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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 22:51

Le 28 mai 2014, Ahn Dae-hee a présenté sa démission comme Premier ministre six jours seulement après avoir été choisi par la présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye, avant même son audition par le Parlement. Ce retrait est la conséquence de l'aveu implicite de l'impétrant qu'il avait perpétué la détestable tradition sud-coréenne du jeongwanyewu, un système de collusion des hauts magistrats auquel la Présidente Park avait promis de s'attaquer.

Le Premier ministre qui n'était resté que six jours en fonctions

Le jeongwanyewu est un terme coréen - qui peut être traduit par "traitement honorable des prédécesseurs" - désignant la corruption sous forme de collusion entre les anciens juges et leurs collègues toujours en fonctions : les premiers deviennent avocats et usent de leurs réseaux d'influence auprès des seconds.

Le Premier ministre Ah Dae-hee avait été choisi il y a six jours par la présidente sud-coréenne pour insuffler de nouvelles pratiques après ce qu'avait révélé comme dysfonctionnements le dramatique naufrage du ferry Sewol.

Mais avant même son audition par les parlementaires Ahn Dae-hee a remis sa démission, suite aux soupçons pesant sur cet ancien juge à la Cour suprême qu'il avait perpétué la pratique inacceptable du jeongwanyewu. Ahn Dae-hee n'a d'ailleurs pas démenti ces mises en cause, en déclarant qu'il était "désolé d'avoir déçu le peuple avec le jeongwaenyewu et d'autres suspicions".


Ahn Dae-hee aurait touché 1,6 milliard de won (soit 1,56 million d'euros) moins de six mois après avoir ouvert son cabinet d'avocats, en juillet 2013, en tirant notamment profité du jeongwanyewu - ce qui avait soulevé un tollé de protestations de l'Alliance de la nouvelle politique pour la démocratie (ANPD, principal parti d'opposition, centriste). Ahn Dae-hee avait tenté de désamorcer les critiques en annonçant qu'il ferait don de 1,1 milliard de won à des oeuvres caritatives. Après son retrait, l'ex-Premier ministre n'avait pas précisé s'il maintiendrait sa promesse.

Ce dernier épisode reflétant la corruption au sein de l'élite administrative et politique sud-coréenne est un nouveau coup dur pour la Présidente Mme Park Geun-hye, à la veille d'élections locales - le 4 juin prochain - qui se présentent sous un jour défavorable après qu'elle eut été mise en cause pour la gestion catastrophique du naufrage du Sewol : en effet, le scandale Ahn Dae-hee - alors que le Premier ministre avait une réputation d'intégrité - éclaire à nouveau l'oubli à ce jour des promesses de campagne de la candidate, qu'il s'agissait de la sécurité des personnes - en l'espèce, pour le transport de voyageurs - ou de la lutte contre la corruption.

Le même jour, la faiblesse du réseau de services publics a été révélée par un incendie à l'hôpital Hyosarang, dans le comté de Jangseong, qui a causé la mort d'au moins 21 personnes. N'est-il pas temps pour la Corée du Sud de tourner enfin le dos à une déréglementation libérale qui n'a tué que trop de victimes innocentes ? N'est-il pas temps d'insuffler des principes de justice et d'équité dans une société gangrénée par la corruption et le clientélisme, qui ont partie liée avec l'insuffisance des services publics, comme en a témoigné le naufrage du Sewol ?

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24 mai 2014 6 24 /05 /mai /2014 09:08

Le 22 mai 2014, la Présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye a choisi Ahn Dae-hee pour occuper les fonctions de Premier ministre, après la démission de son prédécesseur Chung Hong-won suite à la gestion catastrophique du naufrage du ferry Sewol, laquelle a entraîné une forte chute de la popularité de la présidente Mme Park Geun-hye - dont le parti Saenuri (conservateur) est désormais en mauvaise posture à la veille des élections locales du 4 juin prochain. La portée du changement de Premier ministre doit cependant être relativisée, dans la mesure où le chef de l'Etat concentre la réalité du pouvoir exécutif en République de Corée (du Sud), et que l'équipe de proches conseillers dont s'est entourée Mme Park Geun-hye est restée inchangée.

Ahn Dae-hee au siège du Gouvernement, le 22 mai 2014

Ahn Dae-hee au siège du Gouvernement, le 22 mai 2014

Ancien juge à la Cour suprême, le nouveau Premier ministre sud-coréen Ahn Dae-hee nommé le 22 mai 2014 devra, selon le communiqué de la présidence sud-coréenne, engager une réforme administrative et gouvernementale, afin de lutter contre la "bureaucratie" et certaines pratiques irrégulières, perçues comme les causes du drame du naufrage du ferry Sewol et de sa mauvaise gestion. De fait, Ahn Dae-hee a immédiatement présenté ses condoléances aux familles des victimes.

Si le nouveau Premier ministre a une réputation d'honnêteté, les termes employés - visant la "bureaucratie" - laissent perplexes : une leçon majeure de la catastrophe du Sewol est le besoin d'une re-reglémentation, et pas une nouvelle dérégulation dont les administrations conservatrices sud-coréennes, très liées au pouvoir des conglomérats, sont friandes. Mais peut-être s'agit-il simplement d'un slogan à visées électoralistes, peu avant les scrutins locaux du 4 juin, alors qu'un large consensus existe - y compris dans la presse de droite - sur le besoin de renforcer les contrôles administratifs pour assurer la sécurité des citoyens en matière de transports ?

 

Deux bonnes nouvelles pour la démocratie sud-coréenne sont les démissions de deux autres figures controversées : le directeur de l'agence de renseignement (NIS), Nam Jae-joon, conséquence logique des scandales auxquels le NIS a été mêlé, et de Kim Jang-soo, qui dirige le Conseil de sécurité nationale. Mais ces changements de têtes seront-ils synonymes d'une nouvelle ligne politique ?

