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24 mai 2015 7 24 /05 /mai /2015 18:43

Le 14 mai 2015, la Cour suprême de la République de Corée (Corée du Sud) a rejeté l’appel formé par les procureurs contre une décision rendue en première instance, un an plus tôt, qui reconnaissait Kang Ki-hoon non coupable. Ving-quatre ans après le faits, il a été reconnu que l’ancien dirigeant étudiant a été injustement accusé d’avoir rédigé une note manuscrite laissée par un autre leader étudiant, Kim Ki-sul, alors directeur des affaires sociales de l’Union pour un mouvement national démocratique (UMND), qui s’était immolé par le feu en mai 1991. Kang Ki-hoon avait été condamné à trois ans de prison. L’acharnement de l’appareil judiciaire sud-coréen à ne pas reconnaître l’erreur commise en 1991 est symptomatique de ce que, pour les conservateurs sud-coréens revenus au pouvoir à Séoul en 2008, la manifestation de la vérité et la vie d’un homme comptent moins que la défense de l’institution judiciaire – à l’instar de la position des antidreyfusards qui, dans la France d’avant la Première guerre mondiale, entendaient défendre par-dessus tout l’honneur de l’armée, en jetant par ailleurs la suspicion sur des coupables idéals (dans un cas Alfred Dreyfus comme juif, dans l’autre Kang Ki-hoon comme militant étudiant opposé aux militaires au pouvoir à Séoul). Car malgré la décision rendue par la Cour suprême, les juges sud-coréens excluent ouvertement de s’excuser et aucune compensation ou indemnisation ne semble manifestement à l’ordre du jour, tandis qu’une position révisionniste est entretenue par le plus réactionnaire (et le plus lu) des quotidiens sud-coréens, le Chosun Ilbo.

 

Après le suicide de Kim Ki-sul, le bureau des crimes violents de la police judiciaire de Séoul avait ouvert une enquête qui avait conduit à reconnaître l’un des collègues de Kim Ki-sul, Kang Ki-hoon, coupable d’avoir rédigé le message manuscrit laissé par l’ancien dirigeant de l’UMND avant son suicide, selon une analyse graphologique conduite par l’Institut médico-légal (IML).

 

La mobilisation s’organisa contre ce nouveau procès fabriqué par le pouvoir militaire. Lors d’une conférence de presse à la cathédrale Myeongdong, Kang Ki-hoon recopia le message de suicide, apportant la preuve qu’il n’avait pas été rédigé de sa main. Kang Ki-hoon ne fut pas la seule cible de la répression militaire : un autre responsable de l’UMND, Kim Seon-taek, dut se cacher pendant deux ans et demi après avoir été accusé d’être le cerveau de la mort de Kim Ki-sul, car la note laissée lors de son suicide appelait à « faire confiance pour toutes les questions futures à Kim Seon-taek et Seo Jung-sik ».

Kang Ki-hoon, lors de la conférence de presse à la cathédrale Myeongdong

Kang Ki-hoon, lors de la conférence de presse à la cathédrale Myeongdong

Lors de l’appel, le responsable de l’IML pour l’analyse graphologique, par ailleurs condamné pour corruption dans une autre affaire, Kim Hyeong-yeong, déclara avoir donné de faux résultats dans l’affaire Kang Ki-hoon. Mais la Cour suprême décida alors d’écarter le témoignage de Kim Hyeong-yeong, en maintenant la culpabilité de Kang Ki-hoon, condamné à trois ans de prison.

 

A l’instar des autres anciens prisonniers politiques, Kang Ki-hoon a été mis au ban de la société sud-coréenne après sa libération, exerçant différents métiers pour survivre – comme ouvrier du bâtiment payé à la journée.

 

Un fait nouveau devait toutefois conduite à une réouverture du procès. En 2005, un ami de Kim Ki-sul, du nom de Han, transmit à la police des notes manuscrites qu’avait rédigées Kim Ki-sul pour les représentants du Conseil national des étudiants d’université (Jeondaehyeop). Une enquête avait été ouverte par la Commission vérité et réconciliation, qu’avaient mise en place les démocrates - alors au pouvoir à Séoul - pour réexaminer les massacres, les morts suspectes et les faux procès de l’époque des régimes autoritaires.

 

L’IML devait conclure à l’identité de l’écriture des manuscrits laissés par Kim Ki-sul pour Jeondaehyeop et de la note découverte après son suicide, rendant ainsi possible la réouverture du procès de Kang Ki-hoon, à sa demande, en 2008. Après vingt mois d’enquête, la Haute Cour de Séoul avait conclu disposer d’éléments suffisants pour reconnaître Kang non coupable. Les procureurs firent toutefois appel, en soulevant la possibilité que les écrits de Kim Ki-sul pour Jeondaehyeop soient des faux. La Cour suprême ordonna de rejuger Kang Ki-hoon, tout en s’interrogeant sur l’origine des manuscrits pour Jeondaehyeop.

 

Le nouveau procès a alors largement porté sur l’authenticité des manuscrits pour Jeondaehyeop, qui ont été comparés à d’autres écrits de Kim Ki-sul. D’autres obstacles sont apparus : les Archives nationales ont affirmé de ne pas être en mesure de fournir l’original de la note découverte après le suicide ; pour sa part, l’IML a rechigné à comparer les différents manuscrits, au motif que l’écriture des uns était nette et lisible, et pour d’autres rédigée à la hâte, tout en concluant à la possibilité qu’ils soient du même auteur.

 

En février 2014, Kang Ki-hoon a été déclaré non coupable. Aux termes du jugement rendu en février 2014,

L’analyse effectuée par l’Institut médico-légal en 1991 n’est pas fiable, et les autres preuves apportées par les procureurs ne sont pas suffisantes pour conclure que les charges retenues sont établies au-delà d’un doute raisonnable.

Le ministère public fit appel de cette décision. Le 14 mai 2015, après quatorze nouveaux mois de procédure, la Cour suprême a rejeté l’appel, jugeant la décision de février 2014 « appropriée ».

 

Lorsque la Cour suprême a rendu son verdict, le principal intéressé, Kang Ki-hoon, n’était pas dans la salle, après une récente opération pour un cancer du foie. Comme l’a déclaré un de ses médecins à un journaliste du quotidien Hankyoreh (opposition, centre-gauche) Kim Eui-kyum, qui suit l’affaire depuis 1991 depuis sa rencontre avec Kang Ki-hoon en marge de l’enterrement de Kang Kyu-dae (battu à mort par la police lors d’une manifestation en mai 1991), « le stress a affaibli son système immunitaire, ce qui a aggravé sa maladie ». A Kim Eui-kyum, Kang Ki-hoon a seulement déclaré, pour justifier son absence lors du jugement le 14 mai 2015 : « je ne voulais pas jouer les seconds rôles ». Après la décision rendue en 2014, ce qu’attendait Kang Ki-hoon n’était pas une réhabilitation ou une réparation du préjudice subi, mais des excuses des juges pour leur erreur.

