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24 août 2014 7 24 /08 /août /2014 10:34

Du 12 au 21 août 2014, une délégation de huit membres de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) conduite par Benoît Quennedey, vice-président chargé des actions de coopération, a visité la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), en se rendant à Pyongyang, Wonsan et Kaesong, ainsi que dans la zone démilitarisée (DMZ) qui sépare les deux Corée. Les participants tiennent à remercier leurs guides, Mme Jong Un-a, secrétaire générale de l'association d'amitié Corée-France (AACF), homologue de l'AAFC, et Mme Yun So-hyong, et leur chauffeur, M. Kim Song, ces deux derniers travaillant également au Comité des relations culturelles avec les pays étrangers (dont relève l'AACF), pour leur parfaite disponibilité et, comme toujours, leur grand professionnalisme, qui ont permis l'excellent déroulement de cette visite. Ce déplacement a permis de faire avancer concrètement un certain nombre de projets de coopération franco-coréens en rencontrant les responsables des institutions coréennes concernées. Il a également mis en lumière la priorité donnée par la RPDC du Maréchal Kim Jong-un à la jeunesse, à l'éducation et aux loisirs, ce que reflètent en particulier les nouveaux bâtiments inaugurés - dans la continuité des observations recueillies sur place par l'AAFC lors de ses visites de juillet-août et septembre 2013.

Voyage en RPDC d'août 2014 : la jeunesse, l'éducation et les loisirs au premier rang des priorités

Fondée en 1969, l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a pour but le développement des relations de coopération et de solidarité entre la France et l'ensemble de la péninsule coréenne, convaincue que la pleine insertion de la RPD de Corée sur la scène internationale est le meilleur garant non seulement de la réunification de la péninsule, mais aussi de la paix et de la prospérité dans cette partie au monde, la dernière au monde où la guerre froide n'a jamais pris fin - comme l'a rappelé la visite de sa délégation dans la zone démilitarisée qui sépare les deux Corée, le 19 août 2014, au lendemain du lancement des exercices militaires annuels américano - sud-coréens Ulji Freedom Guardian qui, en attisant les tensions, éloignent malheureusement toujours davantage la perpective d'une paix durable en Asie du Nord-Est. Les visiteurs ont réitéré la position de l'AAFC en faveur d'un traité de paix dans la péninsule coréenne, en lieu et place de l'accord d'armistice, lors de la visite effectuée dans la DMZ.

 

La délégation de l'Association d'amitié franco-coréenne a discuté des actions qu'elle a menées et de ses projets avec le nouveau président de l'Association d'amitié Corée-France, M. Kim Jin-bom, parfaitement au courant des activités de l'AAFC. Elle a remis une donation au Comité coréen de solidarité avec les peuples du monde : les sommes, recueillies grâce à la générosité des adhérents de l'AAFC, ont permis l'achat d'engrais afin d'aider les Coréens à retrouver l'autosuffisance alimentaire - dans un pays dont seulement un sixième des terres sont arables, et gravement éprouvé par les catastrophes naturelles (sécheresses, inondations) des années 1990.

Toujours dans le domaine agricole, des semences de betterave ont à nouveau été remises à l'Institut d'agriculture. Une discussion a été engagée avec les responsables de l'Institut à partir des résultats des expériences menées grâce aux semences données lors des précédentes visites de l'AAFC.

L'éducation constitue un deuxième volet majeur des actions de coopération de l'AAFC. Un vidéoprojecteur a été remis à l'école n° 1 de Moranbong, à Pyongyang, avec laquelle est jumelée l'AAFC. Le spectacle donné par les enfants, de grande qualité, a témoigné de l'importance accordé au développement des disciplines artistiques. Les membres de la délégation ont pu rencontrer les élèves : quelques jours avant la reprise des cours, beaucoup d'entre eux choisissent de suivre les cours renforcés donnés par les enseignants.

A l'école n° 1 de Moranbong, à Pyongyang
A l'école n° 1 de Moranbong, à Pyongyang

A l'école n° 1 de Moranbong, à Pyongyang

S'agissant de la formation et de la recherche universitaires, la délégation a visité l'Université Kim Il-sung, à qui elle soumis un projet d'échanges avec la France. Des dons de livres ont été effectués aux départements de français de l'Université Kim Il-sung et de l'Université des langues étrangères de Pyongyang, aux élèves de français du lycée des langues étrangères de Pyongyang ainsi qu'aux principales institutions d'architecture de la capitale (Institut Paektusan, Institut d'urbanisme de Pyongyang et Université d'architecture de Pyongyang). Les ouvrages seront préalablement exposés dans le cadre de la prochaine foire de Pyongyang du livre scientifique et technique.

 

Par les contacts qu'elle a noués de longue date avec des chercheurs et professeurs français et lors de rencontres organisées à l'occasion de ses précédentes visites en RPDC, l'AAFC avait préparé le déplacement à Pyongyang - à l'automne 2013 - d'une délégation d'universitaires français et européens spécialistes de la Corée. En août 2014, la délégation de l'AAFC a à nouveau visité l'Institut Paektusan et elle a rencontré les professeurs de l'Université d'architecture de Pyongyang. Avec ces derniers, elle a discuté, en coordination avec le Centre d'études sur la Corée (CEC) de l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), des conditions d'un prochain déplacement en France d'une délégation de professeurs d'architecture, à laquelle l'AAFC apportera son soutien.

Rencontre avec les professeurs de l'Université d'architecture de Pyongyang
Rencontre avec les professeurs de l'Université d'architecture de Pyongyang

Rencontre avec les professeurs de l'Université d'architecture de Pyongyang

La visite coïncidait avec l'anniversaire de la Libération de la Corée de l'occupation japonaise, le 15 août 1945 : ce jour-là, l'Association d'amitié Corée-France a offert un banquet aux membres de la délégation de l'AAFC, qui ont à leur tour invité à dîner, le 20 août, leurs guides et le directeur du département Europe du Comité coréen de solidarité avec les peuples du monde.

 

Dans l'ambiance festive qui a marqué les cérémonies de l'anniversaire de la Libération, les réalisations récentes en matière d'éducation et de loisirs sont apparues impressionnantes : le 15 août, la délégation s'est rendue le matin au parc aquatique Munsu, inauguré en octobre 2013, puis le soir au parc d'attraction de l'île Rungra, qui a ouvert ses portes en 2012. Après les difficultés rencontrées pendant la "dure marche" des années 1990, la RPD de Corée dirigée par le Maréchal Kim Jong-un depuis décembre 2011 a mis l'accent sur l'avènement d'une société de loisirs - qui ne se limite pas à Pyongyang, même si la capitale nord-coréenne est aujourd'hui la ville la mieux équipée du pays, comme en témoignent notamment le parc d'attraction et la patinoire en plein air de Wonsan, sur la côte Est, où a séjourné pendant deux jours la délégation de l'AAFC.