 

Car l'opposition progressiste, à l'instar du quotidien Hankyoreh proche d'elle, souligne que le tout-puissant secrétaire général de la présidence de la République reste en place : âgé de 72 ans, Kim Ki-choon figurait déjà parmi les collaborateurs du général Park Chung-hee, père de l'actuelle chef de l'Etat, et qui avait instauré le régime le plus autoritaire qu'ait jamais connu la Corée du Sud, jusqu'à son assassinat en 1979. Il a été mêlé en 1992 à un scandale faisant apparaître un favoritisme régional - l'une des plaies politiques et économiques de la Corée du Sud, largement favorisée par le général Park Chung-hee, et alors que le nouveau Premier ministre est originaire de la région de Yeongnam, dans le Sud-Est, comme nombre des nouveaux hommes forts du régime. Par ailleurs, Kim Ki-choon est décrit par la très officielle agence de presse Yonhap comme faisant partie des sept conseillers les plus proches qui "comprennent le mieux la philosophie politique de la Présidente Park Geun-hye". Et c'est bien cela qui fait peur, car les signes se multiplient d'une filiation avec les orientations néo-libérales et antidémocratiques de feu son père, dont elle avait été la première dame après l'assassinat de sa mère.

 

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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 00:14

La calamiteuse gestion par l'administration sud-coréenne du dramatique naufrage du ferry Sewol atteint la présidente sud-coréenne elle-même, Mme Park Geun-hye, qui avait fait d'une société plus sûre l'une de ses promesses de campagne. Le 9 mai 2014, alors que les familles des victimes ont demandé à être reçues par la chef de l'Etat, celle-ci n'a envoyé que des représentants de l'administration présidentielle - tandis que le camp conservateur fustigeait la présence d'éléments à ses yeux "subversifs" dans les manifestations. Cette réaction est une nouvelle manifestation du tournant autoritaire en Corée du Sud qui vise à discréditer les forces d'opposition, en tendant ainsi à remettre en question la liberté d'expression et le droit de manifester.

Emmenés par les familles des victimes, les manifestants se sont vus bloquer l'accès à la Maison Bleue par les forces de l'ordre, le 9 mai 2014.

Emmenés par les familles des victimes, les manifestants se sont vus bloquer l'accès à la Maison Bleue par les forces de l'ordre, le 9 mai 2014.

Pour exprimer leur colère et être reçues par la Présidente Park Geun-hye, les familles des victimes étaient arrivées à proximité de la Maison Bleue - du nom du siège de l'administration présidentielle - à 4h du matin ce vendredi 9 mai. Mais il leur a fallu attendre cinq heures et demie pour qu'une délégation des familles soit reçue au niveau seulement de membres de l'administration présidentielle.

Car l'affolement a gagné les rangs du camp conservateur. Min Kyung-wook, porte-parole de la présidence de la République, a suscité l'indignation en déclarant qu'il n'était pas possible de négocier avec des personnes qui n'étaient pas les représentants des familles endeuillées. Doit-on comprendre que seules ces dernières sont autorisées à s'exprimer sur une question majeure de politique publique ?

Mme Park Geun-hye, ancienne première dame de son père, le général Park Chung-hee - qui a mis en place le régime le plus autoritaire qu'ait jamais connu la Corée du Sud - a manifestement gardé le goût d'un refus de la contestation (qualifiée par la droite sud-coréenne de "subversion"), sous le prétexte d'une plus grande efficacité de l'économie libérale, tout en menaçant de nouvelles atteintes à la liberté de la presse sous couvert de "désinformation". Les propos que la chef de l'Etat a tenus sont ahurissants au regard de la responsabilité de l'administration dans la gestion du désastre. Comment Mme Park Geun-hye ose-t-elle exploiter une telle situation de tragédie pour faire taire les voix discordantes ? 

"Les comportements qui entraînent de l'agitation sociale et de la division ont un effet négatif sur notre économie (...). Il y a des fausses rumeurs et des informations déformées qui circulent, et j'espère que tous ici vous travaillez dur pour y arriver, favoriser la compréhension, et redonner espoir dans notre société. Je ne sais pas ce qu'il adviendra de notre pays si les choses continuent ainsi".

Ces propos interviennent moins de deux semaines après des consignes données aux administrations que les fonctionnaires ne devaient pas se joindre aux manifestations du 1er mai, qui ont pris en compte le drame du Sewol - alors que le naufrage est la conséquence d'une déréglementation libérale assumée, que la fête des travailleurs est l'occasion de dénoncer dans tous les pays du monde, mais visiblement pas en Corée du Sud.

 

Le programme développé par Mme Park, appuyée par les médias conservateurs qui sont la caisse de résonance du Parti Saenuri au pouvoir, entonne, un refrain connu : promotion des "bons" médias, refus de la contestation syndicale et politique, appel à l'unité autour du dirigeant dans une négation des différences de classes et d'intérêts... Il s'agit d'une résurgence des idéaux politiques du père de Park Geun-hye, le général Park Chung-hee. Si les forces de sécurité, les médias publics et de droite et les Eglises évangélistes conservatrices sont engagées dans un marathon de longue haleine pour consolider  le pouvoir du parti Saenuri, les élections locales du 4 juin prochain peuvent encore permettre aux Coréens de donner un coup d'arrêt à l'actuelle dérive de la démocratie sud-coréenne. Rarement des élections locales auront-elles été aussi lourdes de sens et d'implications sur l'avenir politique du pays.

