juillet-août 2013, au cours duquel nous avons à nouveau remis de la documentation dans le domaine de l'architecture. Dans ce contexte, nous nous sommes félicités de la concrétisation du programme universitaire et pluridisciplinaire, engagé en octobre 2013 sous l'impulsion notamment de Valérie Gelézeau, et à la préparation duquel nous avions modestement contribué. L'ouvrage paru aux éditions de l'Atelier des Cahiers rend compte de ces échanges, huit ans après leur mise en place, et auxquels un coup d'arrêt (espérons-le temporaire) a été donné par la fermeture des frontières nord-coréennes depuis le début de l'année 2020, dans le contexte de lutte contre la pandémie liée au Covid-19.

Il y a plusieurs niveaux de lecture de ce qui constitue fondamentalement un essai sur la notion de travail de terrain dans le domaine de la recherche universitaire. Tout d'abord, nous pouvons lire les résultats concrets de ces échanges à partir d'une lecture de l'urbanisme de Pyongyang, en particulier dans le compte rendu de mission qu'a effectué Françoise Ged. Nous pouvons aussi découvrir une expérience de ce qu'on peut qualifier de choc interculturel, même pour des universitaires spécialistes de la Corée (mais plutôt du Sud). Enfin - et c'est sans doute le plus intéressant - les auteurs (et plus particulièrement Valérie Gelézeau, dans le chapitre consacré au "making off" du terrain) posent des questions essentielles sur la difficulté de mener des travaux de recherche au regard des contraintes imposées à tout voyageur en Corée du Nord : en particulier, c'est l'organisme d'accueil qui détermine, certes en lien avec les visiteurs, le programme de visite, dans une volonté de contrôle totale et constante - laquelle s'inscrit en filiation avec les modalités des déplacements qui pouvaient naguère être effectués en Union soviétique et dans la Chine avant 1979. De ce point de vue, la Corée du Nord ne constitue pas une exception de lieu et de temps, mais ces spécificités posent d'évidentes questions éthiques pour le visiteur que les auteurs traitent tant avec la distance scientifique qui s'impose qu'en maniant un humour qui rend leur ouvrage attrayant pour le néophyte soucieux de découvrir la Corée du Nord (et procède à une utile démystification). Et au final, nous faisons nôtres leurs conclusions selon lesquelles c'est en favorisant les interactions que l'on contribue le plus utilement à la compréhension de l'autre, en évitant les jugements de valeur et les a priori : "cela fait plus de quarante ans que les sciences humaines et sociales ont abandonné l'illusion de cette entreprise totalitaire qu'est le terrain ; il est temps de lâcher prise et d'abandonner aussi pour la Corée du Nord cette illusion. C'est la première condition qui permettra de tirer les études nord-coréennes d'une préhistoire méthodologique prisonnière non seulement des limites d'un "contexte fermé", mais d'une conception orientalisante et moralisante de tout ce qui touche à la Corée du Nord." (p. 139)

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19 décembre 2019 4 19 /12 /décembre /2019 17:57

Le comté de Samjiyon, situé au nord-est de la péninsule coréenne, dans la province du Ryanggang de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), occupe une place de premier plan dans l’histoire de la RPDC : le Président Kim Il-sung y a dirigé la guérilla jusqu'en 1945, alors que la Corée était sous le joug de l'empire du Japon. Par ailleurs, c’est dans un camp situé au pied du Mont Paektu,  point culminant de la péninsule coréenne situé dans le même comté, qu’est né le 16 février 1942 le Dirigeant Kim Jong-il, successeur de Kim Il-sung de 1994 à 2011. Alors qu'était commémoré le 17 décembre 2019 le huitième anniversaire de la disparition de Kim Jong-il, Kim Jong-un, Chef d’État de la RPDC, a inauguré quelques jours auparavant, le 2 décembre, la nouvelle ville de Samjiyon, après des travaux qui ont complètement transformé cette dernière.

La ville de Samjiyon inaugurée le 2 décembre 2019 (source : KCNA)

La ville de Samjiyon inaugurée le 2 décembre 2019 (source : KCNA)

À un moment où la perspective d’un accord entre les États-Unis et la RPDC s’éloigne chaque jour d’avantage – et, avec elle, un allègement des lourdes sanctions pesant sur la RPDC -, l’inauguration de la « nouvelle ville de Samjiyon » démontre au monde que, malgré les difficultés, la RPDC dispose des ressources humaines et matérielles nécessaires pour réaliser en un temps record d’immenses projets d’infrastructures. Car l’inauguration de Samjiyon - la ville ne sera achevée en totalité qu’en 2021 - n’est qu’un des projets civils lancés ces dernières années sous l’impulsion de Kim Jong-un. On peut citer, entre autres, le Complexe scientifique et technologique (inauguré en 2016) et l'avenue Ryomyong (inaugurée en 2017), à Pyongyang, la cité balnéaire de Wonsan (en cours d'achèvement) ou encore le Complexe des sources chaudes de Yangdok, inauguré le 7 décembre 2019.

L'avenue Ryomyong inaugurée en 2017 (source : KCNA)

L'avenue Ryomyong inaugurée en 2017 (source : KCNA)

Le Complexe des sources chaudes de Yangdok inauguré le 7 décembre 2019 (source : KCNA)

Le Complexe des sources chaudes de Yangdok inauguré le 7 décembre 2019 (source : KCNA)

Ces immenses chantiers mobilisent tout un peuple et nombreux sont les volontaires et soldats mobilisés qui affluent de tout le pays pour participer à l’effort de construction. Surtout, ils illustrent des principes depuis longtemps ancrés dans le Juche, idéologie directrice de la RPDC, notamment les principes d’indépendance et de créativité.