Le parc aquatique Munsu

Le parc aquatique Munsu

A Wonsan, le camp de vacances international des enfants de Songdowon, récemment rénové, offre un cadre pédagogique et de loisirs qui témoigne de la priorité accordée à la jeunesse. La ville côtière, avec ses plages fréquentées par des familles dont certaines font le trajet depuis Pyongyang, s'affirme en RPD de Corée comme l'équivalent des stations balnéaires de la mer Noire pour les Russes.

Enfants sur la plage de Wonsan

Enfants sur la plage de Wonsan

Les nouveaux équipements de loisirs relèvent également d'une réflexion des autorités nord-coréennes sur l'organisation de la vie sociale et professionnelle : de même qu'en France l'instauration des congés payés sous le Front populaire puis l'émergence d'une société de loisirs durant les Trente glorieuse ont été les fruits de la croissance économique et des changements sociaux, la RPD de Corée mène de front la distribution des fruits de la croissance et la modernisation de son appareil productif - à cet égard, l'usine textile Kim Jong-suk, à Pyongyang, visitée par la délégation de l'AAFC, fait figure de modèle. Les dortoirs qui y ont récemment été créés pour les jeunes ouvrières célibataires, qui travaillent par cycles de huit heures, visent à éviter que ne s'ajoutent aux journées de travail de longs trajets entre le domicile et l'usine.

L'usine textile Kim Jong-suk, à Pyongyang

L'usine textile Kim Jong-suk, à Pyongyang

Les dortoirs de l'usine textile Kim Jong-suk ont été construits par l'Armée populaire de Corée, comme de nombreux autres équipements publics. L'armée nord-coréenne joue non seulement un rôle de protection du pays, mais constitue également un agent économique qui partage une communauté de destin avec la population civile, dans la recherche d'une symbiose entre l'armée et la population. Inauguré en juillet 2013 à l'occasion du 60e anniversaire de l'armistice - en présence notamment de représentants de l'AAFC - l'esprit de défense nationale est entretenu notamment au Musée de la Guerre de Corée - célébrée au Nord de la péninsule comme une victoire contre l'impérialisme américain, qui n'avait pas réussi à l'emporter sur un théâtre d'opérations extérieures pour la première fois de son histoire. Alors que le navire espion américain Pueblo, capturé en 1968, est désormais amarré à proximité du nouveau musée, les armes prises sur l'armée américaine et d'autres armées occidentales depuis la signature de l'armistice en 1953 sont exposées dans une section en plein air du musée : si les soldats ont été rapatriés, les armes ainsi récupérées constituent autant de trophées qui soulignent la volonté farouche de la RPDC de sauvegarder son indépendance nationale conquise de haute lutte.

Musée de la guerre : des soldats américains arrêtés le 17 mai 1963, et les débris de leur appareil

Musée de la guerre : des soldats américains arrêtés le 17 mai 1963, et les débris de leur appareil

Un ensemble de bronze monumental à l'entrée du Musée de la guerre de Corée s'élance devant la silhouette de l'hôtel Ryugyong.

Un ensemble de bronze monumental à l'entrée du Musée de la guerre de Corée s'élance devant la silhouette de l'hôtel Ryugyong.

Voyage en RPDC d'août 2014 : la jeunesse, l'éducation et les loisirs au premier rang des priorités
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14 août 2014 4 14 /08 /août /2014 11:15

En septembre 2012, Loïc Ramirez, par ailleurs membre de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), a voyagé en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) dans le cadre d'un déplacement non pas de l'AAFC, mais des Collectifs des jeunes communistes (CJC), organisation de jeunesse du Parti communiste des peuples d'Espagne (PCPE). Il a fait un compte rendu de son déplacement dans Le Grand Soir, publié le 29 mai 2014, et reproduit notamment sur le site Réseau international. Avec l'autorisation de son auteur, nous reproduisons ci-après cet article intitulé « L'énigme nord-coréenne » et sous-titré « Voyage et réflexions autour de la République populaire démocratique de Corée », qui tord le cou à un certain nombre d'idées reçues et de rumeurs diffamatoires sur la RPD de Corée.

L'énigme nord-coréenne - Voyage et réflexions autour de la République populaire démocratique de Corée

Par où commencer pour décrire Pyongyang ? La ville apaise les yeux du visiteur. Aucune publicité, aucune enseigne commerciale, aucune affiche vendant tel ou tel produit, aucune agression visuelle. Le calme des rues et des grandes avenues en fin d’après-midi est agréable lorsqu’on connaît le chaos des centre villes des grandes cités européennes aux heures de sortie de travail. Par la fenêtre du minibus je regarde les gens qui marchent sur les trottoirs, attendent le tramway, les enfants qui se tiennent par la main, sourient et s’amusent. Des scènes ni plus ni moins banales que celles qui se jouent à Paris, Madrid ou ailleurs. Mais dans cette capitale, sans doute la plus décriée au monde, il semble nécessaire de souligner ce quotidien fait des mêmes petites choses qu’ici. Il faut dire que puisque la Corée du Nord « rend fous ceux qui en parlent » comme le dit le spécialiste Bruce Cummings [1], il est important de raconter les choses à tête reposée. Ce texte revient donc sur un voyage effectué il y a plus d’un an et demi dans ce petit pays situé à l’extrémité du continent asiatique. Le 1er septembre 2012 une délégation de 12 jeunes communistes espagnols, organisée sous la bannière des CJC (Collectifs des jeunes communistes), se retrouvait à Pékin. Le 4 septembre, à travers la compagnie aérienne Air Koryo, la délégation atterrissait à l’aéroport de Pyongyang. J’accompagne ce groupe pour 10 jours de visite officielle en République populaire démocratique de Corée plus connue sous le nom de Corée du Nord. Invitée de marque par le régime, la délégation est logée au sein du grand hôtel Chongnyon, qui appartient à la Ligue des jeunesses socialistes Kim Il-sung. Enorme bâtiment gris duquel on peut apercevoir une bonne partie de la ville. A l’arrivée, un programme de visite bien défini nous est proposé sur l’ensemble du séjour. La première d’entre elles, comme le veut la tradition, est le dépôt de gerbes aux statues de Kim Il-sung et de Kim Jong-il sur la colline Mansudae qui surplombe la capitale. Deux grands colosses de bronze s’imposent sur une énorme place blanche aveuglante sous le soleil d’été. Des dizaines et des dizaines de Coréens s’y rendent, en groupe, pour eux aussi rendre hommage à leurs dirigeants. Quelques touristes, toujours accompagnés de guides, se prennent en photo au pied des sculptures. Toujours soucieux de respecter l’horaire du programme, nos accompagnateurs s’empressent de nous faire remonter dans le minibus qui n’aura de cesse de nous emmener aux différentes visites. L’Université Kim Il-sung, le Palais de la jeunesse, le Théâtre du peuple, la Tour de l’idée Juche, etc. une vision globale des différentes installations publiques de la capitale ainsi que quelques déplacements en dehors vont nous être offerts durant ce court séjour.