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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 13:18

Suite au dramatique naufrage du ferry Sewol (302 morts et disparus, et des chances désormais très faibles de retrouver vivants les disparus), les dirigeants administratifs et politiques sud-coréens - au premier rang desquels la présidente Park Geun-hye - ont fui leurs responsabilités en chargeant l'équipage du navire, effectivement coupable de graves erreurs, mais sans s'interroger sur les conséquences des choix politiques opérés : la dérégulation mise en œuvre par les administrations Lee Myung-bak et Park Geun-hye a non seulement permis à des compagnies douteuses, comme l'entreprise Chonghaejin qui était propriétaire du ferry, de sacrifier la sécurité des passagers sur l'autel des profits des actionnaires, mais a aussi conduit à une désorganisation des services de secours au nom d'une croyance toute libérale dans la supériorité du modèle des agences. Alors que le Premier ministre Chung Hong-won a présenté sa démission le 27 avril 2014 pour, selon ses mots, "avoir mal géré un tas de problèmes, des mesures préventives avant l'accident jusqu'aux réponses initiales et mesures de suivi du Gouvernement après l'accident", l'heure est à revoir la gestion des crises, ce qui relève de la responsabilité directe de la chef de l'Etat - qui a déclaré qu'elle accepterait la démission du Premier ministre quand les opérations de sauvetage auront été achevées et qu'auront été "gérées" (sic) les "conséquences de l'accident". Mais c'était Mme Park Geun-hye qui s'était faite élire sur la promesse de faire de la sécurité de ses concitoyens l'une de ses priorités, et pas le Premier ministre Chung Hon-won.

Chung Hong-won

Chung Hong-won

"La société coréenne s'est uniquement focalisée sur le développement rapide, considérant les règles de sécurité comme des entraves". Ce constat lacunaire et sans appel, au lendemain de la gestion catastrophique du drame du ferry Sewol, n'est pas celui d'une officine d'opposition, mais du très conservateur quotidien sud-coréen Chosun Ilbo. De fait, les observateurs sont unanimes : ayant fait le choix de la déréglementation libérale, la Corée du Sud est devenue incapable de gérer de façon optimale des catastrophes majeures, et "le pays est aujourd'hui en tête du classement des pays de l'OCDE en termes de décès par accident", comme l'a observé le journaliste du Monde Philippe Mesmer.

 

S'il existe bien en Corée du Sud des règles de sécurité maritime, les manquements ne sont pas sanctionnés, ce qui équivaut à une absence de règles pour les entreprises. Sous ce régime réglementaire ultralibéral, le ferry Sewol est un cas d'école : surcharge du navire, absence d'exercices de sécurité, statut précaire du capitaine du navire (68 ans) et d'une dizaine de membres d'équipage - qui ont donné des consignes de sécurité contraires à celles qu'aurait commandé la bonne gestion de l'accident... Tous les membres d'équipage ont, depuis la catastrophe, été mis en examen.

 

Alors que dans tous les pays du monde, l'Etat au plus haut niveau est le premier sollicité en cas de catastrophe majeure touchant à la sécurité des citoyens, le chef de la sécurité nationale de la présidence sud-coréenne, Kim Jang-soo, et son porte-parole, Min Kyung-wook, ont répondu que leur service "n'était pas une tour de contrôle pour les réponses aux désastres". Comme l'a observé le quotidien d'opposition Hankyoreh, ils n'ont même pas reconnu le problème que posait en soi l'absence de "tour de contrôle" - en étant d'abord soucieux de "sauver leur peau" (et accessoirement, celle de la Présidente) en cherchant à évacuer la question de leur responsabilité.

 

Le drame du Sewol vient de loin. Car il existait, sous l'administration Roh Moo-hyun (2003-2008), un Conseil de sécurité nationale chargé des réponses en cas de crise. Le Président Lee Myung-bak avait choisi, suivi en cela par l'actuelle chef de l'Etat Mme Park Geun-hye, de confier ces missions à un ensemble d'agences qui se sont ensuite renvoyées la responsabilité d'une mauvaise gestion de la récente catastrophe - tout en obéissant scrupuleusement aux consignes du Gouvernement, qui a cherché à accréditer l'idée (par médias conservateurs et/ou à capitaux publics interposés) que tout était mis en oeuvre pour sauver les victimes. Pour sa part, ne s'impliquant pas directement elle-même, la Présidente Mme Park semblait ailleurs qu'à suivre, heure par heure, l'une des pires tragédies maritimes de l'histoire récente de la Corée, cherchant à blâmer les responsables de la compagnie propriétaire du ferry, certes eux-mêmes impliqués dans des affaires douteuses. Mais l'existence même de telles sociétés, bénéficiant de protections au plus haut niveau de l'Etat, n'est-elle pas le symbolisme de la faillite du modèle capitaliste sud-coréen - marqué par des catastrophes en série, depuis le naufrage - déjà - d'un ferry (le Seohae) le 10 octobre 1993 (292 morts), l'effondrement du grand magasin Sampoong le 29 juin 1995 (502 morts), suite au non-respect des normes de construction, et l'incendie du métro de Daegu le 18 février 2003 (198 morts) ? 

 

Face aux défaillances des pouvoirs publics, ce sont des plongeurs volontaires - et pas les gardes-côtes ou des marins professionnels - qui ont récupéré les premiers corps. L'armée, qui dispose de moyens qui lui sont propres, n'a pas engagé le Tongyeong, son principal navire de sauvetage en mer, livré en 2012 et qui aura coûté la bagatelle de 110 millions d'euros. Ce sont ces erreurs multiples qui ont conduit le Premier ministre à la démission, mais n'est-il pas temps de remettre en place un authentique service public de secours et une réglementation de la sécurité maritime digne de ce nom ?