Kim Jong-il (1942-2011) a joué un rôle primordial dans le développement des idées du Juche. Plus précisément, à partir de 1974, alors qu’il était  directeur du département de l'organisation et de l'orientation du Parti du travail  de Corée, Kim Jong-il a accompli un grand travail de théorisation, dont l’aboutissement fut la publication en 1982 d’un ouvrage important dans l'histoire des idées en RPDC : Des Idées du Juche.

De l'action politique de Kim Jong-il, on peut retenir deux événements marquants,  sur le plan intérieur et en matière de politique étrangère.

Sur le plan intérieur, il s’agit bien évidemment de la lutte contre les conséquences des tragiques événements de la décennie 1990, période désignée en RPDC comme la « dure marche ». Si le bilan humain de la famine qui frappa la RPDC à la fin des années 1990 est toujours controversé, il s’agit sans doute de l’événement le plus dramatique de l’histoire de la péninsule coréenne depuis la fin de la guerre  en 1953. Aussi, cette période reste durablement ancrée dans les mémoires, tant en Corée qu’à l’étranger. Pourtant, on ne peut que regretter que beaucoup d’observateurs étrangers et experts plus ou moins autoproclamés de la Corée du Nord mettent toujours en avant des images et témoignages vieux de plus de 20 ans, et soient incapables de mesurer et apprécier l’importance de la modernisation voulue et accomplie ces dernières années  par la RPD de Corée sous la direction de Kim Jong-il puis de Kim Jong-un.

Alors que la RPDC était en proie à d’immenses défis, Kim Jong-il a d'abord voulu protéger les intérêts vitaux de son pays, notamment face aux tentatives de déstabilisation d'ampleur croissante. En ce sens, la poursuite du programme de développement d'une force de dissuasion nucléaire autonome, malgré les difficultés économiques, grâce à la politique du Songun (priorité aux affaires militaires), a sans doute permis à la RPDC de conserver sa souveraineté et de maintenir l’équilibre des forces en Corée. Ainsi, Kim Jong-il a écrit : « Se défendre par ses propres moyens est un des principes essentiels de l'édification d'un État indépendant et souverain. Tant qu'existe l'impérialisme, un pays qui ne dispose pas de forces armées d'autodéfense susceptibles de repousser ses ennemis, de l'intérieur comme de l'extérieur, ne peut, en fait, être considéré comme un pays complètement indépendant et souverain. » (Kim Jong-il, Des Idées du Juche,  « L’autodéfense en matière de sécurité nationale », Éditions en langues étrangères, Pyongyang, 1982).

Il convient de noter que la dissuasion « du faible au fort » pratiquée par la RPDC est analogue à la doctrine française de dissuasion voulue par le Président Charles de Gaulle dans les années 1960, dans un contexte différent puisque, à cette époque, la France bénéficiait encore du  « parapluie nucléaire » des États-Unis et ses intérêts vitaux étaient moins menacés que ceux de la RPDC dans les années 1990...

Mais la politique de priorité aux affaires militaires ne fut jamais une fin en soi et s’est accompagnée d'efforts diplomatiques de la part de la RPDC qui ont marqué un tournant décisif pour la Corée et pour le monde.

On retiendra d'abord la relance du dialogue inter-coréen entre 1998 et 2008 et les historiques sommets entre Kim Jong-il et les présidents sud-coréens Kim Dae-jung, en juin 2000, et Roh Moo-hyun, en octobre 2007.  Les déclarations signées conjointement par les dirigeants suprêmes des deux États coréens le 15 juin 2000 et le 4 octobre 2007 posèrent les bases d'une réunification de la Corée dans l'indépendance et la paix « par les propres efforts du peuple coréen ». Deux des résultats les plus emblématiques de la relance du dialogue inter-coréen furent le circuit touristique des monts Kumgang et la zone industrielle de Kaesong, projets malheureusement arrêtés, respectivement, en juillet 2008 et février 2016 par les gouvernements conservateurs revenus au pouvoir en Corée du Sud.

Le Dirigeant Kim Jong-il accueille le Président Kim Dae-jung à Pyongyang le 13 juin 2000

Le Dirigeant Kim Jong-il accueille le Président Kim Dae-jung à Pyongyang le 13 juin 2000

Kim Jong-il a aussi tendu la main aux pires ennemis de son pays, en déléguant à Washington du 9 au 12 octobre 2000 le vice-président de la Commission de la défense nationale de la RPDC, le vice-maréchal Jo Myong-rok, visite suivie par celle de la secrétaire d'État américaine Madeleine Albright à Pyongyang le 23 octobre 2000. Le 17 septembre 2002, Kim Jong-il reçut aussi à Pyongyang le Premier ministre japonais Junichiro Koizumi.

La secrétaire d'État Madeleine Albright accueillie par Kim Jong-il à Pyongyang le 23 octobre 2000

La secrétaire d'État Madeleine Albright accueillie par Kim Jong-il à Pyongyang le 23 octobre 2000

À l'instar des grands projets civils menés en dépit des difficultés économiques - souvent imposées de l'extérieur -, les gestes diplomatiques spectaculaires accomplis par la RPDC au cours des deux dernières décennies, démontrant que le dialogue est toujours possible, adressent un message d'espoir au monde entier.

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