Kang Ki-hoon, après la décision rendue en 2014

Kang Ki-hoon, après la décision rendue en 2014

Mais ceux qui ont détruit la vie et la santé d’un homme n’ont ni regrets, ni remords, et les juges actuels de la Cour suprême, hier les instruments de l’arbitraire de la junte militaire, n’ont pas jugé utile de faire le moindre geste en ce sens. Reflétant cet état d’esprit, un des procureurs qui avait instruit la première fois le procès, Nam Ki-chun, a même osé déclarer au quotidien Kyunghyang Shinmun après le verdict de la Cour suprême :

Je ne pense pas que ce soit le genre de choses qui exige des excuses (…) Si nous appliquons les standards actuels aux décisions du passé, les conclusions seront différentes. Suivant les critères actuels, nous devrions même inverser beaucoup des décisions rendues par le roi Séjong le grand de la dynastie Choson.

De tels propos sont proprement ahurissants : vouloir comparer la justice féodale de celle d’un pays qui se veut démocratique est avoir une bien piètre opinion de l’indépendance de la justice. Par ailleurs, les parties aux procès de la dynastie Choson sont mortes depuis belle lurette… Enfin, écarter d’un revers d’une main toute démarche consistant à reconsidérer le passé reviendrait à accepter la traite négrière ou encore les traités non conformes au droit international d’annexion de la Corée par le Japon, car – n’en déplaise au juge Nam Ki-chun – il existe des crimes imprescriptibles où il n’y a pas seulement la possibilité mais aussi l’obligation de reconsidérer d’anciennes décisions de justice.

 

De même que les antidreyfusards jugèrent sacrée la décision qui condamnait Albert Dreyfus puis mirent en doute la justice lorsqu’elle ne confortait plus leurs opinions particulières, le porte-drapeau des conservateurs, le quotidien Choson Ilbo, s’engage sur un terrain nauséabond où, compte tenu des « opinions » des différents juges, on ne saurait conclure :

Les différentes opinions subjectives des juges sur la façon de considérer les résultats des analyses graphologiques ont abouti à des positions complètement opposées lors du procès. Les jugements sur la fiabilité des preuves peuvent bien sûr différer d’un juge à l’autre. En définitive c’est Kang qui connaît la vérité.

Il s’agit ni plus ni moins d’une position révisionniste, refusant le verdict de la justice, qui appelle par ailleurs à faire parler Kang Ki-hoon, puisque lui seul « connaît la vérité ». Le faire parler ? La justice sud-coréenne a une sinistre réputation d’aveux extorqués sous la torture, dont rend compte l’excellent long métrage Memories of murder. A mots pesés, comme naguère les émigrés d’Ancien régime revenus en France à la Restauration, le Choson Ilbo n’a rien appris et rien oublié.

 

Sources :

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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 11:37

Dans un rapport publié le 13 mai 2015 intitulé "Condamnés à vie : les objecteurs de conscience en Corée du Sud", Amnesty International a appelé les autorités sud-coréennes à immédiatement libérer les centaines de jeunes hommes actuellement emprisonnés pour objection de conscience, en détaillant les discriminations dont ils sont ensuite l'objet leur vie durant. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) partage pleinement les positions d'Amnesty International, alors que la République de Corée (du Sud) est - de très loin - le premier Etat au monde s'agissant du nombre de personnes emprisonnées pour objection de conscience. La République de Corée doit se conformer à ses obligations internationales en matière de droits de l'homme : dans une décision rendue le 23 janvier 2007 (Yeo-bum Yoon et Myung-jin Choi contre République de Corée, CCPR/C/88/D/1321-1322/2004), le Comité des droits de l'homme des Nations Unies avait ainsi jugé que le droit sud-coréen applicable en matière d'objection de conscience violait l'article 18 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, ratifié par la République de Corée en avril 1990, qui reconnaît le droit à la liberté de religion, de pensée et de conscience.

Manifestation de Témoins de Jéhovah devant la Cour constitutionnelle à Séoul en 2012, dans le cadre d'une campagne de pétition pour reconnaître l'objection de conscience. Les Témoins de Jéhovah représentent un nombre important des objecteurs de conscience emprisonnés en Corée du Sud : selon elle, 613 de ses membres sont emprisonnés à ce titre.

Manifestation de Témoins de Jéhovah devant la Cour constitutionnelle à Séoul en 2012, dans le cadre d'une campagne de pétition pour reconnaître l'objection de conscience. Les Témoins de Jéhovah représentent un nombre important des objecteurs de conscience emprisonnés en Corée du Sud : selon elle, 613 de ses membres sont emprisonnés à ce titre.

Le rapport d'Amnesty international se fonde sur les entretiens menés par l'ONG entre octobre 2014 et janvier 2015 auprès de 10 objecteurs de conscience, de leurs familles, de juristes, d'universitaires et d'organisations civiles et religieuses qui travaillent avec les objecteurs de conscience. La conclusion est sans ambiguïté : au regard des droits de l'homme, les autorités sud-coréennes doivent immédiatement mettre fin à l'emprisonnement inutile de centaines de jeunes refusant la conscription obligatoire pour des raisons philosophiques ou religieuses.

Le chercheur Hiroka Shoji observe que la conscription militaire obligatoire et le refus de l'objection de conscience, qui prend comme argument l'absence de traité de paix avec la République populaire démocratique de Corée (Corée du Nord), n'est pas valide, et conduit à faire d'innocents des criminels dont les droits sont bafoués. Pour Hiroka Shoji,

 

L'emprisonnement des objecteurs de conscience ne rend pas la Corée du Sud plus sûre. Il sert seulement à stigmatiser et à détruire les aspirations de jeunes hommes qui avaient un avenir brillant.

Les récits de morts à l'armée, dans des circonstances témoignant de sévices et de l'incapacité à prendre en compte les troubles psychologiques, commencent à briser la loi du silence : le jour où Amnesty International publiait son rapport, des médias sud-coréens rendaient compte qu'un réserviste en avait tué un autre avant de se suicider en retournant l'arme contre lui. Le service militaire dure deux ans en Corée du Sud. Les anciens conscrits doivent ensuite effectuer des périodes de réserve pendant 8 ans, dans la limite de 160 heures par an.

Si les Témoins de Jéhovah constituent une part importante des objecteurs de conscience emprisonnés, on compte également parmi eux un nombre croissant de pacifistes pour des motifs non religieux. Les peines d'emprisonnement encourues sont d'une durée maximum de trois ans (en pratique, les peines prononcées sont souvent de dix-huit mois). A leur sortie de prison, les objecteurs de conscience, considérés comme des criminels, sont victimes d'une stigmatisation sociale et professionnelle leur vie durant.