 

Sources :

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12 mars 2014 3 12 /03 /mars /2014 09:38

nam-jae-joon_spy-chief_NIS_Korea.jpgAyant acquis une sinistre réputation sous le régime militaire, les services de renseignement sud-coréens (National Intelligence Service, NIS) sont au coeur du scandale, après une lourde ingérence dans l'élection présidentielle de décembre 2012 et la tentative de suicide d'un de leurs informateurs, ayant mis en cause le NIS et impliqué dans une affaire de falsification de documents officiels chinois pour créer de toutes pièces un faux espion nord-coréen. Les scandales touchent la direction même du NIS.

Comme l'observe l'AFP, ce n'est plus seulement l'opposition qui demande la démission du nouveau directeur du NIS, Nam Jae-joon : l'écoeurement atteint aussi les rangs du Parti Saenuri (conservateur, au pouvoir), à la veille des élections locales du 4 juin prochain qui s'annoncent serrées. En effet, un député du Parti Saenuri, Shim Jae-chul, lors d'une réunion de la direction du parti, s'est déclaré "consterné" par la falsification de documents officiels chinois et les tentatives du NIS de se protéger en couvrant l'affaire. Pour Shim Jae-chul, il est évitable que Nam Jae-joon (photo à gauche, source) prenne la responsabilité de cette affaire.

Le directeur du NIS a été nommé par la Présidente Park Geun-hye il y a seulement un an. Son prédécesseur, Won Sei-hoon, a été condamné pour corruption le 22 janvier 2014 à une peine de 2 ans de prison et une amende de 160 millions de won, suite à la lourde implication de ses services dans l'élection présidentielle disputée ayant vu la victoire de la candidate conservatrice Mme Park Geun-hye. Les tentatives d'entrave au  bon fonctionnement de la justice dans cette très grave affaire ont jeté une lumière crue sur les dysfonctionnements des institutions sud-coréennes du fait des pouvoirs exorbitants du NIS qui, par son fonctionnement actuel, fait peser l'une des plus lourdes menaces sur la démocratie sud-coréenne, et soulève la question de la responsabilité politique des conservateurs au pouvoir à Séoul : dans son rapport de 2013 sur les droits de l'homme, le département d'Etat américain a mentionné, à propos de la Corée du Sud, les questions soulevées par le NIS - ce qui montre que les Etats-Unis ont choisi d'exercer publiquement des pressions sur le gouvernement sud-coréen à propos des atteintes aux droits de l'homme, sur une série de sujets incluant également la liberté d'expression et l'accès à Internet, sous le régime notamment de la loi de sécurité nationale, l'emprisonnement des objecteurs de conscience, les discriminations contre les minorités (ethniques, sexuelles) et/ou leur absence de protection, ainsi que les restrictions aux droits des travailleurs, notamment le droit de grève.

Source : AFP (repris par Yahoo).

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8 mars 2014 6 08 /03 /mars /2014 00:11

Un nouveau scandale lourd de sens pour la démocratie sud-coréenne éclabousse les services secrets (National Intelligence Service, NIS) de la République de Corée : un réfugié nord-coréen, Yoo Woo-sung (photo ci-dessous) a été impliqué dans une affaire d'espionnage au profit de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), dont les éléments à charge ont été fabriqués de toutes pièces. En attaquant des innocents, la fabrique à espions qu'est devenu le NIS s'affirme non seulement comme l'un des principaux instruments de l'actuelle dérive autoritaire de la République de Corée (du Sud) : elle a également franchi un nouveau cap dans ses modes d'action. A cet égard, la tentative de suicide de l'un de ses informateurs, que le NIS a tenté de charger, montre jusqu'où sont prêts à aller les services de renseignement d'un pays qui a choisi de tourner le dos aux standards démocratiques.  

 

Yoo-Woo-Sung_NIS_6-12-2013.jpg
Nord-Coréen d'ethnie chinoise s'étant établi en Corée du Sud il y a dix ans, Yoo Woo-sung était devenu un agent public de la ville de Séoul. Puis il a été accusé d'avoir espionné les réfugiés nord-coréens vivant au Sud, sur la base de pièces à conviction dont il devait apparaître qu'elles étaient des faux fabriqués par les services secrets sud-coréens (NIS) ou le ministère public. Après avoir été acquitté, Yoo Woo-sung a décidé, le 7 janvier 2014, de porter plainte :  "j'ai demandé à la police d'inculper un membre non identifié du ministère public ou du NIS pour avoir produit de fausses accusations et fabriqué des preuves relevant de la loi de sécurité nationale".

Les faux documents ont prêté à Yoo Woo-sung des dates supposées d'entrée et de sortie en Chine et en Corée du Nord (où il aurait résidé du 27 mai au 10 juin 2006, afin d'accréditer la thèse de la transmission d'informations aux autorités nord-coréennes), alors que Yoo prétend avoir séjourné en RPD de Corée du 23 au 27 mai 2006, lors des funérailles de sa mère. La falsification des documents officiels chinois a porté sur la transformation de la date d'entrée en date de départ, et l'apposition d'un tampon au nom d'une agence gouvernementale chinoise qui n'existe pas. Par ailleurs, le ministère public avait fait passer des photos prises en Chine en 2012 pour des photos qui auraient été prises en Corée du Nord.

Les autorités consulaires chinoises ayant confirmé l'authenticité des documents présentés par Yoo et que ceux présentés par le ministère public sud-coréen étaient des faux, une enquête a été lancée par le Gouvernement chinois contre les auteurs de la falsification de documents officiels - un délit qualifié de crime dans la législation chinoise. A cette fin, elles ont requis la coopération des autorités sud-coréennes pour identifier les coupables. L'enquête avait été conduite par le NIS, avant que ses résultats ne soient transmis au procureur. Les auditions parlementaires ont confirmé l'implication d'un agent du NIS agissant sous couverture diplomatique pour la fourniture de deux des pièces qui se sont avérées être des faux.

