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17 janvier 2015 6 17 /01 /janvier /2015 22:54

Le 10 janvier 2015, l'Américaine Shin Eun-mi a été expulsée de la République de Corée (Corée du Sud) et interdite de séjour dans le pays pendant cinq ans, suite à une décision prise par le service sud-coréen de l'immigration, sur une requête du ministère de la Justice. Mme Shin, qui a voyagé trois fois en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) en 2011 et 2012, est accusée d'avoir tenu, lors d'une conférence, des propos violant la loi de sécurité nationale (LSN). Le 7 janvier 2015, le ministère sud-coréen de la Culture, des Sports et du Tourisme a exigé le retrait des librairies et autres lieux publics, d'ici la fin du mois, du livre de Shin Eun-mi faisant le récit de ses voyages en RPD de Corée. Cette mesure d'urgence a été prise dans le cadre d'une enquête en cours quant à la conformité à la LSN d'Une Coréenne Américaine d'âge moyen va en Corée du Nord. En 2013, ce livre avait pourtant bénéficié d'une large diffusion en République de Corée, avec l'appui des pouvoirs publics, après avoir été qualifié d' "excellent ouvrage de littérature" par la Fondation culturelle du livre. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) condamne cette nouvelle violation de la liberté d'expression qui a touché, cette fois, une citoyenne américaine, et soulevé des critiques publiques du département d'Etat américain, en dépit de l'alliance politico-militaire entre Washington et Séoul. L'AAFC exhorte les opinions publiques et l'ensemble des gouvernements occidentaux à ne plus se taire face aux atteintes de plus en plus graves aux libertés publiques qui sont commises en Corée du Sud depuis l'élection à la présidence de la République, en décembre 2012, de Mme Park Geun-hye.

Couverture de l'ouvrage de Shin Eun-mi, "Une Coréenne Américaine d'âge moyen va en Corée du Nord", naguère un ouvrage de référence en Corée du Sud, aujourd'hui mis à l'index par la censure

Couverture de l'ouvrage de Shin Eun-mi, "Une Coréenne Américaine d'âge moyen va en Corée du Nord", naguère un ouvrage de référence en Corée du Sud, aujourd'hui mis à l'index par la censure

L'expulsion et l'interdiction de séjour de Mme Shin Eun-mi signe une nouvelle page tragique dans l'histoire des libertés publiques en Corée du Sud.


Mme Shin est accusée par le ministère sud-coréen de la Justice d'avoir fait "l'éloge" de la RPD de Corée lors d'une récente conférence-débat, dont l'une des co-organisatrices, Mme Hwang Seon, a par ailleurs été placée sous mandat d'arrêt, pour avoir loué, encouragé et aidé l'ennemi en contradiction avec la loi de sécurité nationale, au regard des propos qu'elle aurait tenus pendant la conférence. Le Parquet entend également interroger, dès son retour de l'étranger, Mme Lim Soo-kyung, députée du Parti progressiste unifié (PPU) récemment déchue de son mandat, suite à l'interdiction du PPU qui a soulevé une vague d'indignation parmi les organisations de défense des droits de l'homme. Mme Hwang Seon était porte-parole du PPU, ce qui inscrit cette nouvelle vague de répression dans le cadre en cours contre le PPU et ses dirigeants. 

Le retrait de l'ouvrage de Mme Shin sur ses voyages au Nord de la Corée, qui a perdu son label d'ouvrage recommandé par les autorités sud-coréennes, a soulevé la stupeur dans les milieux professionnels. Après avoir reçu l'ordre gouvernemental le 14 janvier 2015, l'employé d'une bibliothèque de Séoul, cité par le quotidien Hankyoreh, a déclaré : "Nous avons été gênés quand le ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme nous a soudain demandé de leur renvoyer le livre." Un représentant du ministère a déclaré : "Nous avons décidé de rappeler le livre dès lors que sa désignation comme un excellent ouvrage de littérature avait été révoquée. Si les bibliothèques avaient continué de proposer cet ouvrage, cela aurait créé une confusion ou une incompréhension inutiles." Au-delà de la douteuse pratique d'interdire l'expression de certaines opinions, il semble donc ne plus avoir de demi-mesure entre un ouvrage recommandé et un ouvrage interdit : en d'autres termes, si les autorités sud-coréennes vont au bout de leur logique, elles s'arrogent le droit d'interdire tout livre qui n'a pas ou plus leur imprimatur, sans autre forme de procès. La liberté d'expression est tombée à son plus bas niveau en Corée du Sud depuis l'époque révolue du régime miltaire, il y a une génération.

Dans un article publié le 12 janvier 2015 sur le site Sino NK, Steven Denney a cité un entretien donné par Shin Eun-mi au site de jounalisme participatif Ohmynews, très populaire en Corée du Sud : il en ressort une vision optimiste de la Corée du Nord, considérant que les Coréens forment un seul peuple, engagée en faveur de la réunification. Cette appréciation peut être qualifiée de "naïve" selon Steven Denney mais, toujours d'après ce dernier, elle ne constitue en aucun cas une quelconque menace à la sécurité nationale sud-coréenne, alors que Shin Eun-mi peut estimer à juste titre avoir été trahie par les autorités sud-coréennes qui, jusqu'à présent, recommandaient le récit de ses voyages en Corée du Nord :

"[Cet entretien] suggère également qu'elle a le sentiment justifié que, d'une certaine manière, le gouvernement sud-coréen l'a trahie ; en d'autres termes, elle apparaît difficilement comme une vraie menace à la sécurité nationale."

 

Mais de quel crime Shin Eun-mi s'est-elle rendue coupable ? Alors que les médias publics et conservateurs sud-coréens se gardent de détailler le contenu des propos reprochés à Mme Shin durant une conférence publique à Séoul en novembre 2014, en se contentant ainsi de souligner les motifs infâmants de l'administration sud-coréenne selon laquelle elle aurait enfreint la loi de sécurité nationale en louant la RPD de Corée, l'agence américaine AP observe que Shin Eun-mi a fait état de la volonté de défecteurs nord-coréens de retourner au Nord (ce que, du reste, au moins des centaines d'entre eux ont déjà fait) et de leurs espoirs de changements après l'accession au pouvoir du Maréchal Kim Jong-un. Mme Shin a aussi loué le goût de la bière nord-coréenne et la propreté des fleuves en Corée du Nord.

Shin Eun-mi, en pleurs après son expulsion

Shin Eun-mi, en pleurs après son expulsion

Une expulsion assortie d'une interdiction du territoire sud-coréen suivant de tels motifs a soulevé, une fois n'est pas coutume, des critiques ouvertes du département d'Etat américain, malgré l'étroite relation alliance politico-militaire entre Washington et Séoul. Mme Jen Psaki, porte-parole du département d'Etat, a ainsi déclaré à la presse :

"Nous sommes préoccupés que la loi de sécurité nationale, telle qu'elle est interprétée et appliquée dans certains cas, limite la liberté d'expression et restreigne l'accès à Internet."

 

Signe de l'intolérance croissante en Corée du Sud, en décembre 2014 un jeune sud-coréen de 18 ans avait jeté une bombe artisanale lors d'une conférence de Mme Shin Eun-mi, blessant deux personnes.