« On ne te montre que ce que l’on veut te montrer » me disent la plupart des gens à mon retour, soulignant la frustration que marque l’absence d’autonomie dans les déplacements. Il est certain que si l’on part du principe qu’une fois sur place tous ne sont que des figurants dans une gigantesque mise en scène visant à cacher les camps de prisonniers et l’oppression brutale d’un régime ubuesque, alors rapporter les choses vues sur le terrain n’y changera rien. Pourtant, si l’on prend pour référence les informations données ici (en Europe occidentale) sur ce qui se passe là-bas on peut, avec un minimum de recherche, se rendre compte qu’elles s’avèrent être fausses dans la plupart des cas. Par exemple, durant la coupe du monde de football de 2010, suite à l’élimination de l’équipe de la RPDC (sa qualification au Mondial relevait de l’exploit) l’ensemble des médias a affirmé que celle-ci avait subi des sanctions pour ne pas avoir remporté la compétition. « L’entraîneur de Corée du Nord condamné aux travaux forcés » titre Le Figaro en août 2010 [2]. Le Parisien, au même moment, affirme que « tous les joueurs - sauf deux, Jong Tae-se et An Yong-hak, nés au Japon - et l’entraîneur ont été convoqués au Palais de la culture du peuple pour être humiliés et insultés durant six heures par 400 individus parmi lesquels des journalistes et des dirigeants politiques. » [3] Pourtant, en janvier 2011, dans un article publié par le journal Libération (nullement proche du régime de Pyongyang) et signé par Michel Temman on peut lire ceci : « Après un Mondial piteux, l’équipe de foot n’a pas été jetée au bagne. Elle participe à la Coupe d’Asie [...] De fait, les footballeurs nord-coréens n’ont pas été sanctionnés pour leur Mondial : 17 des joueurs présents en Afrique du Sud sont aujourd’hui au Qatar, où la Corée du Nord débute la Coupe d’Asie des nations. « Satisfaite qu’aucun joueur n’ait été puni », la FIFA n’a pas poussé plus loin son enquête. Elle a reçu des autorités nord-coréennes et de plusieurs sources parallèles l’assurance que Kim Jong-hun [l’entraîneur] n’avait pas été maltraité ni condamné à l’exil dans un bagne. » [4]

L'énigme nord-coréenne - Voyage et réflexions autour de la République populaire démocratique de Corée

En décembre 2013 l’annonce de l’exécution par les autorités nord-coréennes de Jang Song-thaek est un autre exemple de la désinformation à laquelle est soumise la petite nation asiatique. Oncle du dirigeant Kim Jong-un, Jang Song-thaek est vice-président de la Commission de la défense nationale lorsqu’il est démis de ses fonctions puis exécuté le 12 décembre 2013 pour « haute trahison ». Selon le site FranceTVinfo.fr, Pyongyang reprochait au dirigeant d’avoir commis « des actes criminels » mais également d’avoir des « relations inappropriées avec des femmes » ou encore d’avoir « mollement applaudi lors d’une réunion officielle » [5]. A cela s’ajoute que quasiment tous les médias ont relayé les détails de l’exécution durant laquelle « Jang Song-thaek et cinq de ses bras droits auraient été déshabillés et jetés dans une cage, avant que ne soient lâchés 120 chiens, affamés depuis trois jours, sur eux. Une centaine d’officiels ainsi que Kim Jong-un auraient assisté à ce spectacle de près d’une heure » [6]. Dévoré par des chiens pour ne pas avoir applaudi avec vigueur... le fantasme est à son comble. Pourtant, sans pour autant aller lire la version d’un quelconque journal nord-coréen, un autre son de cloche est mis à la disposition du lecteur français : le 15 décembre 2013 le site du Courrier International met en ligne un article traduit d’un journal sud-coréen (Kyunghyang Sinmun) dans lequel les propos d’un exilé nord-coréen passé au Sud sont exposés. Extrait : « Kang Myong-do, professeur d’université réfugié en Corée du Sud, révèle que Jang Sonk-thaek, oncle de Kim Jong-un et ex-numéro deux du régime de Pyongyang, récemment exécuté, avait pour but de provoquer des changements en Corée du Nord. Le Professeur Kang a affirmé dans une interview, donnée à la chaîne sud-coréenne YTN le 13 décembre, avoir été en contact avec Jang Song-thaek. Kang Myong-do, 55 ans, gendre de l’ancien Premier ministre nord-coréen Kang Song-san, a fui la Corée du Nord en 1994. Le Professeur Kang aurait essayé de rallier à sa cause Jang Song-thaek – exécuté par son neveu Kim Jong-un. Il aurait aussi effectué récemment quelques déplacements secrets en Chine et en Asie du Sud-Est pour rencontrer certaines personnalités nord-coréennes. ’De deux choses l’une, ou Jang Song-thaek était écarté du pouvoir, ou Kim Jong-un était tué’. » [7] Sans que cela n’intervienne sur le débat autour de la peine de mort cette information offre une autre perspective sur la réaction des autorités nord-coréennes à l’égard de ce qui semblait être une menace de déstabilisation politique. Quant à l’exécution par des chiens affamés elle s’est avérée être une « blague » provenante d’un site web chinois et qui fut reprise en boucle par de nombreux médias (une sorte d’humour de répétition). Comme le souligne un article sur le site de RFI en janvier 2014 : « Cette affaire n’est pas la première ; il semble qu’avec la Corée du Nord, c’est comme si les médias oubliaient l’une des règles essentielles du journalisme : la vérification. » [8] Jang Song-thaek a, en réalité, été fusillé. Dernière boulette en date : l’annonce en août 2013 de l’exécution de la chanteuse Hyon Song-wol (ancienne petite amie de Kim Jong-un, selon les médias) pour avoir fait une « sex-tape » avec son compagnon du moment. « ’Ils ont été tués à la mitrailleuse pendant que les proches des victimes observaient la scène’, écrit le journal sud-coréen. Si la vision horrible de proches exterminés ne suffisait pas, Chosun Ilbo (journal sud-coréen) précise que les familles du couple auraient été déportées dans des camps de travail, selon le principe nord-coréen de ’culpabilité par association’ » informe Lepoint.fr [9]. Miracle ! Le 17 mai 2014 le site d’information RT (Russia Today), relayant une information du journal britannique The Guardian, informe que la chanteuse Hyon Song-wol est réapparue à la télévision nord-coréenne lors d’un événement culturel à Pyongyang [10]. Vivante, évidemment.