Le NIS a alors tenté de charger l'un de ses informateurs chinois (donc libre de voyager sans visa en Corée du Nord), rémunéré pour l'acquisition des faux, et que l'on appellera  Kim. Kim a tenté de se suicider (photo ci-dessous, à l'hôpital St-Mary dans le quartier Yeouido de Séoul). Avant de passer à l'acte, Kim avait écrit avec son sang le nom du NIS sur le mur de sa chambre d'hôtel. Il avait laissé quatre lettres : à la présidence sud-coréenne, aux procureurs chargés de l'affaire, aux dirigeants des partis d'opposition Kim Han-gil et Ahn Cheol-su et à son fils.

kim suicide NIS affaire-yoo-woo-sung
Alors qu'elle est loin d'être close, l'affaire Yoo Woo-sung est symptomatique de l'état de déliquescence de la démocratie sud-coréenne, dans le silence une nouvelle fois assourdissant de la Présidente Park Geun-hye. Les institutions sud-coréennes sont touchées par une collusion - sans équivalent dans des pays démocratiques en  période de paix - entre services de renseignement et ministère des affaires étrangères, une volonté d'étouffer un scandale  grandissant et les tentatives de diversion du pouvoir et de ses relais habituels. Après qu'un député du parti Saenuri (conservateur, au pouvoir) a déclaré que les faux documents pourraient correspondre à une manipulation des services secrets chinois au profit de la Corée du Nord (sic), des médias conservateurs ou à capitaux publics sud-coréens ont opportunément mis en avant le suicide d'une candidate dans une émission de télé-réalité - au moment du suicide de Kim. The show must go on...

Sources : Hankyoreh (articles du 8 janvier 2014, dont photo de Yoo Woo-sung ; du 15 février 2014 ; du 22 février 2014 ; du 7 mars 2014, dont photo de Kim).

Mise à jour du 10 mars 2014 : interpellés par "Kim", les dirigeants de l'opposition Kim Han-gil et Ahn Cheol-su ont demandé des explications à la Présidente Park Geun-hye, ce qui a entraîné une plus large publicité dans les médias sud-coréens et par l'agence Yonhap. Suite à une réunion avec ses conseillers le 10 mars 2014, la Présidente Park a évoqué publiquement cette affaire, en affichant ses "regrets" sur la "polémique" née de la "falsification supposée d'éléments de preuve". Si les termes utilisés évitent à ce stade de mettre en cause les institutions sud-coréennes, l'engagement du chef de l'Etat qu'une enquête approfondie soit conduite ouvre la possibilité de faire éclater la vérité, ce dont on ne peut que se féliciter (source : Yonhap). 

 
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28 février 2014 5 28 /02 /février /2014 23:56

En République de Corée (du Sud), les partis ont désormais leurs regards tournés vers les élections locales (régionales et municipales) qui auront lieu dans moins de 100 jours, le 4 juin 2014. Alors que l'ancien candidat indépendant à l'élection présidentielle, Ahn Cheol-soo, a créé sa propre formation politique - le Parti pour une nouvelle vision politique - l'opposition démocrate apparaît affaiblie face aux conservateurs qui ont su imposer leurs thèmes dans le débat politique.

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Selon Lee Taek-soo, directeur du principal institut de sondage indépendant des partis politiques (Real Meter), le Parti Saenuri (conservateur) de la Présidente Park Geun-hye aborde en relative position de force les élections locales du 4 juin prochain. S'agissant des 17 élections régionales, le Parti Saenuri est favori des sondages dans 9 provinces ou villes-provinces (nettement à Daegu, dans le Gyeongsang du Nord et du Sud, à Busan, Ulsan, Daejeon et Sejong, avec une avance plus étroite dans la province de Gyeonggi et l'île de Jeju) ; le Parti démocrate, principal parti d'opposition (centre-gauche), dispose d'une nette avance à Séoul et dans la province de Gangwon, et est légèrement en tête à Incheon et dans les  provinces du Nord et du Sud Chungcheong, à Gwangju, et dans le Jeolla du Sud. Le Parti pour une nouvelle vision politique (PNVP) d'Ahn Cheol-soo l'emporterait dans la province du Jeolla du Nord. A Séoul, les démocrates sont favoris pour conserver la mairie.

Alors que Ahn Cheol-soo s'était finalement retiré de la course à l'élection présidentielle de 2012, sa décision récente de lancer une nouvelle formation politique, le PNVP, si elle attire des déçus de l'ensemble des partis traditionnels, a toutefois tendance à affaiblir d'abord l'opposition démocrate qui ne semble pas en mesure, à ce jour, de rééditer son succès des élections locales de 2010. Le scrutin majoritaire à un tour, en vigueur en Corée du Sud, a des effets potentiellement dévastateurs sur l'opposition. La popularité du PNVP apparaît ainsi proche de celle du Parti démocrate, selon Real Meter.

Plusieurs facteurs sont de nature à expliquer la contre-performance attendue des démocrates. Face à une présidente qui continue de bénéficier d'un taux de popularité élevé (55 à 57 %), les démocrates conduits par Kim Han-gil ont choisi d'éviter la confrontation avec le pouvoir. Alors que des voix nombreuses s'étaient élevées contre les conditions d'élection de Mme Park Geun-hye, avec l'appui massif des services de renseignement sud-coréens, Kim Han-gil s'est contenté de demander des excuses de Mme Park. Quand le député d'opposition de gauche Lee Seok-ki a été condamné à 12 ans de prison à l'issue d'un procès très contesté, le Parti démocrate a affirmé qu'il respecterait le verdict, malgré les doutes qu'il a exprimés sur la procédure judiciaire. C'est pourquoi le PNVP apparaît, pour de nombreux Sud-Coréens, comme plus à même que l'opposition démocrate de renouveler le système politique.