Agé de 25 ans et Témoin de Jéhovah, ayant engagé une action juridique pour ne pas effectuer le service militaire obligatoire, Song In-ho, qui travaille dans l'entreprise de nettoyage de ses parents, a déclaré qu'il était condamné dès sa naissance à ne pas avoir de perspectives sociales ou professionnelles élevées :

 

Je ne pouvais pas trouver d'emploi. C'était à cause de mon refus du service militaire (...) Trouver un emploi dans une entreprise réputée est pratiquement impossible car la discrimination et le préjudice sont trop forts (...) Je suis né criminel. J'ai eu le sentiment pendant toute ma vie d'être comme un prisonnier parce que je savais que je serais envoyé en prison (...) J'étais [dès ma naissance] un futur criminel.

Egalement cité dans le rapport d'Amnesty International, Kim Sung-min, pacifiste, a observé que la conscription obligatoire est aussi utilisée comme un outil de militarisation de la société :

Pour moi, l'objection de conscience n'est pas seulement un refus comme acte militant, mais c'est aussi un combat contre l'esprit militaire profondément enraciné dans la vie quotidienne.

Si le ministère sud-coréen de la Défense avait envisagé en 2007 l'introduction de formes alternatives de service civil pour les objecteurs de conscience, le retour au pouvoir des conservateurs à Séoul, dès 2008, a ensuite enterré tout projet en ce sens.

Le ministère de la Défense, de concert avec la Cour constitutionnelle (dans des décisions rendues en 2004 et 2011) et la Cour suprême (en 2004 et 2007), campent sur des positions de conformité selon eux à la Constitution sud-coréenne et d'obligation de respecter la loi. Si des tribunaux, en première instance, ont reconnu à plusieurs reprises des objecteurs de conscience non coupables (en particulier, le 12 mai 2015 une cour de disctrict à Gwangju s'est prononcée en ce sens), ces décisions n'ont jamais été confirmées en appel, et un sort identique est attendue quant au jugement rendu à Gwangju le 12 mai.

Les conservateurs, qui détiennent les pouvoirs politique, médiatique et judiciaire, affirment que la société n'acceptent pas l'objection de conscience. Des arguments comparables avaient déjà été servis pour criminaliser l'adultère, pendant des décennies, au Sud de la péninsule. Plus prosaïquement, ils ont fait de la menace venue du Nord un principe d'action politique et ils comptent dans leurs rangs les héritiers de la junte militaire (la Présidente sud-coréenne est elle-même la fille du général Park Chung-hee, qui a établi le régime le plus autoritaire qu'ait connu la Corée jusqu'à son assassinat en 1979). Dans ce cadre, la conscription militaire obligatoire est pour eux un instrument privilégié du contrôle social et idéologique de la population, à laquelle ils refusent de faire la moindre entorse.

Sources :

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21 avril 2015 2 21 /04 /avril /2015 16:20

Le 20 avril 2015, Lee Wan-koo, Premier ministre de la République de Corée (Corée du Sud), a remis sa démission, à peine plus de deux mois après son investiture, le 17 février 2015. Lee Wan-koo était sous le feu des critiques - notamment de l'opposition démocrate de la Nouvelle alliance politique pour la démocratie (NAPD), le dirigeant du NAPD Moon Jae-in avait exigé son départ - après avoir été cité dans un scandale de corruption : le 9 avril, Sung Wan-jong, PDG de l’entreprise de construction Keangnam, s'était suicidé en laissant derrière lui une liste de personnes auxquelles il aurait versé des pots-de-vin, parmi lesquelles Lee Wan-koo et d'autres proches de la présidente sud-coréenne, Mme Park Geun-hye. Cette dernière est elle-même sévèrement mise en cause par l'opinion publique, étant en voyage en Amérique latine un an après le naufrage du ferry Sewol ayant entraîné 304 morts : non seulement la Présidente Park est absente de Séoul à la date anniversaire de ce drame, mais les familles des victimes accusent le pouvoir sud-coréen de faire obstruction à la recherche de la vérité sur le Sewol. Alors que la colère grandit, l'attitude des autorités sud-coréennes à l'encontre de manifestations essentiellement pacifiques a suscité une vive réaction d'Amnesty International qui a dénoncé une répression "totalement injustifiée et inutile", constituant "une insulte aux victimes".

Lee Wan-koo, Premier ministre démissionnaire

Lee Wan-koo, Premier ministre démissionnaire

La crise s'approfondit chaque jour un peu plus en Corée du Sud, dans un climat de décomposition morale et politique marqué par la démission des autorités sud-coréennes et le raidissement de l'administration Park Geun-hye contre toute manifestation d'opposition. Après la condamnation de l'ancien chef des services de renseignement (NIS) du fait de l'implication du NIS dans l'élection présidentielle de 2012 ayant vu la victoire de Mme Park (mais qui conserve toute sa confiance au NIS, puisqu'elle a nommé leur directeur au poste de chef de son cabinet), puis la parodie de justice constitutionnelle ayant conduit à l'interdiction du Parti progressiste unifié (opposition de gauche) en décembre 2014, le pouvoir continue de criminaliser ses adversaires en annonçant des poursuites contre des éléments stigmatisés comme "violents", auxquels il cherche à assimiler coûte que coûte les manifestants pacifiques qui ont défilé à Séoul le 18 avril, un an après le naufrage du Sewol.

La remise de sa démission par le Premier ministre Lee Wan-koo, dont il est attendu qu'elle soit acceptée par la chef de l'Etat dès son retour de voyage en Amérique latine, n'est lui-même que l'énième épisode d'un feuilleton politique autour de la nomination du Premier ministre. Le précédent titulaire du poste, Chung Hong-won, entré en fonctions le 26 février 2013, avait remis sa démission le 27 avril 2014, après la catastrophique gestion du naufrage du ferry Sewol, survenu onze jours plus tôt. Le candidat pressenti pour remplacer Chung Hong-won, l'ancien juge de la Cour suprême Ahn Dae-hee, avait dû renoncer six jours seulement après sa désignation, étant impliqué dans une affaire de jeongwanyewu, terme coréen désignant la corruption sous forme de collusion entre les anciens juges et leurs collègues toujours en fonctions : les premiers deviennent avocats et usent de leurs réseaux d'influence auprès des seconds. La Présidente Park Geun-hye avait finalement choisi de réinvestir Chung Hong-won.