Le mois de septembre est doux à Pyongyang. Les avenues et les parcs sont fleuris et bien entretenus. De nombreux drapeaux rouges et de la RPDC ornent les trottoirs, annonciateurs de la Fête Nationale qui a lieu le 9 septembre. Une sensation d’apaisement règne dans les rues de la capitale. On voit partout des groupes de militaires, jeunes, mixtes, mais jamais armés. Ils viennent en groupe au cirque, au zoo, dans les salles de concert, etc. La nuit tombée Pyongyang s’endort sous une lumière chaude et discrète. Nous sommes loin des villes stroboscopes qui brillent de milles feux et se recouvrent d’enseignes publicitaires lumineuses. L’image d’un pays « plongé dans le noir » colle à la peau de la Corée du Nord, face à l’électrique voisine Corée du Sud. « Des images satellites révélées par la NASA montrent que le pays dirigé par le dictateur Kim Jong-un est littéralement plongé dans le noir et semble complètement isolé du reste du monde » rapporte le site d’information de 20 minutes en février 2014 [11]. Pourtant de la fenêtre de ma chambre je vois la capitale ainsi que les voitures qui, pareils à des lucioles, sont devenues des points lumineux qui défilent le long des axes routiers. Dans un ouvrage sur l’économie de la RPD de Corée, l’auteur Benoît Quennedey relève les chiffres de production d’électricité dans le pays (selon les données de la CIA). La production d’électricité au niveau national est de 22,5 milliards de kWh en 2008 ; à titre de comparaison, la même année, le Maroc est à 19,8 milliards de kWh, l’Irlande à 27,28 milliards de kWh, le Nigeria à 21,92 milliards de kWh et l’Equateur à 16,42 milliards de kWh [12]. On est loin d’une exception « obscurantiste ».

L'énigme nord-coréenne - Voyage et réflexions autour de la République populaire démocratique de Corée

Toujours se référant aux chiffres, la Corée du Nord possédait, en 2011 (selon le rapport de 2012 du Programme des Nations Unies pour le Développement, PNUD), une espérance de vie de 68,8 ans. Soit plus que l’Afrique du Sud (52,8) ou le Sénégal (59,3) et au même niveau que l’Ukraine (68,3) et la Russie (68,8). Toujours selon la même source, en 2008, le taux de mortalité maternelle de la RPD de Corée est de 250 décès pour 100.000 naissances. A titre de comparaison les Etats-Unis ont un chiffre de 24 sur cent mille, la Chine de 38, le Cameroun de 600 et la Sierra Leone de 970 [13]. Sur le pourcentage d’accouchements assistés par des personnels soignant qualifiés la Corée du Nord se situe néanmoins au niveau des pays les plus développés : 97%. Légèrement inférieur à la France (99%) mais au dessus des Philippines (62%) ou encore de l’Inde (53%) [14].


Quant à l’éducation « comme dans les pays développés d’Europe et d’Amérique du Nord, la quasi-totalité de la population nord-coréenne est alphabétisée », rapporte Benoît Quennedey [15]. Selon les chiffres du rapport du PNUD de 2011 le taux d’alphabétisation des adultes en RPD de Corée (soit +de 15 ans) est de 100%. Situant le pays légèrement au dessus de certaines nations nettement plus développées comme l’Espagne (97,7%) ou le Mexique (93,6%). En se basant sur un rapport de l’Organisation Mondiale de la Santé datant de 2010, la RPD de Corée possède une densité de médecins (médecins pour 10.000 habitants) équivalente aux pays développés comme l’Allemagne ou le Royaume Uni : plus de 30 médecins pour dix mille habitants. Alors que dans le groupe de classement inférieur (à savoir entre 20 et 29 médecins pour 10.000 habitants) on trouve des pays comme le Japon ou les Etats-Unis [16]. Ainsi, malgré un bilan correct sur certains points la RPD de Corée ne parvient pas à se détacher de l’image d’épouvantail qu’agitent régulièrement les grands médias d’information. Même un quotidien proche du courant anti-impérialiste comme L’Humanité parle d’un « royaume de l’horreur et du sadisme » sous la plume d’un certain Damien Roustel [17].

Ecole maternelle à Pyongyang (2012)

Ecole maternelle à Pyongyang (2012)

« Royaume » ou « dictature » sont souvent des mots évoqués faisant fi du fait, qu’officiellement, la Corée du Nord se présente comme une « République ». Il y existe trois partis politiques : Le Parti du travail de Corée, le Parti social-démocrate de Corée et le Parti Chondogyo Chong-u. Les trois sont membres du Front démocratique pour la réunification de la patrie (qui dans ce cas-là représente l’unique force politique du pays) [18]. Ajoutons que, selon la Constitution socialiste de la RPD de Corée, c'est l’Assemblée populaire suprême « constituée des députés élus au scrutin secret, selon les principes du suffrage universel, égal et direct » qui est l’organe de pouvoir supérieur de la nation. C’est cette Assemblée populaire, qui possède un mandat de cinq ans, qui élit le Président du Comité de la défense nationale de la RPD de Corée (le chef des armées). Dans ce cas précis, Kim Jong-un depuis 2012. Toujours selon la constitution (article 66) « le citoyen acquiert, à partir de 17 ans, le droit de vote et le droit d’être élu sans distinction de sexe, d’origine ethnique, de profession, de durée de résidence dans le pays, de fortune, de degré d’instruction, d’appartenance politique, d’opinion politique ou de confession » [19]. Admettons que cela ne soit que de jolis mots écrits dans de beaux textes comme peut l’être la Déclaration des droits de l’homme appliquée à la réalité du monde.