Ne disposant que d'une majorité étroite au Parlement, Mme Park Geun-hye a aussi eu l'intelligence tactique de composer avec l'opposition démocrate, parvenant ainsi à imposer ses thèmes dans le débat politique. En particulier, le Parti démocrate a révisé son approche des relations Nord-Sud suivant une ligne plus critique du Nord, en rupture avec la politique du "rayon de soleil" conduite par les anciens présidents démocrates Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun. 

Alors que le chef de l'Etat sortant n'est pas autorisé à se représenter immédiatement en Corée du Sud, ne doit-on pas s'attendre à la réédition d'un scénario ancien des conservateurs, consistant à diviser - voire à rallier - une partie de l'opposition, pour rester au pouvoir ? C'est ce qui avait conduit la junte militaire à soutenir, en 1992, l'ancien opposant rallié Kim Young-sam, premier président civil élu depuis 1960, face à Kim Dae-jung. Mais rien ne garantit, à ce stade, que la base démocrate pourrait accepter un remake du film présidentiel de 1992. Le Parti démocrate pourrait aussi choisir de se doter de dirigeants plus combatifs, davantage convaincus qu'il est dans le rôle de l'opposition, comme dans tout système démocratique arrivé à maturité, de faire entendre une voix critique face à la majorité.

Sources : AAFC, Hankyoreh (dont photo).

Mise à jour du 2 mars 2013 : le 2 mars 2013, Kim Han-gil, qui dirige le Parti démocrate, et Ahn Cheol-soo, président du comité de gestion central du Parti pour une nouvelle vision politique, ont annoncé un accord en vue de créer une seule formation politique (source : Yonhap). Cette nouvelle modifie radicalement le paysage politique en vue des élections locales du 4 juin prochain et de l'élection présidentielle de 2017, en renforçant les chances de l'opposition de remporter ces scrutins et en éloignant la possibilité d'un scénario comparable à celui de 1992, ayant vue certains opposants rallier la majorité conservatrice. L'AAFC reviendra sur les évolutions de la politique sud-coréenne dans ses prochaines éditions.

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18 février 2014 2 18 /02 /février /2014 00:09

Le tribunal régional de Suwon a condamné le député Lee Seok-ki (Parti progressiste unifié, PPU) à 12 ans de prison pour complot contre l'Etat et violation de la loi de sécurité nationale, le 17 février 2014, faisant de cette date un jour noir dans l'histoire politique de la Corée du Sud : il s'agit du premier procès politique pour complot contre l'Etat depuis 1980, et aussi une première depuis la mise en place d'un régime de démocratie parlementaire à Séoul. Ce 17 février 2014, la présidente sud-coréenne est apparue comme la digne fille du général Park Chung-hee, fossoyeur de la démocratie sud-coréenne en 1961 et artisan du régime le plus autoritaire qu'ait jamais connu la République de Corée.

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La farce juridique était écrite d'avance : à l'issue de 46 audiences conduites depuis novembre 2013, le député Lee seok-ki a été condamné à 12 ans de prison prime et à 10 années supplémentaires de privation de ses droits civiques. Six autres co-accusés du Parti progressiste unifié ont écopé de peines de prison d'une durée de 4 à 12 ans. Pour donner une illusion de clémence, l'accusation avait requis une peine encore plus lourde  de 20 ans de prison à l'encontre de Lee Seok-ki.

Si l'on en croit le tribunal de Suwon, Lee Seok-ki et ses co-accusés auraient préparé des attaques contre les lignes de communication et les chemins de fer sud-coréens en cas d'attaque du Nord, au sein d'une prétendue "Organisation révolutionnaire" (OR), rendant presque anodines les autres accusations d'infraction à la loi de sécurité nationale. Evidemment, les services de sécurité sud-coréens (National Intelligence Service, NIS) ont eu le plus grand mal du monde à prouver l'existence même de l'OR, et les pseudo-attaques en cas d'une guerre imaginaire avec la Corée du Nord semblent tout droit sorties des délires maccarthystes de l'Amérique des années 1950.

Sauf que les Etats-Unis, même au plus fort du maccarthysme, ne prononçaient pas la déchéance de députés protégés par une immunité parlementaire qui existe dans toutes les démocraties dignes de ce nom. La loi de sécurité nationale, que Lee Seok-ki est accusé d'avoir violé, n'a non plus aucun équivalent dans quelque démocratie au monde que ce soit. En fait, il est avéré que le NIS, acculé par le scandale de sa très lourde implication dans la dernière élection présidentielle, a dû trouver en catastrophe un bouc émissaire pour détourner l'attention de l'opinion publique : Lee Seok-ki, qu'il surveillait de longue date, a alors soudainement été accusé des pires crimes.

Le précédent accusé d'un complot contre l'Etat en Corée du Sud était l'opposant Kim Dae-jung, que la junte militaire alors au pouvoir à Séoul avait dénoncé comme l'instigateur du soulèvement de Kwangju réprimé dans le sang (200 morts officiellement, plusieurs milliers selon des sources officieuses). Kim Dae-jung avait surtout le tort d'être le chef de file des démocrates sud-coréens, et - comme Lee Seok-ki - il fut condamné sur la base d'un procès fabriqué par les services secrets sud-coréens - avant de devenir le premier chef d'Etat sud-coréen élu à l'occasion d'une alternance politique et d'être lauréat du prix Nobel de la paix.