Collusion entre le big business et les conservateurs au pouvoir, corruption de l'administration dans ses différentes composantes, politisation d'un appareil de renseignement surdimensionné sous le prétexte de la menace nord-coréenne, répression violente des opposants soumis à des procès iniques : il y a un air de déjà-vu dans la dérive autoritaire en cours en Corée du Sud. Il appartient à tous les partisans de la démocratie de se tenir aux côtés des Sud-Coréens qui luttent pour la liberté, afin que demain ne ressemble pas à hier. Car entre 1961 et 1987 des milliers de Coréens ont été tués par la junte militaire qui faisait alors régner la terreur à Séoul, suite au coup d'Etat ourdi par le général Park Chung-hee, père de l'actuelle présidente sud-coréenne.


Sources :

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19 avril 2015 7 19 /04 /avril /2015 17:15

Le samedi 18 avril 2015, place du Trocadéro, s'est tenu l'un des 18 rassemblements organisés dans le monde pour exiger la vérité sur le naufrage du ferry Sewol qui, il y a un an, le 16 avril 2014, a causé la mort de 304 personnes, majoritairement des lycéens. A l'initiative de Coréens de France, réunis notamment dans le collectif Paris Copain, la manifestation de Paris a réuni 300 participants qui, unanimement, ont exigé du gouvernement sud-coréen de "renflouer le ferry Sewol, renflouer la vérité", en dénonçant "un crime d'Etat" sur lequel toute la lumière doit être faite. En effet, le pouvoir a multiplié les entraves à la conduite d'une enquête indépendante par une commission qui ne dispose pas, à ce jour, des moyens financiers et juridiques nécessaires, étant dépourvue de pouvoirs d'enquête policière et de moyens d'action pénale. La loi spéciale sur le Sewol, réclamée par 6 millions de citoyens sud-coréens, a ainsi été vidée de son contenu. Enfin, le rétablissement d'une législation protectrice de la sécurité des Coréens répond plus que jamais à un besoin urgent, le drame du Sewol étant aussi celui d'une déréglementation libérale qui, le 16 avril 2014, a sacrifié 304 vies sur l'autel du profit.

300 manifestants à Paris pour exiger la vérité sur le naufrage du "Sewol"

Emus et dignes, les participants ont tout d'abord observé une minute de silence, en hommage aux victimes disparues. La manifestation a ensuite alterné programme musical, interventions et témoignages, en français et en coréen. Les extraits musicaux retenus, interprétés par des artistes coréens qui ont tenu à exprimer leur solidarité avec les victimes et les participants au rassemblement, ont rappelé que les victimes étaient, dans leur majorité, des lycéens partis en voyage scolaire. Aucun des passagers ayant répondu aux ordres de l'équipage de ne pas quitter les cabines n'a survécu, pendant que le capitaine et ses hommes, eux, fuyaient le navire. S'ils ont été ensuite lourdement condamnés, les circonstances du drame restent entourées de trop nombreuses zones d'ombre.

La colère l'a disputé à l'émotion quant a été rappelée la chronologie du drame, marqué par la désinformation des médias sud-coréens, les insuffisances des opérations de secours, le refus des autorités gouvernementales d'endosser leurs responsabilités tout en chargeant le propriétaire du navire, lui-même lié de longue date au parti au pouvoir. Les mêmes médias pro-gouvernementaux, qu'ils soient à capitaux publics ou acquis à la cause des conservateurs, avaient d'ailleurs choisi d'ignorer la plus importante manifestation jamais organisée à ce jour par les Coréens de France. La censure veille et, dans une Corée du Sud où les méthodes autoritaires sont de retour, le pouvoir a choisi de longue date de multiplier les opérations d'intimidation et les arrestations : le même jour à Séoul, le 18 avril, il a annoncé que des poursuites seraient engagées contre "les manifestants violents", à l'issue d'accrochages avec la police, ayant conduit, selon cette dernière, à ce que 71 agents de police soient légèrement blessées et 3 grièvement - le nombre de victimes parmi les manifestants étant, lui, passé sous silence.

Dans son intervention, Benoît Quennedey, vice-président de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) chargé des actions de coopération, a insisté sur le devoir, pour les autorités françaises, de rappeler les exigences des familles des victimes et de l'opinion publique sud-coréenne, alors que commencera en septembre 2015 l'année croisée France-Corée, et que le Président de la République François Hollande a annoncé qu'il visiterait la Corée du Sud cette année.

Le 3 avril 2015, 52 survivants du Sewol et parents de victimes se sont rasé la tête pour exiger du Gouvernement qu'il annule le projet de décret d'application, qui réduit encore la portée déjà limitée de la loi spéciale sur le Sewol. Ils ont aussi demandé que soit renfloué le navire. La colère a encore grandi quand les autorités sud-coréennes ont proposé aux familles, le 5 avril, de renoncer à leurs demandes concernant l'enquête sur la vérité du naufrage, en contrepartie d'une indemnisation qui serait en partie versée par l'Etat.

L'onde de choc qui secoue la société et le pouvoir au Sud de la Corée a maintenant gagné le monde entier, à l'initiative d'expatriés sud-coréens indignés. Demain comme hier, l'AAFC soutient résolument toutes celles et tous ceux qui combattent pour faire triompher la liberté et la justice en Corée du Sud, en refusant qu'une chape de plomb étouffe l'exigence de vérité et l'expression de la liberté.

300 manifestants à Paris pour exiger la vérité sur le naufrage du "Sewol"
300 manifestants à Paris pour exiger la vérité sur le naufrage du "Sewol"
300 manifestants à Paris pour exiger la vérité sur le naufrage du "Sewol"
300 manifestants à Paris pour exiger la vérité sur le naufrage du "Sewol"

 

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16 avril 2015 4 16 /04 /avril /2015 22:43

Un an après le dramatique naufrage du Sewol en Corée du Sud, le 16 avril 2014, qui a causé 304 morts, la colère gronde : les familles des victimes, soutenues par l'opinion publique, exigent que toute la lumière soit faite sur ce tragique événement et que le Gouvernement assume pleinement ses responsabilités. Dans ce contexte, la visite en Amérique latine, au premier anniversaire de la tragédie, de la Présidente Park Geun-hye est perçue comme une provocation. C'est pourquoi des militants de Jeunes de gauche (Youth Left) ont décidé de lâcher des tracts devant l'Assemblée nationale et le centre commercial COEX, ainsi rédigés : "Avis de faillite au gouvernement de la République de Corée. Nous déclarons la faillite morale et politique de la République de Corée. Bon voyage en Amérique latine ! Vous n'avez pas besoin de revenir." La réaction policière ne s'est pas faite attendre : deux militants de Jeunes de gauche ont été arrêtés pour 48 heures. Partageant l'indignation légitime de Jeunes de gauche, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) appelle à la libération immédiate des militants arrêtés, à l'abandon des poursuites et au respect de la liberté d'expression qui, nous l'affirmons une nouvelle fois, ne saurait justifier un quelconque crime de lèse-majesté en Corée du Sud.