Alors en effet, si l’on s’attarde sur les rapports d’Amnesty International (de 2012), on peut relever, dans le cas de la RPD de Corée, l’existence « de crises alimentaires », « d’arrestations et de détentions arbitraires », de « tortures », de l’existence de la peine de mort et d’une absence « d’opposition politique connue » [20]. De quoi confirmer cette image de dictature féroce. Pourtant, si l’on s’attarde à regarder la situation des autres pays (y compris ceux qui ne sont pas qualifiés de « dictature ») on découvre également de graves violations en matière de droits de l’homme. Par exemple, selon ce rapport de 2012, Amnesty International relève en France l’existence de « tortures et mauvais traitements » supposément infligés par des membres de la force publique, ainsi que des cas de « morts aux mains de la police » et « des cas de discrimination de membres des minorités ethniques et religieuses », notamment les Roms [21]. En Grèce également Amnesty International souligne l’existence « de torture et d’autres mauvais traitements infligés dans des postes de police et des centres de détention pour migrants », « de conditions de détention médiocres et d’une grave surpopulation » dans les prisons et d’actes de racisme de la part d’agents de police [22]. La Corée du Sud, alors qu’elle est souvent mise en avant pour pointer du doigt la déviance maléfique de sa voisine, possède pourtant des caractéristiques communes à celle-ci selon Amnesty International. Comme dans le Nord la peine de mort y est maintenue, la liberté d’expression y est soumise à d’importantes restrictions et les détracteurs du gouvernement sont victimes « d’harcèlement » et de « poursuites judiciaires », tout comme le sont « les personnes qui, sans violence, exprimaient leurs opinions ou diffusaient des informations sur Internet » contraires au pouvoir [23]. Enfin, si l’on s’éloigne de tous ces rapports et de ces chiffres mais que l’on reste dans le bon sens tout simplement, il serait difficile de faire de la RPD de Corée la nation la plus belliqueuse ou meurtrière si l’on prend en compte l’ensemble des interventions militaires orchestrées par les Etats-Unis depuis le milieu du XXe siècle, la politique israélienne à l’égard de la Palestine ou l’implication de l’Etat colombien dans l’assassinat d’opposants et de syndicalistes. Une chose n’excusant pas l’autre, elle a au moins le mérite de nuancer les propos.


C’est ce que je vois à travers la fenêtre du minibus pendant que celui-ci roule dans Pyongyang : un pays qui n’est ni l’enfer décrit ni le paradis socialiste espéré. A l’avant du car, l’un de nos guides, Kim, prend le micro et entonne la chanson Besame mucho (embrasse-moi beaucoup, chanson mexicaine de Consuelo Velasquez) qu’il a apprise durant ses études à Cuba. Un brin espiègle il s’amuse à emprunter les expressions typiques du parler cubain lorsqu’il s’adresse aux jeunes espagnols. A côté de moi, « Perla », notre traductrice également, me montre une vidéo de son fils sur son portable. Elle me pose des questions sur l’Espagne et la France puis me parle du Pérou, où elle a vécu quelques années. « C’est à toi de chanter » lance Kim en tendant le micro à sa compatriote. Perla nous annonce qu’elle va nous chanter une chanson coréenne traduite en espagnol. « Ma bien aimée Pyongyang, tu es mon coeur, tu me manques jour et nuit, chaque fois que je me trouve loin de ma Pyongyang je t’accompagne, Pyongyang, Pyongyang... » [24]


Loïc Ramirez

mai 2014


Photos : Archives de l’auteur - Rues de Pyongyang en septembre 2012

Groupe de jeunes communistes des CJC avec leurs deux guides : Perla et Kim (2012)

Groupe de jeunes communistes des CJC avec leurs deux guides : Perla et Kim (2012)

[1Phrase rapportée dans l’article « La Corée du Nord se rêve en futur dragon », Patrick Maurus, Le Monde Diplomatique, février 2014

[12Chiffres obtenus dans l’ouvrage L’Economie de la Corée du Nord en 2012, naissance d’un nouveau dragon asiatique ?, B.Quennedey, Les Indes Savantes, page 44.

[13Rapport sur le développement humain 2011, consultable sur le site : www.undp.org

[14Ibid.

[15] L’Economie de la Corée du Nord en 2012, naissance d’un nouveau dragon asiatique ?, B.Quennedey, Les Indes Savantes, page 46.

[16Schéma obtenu dans le rapport sur les statistiques sanitaires mondiales 2010 de l’OMS, consultable sur la page www.who.int

[19Tous les extraits sont tirés de la Constitution socialiste de la RPD de Corée, version française, Editions en langues étrangères, Pyongyang, 2010.

[24Ici, en écoute, la chanson dans sa version originale : http://www.youtube.com/watch?v=E-H-9G56ZsI

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24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 23:31

A la différence de la Corée, la Chine est un État pluriethnique qui mélange plus d’une cinquantaine de « nationalités » (selon le lexique chinois), dont notamment l’ethnie ultramajoritaire Han qui compose 92% de la population de la République Populaire de Chine. Parmi les autres nationalités, on compte notamment les Ouïghours, les Tibétains, les Zhuang (un groupe vietnamien de Chine), les Hui et… les Coréens. Alors que les premiers, beaucoup plus importants en termes démographiques, disposent tous de régions autonomes de niveau national (respectivement le Xinjiang, le Tibet, le Guangxi, le Ningxia), les Coréens de Chine habitent d’abord la Préfecture Autonome Coréenne de Yanbian, située dans la province chinoise du Jilin et frontalière de la République Populaire et Démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). A l’occasion d’un séjour en RPDC courant mai, un adhérent de l’Association d’amitié franco-coréenne (AAFC) a eu l’opportunité de séjourner dans la capitale de la préfecture autonome coréenne de Chine, Yanji, à la rencontre des Chaoxianju (Coréens de Chine).

 

Selon diverses estimations, il existe actuellement entre deux et trois millions de Chinois d’ethnie coréenne. Si l’immense majorité d’entre eux réside dans le nord-est chinois (le fameux Dongbei, composé du Liaoning, Jilin, Heilongjiang), ils sont particulièrement concentrés à Yanbian, puisque la préfecture en héberge plus de 800 000. La structuration de la minorité coréenne de Chine est particulièrement complexe puisque les Coréens de Chine sont à la fois issus de vagues d’immigration plus ou moins récentes, mais aussi de la mobilité extrême de la frontière Chine/Corée/Russie au fil des siècles. Rappelons-le, il y a de cela plusieurs siècles, l’actuel territoire coréen a été occupé au moins en partie par plusieurs dynasties « chinoises » (au sens politique plus qu’ethnique, certains empereurs chinois ayant occupé une partie de la péninsule coréenne étant issus de diverses ethnies mongoles – les dynasties Liao et Yuan notamment), d’où un métissage ethnique déjà relativement ancien et des liens culturels très forts : avant l’invention de l’alphabet syllabaire coréen en 1443 (appelé hangeul en Corée du Sud et chosongeul en Corée du Nord), la langue coréenne s’écrivait par exemple à l’aide des sinogrammes. Par ailleurs, comme les lecteurs réguliers du blog de l’AAFC le savent peut-être, parmi les Coréens ayant vécu une partie de leur vie dans le nord-est chinois et l’actuelle Yanbian, on trouve notamment Kim Il-sung (ayant animé en exil la guérilla antijaponaise) et son fils Kim Jong-il, respectivement président de la RPDC et Secrétaire Général du Parti du Travail de Corée.