 

Sumit Galhotra, du Comité pour la protection des journalistes (CPJ), a souligné dans une étude approfondie que la mesure d'exception prise à l'encontre de Mme Shin s'inscrit dans un contexte de menaces croissantes vis-à-vis des journalistes de la part du pouvoir présidentiel, qui apparaît ainsi comme étant directement à l'origine des atteintes de plus en plus fortes à la liberté d'expression - ce qui soulève, de fait, des interrogations sur l'indépendance de la justice sud-coréenne. Après un article publié le 28 novembre 2014 dans le quotidien sud-coréen Segye Ilbo, des conseillers de la présidence mis en cause ont intenté une action en diffamation. En octobre 2014, des poursuites ont aussi été engagées à l'encontre de Tatsuya Kato, chef du bureau à Séoul du quotidien japonais Sankei Shimbun, au motif qu'il aurait propagé des rumeurs sur l'absence de la Présidente Park Geun-hye pendant sept heures après le dramatique naufrage du Sewol, en avril 2014, dont la gestion de crise a par ailleurs donné lieu à des mouvements de protestation diffamés par les autorités sud-coréennes. Le procès de M. Kato a commencé fin novembre, et son interdiction de voyager, prise en août 2014, a été prolongée depuis cette date.

Signe de l'intolérance croissante en Corée du Sud, en décembre 2014 un jeune sud-coréen de 18 ans avait jeté une bombe artisanale lors d'une conférence de Mme Shin Eun-mi, blessant deux personnes.

Sources :

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26 décembre 2014 5 26 /12 /décembre /2014 12:13

Après l'interdiction le 19 décembre 2014 du Parti progressiste unifié (PPU, gauche) en République de Corée (Corée du Sud), suivant une procédure et des principes contraires à toutes les normes démocratiques, la répression s'étend à présent à ses dirigeants et aux militants pro-réunification. Aujourd'hui comme hier, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) est pleinement solidaire du combat pour la démocratie, les libertés et les droits des travailleurs en Corée du Sud. L'AAFC exige la libération immédiate de tous les prisonniers politiques, ainsi que l'abandon des poursuites engagées sur la base de la loi dite de sécurité nationale, suite aux plaintes déposées par des groupes d'extrême-droite qui agissent en sous-main du gouvernement sud-coréen. L'AAFC souligne l'impérieuse nécessité que le PPU soit autorisé à se reconstituer et ses députés rétablis dans leurs mandats et droits. Enfin, l'AAFC demande aux militants des organisations sociales et politiques françaises de ne pas se taire face à la dérive autoritaire en Corée du Sud : le silence est la meilleure arme de ceux qui, consciemment ou insconsciemment, choisissent d'être complices des autorités sud-coréennes. Notre vigilance s'étend à l'Europe, et tout particulièrement à l'Angleterre, où il apparaît que les agents du Service national de renseignement sud-coréen (National Intelligence Service, NIS) violent de plus en plus ouvertement les lois nationales et internationales.

Prononcée (hasard ou coïncidence?) par la Cour constitutionnelle le jour du deuxième anniversaire de l'élection de Mme Park Geun-hye à la présidence de la République en Corée du Sud, le 19 décembre 2014, l'interdiction du Parti progressiste unifié a enhardi les forces de police et les juges sud-coréens à lancer un vaste coup de filet, préparé de longue date, contre les militants pro-réunification. Leur action se fonde encore et toujours sur les dispositions de la loi sud-coréenne dite de sécurité nationale qui, en violation ouverte des principes démocratiques de base, sert depuis plus de soixante ans à réprimer les forces d'opposition en Corée du Sud, au nom d'une collusion, réelle ou fastasmée, avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord).

Manifestation à Séoul du Parti progressiste unifié et d'autres organisations progressistes contre la Présidente Park Geun-hye, élue il y a deux ans, le 19 décembre 2014  (source : "Hankyoreh")

Manifestation à Séoul du Parti progressiste unifié et d'autres organisations progressistes contre la Présidente Park Geun-hye, élue il y a deux ans, le 19 décembre 2014 (source : "Hankyoreh")

Après avoir qualifié fallacieusement le PPU de groupe "pro-Nord", dont l'existence serait contraire à la loi de sécurité nationale, l'appareil militaro-policier sud-coréen cherche à présent à frapper les organisations et militants pro-réunification comme "aidant l'ennemi", dans l'instruction des plaintes déposées en ce sens par des groupes d'extrême-droite qui servent souvent de faux-nez au gouvernement sud-coréen et à ses agents du NIS. Après l'interdiction du PPU, une plainte a été déposée à l'encontre de Mme Lee Jung-hee, présidente du PPU, et des cinq députés du PPU déchus de leurs mandats suite à la décision de la Cour constitutionnelle, en vue de les condamner comme "aidant l'ennemi" : non seulement la déchéance d'élus de la nation est une violation manifeste des règles de base de la démocratie parlementaire, en particulier de l'inviolabilité du mandat de législateur, mais cette attaque ciblée s'inscrit dans le cadre d'une persécution des minorités, condamnée par les tribunaux pénaux internationaux. 

Le 22 décembre 2014, une descente de police a eu lieu dans les locaux de l'Alliance coréenne, les domiciles de neuf de ses membres et chez un pasteur qui milite pour la paix, au motif qu'il aurait rencontré des Nord-Coréens lors d'un colloque qui s'était tenu en novembre 2013 à Potsdam. Bien sûr, la loi de sécurité nationale, qui interdit aux Sud-Coréens tout contact avec des Nord-Coréens, ne s'applique pas en dehors de la péninsule coréenne, mais les autorités sud-coréennes ont pris l'habitude de tenter de faire prévaloir une interprétation de cette loi contraire au principe de territorialité, pourtant l'un des fondements du droit international.

La police a avoué que l'enquête sur l'Alliance coréenne avait commencé dès le milieu de l'année 2012. Elle reconnaît ainsi que les coups de filet n'ont rien de spontané mais obéissent à un scénario ourdi de longue date, avant que l'interdiction du PPU ne serve de déclencheur face à l'apathie de la majorité des citoyens sud-coréens, mais aussi d'une fraction des démocrates prêts à collaborer avec les autorités conservatrices en acceptant l'interdiction du PPU. Cette situation est extrêmement inquiétante quant à l'avenir de la démocratie sud-coréenne, conquise de haute lutte après la mort de milliers de Sud-Coréens dans les années 1970 et 1980 : le manque de courage - ou la simple résignation - du plus grand nombre, ainsi que les jeux troubles de certains opposants pour accéder au pouvoir en s'engageant sur la voie de la collaboration, ont été, de tout temps et sur tous les continents, les adjuvants indispensables à la mise en place des dictatures.

C'est suivant la même logique que les agents du  Service national de renseignement sud-coréen sont de plus en plus fréquemment impliqués dans des actions illégales visant, cette fois, des non-Coréens qui militent pour la réunification de la péninsule, ou des Coréens à l'étranger. En France, l'Association d'amitié franco-coréenne est une cible pour le NIS, en raison de la solidarité de l'AAFC avec les Sud-Coréens en lutte pour la démocratie et la paix. Au Royaume-Uni, le NIS aurait agi de sorte que le représentant local de la Korea Friendship Association (KFA) doive quitter son emploi après des attaques ad hominem dans la presse britannique. De tels agissements du gouvernement sud-coréen et du NIS, ainsi que l'utilisation de réfugiés nord-coréens par le NIS, ont lieu dans d'autres pays d'Europe. Malgré les grandes divergences entre l'AAFC et la KFA, l'Association d'amitié franco-coréenne condamne avec la plus extrême fermeté les actions menées en violation du droit britannique et des lois internationales.