Libération des militants de Jeunes de gauche emprisonnés ! Liberté d'expression !
Libération des militants de Jeunes de gauche emprisonnés ! Liberté d'expression !

Dans un communiqué publié sur son site Internet, y compris en anglais, intitulée "Déclaration de faillite", Jeunes de gauche a dénoncé la "fuite" de la présidente sud-coréenne, la répression par le Gouvernement des manifestations organisées par les familles des victimes et la corruption ayant entouré la tragédie du Sewol :

La Présidente a fui. Elle est partie pour l'Amérique centrale et l'Amérique du Sud un an après la tragédie du ferry "Sewol", laissant derrière elle la controverse concernant les lois spéciales sur le ferry "Sewol" et le scandale de la liste Sung Wan-jong. On ne peut pas s'empêcher de se rappeler le 19 mai dernier, lorsqu'elle a enfermé 200 civils qui exigeaient que les responsabilités politiques soient assumées concernant la tragédie du "Sewol" et qu'elle était partie vendre des centrales nucléaires aux Emirats Arabes Unis. Cela a pris plus d'un mois pour obtenir une confession relevant pourtant de l'évidence, à savoir que le commandant en chef de la nation est politiquement responsable de la tragédie du ferry "Sewol" dans laquelle plus de 300 personnes ont trouvé la mort. Le fait que plus de 300 personnes aient été jetées en prison alors qu'elles demandaient à la Présidente d'assumer ses responsabilités politiques, ce n'est que du bonus. Dans ses excuses la Présidente avait promis une législation spécifique suite au "Sewol", mais cette proposition est déjà en miettes du fait de l'obstruction du Gouvernement et du parti au pouvoir [...]

Il est donc plus que jamais urgent de participer et faire participer à la manifestation de solidarité qui sera organisée place du Trocadéro, ce samedi 18 avril 2015, à partir de 18h, pour que nous disions tous "Assez !"

Sources :

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20 mars 2015 5 20 /03 /mars /2015 23:58

Un parfum de crime de lèse-majesté règne en République de Corée (Corée du Sud) depuis l'accession au pouvoir de la très autoritaire Mme Park Geun-hye. Parmi les cibles du pouvoir, l'artiste Lee Ha a été arrêté à plusieurs reprises pour ses images satiriques - qui visent juste - du personnel politique sud-coréen. Pour que la liberté d'expression ne soit pas étouffée, pour faire reculer la peur, nous appelons à diffuser et rediffuser le plus largement ses caricatures, dont deux sont analysées ci-après.  Car, dans d'autres pays, les dessins de Lee Ha auraient pu lui valoir des prix pour leur créativité. Mais pas en Corée du Sud.

Nous sommes tous Lee Ha !

Sur cette image, Park Geun-hye porte l'uniforme militaire de son père, le général Park Chung-hee, un des principaux auteurs du coup d'Etat militaire de 1961, qui a établi le régime le plus autoritaire qu'ait connu la Corée du Sud - jusqu'à être assassiné par son propre chef des services de renseignement. La casquette que porte Mme Park est revêtue du symbole du mouvement Saemaeul (Nouveau village), également lancé par son père en vue de moderniser les campagnes sud-coréennes. En arrière plan, le mot "commentaire" fait référence aux multiples messages postés anonymement par des agents de l'Agence nationale de renseignement (National intelligence service, NIS) pendant la campagne présidentielle afin de favoriser l'élection de Mme Park Geun-hye - et qui ont valu au directeur du NIS d'être condamné.

Nous sommes tous Lee Ha !

Portant la robe coréenne traditionnelle, la Présidente Mme Park Geun-hye se trouve devant un bateau en papier. L'esquif en arrière-plan fait allusion au dramatique naufrage du Sewol, qui a vu la mort en avril 2014 de 300 passagers - majoritairement des lycéens - à l'issue d'opérations de sauvetage mal menées ayant conduit à une vive critique des autorités sud-coréennes, et dans le contexte d'une déréglementation initiée par le pouvoir conservateur.

La diffusion d'un autocollant diffusant cette image avait valu à un photographe indépendant, Ham Su-won, d'être arrêté le 22 mai 2014, officiellement pour publicité non autorisée sur des éléments de mobilier urbain (des lampadaires).

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14 mars 2015 6 14 /03 /mars /2015 23:45

Le 14 mars 2015, l'Alliance coréenne et l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) ont organisé une journée d'études et de débats dans le cadre de la quatrième conférence internationale de Paris sur la Corée. Alors que les atteintes de plus en plus graves aux droits de l'homme et aux libertés publiques en République de Corée (Corée du Sud) exigent une mobilisation internationale d'ampleur pour sauver la démocratie sud-coréenne, c'est dans une ambiance de lutte que les participants, français et coréens (dont une délégation de Coréens d'Allemagne), ont échangé sur les moyens nécessaires à la victoire dans le combat pour la paix, la réunification et les droits de l'homme dans la péninsule coréenne.

En ouverture de la conférence, Stephen Cho, directeur de l'Institut de recherches coréennes du XXIe siècle, a rappelé la gravité de la situation en Corée du Sud : après l'interdiction en décembre 2014 du Parti progressiste unifié, dont il était membre, les perquisitions au siège et aux domiciles de plusieurs membres de l'Alliance coréenne, co-organisatrice du colloque, témoignent d'un climat nouveau de répression dans la Corée du Sud de Mme Park Geun-hye, fille du général Park Chung-hee ayant dirigé la junte militaire au pouvoir à Séoul après le coup d'Etat qu'il avait fomenté en 1961 avec l'appui des troupes américaines présentes au sud de la péninsule. La récente agression de l'ambassadeur américain Mark Lippert, dans un contexte de manoeuvres américano-sud-coréennes faisant courir un risque de guerre dans la péninsule, sert ainsi de prétexte à un renforcement annoncé de l'appareil répressif policier-militaire au nom de la lutte contre le "terrorisme", utile fourre-tout pour réprimer les mouvements d'opposition.

Animateur des débats, Benoît Quennedey, vice-président de l'AAFC chargé des actions de coopération, a souligné le tribut versé par les militants pour la paix et la réunification en Corée - Stephen Cho ayant lui-même été emprisonné pendant sept ans de 1992 à 1999. Il a aussi rappelé le combat constant de l'AAFC pour la démocratie en Corée du Sud, et la nécessité d'organiser la solidarité en France et à l'étranger : tel est le rôle du Comité d'initiative contre la répression politique en Corée du Sud, constitué le 22 janvier 2015. Plus le comité s'élargira, plus il pourra peser pour la défense des droits politiques et sociaux en Corée du Sud.