 

Plus récemment, la frontière sino-(nord)-coréenne a été tracée à la fois à l’occasion des « traités inégaux » opposant la dynastie russe des Romanov à celle, sur le déclin, des Qing chinois (d’ethnie mandchoue), ce qui a eu pour principal effet la perte de la façade maritime chinoise (la ville de Vladivostok redevenant ainsi russe en 1860). Un siècle plus tard, avec l’avènement de la République Populaire de Chine (1949), et l’alliance sino-coréenne forgée dans le feu de la Guerre de Corée (1950-1953), naissait la « zone autonome » puis la « préfecture autonome » de Yanbian. Si la décentralisation importante de pouvoirs politiques à une ethnie n’était pas chose rare en Chine au début des années 1950 (c’est l’époque du fameux accord en 17 points sur la libération pacifique du Tibet), Yanbian revêt très vite un statut tout à fait particulier de par sa localisation stratégique : sas de communication et couloir économique de première importance entre Chine et Corée populaire, l’état-major militaire américain envisagera, au plus fort de la Guerre de Corée, de procéder à des frappes nucléaires sur la zone pour isoler la péninsule du continent (créer une « ceinture de cobalt radioactif » selon le vocable américain). Par ailleurs, l’histoire personnelle du dirigeant chinois Mao Zedong témoigne de l’importance prise par la préfecture de Yanbian : alors qu’est souvent évoqué le destin tragique de Mao Anying, fils de Mao disparu pendant la Guerre de Corée, il est moins connu que son propre neveu fut un temps (en pleine révolution culturelle) à la tête de Yanbian.

 

Un temps « minorité modèle », les Coréens de Yanbian ont subi coup sur coup un certain nombre de revers économiques majeurs, notamment la perte d’attractivité du Dongbei (aujourd’hui cœur industriel en net déclin) après la disparition de l’Union Soviétique, et la concurrence des provinces côtières exportatrices du sud de la Chine (Guangdong, Fujian) après « l’ouverture » menée par Deng Xiaoping dans les années 1980. Frontalière à la fois de la Corée du Nord et de la Russie, Yanbian a connu à la fois un sévère ralentissement économique consécutif à l’implosion soviétique et la « dure marche » en RPDC dans les années 1990. Aujourd’hui, les choses semblent lentement évoluer positivement, grâce notamment à l’investissement sud-coréen (en témoignent les nombreux édifices chrétiens de Yanji) et aux perspectives offertes par la Zone Économique Spéciale nord-coréenne de Rajin-Sonbong située à moins de 50km au sud. Cette dernière offre à Yanbian un débouché sur la mer de l’Est qui permet de désenclaver l’ensemble du nord-est chinois et offre une alternative au port russe de Vladivostok, qui gèle durant l’hiver. La mise en valeur relativement nouvelle de cette situation de carrefour (la ZES de Rason a été ouverte en 1991, mais le projet n’a véritablement pris forme qu’avec l’inspection du dirigeant Kim Jong-il en 2009) n’est pas sans soulever beaucoup d’espoir pour l’ensemble de l’Asie du nord-est, dont l’économie stagne depuis plusieurs années. Certains programmes soutenus par l’ONU (notamment le Greater Tumen Initiative) ont d’ailleurs pour objet de développer les infrastructures nord-coréennes et les liaisons entre Yanbian et la RPDC (ainsi que, dans une moindre mesure, la Russie). En effet, une part importante des investisseurs chinois en RPDC sont d’ethnie coréenne, issus de Yanbian, ce qui explique notamment la présence d’une délégation commerciale de la ZES de Rason dans la capitale de la préfecture, Yanji. Nous avons eu l’occasion de rencontrer des investisseurs chinois (et coréens américains) actifs dans la zone, qui ont pu nous exposer les difficultés mais aussi les perspectives offertes par le commerce transnational.

 

Si les grandes villes de la zone comme Yanji ou Tumen évoquent surtout la tristesse granitique de beaucoup de villes chinoises de cette importance, il ne faut pas s’y tromper : il existe encore de nombreuses traces d’architecture coréenne traditionnelle à découvrir, ainsi que de vibrants quartiers coréens, qui mélangent des Coréens du Nord, du Sud, de Chine ainsi que quelques Coréens américains. Située à trois heures de route de la ZES de Rason, deux heures du mont Paektu (Changbai en chinois) et une demi-heure de la frontière sino-nord-coréenne, il est plus que conseillé aux lecteurs intéressés par l’amitié sino-coréenne de s’attarder dans cette troisième Corée.

Yanbian : bienvenue dans la Corée chinoise
Yanbian : bienvenue dans la Corée chinoise
Yanbian : bienvenue dans la Corée chinoise
Yanbian : bienvenue dans la Corée chinoise

Sources :

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11 août 2013 7 11 /08 /août /2013 15:16

Du 24 juillet au 6 août 2013, une délégation de l'Association d'amitié franco-coréenne a visité la République populaire démocratique de Corée (RPDC) à l'occasion du soixantième anniversaire de l'armistice de la guerre de Corée, signé le 27 juillet 1953, célébré en RPDC comme la victoire dans la guerre de libération de la patrie. Conduite par Benoît Quennedey, vice-président de l'AAFC chargé des actions de coopération, la délégation de l'AAFC a participé à l'ensemble des cérémonies d'anniversaire - notamment la parade militaire et le défilé civil, pour lesquels elle était située dans la tribune principale face à la place Kim Il-sung, à quelques dizaines de mètres du maréchal Kim Jong-un qui a longuement salué la foule ; le spectacle de gymnastique de masse Arirang, largement renouvelé et qui a fait une large place à l'amitié coréano-chinoise, de nombreux vétérans chinois de la guerre de Corée étant présents aux cérémonies, aux côtés de leurs anciens compagnons d'armes de l'Armée populaire de Corée ; l'inauguration du monument aux soldats morts pendant la guerre de Corée ainsi que du musée de la guerre, rénové, suivant un décor ultra-moderne et didactique retraçant les différentes étapes du conflit. Si les massacres commis pendant la guerre ont été rappelés, notamment ceux perpétrés à Sinchon lors d'une cérémonie à laquelle ont pris part les représentants de l'AAFC, les dirigeants nord-coréens ont également tendu la main aux Américains et aux Sud-Coréens pour qu'advienne une ère de paix et de prospérité dans la péninsule coréenne, dans des discours officiels dépourvus de références bellicistes. Par ailleurs, si la visite de la délégation de l'AAFC prenait place dans le cadre de cérémonies officielles, elle avait aussi comme objectifs de renforcer les actions de coopération et d'échanges, qui sont la raison d'être de l'Association depuis sa fondation en 1969.  