Sources :

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19 décembre 2014 5 19 /12 /décembre /2014 09:22

Alors que la République de Corée (Corée du Sud) constituait naguère l'une des démocraties parlementaires les plus vivantes d'Asie, l'élection à la présidence de la République des conservateurs Lee Myung-bak, en 2007, et surtout Park Geun-hye, en 2012, ont conduit à saper un par un les fondements de la démocratie sud-coréenne : intimidations et sanctions à l'encontre des médias ; chasse aux sorcières contre les opposants de gauche tous accusés (contre l'évidence) de soutenir la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) sur la base de la très antidémocratique loi de sécurité nationale ; discriminations contre les minorités ; ingérences de plus en plus fortes dans les institutions de la police politique (le Service national de renseignement, NIS)... La dérive autoritaire de la Corée du Sud ne fait malheureusement aucun doute, sous la férule de Mme Park Geun-hye, fille du général Park Chung-hee - qui avait établi le régime le plus autoritaire qu'ait jamais connu la Corée du Sud - dont elle a hérité des conseillers et, manifestement, du style de pouvoir. Le dernier rapport du département d'Etat américain, peu suspect d'antipathie à l'égard du pouvoir sud-coréen, a ainsi dressé un tableau particulièrement sombre de l'évolution politique de la Corée du Sud. Dans ce contexte, une nouvelle étape vers l'abolition du régime parlementaire a été franchie le vendredi 19 décembre 2014 : suite à une demande présentée par le Gouvernement, la Cour constitutionnelle a déclaré que le Parti progressiste unifié (PPU, gauche), troisième force politique lors des dernières élections législatives de 2012 après avoir recueilli plus de 10 % des suffrages, était désormais illégal au motif qu'il soutiendrait la Corée du Nord, ce qui a également entraîné l'invalidation de ses députés. Plus tôt cette année, un député de l'aile gauche du PPU, Lee Seok-ki, avait été condamné sur la base d'un procès truqué, fomenté par le NIS, où il avait été accusé d'avoir constitué une organisation révolutionnaire clandestine... Par amalgame, le Gouvernement sud-coréen avait profité de cette occasion pour engager une procédure d'interdiction à l'encontre du PPU, renouant avec une méthode antidémocratique du régime militaire tombée en désuétude depuis un quart de siècle. Toujours aux côtés des démocrates sud-coréens, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) appelle chacune et chacun à se mobiliser contre l'impunité et pour que le combat des milliers de Coréens morts pour la démocratie ne soit pas vain. Car ceux qui se taisent sont complices des atteintes aux libertés commises par le régime Park Geun-hye.

La dirigeante du PPU, désormais interdit, Lee Jung-hee a dénoncé dans la décision autoritaire de la Cour constitutionnelle l'avènement d'une "ère sombre" pour la Corée du Sud.

La dirigeante du PPU, désormais interdit, Lee Jung-hee a dénoncé dans la décision autoritaire de la Cour constitutionnelle l'avènement d'une "ère sombre" pour la Corée du Sud.

La décision de la Cour constitutionnelle est scandaleuse et ouvertement contraire à tous les standards démocratiques internationaux tant sur la forme que sur le fond.

Sur le fond - faut-il le rappeler ? - le Parti communiste et l'expression d'opinions marxistes sont toujours formellement interdits en Corée du Sud, et le PPU a ainsi été interdit pour des positions qu'il ne défend pas... La vieille ficelle de l'amalgame a servi de cache-sexe à la farce judiciaire qu'a jouée la Cour constitutionnelle.

Sur la forme, interdire un parti pour faire taire ses opposants n'a aucun équivalent dans la Corée du Sud de l'ère post-militaire. Ajoutons que l'opposition démocrate, qui réunit pratiquement autant de voix que la majorité, s'est opposée à la dissolution du PPU, et que dans toute démocratie digne de ce nom des décisions aussi lourdes de conséquences que l'interdiction d'une des principales forces politiques - en l'occurrence, le PPU - devraient au moins recueillir un consensus (c'était par exemple le cas lors de l'interdiction du Parti communiste en RFA pendant la guerre froide). Les méthodes expéditives du régime Park Geun-hye n'en ont bien évidemment cure : la chef de l'Etat n'avait jamais digéré que la candidate du PPU à l'élection présidentielle, Mme Lee Jung-hee, mette en cause ce qu'elle était (la fille du dictateur Park Chung-hee) et ce dont elle était le nom, lors d'un débat télévisé d'avant-scrutin : désormais, Mme Park Geun-hye peut espérer ne plus jamais être confrontée à ce type de situation. La meilleure façon de verrouiller le débat n'est-elle pas de fixer par avance les limites à ne pas franchir pour l'opposition ?

A l'iniquité de leur décision (rendue par huit voix contre une), les "juges" constitutionnels sud-coréens ont cru bon d'ajouter la désinvolture : le président de la Cour constitutionnelle Park Han-chul s'est félicité que soit ainsi clos un débat idéologique qui n'aurait été que trop consommateur de temps... Nous suggérons au Président Park Han-chul d'aller jusqu'au bout de sa logique : pourquoi ne prônez-vous pas, M. le Président de la Cour constitutionnelle, l'interdiction pure et simple de toute critique contre la politique de la Présidente Park Geun-hye et de son Gouvernement, afin de gagner du temps et de faire cesser des querelles vaines à vos yeux ?

Décidément très en verve, le président de la Cour constitutionnelle a aussi estimé qu' "il n'y avait pas d'autre choix que d'interdire le parti... car ses principes et ses activités mettent en danger notre ordre démocratique". Exprimées dans un cadre entièrement légal et de manière totalement pacifique, les critiques du PPU mettaient indéniablement en cause l'ordre du régime Park Geun-hye, mais certainement pas un quelconque ordre démocratique : la démocratie consiste au contraire à permettre l'expression d'opinions différentes. Faire passer la Corée du Sud pour une démocratie à protéger était déjà le mensonge proféré par la Corée du Sud du général Park Chung-hee, tout particulièrement après la promulgation de la Constitution Yusin : les gardiens des institutions désormais autoritaires de la République de Corée ont été formés à bonne école, et ont bien retenu les procédés de leurs aïeux.

Les associations de défense des droits de l'homme ont très vivement réagi, et pas seulement en Corée du Sud où elles sont déjà soumises à une surveillance policière accrue.

Directeur de recherche pour l'Asie de l'Est d'Amnesty International, Roseann Rife a déclaré dans un communiqué que "l'interdiction du PPU soulevait de sérieuses inquiétudes quant au respect par les autorités des libertés d'expression et d'association".

Selon Phil Robertson, directeur adjoint pour l'Asie de Human Rights Watch, "le Gouvernement de la Présidente Park ne devrait pas utiliser la très extensive loi de sécurité nationale pour réduire les libertés publiques et politiques fondamentales, et interdire l'expression d'opinions politiques opposées (...) Cette stratégie politique draconienne est le genre de choses qu'on peut attendre d'un régime autoritaire comme celui de son père il y a des décennies, pas du dirigeant du pays moderne et démocratique qu'est devenue la Corée du Sud au vingt-et-unième siècle". Mais Mme Park Geun-hye a officié comme "la première dame" sous la présidence de son père, et à l'instar des émigrés d'Ancien régime revenus sous la Restauration elle n'a rien appris ni rien oublié. Comme naguère du temps des généraux en Corée du Sud, nous devons, à l'AAFC et au-delà, renouer avec la mobilisation internationale qui avait permis la libération de l'opposant Kim Dae-jung. Il faut que s'exerce la pression des opinions publiques occidentales sur leurs propres gouvernements, pour que ceux-ci fassent comprendre à Mme Park qu'elle a franchi les limites qui séparent la démocratie et de l'autoritarisme. Seuls notre courage et notre engagement permettront d'éviter la mort de la démocratie parlementaire sud-coréenne, aujourd'hui dans un état clinique.