L'économiste Samir Amin a resitué la question coréenne dans le contexte de l'évolution du système mondial depuis 1945 : il y a soixante ans, la conférence de Bandung, en avril 1955, a marqué l'émergence d'un monde multipolaire après la libération des peuples d'Asie et d'Afrique, en vue de compléter l'indépendance politique par l'indépendance économique. Des projets nouveaux ont été mis en place dans les différents pays non alignés : dirigés par des bourgeoisies à vocation nationale, ces projets ont été nationaux, mais pas démocratiques, dans le sens où il n'ont pas impliqué de participation active et autonome des classes populaires. Malgré ces limites, ils n'en ont pas moins permis des progrès économiques et sociaux significatifs, avant un reflux au lendemain de la conférence de Cancun, en 1981, qui a vu le retour des puissances impérialistes états-unienne et européennes. Mais les récentes insurrections populaires, comme en Egypte, ont marqué une volonté de reconquérir la souveraineté nationale, tout en amorçant des formes nouvelles de solidarité économique - au sein du groupe de Shanghaï, de l'ALBA ou du projet de banque des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud).

Colloque sur la Corée : un parfum de luttes pour gagner les batailles de la démocratie et de la paix

Le professeur de philosophie Jean Salem a ensuite resitué ces enjeux internationaux pour la péninsule coréenne, en s'appuyant sur un article à paraître de Rémy Herrera, qui n'a pu être présent à la conférence. Si la Corée du Sud a accompli d'indéniables progrès économiques depuis 1960, les louanges sur la Corée du Sud de certains "ravis de la crèche" ignorent les failles grandissantes de la démocratie sud-coréenne. L'absence de participation populaire et les atteintes aux droits des travailleurs représentent des tares fondamentales, alors que la Corée du Sud reste un pays dominé économiquement, politiquement et militairement, la présence de près de 30 000 soldats américains se doublant du versement de 900 millions de dollars annuels par la Corée du Sud aux troupes d'occupation. Néanmoins, le puissant mouvement étudiant a créé les conditions d'un changement de perception des problèmes politiques et sociaux, qui a permis une démocratisation après 1987. Depuis l'élection controversée de la candidate conservatrice Mme Park Geun--hye en 2012, les symptômes d'une dérive autoritaire font courir un danger de mort clinique à la démocratie sud-coréenne conquise de haute lutte par les militants progressistes : interdiction du Parti progressiste unifié, représenté au Parlement, dans des conditions ignorant les standards démocratiques internationaux ; ingérence politique de l'agence nationale de renseignement (NIS) sanctionnée par la condamnation à une peine de prison ferme, en février 2015, de son ancien directeur ; atteintes au droit syndical et à la liberté d'expression. La solidarité internationale n'en apparaît ainsi que plus nécessaire.


L'avocat Roland Weyl, fondateur de l'Association internationale des juristes démocrates, a souligné la nécessité de rendre possible l'exercice par les Coréens de leur droit à la souveraineté nationale, bafoué par la division du pays en 1948. Ce combat doit s'inscrire dans le cadre du droit international public, et des principes consacrés par la Charte des Nations Unies en 1945 et trop souvent bafoués par les Nations Unies elles-mêmes. L'Etat n'est que l'instrument de l'exercice par les peuples de leur souveraineté. La réunification doit s'envisager en prenant en compte les moyens d'expression des deux parties du peuple coréen, pour qu'il recouvre son unité et sa souveraineté, alors que la guerre de Corée s'est soldée par un accord d'armistice dont l'article 4, inappliqué depuis plus de 60 ans, prévoyait la tenue d'une conférence sur la Corée dans un délai de trois mois.

Le professeur Robert Charvin, ancien doyen de la faculté de droit de l'Université de Nice, a mis en exergue la nécessité constante de dépasser les approches caricaturales qui continuent de prévaloir sur la Corée : ignorance des conséquences de l'embargo sur la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) ; illusion tenace, entretenue par les médias, que la Corée du Sud du régime militaire aurait été un pays "en voie de démocratisation", comme s'évertuait à le faire croire un grand quotidien du soir. Au-delà des faux prétextes du nucléaire et des droits de l'homme, utilisés comme des arguments à géométrie variable par les diplomaties occidentales, la péninsule coréenne a souffert de sa position géopolitique, qui l'a placée au coeur des rivalités d'intérêts entre les grandes puissances. Mais la coréanité traduit un attachement à la souveraineté nationale et un refus de l'uniformité qui est un facteur puissant d'essor et de développement pour le peuple coréen, que l'on retrouve tant dans l'unité monolithique du Nord, vilipendée par occidentalo-centrisme, que dans les luttes sociales et politiques des militants progressistes au Sud.

Colloque sur la Corée : un parfum de luttes pour gagner les batailles de la démocratie et de la paix

Récemment interdit d'entrée en Corée du Sud, Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l'AAFC, a mis en exergue l'orchestration de la répression par les forces gouvernementales sud-coréennes, lesquelles suivent la "partition" d'une législation répressive anti-démocratique, la loi de sécurité nationale, adoptée en 1948 au lendemain du soulèvement dans l'île de Jeju, orchestrée par un appareil répressif surdimensionné, instrumentalisé à des fins politiques par les conservateurs qui ont dominé la scène politique sud-coréenne pendant six des sept décennies de l'après-1945 : l'actuelle agence nationale de renseignement (National Intelligence Service, NIS), est l'héritière d'une agence impliquée dans les enlèvements de citoyens sud-coréens à l'étranger, la torture et les meurtres d'opposants, tout au long d'une répression politique qui a conduit à l'élimination de milliers de militants, progressistes ou libéraux, pour la seule année 1980. Son programme d'action est inspiré de ses devanciers américains, le FBI et la CIA de la Guerre froide : propagande, contre-espionnage, rumeurs et désinformations, assassinats de dirigeants. Les opposants sud-coréens à l'étranger, comme les militants étrangers pour la réunification et la démocratie sociale et politique, sont, aujourd'hui comme hier, ses cibles privilégiées. La constitution à Paris du Comité d'initiative contre la répression politique en Corée du Sud a été la réponse nécessaire au danger accru que fait peser l'actuel gouvernement sud-coréen sur la démocratie et les libertés, sur le sol de la péninsule coréenne et dans le monde, et qui exige l'alliance la plus large de tous ceux qui refusent l'ingérence étrangère. 