Comme l'a souligné So ho-won, président de l'Association d'amitié Corée-France, homologue de l'AAFC, et vice-président du Comité coréen des relations culturelles avec les pays étrangers (ci-dessous), lorsqu'il a reçu les membres de la délégation le 5 août, la RPD de Corée n'a jamais provoqué de guerre contre un pays étranger. Dans un contexte où les médias occidentaux occultent volontiers les tentatives d'étouffement politique et économique de la RPDC par les Etats-Unis, l'AAFC s'efforce de rééquilibrer l'information sur la situation dans la péninsule coréenne, notamment par ses contacts avec les médias et des parlementaires, ainsi que des dirigeants de partis nationaux. Plusieurs des représentants des médias français aussi présents aux cérémonies - en particulier, des journalistes de France 24 et  Philippe Pons, du Monde - étaient d'ailleurs déjà en contact avec l'AAFC. La délégation a eu de longs échanges avec eux lors de sa visite, de même qu'avec d'autres Français présents. 

Refusant la division de la péninsule coréenne imposée par les grandes puissances, au premier rang desquels les Etats-Unis, à la fin de la Seconde guerre mondiale, les militants de l'AAFC ont déployé une banderole "L'AAFC pour la paix et la réunification en Corée" lors de leur visite à Panmunjom le 31 juillet. Alors que l'accès à la DMZ était fermé côté Sud, cette initiative a attiré l'attention des troupes américaines, dont deux soldats sont alors sortis de leur poste d'observation.

L'architecture et l'urbanisme constituant un domaine privilégié de coopération entre la France et la RPD de Corée - comme l'a d'ailleurs rappelé Benoît Quennedey, vice-président de l'AAFC, lors d'un échange avec Olivier Vaysset, directeur du bureau français de coopération à Pyongyang, qui sera remplacé prochainement par Emmanuel Rousseau - des rencontres ont été organisées avec l'Université d'architecture, l'Agence d'urbanisme de Pyongyang et l'Institut Paektusan. La délégation a remis de la documentation technique, pris bonne note des demandes d'échanges - notamment la perspective pour des architectes coréens de travailler en France et des architectes français de travailler en RPD de Corée, ainsi que l'intérêt marqué pour l'architecture écologique - et préparé de futures coopérations.

De fait, les bâtiments modernes à Pyongyang ont complètement redessiné la physionomie de la ville, comme la délégation de l'AAFC a pu le contaster lors de sa visite au restaurant Haedonghwa, en présence de son architecte, Kim Chol-ung, directeur de l'Agence d'urbanisme de Pyongyang. Le delphinarium et le centre sportif Tongil, également inaugurés au cours de la dernière année, sont d'autres exemples de la volonté d'excellence architecturale - servie par des usines rénovées, comme l'Usine de carreaux Daedonggang - ainsi que de l'accent porté sur le sport, la culture et les loisirs.

Jumelée avec l'école n° 1 de Moranbong, à Pyongyang, l'AAFC a participé à un brillant spectacle donné par les enfants de l'école, revenus spécialement de congés pour l'occasion. Après les dons en matériel effectués en 2005, 2006, 2008, 2009 et 2010, pour une valeur totale de plus de 4.000 euros depuis 2005, elle a remis cette année un vidéoprojecteur à l'école n° 1 de Moranbong.

Si l'Institut de botanique, auquel l'AAFC a remis à plusieurs reprises des semences de betterave, n'a pas pu être visité, cette lacune pourra probablement être comblée lors d'une prochaine visite, une délégation de l'AAFC devant se rendre en Corée dès septembre prochain, à l'occasion des cérémonies du 65ème anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée le 9 septembre 1948. Les actions de solidarité, notamment dans le domaine agricole, constituent en effet l'un des axes d'action prioritaire de l'AAFC.

Pour l'excellente organisation de leur visite, les membres de la délégation souhaitent remercier M. Jon Hyong-jong, conseiller politique à la délégation générale de la RPD de Corée en France, et leur hôte, le Comité coréen de solidarité avec les peuples du monde, et tout particulièrement leurs guides, Mme Jong Un-a, secrétaire générale de l'Association d'amitié franco-coréenne, et Kim Chun-il, dont la finesse d'analyse, le professionnalisme et la parfaite disponibilité ont été unanimement plébiscités. Constituant la délégation la plus jeune, l'AAFC avait la chance d'être aussi la délégation la plus nombreuse parmi les associations d'amitié avec la Corée en Europe, en reconnaissance des activités qu'elle mène quasi-quotidiennement à Paris et dans les régions françaises où elle est désormais implantée. Elle a également apprécié la présence à ses côtés pendant toute une partie du voyage de M. Ryu Kyong-il, dynamique directeur du département Europe du Comité coréen des relations culturelles avec les pays étrangers.

 

 

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9 août 2013 5 09 /08 /août /2013 19:26

L'écrivain, réalisateur, photographe et journaliste américain Andre Vltchek faisait partie des Américains présents aux cérémonies ayant marqué, à Pyongyang, le soixantième anniversaire de la fin des combats de la guerre de Corée (25 juin 1950 - 27 juillet 1953), célébrée en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) comme la victoire dans la guerre de libération de la patrie. Les vétérans non seulement coréens, mais aussi chinois, ont été mis en l'honneur, alors que la présence du vice-président chinois Li Yuanchao scellait l'amitié entre la RPD de Corée et la Chine. Si les médias occidentaux ont largement mis l'accent sur les défilés civils et militaires et la nouvelle représentation - grandiose - du spectacle de gymnastique de masse Arirang, en délivrant l'image d'une RPDC présentée - implicitement ou explicitement - comme une puissance militaire qui menacerait la paix du monde (bien que son budget militaire n'atteigne que 1 % de celui des Etats-Unis), le compte rendu de voyage que nous livre Andre Vltchek, sensible et décalé et que nous reproduisons ci-après traduit de l'anglais.

 

Au moment où l’avion – de fabrication russe Tupolev-204 – s’apprêtait à décoller de l’aéroport de Pyongyang, je ne ressentais rien, absolument rien. Le brouillard du matin qui, au début, recouvrait la piste, commençait à se lever. Les moteurs rugissaient. Juste après le décollage, je pouvais clairement distinguer des champs verdoyants, des villages soignés et des rubans de rivières larges et paresseux au-dessous de l’aile. C’était indéniablement un spectacle magnifique : mélancolique, poétique et vraiment dramatique. Et pourtant, je me sentais engourdi. Je ne ressentais rien, absolument rien.
 
Tout à coup je me suis senti vide, peur de quelque chose.
 
Après avoir vu plus de 150 pays, partout dans le monde, après avoir couvert des guerres et des conflits, certains d’une intensité et d’une brutalité inimaginables, je fus soudain saisi d’un ardent désir de repos, et même de silence total.
 