Principale source (hors AAFC) :

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2 novembre 2014 7 02 /11 /novembre /2014 01:14

Parler d'extrême-gauche en République de Corée (Corée du Sud) peut sembler une gageure, ce concept étant lui-même sujet à controverses en Occident. En effet, la scène politique sud-coréenne est traditionnellement divisée entre les progressistes et les conservateurs, et la gauche ne constitue elle-même qu'une minorité du camp progressiste, dominé par les démocrates. Nous appelons ici extrême-gauche les mouvements situés à la gauche de la gauche sud-coréenne (où aujourd'hui trois partis ont, ou ont eu, des représentants élus aux échelons de pouvoir locaux et nationaux : le Parti progressiste unifié, le Parti du travail ou Parti travailliste - issu de la fusion du Nouveau parti progressiste et du Parti socialiste - et le Parti des Verts), en excluant volontairement de notre présentation les organisations souterraines pro-Corée du Nord qui n'ont pas d'activité légale publique. A titre préliminaire, il convient d'observer qu'il n'y a pas à notre connaissance de partis ou d'organisations politiques ouvertement marxistes, marxistes-léninistes ("maoïstes") ou, plus généralement, communistes, ce qui est la conséquence de la loi de sécurité nationale propre à la Corée du Sud et qui interdit toute expression publique considérée comme pro-Corée du Nord. 

Trotskystes et marxistes

L'organisation Solidarité des travailleurs (plus connue sous son nom anglais, Workers' solidarity) a été créée en mars 2014, sur la base d'activités conduites depuis décembre 2001 par le collectif "Tous ensemble", qui avait organisé des forums annuels sur le marxisme. Solidarité des travailleurs est affiliée à une internationale trotskyste, la tendance socialiste internationale. Elle dispose d'un journal sur Internet, Gauche 21 (Left 21). Dénonçant l'URSS et les démocraties populaires comme relevant d'un capitalisme d'Etat, elle est active dans la dénonciation des guerres d'agression américaines et a vivement critiqué l'envoi de troupes par la Corée du Sud en Irak. Elle s'oppose aussi fortement à la politique israélienne de massacres de civils en Palestine. S'agissant des luttes sociales, Tous ensemble puis Solidarité des travailleurs ont été présents notamment dans le mouvement de Kiryung Electronics en 2006, et ont pris la défense depuis 2005 d'un universitaire, le professeur Kang Jeung-ku, attaqué pour avoir présenté la guerre de Corée comme une lutte pour la réunification de la péninsule.

A côté de Solidarité des travailleurs qui pourrait compter jusqu'à 1.000 membres, d'autres organisations se définissant comme marxistes et révolutionnaires sont nettement moins nombreuses et encore en voie de structuration. En particulier, deux d'entre elles ont pris appui sur la lutte de travailleurs de la société de cours privés Jaeneung, licenciés pour avoir fait grève en vue d'obtenir une hausse de leurs salaires - ils ne s'étaient pas vu reconnaître les droits qui seraient attachés en Occident au statut de salarié. La première a organisé depuis décembre 2007 des rencontres pour la formation d'un parti révolutionnaire des travailleurs. La seconde, issue du Comité conjoint d'action pour la construction d'un parti socialiste des travailleurs, est devenue le 9 mai 2010 le Comité pour un parti politique de la classe ouvrière. Comme son nom l'indique, elle vise à constituer un parti propre à la classe ouvrière et a été présente dans les luttes sociales, du groupe Hyundai et de Samsung, ainsi que dans la dénonciation du naufrage du ferry Sewol.

Réunion du groupe trotskyste "Tous ensemble " (aujourd'hui Solidarité des travailleurs), le 23 septembre 2013

Réunion du groupe trotskyste "Tous ensemble " (aujourd'hui Solidarité des travailleurs), le 23 septembre 2013

La nébuleuse anarchiste

Il est difficile d'identifier des organisations anarchistes en Corée du Sud : si le drapeau noir est présent dans les manifestations et les luttes sociales, il semble surtout le fait de militants agissant à titre individuel.

Mais les idées anarchistes - sinon des militants - sont bien présents. Ainsi, Asunaro regroupe six sociétés locales (à Gwangju, Séoul, Suwon, Incheon et Changwon) et quatre autres en voie de constitution (à Gumi, Daejon, Seongnam et Ulsan), qui regroupent officiellement 9.000 membres, souvent impliqués dans les mouvements de défense des droits individuels. Les sociétés affiliées à Asunaro sont des regroupements volontaires d'adolescents et de jeunes adultes dans des communes basées sur le principe de l'autogestion et refusant une organisation hiérarchique. Asunaro a une maison d'édition, Asurajang.

Plusieurs écoles alternatives - au système national d'éducation - se fondent sur des valeurs inspirées de l'anarchisme. Les cursus qu'elles proposent portent sur l'enseignement primaire et secondaire. Parmi ces écoles alternatives l'une, l'école Gandhi, s'inspire des idées et des principes du père de l'indépendance de l'Inde.

Les relais de la nouvelle gauche

Un panorama complet doit enfin prendre en compte les mouvements dits de la nouvelle gauche, bien représentés dans les pays anglo-saxons dont la culture politique a inspiré la République de Corée.

N'ayant pas des organisations politiques à proprement parler (sinon celles de la gauche traditionnelle), la nouvelle gauche a des relais dans les médias, comme News Cham, quotidien régional du Sud-Est de la Corée rédigé par des handicapés et défendant les droits des personnes handicapées et, plus largement, des minorités, tout en se faisant l'écho des luttes sociales et politiques.

Certaines communautés alternatives reprennent également des thématiques de la nouvelle gauche, comme Suyunomo (littéralement "Au-delà de Suyu", du nom d'un quartier de Séoul) qui donne une éducation soucieuse de la protection de la nature.

 

Liens vers les sites des organisations et médias (en coréen) :

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12 octobre 2014 7 12 /10 /octobre /2014 09:23

Le 10 octobre 2014, le ministre de la Justice de la République de Corée (Corée du Sud) a déclaré qu'un étudiant chinois - que nous appellerons Song - avait été expulsé du territoire sud-coréen en août et interdit définitivement d'y entrer pour avoir "aidé la Corée du Nord". Cette application exceptionnelle à un étranger de la loi de sécurité nationale (LSN) sud-coréenne plaide une fois encore pour l'abrogation d'une législation dénoncée comme contraire aux droits de l'homme, héritage des régimes autoritaires. La LSN interdit tout contact entre le Nord et le Sud de la péninsule et est toujours largement utilisée pour réprimer les mouvements d'opposition, au prétexte que leurs activités favoriseraient la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) - même si, dans l'immense majorité des cas, il n'y a aucun lien entre ces opposants et la Corée du Nord.

Tout d'abord, que s'est-il exactement passé ? La seule version des faits dans la presse a été donnée par le très conservateur quotidien sud-coréen Chosun Ilbo, que les services de renseignement sud-coréens (National Intelligence Service, NIS) privilégient comme leur porte-voix et comme instrument de leurs campagnes de désinformation sur la Corée du Nord. Ce scoop du Chosun Ilbo n'est donc pas surprenant, eu égard à ses liens aujourd'hui quasi-organiques avec le NIS : le quotidien puise ses informations à bonne source et en donne une lecture conforme aux intérêts du NIS.