A l'époque, une large campagne de mobilisation internationale relayée par l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) avait permis la libération de Kim Dae-jung. Aujourd'hui comme hier, l'AAFC appelle tous les démocrates et les défenseurs de la liberté à exiger des autorités sud-coréennes la libération de Lee Seok-ki et de ses camarades et à stopper la dérive autoritaire en cours à Séoul depuis l'accession à la Maison Bleue de Mme Park Geun-hye.

Sources : AFP (citée par le Shanghai Daily) et Yonhap.

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2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 16:30

UPPkorealogo.pngAlors que le lancement par le gouvernement sud-coréen d'une procédure d'interdiction à l'encontre du Parti progressiste unifié (PPU, logo à gauche) apparaît comme l'un des symptômes du tournant autoritaire à Séoul, la forte mobilisation antigouvernementale est largement impulsée par les militants de gauche, rejoints par de nombreux sympathisants du principal parti d'opposition, le Parti démocrate (centre-gauche) et, dans une moindre mesure, du Parti pour une nouvelle politique fondé par le député indépendant Ahn Cheol-soo - qui avait été, un temps, l'un des favoris de la dernière élection présidentielle, avant de se retirer. Dans ce contexte, l'Association d'amitié franco-coréenne a jugé utile d'actualiser son panorama de la gauche sud-coréenne en expliquant la genèse de ses différentes formations, tout en faisant également le point sur le poids de ses différentes composantes.

Quatre partis principaux

Traditionnellement, les militants de la gauche sud-coréenne se répartissent entre une sensibilité dite "Libération nationale" (acronyme anglais : NL) qui met notamment l'accent sur la réunification, et une sensibilité dite "Démocratie populaire" (acronyme anglais : PD), plus centrée sur les droits des travailleurs ainsi que les questions de société (droits des minorités, défense de l'environnement, pacifisme...). A l'exception d'une petite minorité du courant PD, réunie dans le Parti socialiste et très critique vis-à-vis de la Corée du Nord, le Parti démocratique du travail (PDT) avait réussi à réunir la plupart des militants de gauche. La contre-performance de l'élection présidentielle de 2007, lors de laquelle le candidat du PDT, Kwon Young-ghil, ne réunit que 3 % des suffrages (contre 0,08 % pour Geum Min, candidat du Parti socialiste coréen), entraîna le départ de nombreux militants de tendance PD, qui fondèrent le Nouveau parti progressiste (NPP).

Aux élections législatives de 2008, le PDT obtint 5,68 % pour le scrutin de liste proportionnel (et 3,39 % pour les candidats dans les circonscriptions, sans que le PDT ne soit candidat partout, compte tenu du mode de scrutin uninominal à un tour qui tend à encourager les accords de premier tour avec les démocrates dans une union des progressistes). Pour sa part, le NPP obtint 2,94 % au scrutin de liste, échouant de peu à franchir la barre des 3 % pour obtenir des élus à la proportionnelle, et 1,33 % dans les circonscriptions. Au total, seul le PDT réussit à faire élire des députés (6, dont 4 au scrutin de liste et 2 dans les circonscriptions). Par la suite, le NPP fit son retour au Parlement national lors d'une législative partielle à Ulsan en avril 2009.

Le PDT fusionna ensuite avec des militants de l'aile gauche du Parti démocrate, pour former le Parti progressiste unifié (PPU).

Aux élections législatives du 11 avril 2012, le PPU réalisa un score de 10,3 % au scrutin de liste et 4,7 % dans les circonscriptions, obtenant 13 sièges (dont 6 à la proportionnelle et 7 au scrutin majoritaire). Pour sa part, le NPP n'obtint que 1,1 % des voix à la proportionnelle et 0,5 % dans les circonscriptions, ne décrochant aucun siège. Centré sur les questions écologiste, le Parti vert réalisa 0,48 % des voix au scrutin proportionnel.

Conformément à une disposition spécifique à la législation sud-coréenne sur les partis, le NPP et le Parti vert, en raison de leurs échecs électoraux, furent dissous administrativement. Les anciens militants du NPP décidèrent alors de fusionner avec les anciens membres du Parti socialiste coréen pour fonder le Parti du travail (PT). Quant aux écologistes, ils se reconstituèrent en octobre 2012 sous le nom de Parti vert plus. Pour sa part, le PPU éclata suite à un scandale sur le mode de désignation interne de ses candidats aux élections législatives : sept des treize députés quittèrent le PPU et fondèrent un nouveau parti, le Parti progressiste pour la justice (qui s'est rebaptisé depuis Parti de la justice).

Kim_soon_ja.PNGA l'élection présidentielle du 19 décembre 2012, qui vit la victoire de la candidate conservatrice Park Geun-hye, le PPU investit l'ancienne députée Lee Jung-hee, qui décida finalement de se retirer avant le premier tour, en appelant à voter pour le candidat démocrate Moon Jae-in afin de barrer la route à Mme Park, prenant ainsi en compte le mode de scrutin uninominal majoritaire à un tour qui conduit à la défaite du camp le plus divisé. Mme Sim Sang-jeong, candidate du Parti progressiste pour la justice, choisit elle aussi de se retirer avant le premier tour. Sur la partie la plus à gauche de l'échiquier politique, seules deux candidates restèrent donc en lice : Kim Soon-ja (0,15 %), femme de ménage, syndicaliste, ancienne candidate du NPP aux législatives de 2012 mais qui se présentait en indépendante, et la syndicaliste ouvrière Kim So-yeon (0,05 %).

Le gauche sud-coréenne est ainsi constituée aujourd'hui de quatre principales formations politiques : le PPU, le Parti de la justice, le Parti du travail et le Parti vert plus.