Intervenant au nom de l'Alliance coréenne, Stephen Cho a souligné que l'interdiction soudaine du Parti progressiste unifiée ne correspondait à aucun changement de ligne politique dans la gauche sud-coréenne, constituée en parti depuis 2000 (le Parti démocratique du travail, très lié au syndicat indépendant KCTU), et qui avait toujours respecté les limites imposées à la liberté d'expression par la loi de sécurité nationale. La chute de popularité de la présidente sud-coréenne, confrontée à une colère grandissante après la gestion désastreuse du naufrage du ferry Sewol le 16 avril 2014, et les scandales dans son entourage immédiat ont requis de détourner l'attention de l'opinion publique en ciblant l'opposition radicale. La décision d'interdiction du Parti progressiste unifié n'a reposé ni sur des bases juridiques solides, ni sur des faits matériels avérés, en l'absence de preuves quant à la prétendue existence de l'organisation révolutionnaire qu'aurait constituée un des députés du parti, déchu de son mandat et condamné pour complot contre l'Etat, Lee Seok-ki. Elle a révélé l'absence d'indépendance du pouvoir judiciaire et de l'exécutif, et a été le point d'orgue d'une répression commencée à Séoul dès l'accession au pouvoir du conservateur Lee Myung-bak, avec des condamnations de journalistes, un recours accru à la loi de sécurité nationale et l'interdiction de syndicats. La grève que lancera la KCTU, et les manifestations prévues prochainement un an après le naufrage du Sewol, témoignent néanmoins de la résistance du peuple sud-coréen face à l'arbitraire.

Tout au long d'un débat très riche, des discussions ayant ponctué les interventions des conférenciers, les participants ont souligné la nécessité de faire converger les luttes sociales et politiques, en Corée, en France et dans le monde. Ils ont aussi exprimé leur intention de peser sur les institutions nationales françaises, pour que ne soit plus ignorée l'inquiétante dérive autoritaire de la Corée du Sud, au moment où le Président François Hollande a annoncé son prochain déplacement à Séoul. Les années croisées France-Corée (septembre 2015 - décembre 2016), en mettant en lumière les relations franco-coréennes, constitueront une occasion privilégiée de mettre en exergue la dérive autoritaire à Séoul, de même que l'approche des Jeux olympiques de Séoul en 1988 avait conduit les autorités sud-coréennes à lâcher du lest alors que leurs violations des droits de l'homme avaient été ainsi mises sous les feux de la rampe.

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10 mars 2015 2 10 /03 /mars /2015 22:35

Le samedi 14 mars 2015, de 10h à 18h30 à la Maison des Mines (270 rue Saint-Jacques, 75005 Paris), l'Alliance coréenne et l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) co-organiseront la quatrième conférence internationale sur la Corée, intitulée "La Corée au coeur des enjeux contemporains : entre universalisme et particularisme", avec la participation du Comité d’initiative contre la répression politique en Corée du Sud, le Forum mondial des alternatives et le Comité européen pour l'application de la Déclaration commune Nord-Sud du 15 juin. L'AAFC présente le programme de cette conférence. Entrée libre et gratuite, dans la limite des places disponibles. 

Dans le monde entier, la crise financière s’aggrave, des forces extrémistes émergent et les contradictions sociales s’intensifient. L’année 2015 marque le soixante-dixième anniversaire de l’indépendance et de la division de la Corée. Dans le même temps, en Corée même, l’oppression gouvernementale sous couvert de sécurité publique s’accélère, avec l’interdiction d’un parti politique représenté au Parlement dans des conditions non conformes aux standards démocratiques internationaux, tandis que les tensions militaires s’exacerbent. La Corée reste ainsi confrontée à des enjeux qui lui sont propres, et dans le même temps elle doit répondre à des questions contemporaines de portée universelle, ce qui entraîne des situations complexes aux solutions difficiles. En confrontant les particularités coréennes aux problèmes de notre époque de portée universelle, nous examinerons la situation actuelle de la démocratie sud-coréenne, ainsi que les progrès possibles et nécessaires vers la paix et la réunification de la péninsule coréenne afin d’envisager des principes d’action et d’identifier les voies de résolution de ces questions.

Programme

10h – 12h Exposés et discussion

Samir Amin : Vers un renouveau de l'esprit de Bandoung

Jean Salem : Oppression politique et enjeux démocratiques

12h – 14h Pause

14h – 16h Exposés et discussion

Roland Weyl : Les deux Corée et le droit international

Robert Charvin : L’indépendance de la Corée après soixante-dix ans de division

16h – 16h30 Pause

16h30 – 18h30 Exposés et discussion

Patrick Kuentzmann : Enjeux coréens, répression mondiale : quelle solidarité internationale

Stephen Cho : La crise politico-économique et l’institutionnalisation de l’oppression par la sécurité publique

Animateur : Benoît Quennedey

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7 mars 2015 6 07 /03 /mars /2015 22:31

Le 7 mars 2015, Stephen Cho, directeur de l'Institut de recherches coréennes du XXIe siècle, était le conférencier invité à l'Université de la Sorbonne dans le cadre du séminaire "Marx au XXIe siècle, l'esprit et la lettre", organisé avec le soutien du CERPHI (École normale supérieure de Lyon) et du Cercle universitaire d’études marxistes (CUEM). Devant une centaine de personnes, Stephen Cho est intervenu sur les luttes sociales et politiques contemporaines en Corée, à la lumière des analyses marxistes. L'AAFC rend compte de cette conférence-débat.

Stephen Cho, intervenant du colloque "Marx au XXIe siècle" à la Sorbonne

Conformément au principe du séminaire qui vise à une confrontation avec les textes de Marx et du marxisme dans une perspective transdisciplinaire, Stephen Cho a tout d'abord resitué les luttes sociales et politiques en République de Corée (Corée du Sud) suivant une grille de lecture marxiste. De même que le succès de la Révolution d'Octobre en Russie s'était inscrit en porte-à-faux avec les prévisions de Karl Marx selon lesquelles un succès du socialisme devait déjà être envisagé dans les pays les plus anciennement industrialisés, la Corée a connu, après la colonisation japonaise (1910-1945), des transformations sociales et politiques profondes alors qu'elle était encore marquée par des structures féodales. Mais si le Nord a connu une révolution socialiste, au Sud les collaborateurs du pouvoir japonais (puis de l'occupant américain) et leurs familles ont continué de dominer économiquement et politiquement jusqu'à aujourd'hui, malgré les mouvements sociaux qui, avec le soutien des intellectuels et des étudiants, ont mené des batailles politiques victorieuses, en 1960, en abattant le régime de Syngman Rhee, et en 1987, en obtenant le rétablissement de l'élection du Président de la République au suffrage universel direct.

L'important développement économique et industriel de la Corée du Sud après 1960 s'est inscrit dans le cadre d'une domination économique par le capital étranger, et d'une déformation des structures productives, caractérisée par un essor inégal des différents secteurs économiques (agriculture, industrie légère et industrie lourde). L'injection massive de capitaux étrangers, d'abord américains et japonais, a visé à faire du pays, très en retard économiquement au sortir de la guerre de Corée (1950-1953), une vitrine du capitalisme en Asie du Nord-Est, pour faire pièce aux progrès du socialisme en Asie et dans le Nord de la péninsule coréenne.