Selon le Chosun Ilbo, "Song" est originaire de la province de Guangdong. Il est arrivé en Corée du Sud fin 2012 pour apprendre le coréen. Pendant son séjour, il aurait posté des messages sur Facebook critiquant les autorités sud-coréennes et faisant l'éloge du dirigeant nord-coréen Kim Jong-un. Le quotidien sud-coréen, prétendant avoir accès à une source gouvernementale (aveu quasi-implicite que ces informations viennent du NIS, alors que le ministère de la Justice a refusé de donner des détails), a ajouté que les messages, écrits en coréen et en chinois, donnaient "uniquement le point de vue nord-coréen" et continueraient d'être publiés même après son expulsion de la péninsule.

L'amalgame, vieille ficelle des services de renseignement du monde entier, fonctionne ici à plein régime : d'un regret que Song donne un point exclusivement nord-coréen nous glissons à l'éloge supposée du Maréchal Kim Jong-un, ce qui n'est évidemment pas la même chose. Naturellement, aucune preuve ni aucune citation des messages en question n'est fournie, permettant au NIS et au Chosun Ilbo de donner leur version exclusive des faits.

Mais pourquoi avoir choisi de communiquer ? La LSN est vivement critiquée par les ONG, le gouvernement américain, allié de la Corée du Sud, et la commission des droits de l'homme des Nations Unies comme contraire à l'exercice des libertés publiques. Quel est l'intérêt des autorités sud-coréennes, en pointe dans la dénonciation des droits de l'homme en Corée du Nord, de prêter elles-mêmes le flanc à la critique sur ce même terrain des droits de l'homme ?

Non seulement le NIS et la droite sud-coréenne, obsédées par le danger que constituent à leurs yeux la Corée du Nord et le "communisme", ne sont pas conscientes des atteintes aux droits de l'homme commises au nom de la LSN (ou les minimisent), mais elles les revendiquent comme un élément fondamental du respect de l'ordre et des institutions sud-coréennes. C'est grâce à la LSN, par exemple, qu'est interdit le débat sur les véritables causes du naufrage du Cheonan, ou que le député Lee Seok-ki a été déchu de son mandat et condamné à une peine de prison ferme en violation du principe universel d'inviolabilité du mandat parlementaire, fondement de la séparation des pouvoirs dans les démocraties parlementaires.

Le cas Song est d'autant plus inquiétant qu'il applique la sinistre LSN à un étranger, ce qui semble sans précédent, du moins dans l'époque récente. Par ailleurs, Song n'avait pas participé à des manifestations, ni mené des actions publiques : c'est bien l'expression de ses opinions qui était jugée inacceptable, révélant par ailleurs un contrôle toujours accru d'Internet et des réseaux sociaux par les autorités sud-coréennes.

Le but n'est-il pas d'intimider les étrangers vivant en Corée du Sud ? Mais pas seulement : l'article de presse déplore que ces messages continuent d'être postés... à l'étranger ! Or la loi de sécurité nationale, comme toute loi nationale, ne s'applique pas en dehors des frontières sud-coréennes. Et ce n'est malheureusement pas la première fois que les services secrets sud-coréens feignent de l'ignorer : il a été rapporté à l'AAFC que le NIS avait dénoncé des Français vivant en France au motif qu'ils violeraient la LSN. Les actions du NIS étaient clairement illégales, entraînant l'ouverture d'enquêtes judiciaires et une réaction du contre-espionnage français pour défendre la souveraineté nationale de notre pays et l'intégrité de ses ressortissants et des personnes placées sous la protection des lois françaises.

Face à ces expressions d'une évolution autoritaire en Corée du Sud, l'AAFC juge urgente l'abrogation de la loi de sécurité nationale ainsi que l'instauration qu'un contrôle politique du NIS, incluant l'opposition, comme dans toutes les démocraties parlementaires, pour mettre fin aux dérives de cette agence de renseignement qui confond sécurité nationale et intérêts partisans.

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18 septembre 2014 4 18 /09 /septembre /2014 22:05

Le 16 septembre 2014, la présidente sud-coréenne Park Geun-hye a appelé à l'adoption rapide par le Parlement de la dernière version du projet de loi visant à créer une commission spéciale pour enquêter sur les causes du dramatique naufrage du ferry Sewol en avril dernier - qui a causé 304 victimes, en majorité des adolescents qui étaient en voyage scolaire. Cette réaction d'autorité est vivement dénoncée comme autoritaire par l'opposition et les familles des victimes, lesquelles ont engagé un mouvement de protestation pour exiger que la commission créée par la loi spéciale sur le Sewol ait non seulement des pouvoirs d'enquête, mais également d'accusation. Par ailleurs, l'implication in fine de la chef de l'Etat - qui avait initialement jugé que cette question relevait de la compétence du Parlement - apparaît comme un revirement de position, difficilement explicable autrement que par l'irritation de Mme Park Geun-hye face à la colère des familles des victimes - aisément compréhensible, mais qu'elle perçoit comme une mise en cause de sa propre autorité. Au final, son brutal rappel à l'ordre pour que cessent les discussions parlementaires n'est-elle pas un aveu de faiblesse ?  

La montagne parlementaire va-t-elle accoucher d'une souris ? Le doute est permis au regard du refus du parti Saenuri (conservateur, au pouvoir) d'accepter de prendre en compte les demandes des familles des victimes pour l'adoption de la loi spéciale suite au naufrage du Sewol - comme le propose l'opposition démocrate, qui a menacé de boycotter les travaux parlementaires tant qu'un compromis acceptable ne serait pas trouvé.

Au coeur du débat figure l'étendue des pouvoirs de la commission d'enquête indépendante qui serait créée sur le naufrage du ferry Sewol : à des pouvoirs d'enquête les familles des victimes demandent que s'ajoutent des pouvoirs de mise en accusation. La présidente sud-coréenne a répondu "non", en estimant qu'il y aurait là une confusion des pouvoirs et un non-respect de l'indépendance de la justice. Ses détracteurs rétorquent que la commission d'enquête telle qu'elle est proposée risque de ne pas avoir les moyens de conduire des travaux qui lui permettent de faire toute la vérité sur cette tragédie, ni d'éviter qu'une telle situation se reproduise à l'avenir.

Pour se faire entendre, des membres des familles des victimes - ensuite rejointes par des représentants de groupes civiques, d'églises et de partis politiques - ont établi des tentes à proximité de la Maison bleue, siège de la présidence de la République, et engagé un mouvement de grève de la faim. Parmi eux, Kim Young-oh, père d'une des jeunes filles disparues lors de la catastrophe, a conduit une grève de la faim pendant 46 jours. Lorsqu'il a mis fin à sa grève de la fin, le 28 août, des centaines de Coréens ont alors suivi son exemple en décidant à leur tour de ne pas manger.

Kim Young-oh, père d'une des victimes du naufrage du "Sewol", en discussion avec Park Young-sun, représentante du comité de l'opposition démocrate

Kim Young-oh, père d'une des victimes du naufrage du "Sewol", en discussion avec Park Young-sun, représentante du comité de l'opposition démocrate

Plusieurs leçons sont à tirer de ce bras-de-fer courageux et opiniâtre, qui rappelle l'engagement jusqu'à la mort de ceux qui, naguère, luttèrent contre le régime militaire et pour la démocratie au Sud de la péninsule.