Militants et élus : avantage au PPU

Si la procédure d'interdiction lancée à l'encontre du PPU est de nature à avoir affecté son potentiel militant, celui-ci reste la formation la formation de gauche la plus nombreuse selon les données 2012 de la Commission électorale nationale (CEN) : 104 692 membres pour le PPU contre 6 750 pour le Parti de la justice. Faute de données disponibles auprès de la CEN, il était estimé que le Parti du travail comptait alors 15 000 membres et le Parti vert plus 6 652 membres. Par comparaison, toujours selon la CEN, en 2012 le Parti Saenuri (conservateur) comptait 2,47 millions de membres et le Parti démocrate 2,13 millions de membres.

En nombre de députés, le PPU dispose aujourd'hui de 6 sièges sur 300 à l'Assemblée nationale et le PJ de 5 sièges. Le PT et le Parti vert plus ne sont pas représentés au Parlement. Selon les dernières données disponibles (en 2013) pour les représentations des partis au niveau local, parmi les 762 députés élus dans les assemblées régionales, le PPU dispose de 21 sièges, le PJ de 6 sièges et le PT de 3 sièges (0 siège pour le Parti vert). Parmi les 2 888 conseillers municipaux, le PPU dispose de 97 sièges, le PJ de 35 sièges, le PT de 9 sièges et le Parti vert de 2 sièges. A gauche, seul le PPU dirige des exécutifs locaux (2 sur 228). Lors des élections locales, le PPU a été plus souvent en alliance avec les démocrates que le NPP (qui a fusionné depuis au sein du PT), ce qui a favorisé sa meilleure représentation dans les conseils municipaux et régionaux.

L'institut de sondage sud-coréen Realmeter mesure régulièrement la popularité des principales formations politiques. Dans son enquête conduite du 20 au 24 janvier 2014, le soutien du PPU s'élevait à 3 % et celui du PJ à 2,3 %, le PT et le Parti vert n'étant pas testés par Realmeter, selon une configuration qui ne soumettait pas le Parti pour une nouvelle politique (PNP) d'Ahn Cheol-soo au choix des personnes sondées (si l'on inclut le PNP, le soutien du PPU tombe à 1,1 % et celui du PJ à 1,6 %).

Alors que de nouvelles élections locales sont prévues ce printemps en Corée du Sud, la gauche sud-coréenne aborde ce scrutin particulièrement divisée et, s'agissant de sa principale formation (le PPU), sous le coup d'une procédure d'interdiction qui, même si elle n'aboutissait pas à l'issue du jugement que rendra la Cour constitutionnelle, n'en tend pas moins à freiner son activité politique et militante.

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5 janvier 2014 7 05 /01 /janvier /2014 22:03

Face à l'évolution autoritaire de la République de Corée (du Sud), un étudiant en économie - Joo Hyun-woo - a placardé une affiche faite à la main sur les murs de son université, suivant la méthode des étudiants qui s'opposaient au régime militaire dans les années 1980. Sur l'affiche, un message : "Comment allez-vous ces jours-ci ?" - dans un appel à la société sud-coréenne pour sortir de son apathie et réagir contre les évolutions en cours qui menacent de modifier radicalement la nature du régime politique sud-coréen. Dans ce contexte, la mort d'un homme qui s'est immolé par le feu pour protester contre la dérive autoritaire de la Présidente Park Geun-hye est symptomatique du profond malaise politique qui secoue les citoyens conscients de ce pays. Sur son journal intime, il avait posé cette ultime question : "Comment allez-vous ces jours-ci ?", que l'on retrouve également dans les manifestations organisées par les Coréens, comme en France le 20 décembre dernier. Formons le serment que son sacrifice ne sera pas vain et que les gouvernements occidentaux cesseront d'être complices, par leur silence, des atteintes aux libertés de plus en plus nombreuses qui sont commises dans le Sud de la péninsule coréenne.

7h55, hôpital Hangang du Sacré Coeur à Séoul. Un homme de 40 ans, qu'on appellera Lee, meurt des suites de ses blessures. La veille, il s'était immolé par le feu sur la route élevée située près de la gare de Séoul.

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Quoi que puissent tenter de faire croire la police et les médias conservateurs sud-coréens aux ordres du gouvernement de Séoul, le geste de Lee était fondamentalement politique. Il portait deux pancartes, l'une demandant la démission de la Présidente Park Geun-hye, et l'autre la désignation d'un procureur indépendant dans le scandale lié à la lourde ingérence des services de renseignement (NIS) dans l'élection présidentielle.

Là où il s'est immolé, Lee avait laissé un journal intime, au dos duquel était écrit "Comment allez-vous ces temps-ci ?"  Ses derniers mots ont été les suivants : "Bien que le gouvernement de Mme Park soit intervenu clairement dans l'élection présidentielle, la vérité est cachée en ne laissant apparaître que des fautes personnelles [de certains agents du NIS]. Il s'agit sans ambiguïté d'une atteinte à la démocratie. Je porterai toutes les peurs de l'opinion publique. Chacun, s'il vous plaît, levez-vous pour la démocratie".

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La famille de Lee a décidé de se joindre à un collectif de 286 groupes civiques pour lui rendre publiquement un dernier hommage, le 4 janvier à 9h30, à la place de la gare de Séoul.

Comme ses glorieux aînés qui ont lutté pour la démocratie, Lee a donné sa vie pour conserver les valeurs de liberté et de justice au nom desquelles des milliers de militants ont sacrifié leur vie. Tous ensemble, en Corée et à l'étranger, agissons pour sauver la démocratie sud-coréenne en sensibilisant nos proches et l'opinion publique de nos pays.

Sources : AAFC, Hankyoreh (dont photos), Le Monde.

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