Dominée économiquement, la Corée du Sud l'est aussi politiquement, par la présence de bases américaines jusqu'au coeur même de la capitale, et par l'approbation - , explicite ou tacite - par les autorités américaines de tous les changements politiques qu'a connus le pays. L'accession au pouvoir d'administrations démocrates (1998-2008) a cependant permis un assouplissement politique. Un parti issu de la classe ouvrière et du syndicat indépendant KCTU, le Parti démocratique du travail (PDT), devenu le Parti progressiste unifié (PPU), a ainsi été créé en 2000 et un rapprochement Nord-Sud a eu lieu, sur la base des positions communes aux propositions confédérales (du Nord) et d'appartenance à une même communauté coréenne (du Sud), aboutissant aux Déclarations du 15 juin 2000 et 4 octobre 2007.

Le combat actuel des militants politiques et syndicaux en Corée du Sud vise à la défense des droits des travailleurs, à la réunification de la Corée, à la paix, à l'arrêt des ingérences extérieures, ainsi qu'à l'établissement d'un régime pleinement démocratique, alors que la loi de sécurité nationale, instaurée en 1948, est utilisée de manière accrue pour réprimer l'opposition de gauche et, en général, toute voix discordante en Corée du Sud. Stephen Cho en est un symbole vivant, ayant été emprisonné pendant sept ans (de 1992 à 1999) avant d'être aujourd'hui pourchassé par la police politique sud-coréenne, dans un contexte où un parti ayant obtenu plus de 10 % des voix aux dernières élections législatives en 2012, le Parti progressiste unifié, a été interdit. C'est que qu'a rappelé le professeur Jean Salem, organisateur du séminaire, qui s'est rendu à plusieurs reprises en Corée du Sud dans la période récente et préside par ailleurs un Comité d'initiative contre la répression politique en Corée du Sud, basé à Paris et composé de militants, de juristes et d'intellectuels originaire de plusieurs pays (France, Belgique, Italie, Liban, Sénégal...).

La conférence a été suivie d'une riche discussion, portant notamment sur les classes sociales en Corée du Sud, la domination américaine et la concurrence entre les puissances impérialistes, ainsi la structure du capital dans les entreprises sud-coréennes : à cet égard, si le capitalisme sud-coréen a d'abord consisté en la formation de conglomérats (chaebols) sur une base familiale, la diversification de leur actionnariat, à la faveur de leur entrée en bourse, en fait désormais des groupes clairement multinationaux.

Rendez-vous a été donné aux participants pour poursuivre ces échanges et organiser la solidarité avec les militants progressistes sud-coréens : après le colloque du 12 avril 2014, l'Alliance coréenne co-organisera avec l'Association d'amitié franco-coréenne un nouveau colloque international sur la Corée, le samedi 14 mars 2015 de 10h à 18h, à la Maison des Mines de Paris (270 rue Saint Jacques, Paris 5e), sur le thème "La Corée au coeur des enjeux contemporains : entre universalisme et particularisme".

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 00:56

Au lendemain de l'approbation par l'Assemblée nationale de M. Lee Wan-koo au poste de Premier ministre, Mme Park Geun-hye, Présidente de la République de Corée (Corée du Sud), dont la cote de popularité est tombée à 30 %, a poursuivi le remaniement de l'équipe de ses collaborateurs en nommant au poste de chef de cabinet, le 27 février 2015, le directeur du service national de renseignement (National Intelligence Service, NIS), M. Lee Byung-kee. Le parcours de ce dernier témoigne des liens étroits, parmi les conservateurs sud-coréens héritiers de la junte militaire sud-coréenne longtemps dirigée par le propre père de Mme Park, entre politique, business et renseignement. Sa nomination à un poste clé de l'exécutif témoigne que la récente condamnation de l'ancien directeur du NIS pour l'implication de ses services dans la victoire électorale de Mme Park à l'élection présidentielle de décembre 2012 n'a en rien réduit le rôle majeur des services de renseignement comme acteur politique en Corée du Sud - en méconnaissance flagrante du principe de neutralité de l'administration.

M. Lee Byung-kee avec la Présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye, en juillet 2014.

M. Lee Byung-kee avec la Présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye, en juillet 2014.

M. Lee Byung-kee est un pur produit de l'establishment sud-coréen, d'une fidélité sans faille à la junte militaire et à ses héritiers au sein du camp conservateur : officiellement diplomate de carrière à partir de 1974, mais suivant un parcours l'ayant amené à effectuer de fréquentes incursions dans l'agence de renseignement, il est entré en politique en 1985 dans le contexte de la montée en puissance de l'opposition démocratique, alors violemment réprimée, en choisissant de devenir secrétaire du général Roh Tae-woo. Roh Tae-woo était Président du Parti démocratique de la justice (au pouvoir) et sera ensuite chef de l'Etat (1988-1993). Ambassadeur au Japon (2013-2014), Lee Byung-kee a défendu les positions nationales coréennes, notamment sur la nécessaire reconnaissance par le Japon du préjudice subi par les anciennes esclaves sexuelles ("femmes de réconfort") de l'armée nippone pendant la Seconde guerre mondiale.

Engagé aux côtés du très droitier Lee Hoi-chang (battu) lors de l'élection présidentielle de 2002, il a été accusé par l'opposition d'avoir été l'artisan d'un financement illégal massif de la campagne de ce dernier. Lors des campagnes présidentielles de 2007 et 2012, il a fait partie de l'équipe de Mme Park Geun-hye, fille du très autoritaire général Park Chung-hee, au pouvoir à Séoul entre 1961 et 1979, et peut être considéré comme l'un de ses proches conseillers et inspirateurs.

Lee Byung-kee ne sera resté que huit mois directeur du Service national de renseignement (NIS), où lui succède le directeur adjoint de l'agence. Le nouveau chef de cabinet de la Présidence de la République a une longue carrière officielle dans les services de renseignement, qui ont été très impliqués dans les milliers de morts causés par le régime militaire : il a été responsable du département international du NIS, et directeur adjoint du NIS durant la présidence (conservatrice) de M. Kim Young-sam (1993-1998), témoignant de la symbiose entre diplomatie et renseignement en Corée du Sud.

Lee Byung-kee, qui a été au centre d'une polémique selon laquelle il aurait menti pour échapper au service militaire, est vu par l'opposition comme étant à l'image du Gouvernement de Mme Park Geun-hye et du parti Saenuri (conservateur, au pouvoir) : partisan du contrôle de la presse et de méthodes fortes de gouvernement, il s'est très fortement enrichi après son entrée en politique, à la faveur d'opérations immobilières.

Sources :

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