 

Le jusqu'au-boutisme de la Présidente de la République, qui refuse une nouvelle fois le compromis, est une source majeure de tensions dans la société coréenne. De surcroît, en assimilant toute opposition à des manoeuvres subversives où elle croit déceler la main de l'opposition, Mme Park se trompe de cible : l'émotion créée par la catastrophe nécessite de dépasser les clivages partisans et de cesser de rejeter par principe les propositions de l'opposition démocrate - dont les précédents compromis avaient toutefois été très mal reçus par les familles des victimes. Si la loi est adoptée par égard aux victimes et à leurs familles, ne doit-on pas parvenir à une forme de consensus avec ces dernières ?

Enfin, derrière les postures, se pose une question fondamentale : les autorités sud-coréennes entendent-elles revenir sur une déréglementation qui a rendu possible le drame du Sewol, et promet de nouvelles catastrophes similaires à l'avenir si rien ne change ?


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7 août 2014 4 07 /08 /août /2014 22:29

Le 5 août 2014, le chef d'état-major de l'armée de terre Kwon Oh-sung a remis sa démission après les révélations sur la mort d'un conscrit suite à des sévices, en avril dernier, que l'armée sud-coréenne avait alors tenté de maquiller en accident. L'opposition a mis en cause la responsabilité du ministre de la Défense de l'époque, Kim Kwan-jin, aujourd'hui conseiller en charge des affaires de défense de la Présidente Park Geun-hye. Alors que ce drame n'est pas isolé, il est temps que l'armée sud-coréenne abandonne ses pratiques héritées de l'époque où la junte militaire était au pouvoir à Séoul. Mais qui peut croire que l'actuelle chef de l'Etat aura la volonté de mener à bien la démocratisation de l'appareil militaire sud-coréen, alors qu'elle porte l'héritage du général Park Chung-hee qui a mis en place le régime le plus autoritaire qu'ait jamais connu la Corée du Sud, et qu'elle-même a imprimé un tournant autoritaire aux institutions de son pays ? L'opinion publique et les médias internationaux doivent faire pression sur les gouvernements occidentaux pour qu'ils usent de leur influence sur Séoul afin de stopper la dérive autoritaire au Sud de la péninsule. Telle est l'une des tâches majeures de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) qui, aujourd'hui comme hier, est pleinement engagée pour la défense de la démocratie et des droits des travailleurs en Corée du Sud.

Pour l'opposition sud-coréenne, le chef d'état major de l'armée de terre Kwon Oh-jun qui a remis sa démission sert de fusible...

Pour l'opposition sud-coréenne, le chef d'état major de l'armée de terre Kwon Oh-jun qui a remis sa démission sert de fusible...

... pour protéger le puissant Kim Kwan-jin, qui fait partie de la garde rapprochée de la Présidente Park Geun-hye, ministre de la Défense au moment des faits.

... pour protéger le puissant Kim Kwan-jin, qui fait partie de la garde rapprochée de la Présidente Park Geun-hye, ministre de la Défense au moment des faits.

Un homme est mort le 7 avril 2014. Le première classe Yoon (pour reprendre le surnom qui lui a été donné) est mort des suites d'actes de barbarie - la cause immédiate de son décès étant les coups qu'il avait reçus. Et l'affaire, d'abord présentée par l'armée comme une mort accidentelle, serait restée à jamais étouffée sans la vigilance du Centre pour les droits de l'homme des militaires en Corée, qui a révélé le 31 juillet les sévices dont avait été victime Yoon. En juin, c'était un sergent qui, victime de harcèlements, ouvrait le feu sur ses camarades - en en tuant cinq et en en blessant sept, avant d'être arrêté à l'issue d'une chasse à l'homme ayant mobilisé des dizaines de milliers de soldats. Enfin, ces derniers jours, ce sont deux nouveaux suicides de soldats également jugés fragiles psychologiquement - et donc non protégés - qui se sont ajoutés à la longue liste, pour l'essentiel cachée et inconnue, des victimes d'un système militaire opaque, fonctionnant en vase clos et disposant de ses propres juridictions pour étouffer les morts suspectes et le scandale de mauvais traitements qui sont monnaie courante - selon les résultats d'une enquête réalisée par le Centre pour les droits de l'homme des militaires en Corée, 8,5 % des soldats interrogés reconnaissent avoir été battus.

Informé de la mort du conscrit Yoon, Kim Kwan-jin, alors ministre de la Défense et aujourd'hui le plus proche conseiller à la sécurité et à la défense de la Présidente Park Geun-hye, affirme n'avoir ensuite plus été tenu au courant de l'enquête interne... Peut-on réellement croire que l'armée sud-coréenne fonctionnerait en unités closes, dissimulant la réalité au gouvernement qu'elle est censée servir ? L'opposition demande logiquement la démission de Kim Kwan-jin, protégé et défendu au titre qu' "il ne savait pas" - contre l'évidence - par la présidence de la République, le parti Saenuri au pouvoir et les médias qui lui sont affidés. Car l'institution militaire est trop précieuse aux yeux des conservateurs pour pouvoir être mise en cause, qui plus est à travers un homme-lige de la droite qui incarne l'institution militaire après en avoir occupé toutes les fonctions : Kim Kwan-jin a été chef d'état major des armées, puis ministre de la Défense et est maintenant directeur du bureau de la sécurité de la Présidente. En effet, c'est l'armée comme institution et son corollaire - le service militaire de deux ans, auquel n'échappe aucun Sud-Coréen - qui sert de colonne vertébrale pour inculquer une solide culture anticommuniste contre le Nord, en prétextant l'absence de traité de paix depuis la fin de la guerre de Corée pour justifier le pouvoir exorbitant de l'appareil militaire et de sa branche de renseignement, le National Intelligence Service (NIS), de sinistre réputation. L'armée est l'un des piliers de contrôle des populations dans le système social et politique sud-coréen.

Mais rien ne saurait justifier la place et le statut exorbitants de l'armée en Corée du Sud, qui en font une anomalie parmi les démocraties. Car dans quelle autre démocratie libérale serait-il considéré comme normal que n'existe aucune forme civile de service national, alternative au service militaire ? La Corée du Sud dispose toujours de tribunaux militaires (abolis en France depuis 1981) qui sont utilisés comme un instrument pour protéger l'appareil bureaucratico-militaire. Alors que son armée est l'une des plus violentes au monde, la Corée du Sud refuse obstinément de reconnaître l'objection de conscience - ce qui a d'ailleurs entraîné la reconnaissance du statut de réfugié politique pour des objecteurs de conscience sud-coréens dans plusieurs pays occidentaux. Enfin, le poste de ministre de la Défense est systématiquement occupé par un militaire, l'armée pouvant ainsi rester un Etat dans l'Etat, n'ayant de compte à rendre à aucune autorité civile, comme l'a prouvé l'affaire du première classe Yoon.

 

En France, dans un contexte quelque peu similaire à celui de la Corée quant au rôle éminent assigné à l'armée pour préparer la "revanche" contre l'Allemagne, l'affaire Dreyfus avait - il y a déjà plus d'un siècle - réveillé les consciences, les Français n'acceptant plus que l'armée soit une zone de non-droit. L'Allemagne, elle aussi divisée dans un contexte de guerre froide, avait accepté de reconnaître l'objection de conscience. Les exemples abondent qui montrent que les autorités sud-coréennes ne peuvent pas s'abriter derrière le prétexte nord-coréen pour continuer à ne pas appliquer dans l'armée les droits humains fondamentaux.

Sources :

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1 août 2014 5 01 /08 /août /2014 09:54

Le 30 juillet 2014, quinze élections législatives partielles avaient lieu en République de Corée (Corée du Sud), suite aux démissions entraînées par les élections locales de juin. Un vingtième des sièges du Parlement étaient ainsi renouvelés, ce qui était de nature à remettre en cause la courte majorité parlementaire du parti Saenuri (conservateur) au pouvoir. Mais les résultats se sont au contraire soldés par un recul de l'opposition, qui n'a remporté que quatre sièges contre six auparavant, donnant du même coup une majorité plus nette aux conservateurs pour mener leur politique. Les co-présidents de l'Alliance de la nouvelle politique pour la démocratie (ANPD, centre-gauche), Kim Han-gil et Ahn Cheol-soo, ont remis leur démission dès le lendemain - suivant un usage établi en Corée du Sud quand une formation échoue aux élections. Toutefois, l'ANPD ne pourra se contenter d'un changement de dirigeant si elle veut accéder au pouvoir, alors que les électeurs ont sanctionné son absence tant de projet politique que de dirigeant clairement identifié.

Le 31 juillet 2014, Ahn Cheol-soo et Kim Han-gil ont tenu une conférence de presse à l'Assemblée nationale où ils annoncé leur démission de la direction de l'Alliance de la nouvelle politique pour la démocratie (ANPD), largement défaite lors des élections législatives partielles de la veille

Le 31 juillet 2014, Ahn Cheol-soo et Kim Han-gil ont tenu une conférence de presse à l'Assemblée nationale où ils annoncé leur démission de la direction de l'Alliance de la nouvelle politique pour la démocratie (ANPD), largement défaite lors des élections législatives partielles de la veille

Organisées en plein été, les quinze élections législatives partielles du 30 juillet 2014 étaient déterminantes pour la majorité parlementaire en Corée du Sud. Malgré l'enjeu, le taux de participation n'a atteint que 32,9 %, en-deçà de la participation moyenne aux élections législatives partielles depuis 2000 (35,3 %).

Annoncés serrés après le coude-à-coude entre la majorité conservatrice et l'opposition démocrate aux élections locales du 4 juin dernier, les résultats ont finalement marqué un succès sans appel pour les conservateurs. Non seulement ces derniers remportent deux sièges supplémentaires (totalisant ainsi onze sièges sur les quinze en jeu), mais ils se paient le luxe de remporter une circonscription en jeu dans le Cheolla, bastion traditionnel de l'opposition. Défait dans la circonscription C de Suwon, dans le Gyeonggi, Sohn Hak-kyu, un des leaders de l'ANPD, a annoncé son retrait de la vie politique. Enfin, le Parti de la justice a été défait dans la circonscription de Dongjak-B (47 % contre 52 %), à Séoul : soutenu par les démocrates, son candidat, l'ancien député Roh Hoe-chan, était pourtant l'une des figures les plus connues de la gauche sud-coréenne.

Sohn Hak-kyu s'incline après sa défaite, suite à laquelle il a annoncé son retrait de la vie politique

Sohn Hak-kyu s'incline après sa défaite, suite à laquelle il a annoncé son retrait de la vie politique

L'opposition peut incriminer la faible participation - alors que les électeurs conservateurs, plus âgés, se rendent plus facilement aux urnes. Mais de l'avis des médias sud-coréens, et d'abord de ceux favorables aux progressistes, c'est bien l'absence de projet politique et le curieux attelage formé par un duo à la tête du parti (révélateur de ses dissensions) qui est à blâmer : de fait, Kim Han-gil et Ahn Cheol-soo ont tiré les conséquences du scrutin en annonçant leur démission de la direction de l'ANPD.

Plutôt que de développer son propre projet, l'ANPD a mené une campagne essentiellement négative, basée sur la gestion désastreuse du dramatique naufrage du ferry Sewol par l'administration conservatrice de la présidente Park Geun-hye. Après une incapacité à organiser les secours de manière optimale, cette dernière avait coordonné une vaste chasse à l'homme - jusqu'à 50.000 policiers avaient été mobilisés - pour traquer le vrai propriétaire de la compagnie, le sulfureux Yoo Byeong-eon, très proche des conservateurs. Las, il était annoncé le 22 juillet que le corps d'un homme trouvé le 12 juin, initialement soupçonné appartenir à un SDF, était celui de l'homme d'affaires. Le corps était pourtant situé dans un rayon relativement proche (2,5 kilomètres) d'une demeure de Yoo Byeong-eon. Comme il était dans un état de décomposition avancée, les causes du décès n'avaient ensuite pu être établis. De nombreux Sud-Coréens ne croient pas le récit officiel, soupçonnant les autorités sud-coréennes d'avoir laissé M. Yoo fuir à l'étranger, sa mort permettant d'éviter un déballage public préjudiciable aux conservateurs. 

La mauvaise gestion du naufrage du "Sewol" avait par ailleurs entraîné la démission du Premier ministre Chung Hong-won. Mais après que des scandales eurent empêché l'entrée en fonctions de deux autres candidats ensuite pressentis - l'ancien magistrat Ahn Dae-hee, pour trafic d'influence, puis le journaliste Moon Chang-guk, qui avait suscité la polémique en décrivant la colonisation japonaise puis la division de la Corée comme une conséquence de la volonté divine - c'est finalement le Premier ministre démissionnaire qui est resté en fonctions.

Alors que les premières auditions des adolescents survivants du naufrage du ferry - qui a causé plus de 300 morts, majoritairement des lycéens - coïncidaient avec la tenue des législatives partielles, l'ANPD n'a pas su créer un courant de sympathie en sa faveur, après avoir tenté - en vain - de faire adopter une proposition de loi devant prévenir de tels accidents.

Le problème de l'opposition démocrate est qu'elle gère une rente de situation - disposant d'un important groupe parlementaire et de positions dans les exécutifs locaux - sans porter de réel projet alternatif. Quand elle refuse toute alliance aux élections locales avec les partis de gauche - sous la pression notamment du magnat de l'industrie Ahn Cheol-soo - elle valide implicitement la ligne gouvernementale qui considère la gauche comme factieuse et donc infréquentable, alors qu'est engagée une répression sans précédent contre une partie de la gauche depuis le départ des militaires du pouvoir à Séoul. Le retrait du candidat de l'ANPD en faveur du dirigeant du Parti de la Justice, Roh Hoe-chan, lors de la partielle du 30 juillet, apparaissait ainsi comme une prise de conscience bien tardive - et insuffisante, vu le résultat - du caractère suicidaire d'une telle ligne politique, dans un mode de scrutin uninominal à un tour qui exige un regroupement des progressistes.

D'ores et déjà acquis au libéralisme économique (et par conséquent peu crédibles sur le terrain des réformes sociales), les démocrates sont par ailleurs de plus en plus sensibles aux sirènes conservatrices sur la question des relations intercoréennes - alors que la popularité de la "politique du rayon de soleil" d'ouverture au Nord des présidents Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun avait constitué un des marqueurs politiques de l'identité démocrate.

 

Reste l'héritage de la défense de la démocratie et des droits de l'homme, fierté des démocrates, quand les conservateurs se rangent du côté des héritiers du régime militaire. Mais alors que les menaces sur la démocratie sud-coréenne n'ont jamais été aussi fortes, les dirigeants de l'ANPD ne sont pas à hauteur de la réputation de courage de leurs illustres prédécesseurs, en évitant soigneusement d'apparaître comme potentiellement alliés avec les opposants radicaux à Mme Park Geun-hye, fille du général Park Chung-hee qui a établi le régime le plus autoritaire qu'ait jamais connu la Corée du Sud. Le risque est que, à force de prudence et faute de porter des projets concrets d'amélioration des conditions de vie de la population, l'opposition démocrate soit incapable de représenter une alternative majoritaire, dans un pays culturellement ancré dans le conservatisme politique, social et économique.

Principales sources :

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12 juin 2014 4 12 /06 /juin /2014 12:25

Depuis 2008, les habitants de Miryang, dans la province de Gyeongsang du Sud en République de Corée (du Sud), refusent l'implantation de tours à haute tension de 765 kV le long des lignes électriques desservant Ulsan au District de Changnyeong dans la province de Gyeongsang du Sud. La motivation de ces habitants - majoritairement des personnes âgées, et parmi elles de nombreux agriculteurs - est double : les risques que font peser ces tours sur leur santé, et les pertes de terres agricoles mal indemnisées. Le sujet a pris une ampleur nationale en Corée du Sud depuis le suicide d'un habitant, M. Lee Chi-woo, qui s'est incendié le 16 janvier 2012. Une autre habitante, Mme Yoo Han-sook, s'est à son tour suicidée le 6 décembre 2013, en buvant des pesticides - et une autre tentative de suicide a eu lieu le 13 décembre 2013. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) est solidaire du combat des habitants de Miryang, rejoints par des militants politiques : il n'est que trop temps que leurs revendications soient entendues et qu'un dialogue puisse enfin s'instaurer.

La lutte des habitants de Miryang est symptomatique des maux politiques et sociaux dont souffre la Corée du Sud : une entreprise (en l'occurrence, Korea Electric Power Corporation, ou KEPCO) qui refuse le dialogue ; un gouvernement qui recourt à la méthode forte en assimilant la légitime contestation démocratique à des formes de désobéissance, voire de subversion ; enfin, des habitants qui, désespérés, choisissent de faire le sacrifice de leur vie pour réveiller les consciences de leurs concitoyens.

Car depuis la décision gouvernementale de l'implantation des tours à haute tension en 2007, les protestations continues des habitants - depuis juillet 2008 - n'ont, semble-t-il, que conduit à un durcissement des positions gouvernementales. la suspension de la construction en 2012 est apparue a posteriori comme une manoeuvre dilatoire, après qu'un premier suicide avait soulevé l'indignation dans l'ensemble du pays.

Plus grave encore, alors que la Corée du Sud souffre d'un très fort exode rural, les études conduites en 2009, et concluant que les seuls risques sur la santé pèseraient sur les villageois de Miryang et des environs, est révélatrice d'un mépris pour les populations rurales. Le développement industriel forcé - qui, en Corée du Sud, a pris la forme du choix de l'électricité nucléaire, comme dans le cas d'espèce - a accentué les déséquilibres régionaux et réduit les zones rurales à une lente mort économique, corrélative à un dépeuplement sans perspective de retournement de tendance.

La répression s'est accentuée ces derniers jours. Le 9 juin 2014, les autorités locales de Miryang ont annoncé l'exécution de la décision d'expulser de force les protestataires. Ce sont au total 2 000 policiers qui ont été déployés le 11 juin, et ont délogé les contestataires dans un accès de violence inacceptable, en détruisant les tentes mises en place.

Il est temps de connaître et faire connaître, en France, le juste combat des habitants de Miryang, dans un mouvement de solidarité internationale.

Le combat des habitants de Miryang : une lutte exemplaire
Le combat des habitants de Miryang : une lutte exemplaire
Les contestataires de Miryang ont été délogés de force par la police le 11 juin 2014

Les contestataires de Miryang ont été délogés de force par la police le 11 juin 2014

Source :

Source des images et sur l'intervention des forces de police le 11 juin 2014 :

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5 juin 2014 4 05 /06 /juin /2014 00:22

Les élections locales du 4 juin 2014 en République de Corée (du Sud) constituaient un test très attendu pour la Président Mme Park Geun-hye et son parti (Saenuri, conservateur), un an et demi après son élection. Les résultats donnent une courte avance à l'Alliance de la nouvelle politique pour la démocratie (ANPD, opposition, progressiste). 

Sur cette carte, les régions gagnées par les démocrates (progressistes) sont en bleu et celles remportées par les conservateurs en rouge.

Sur cette carte, les régions gagnées par les démocrates (progressistes) sont en bleu et celles remportées par les conservateurs en rouge.

Ni sanction, ni blanc-seing : tel pourrait être le bilan des élections locales qui ont eu lieu le 4 juin 2014 en Corée du Sud. Si le parti Saenuri (conservateur, au pouvoir) se félicite de ne pas avoir subi de désaveu après la désastreuse gestion du naufrage du ferry Sewol, qui a entraîné une forte chute de popularité de la présidente Park Geun-hye - par ailleurs contestée pour sa gestion autoritaire de l'Etat qui fait peser une menace sur la démocratie au Sud de la péninsule - la droite aurait tort de se réjouir de résultats qui, selon les données disponibles à l'heure où nous publions cet article, donnent une courte avance à l'opposition progressiste de l'ANPD.

La participation électorale a atteint 56,8 %, soit le taux le plus élevé à des élections locales depuis 1995.

L'ANPD a remporté 9 des postes de gouverneur ou de maire de villes métropolitaines (en progression d'un poste par rapport aux précédentes élections) : dans les villes de Séoul, Daejeon, Sejong, Gwangju, dans les deux provinces du Chungcheong (Nord et Sud) et du Jeolla (Nord et Sud), ainsi que dans la province de Gangwon. Le Parti Saenuri l'a emporté dans 8 provinces et villes métropolitaines : Incheon, Daegu, Pusan et Ulsan, et dans les provinces de Gyeongsang (Nord et Sud), de Gyeonggi et l'île de Jeju. La partition traditionnelle du pays, entre l'Est conservateur et l'Ouest plus progressiste, est une fois encore respectée, les résultats révélant aussi des niveaux électoraux très proches pour chacune des deux grandes formations politiques - comme c'était déjà le cas aux élections législatives et à la présidentielle de 2012, mais alors remportées par les conservateurs. Pour les démocrates, le refus global d'alliance avec les petites formations de gauche (Parti progressiste unifié, Parti de la justice, Parti travailliste, Verts), divisées et soumises à la répression gouvernementale, a pesé sur les résultats finaux, serrés.

Dans la capitale, la nette réélection de Park Won-soon (56 % contre 42 % à Chung Mong-joon, conservateur, 7 fois élu député et ancien vice-président de la fédération de football), le positionne en candidat potentielle pour l'élection présidentielle de 2017. Dans la province de Gyeonggi, qui entoure la capitale, le conservateur Nam Gyeong-pil remporte l'élection d'une courte tête (50,4 %), ce qui en fait également un des espoirs de son parti pour les prochains scrutins.

Dans l'attente des résultats pour les élections municipales, les postes de recteurs d'académie ont été largement remportés par les progressistes (13 sièges sur 17, contre 4 sièges pour les conservateurs, vainqueurs seulement à Daejeon, Daegu, Ulsan et dans le Gyeongsang du Nord.
 

Sources :

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