Il y a 60 ans la Corée du Nord a gagné la guerre. Mais quelques 4 millions de personnes sont mortes dont beaucoup de civils. C’était peut-être plus de 4 millions, personne ne sait exactement. La capitale Pyongyang a été totalement rasée. Je n’avais pas envie d’entendre la musique forte et les longs discours. Je voulais rendre hommage à ceux qui ont perdu leur vie, en m’asseyant tranquillement au bord de la rivière couverte de brume, écoutant pousser l’herbe. Mais pendant mes 8 jours en Corée du Nord, j’ai eu très peu de moments de silence, presque aucune occasion de réfléchir.
 
Qu’ai-je vu durant ces 8 jours en RPDC – Corée du Nord ? J’ai vu une énorme ville futuriste, Pyongyang, la capitale, construite sur des cendres. J’ai vu des théâtres et des stades énormes, un système de métro profondément enfoui sous le sol (transport public doublé d’un abri antiatomique, dans le cas où la ville serait attaquée). J’ai vu des trolleybus et autobus à deux étages, de larges avenues, des trottoirs incroyablement larges, des patinoires pour des roller-skate et des terrains de jeux pour les enfants.
 
Les téléviseurs suspendus au-dessus de nos têtes diffusaient radieusement des images sans fin de défilés se suivant l’un après l’autre, de fêtes interminables et des concerts grandioses. Le volume a augmenté, les femmes et les hommes sur l’écran chantaient avec enthousiasme, les soldats défilaient ; des avions rugissants et des hélicoptères avaient pénétré le ciel bleu. Le chef pilote agitait ses mains. La foule applaudissait debout. Les émotions ont été portées à leur paroxysme ; mouillant les yeux de la population et exacerbant leur fierté omniprésente sur leurs visages.

 

Il y avait des statues et des monuments partout. La taille de certains boulevards et bâtiments était simplement écrasante. Pendant plus d’une décennie, j’ai vécu à Manhattan, mais la grandeur était très différente. New York s’était développé de plus en plus vers le ciel, tandis que Pyongyang était constitué par d’immenses espaces ouverts et d’énormes bâtiments éclectiques.

 
A l’extérieur de la capitale, j’ai vu des champs verts et des agriculteurs rentrant chez eux en pleine campagne. De toute évidence, il n’y avait pas de malnutrition chez les enfants, et en dépit de l’embargo, tout le monde était habillé décemment.
 
J’ai vu des places bourrées de monde, avec des dizaines de milliers de personnes criant des slogans à pleins poumons. J’ai vu des milliers de femmes dans des robes traditionnelles colorées agitant leurs drapeaux et rubans, applaudir lorsque le signal leur était donné, pour nous accueillir – les délégués internationaux. Marchant à côté de moi pour la paix, il y avait un ancien procureur général américain, Ramsey Clark, et à mon autre côté, le chef d’un des partis communistes indiens. Il y avait des avocats des droits de l’Homme venant des Etats-Unis et de partout dans le monde, des révolutionnaires turcs et, pour des raisons difficiles à comprendre, plusieurs chefs de l’armée ougandaise.
 
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La délégation de Ramsey Clark
 
Mais je ne suis pas venu ici pour défiler. Je suis venu ici pour filmer et photographier, pour voir les visages des populations locales, pour lire ce qui était écrit sur ces visages, pour sentir, pour ressentir et pour essayer de comprendre.
 
Au lieu de bruyantes acclamations, je suis venu pour écouter les murmures, espérant attraper des discrètes expressions faciales, des signes minuscules de peur, de joie, d’amour et même de confusion existentielle.
 
L’Occident, ses responsables politiques et ses médias, ont réussi à créer une image d’une Corée du Nord déshumanisée. Ils l’ont fait en brouillant les visages. Pendant des décennies, les Nord-Coréens ont été dépeints comme des habitants de quelque monstrueux empire ermite où les hommes, les femmes et les enfants se ressemblent tous, habillés tous de la même façon, se comportant comme des robots, ne souriant jamais et ne se regardant jamais dans les yeux.
 
Avant de venir ici, avant d’accepter de venir, j’avais expliqué aux organisateurs que je n’étais pas intéressé par tous ces feux d’artifice élaborés et les stades pleins. Je voulais voir une maman emmenant son enfant à l’école. Je désirais ardemment capturer les visages des amoureux au crépuscule, assis côte à côte sur quelque banc à l’abri des regards, se chuchotant l’un à l’autre ces mots urgents, ces promesses qui font que la vie vaut d’être vécue, les mêmes mots, les mêmes promesses, prononcés partout dans le monde.
  South-Korean-kids-on-the-street-e1375462515466.jpgDes enfants coréens dans la rue 
 
Paradoxalement, on m’a découragé de le faire. Au lieu de cela, on m’a demandé de défiler. De conteur et homme plutôt habitué à documenter le monde, je fus transformé en un délégué. Et chaque fois que la foule me repérait, elle applaudissait, et je me sentais gêné, aspirant désespérément à devenir invisible, ou au moins à trouver une cachette. Non pas parce que j’avais fait quelque chose de mal, mais simplement parce que je n’étais pas habitué à de telles explosions d’enthousiasme nu à mon égard.
 
Et donc je défilais, pour la paix et pour la réunification de la nation coréenne. Et tandis que je marchais, je n’arrêtais pas de filmer et photographier. Ça devait avoir l’air inconfortable, je dois admettre: un délégué filmant un groupe de femmes qui étaient habillés de leurs costumes traditionnels colorés, l’acclamant avec leurs rubans de papier, et criant à tue-tête.
 
J’ai vite découvert que je me battais pour chaque aperçu de la réalité, de la vie de tous les jours. Au lieu de cela, on me nourrissait de spectacle.
 
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La frontière
 
On m’a emmené à ces stades avec 100.000 personnes, où les enfants changent la position de leurs ardoises périodiquement, et tout le côté de la tribune devient soudainement comme un tableau coloré vivant. J’ai assisté à des événements énormes, avec des milliers de danseurs, avec feux d’artifice et des bandeaux multiples.
 
Pourtant, ce qui m’a impressionné le plus, c’est un pont en pierre ancien et minuscule dans la ville de Kaesong, près de la zone démilitarisée. Et la scène autour du pont: une toute petite fille, peut-être trois ans, sa chaussette déchirée, qui pleurait, alors que sa mère lui caressait les cheveux de la façon la plus chaude, la plus tendre que l’on puisse imaginer.
 
Mes hôtes, eux ne semblent pas comprendre. Je leur ai expliqué, encore et encore, mais mes mots sonnaient trop étrangers pour eux.
 
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Le logement public gratuit
 
Pour eux, j’étais juste « un écrivain célèbre, cinéaste et journaliste ». Ils avaient besoin de moi pour montrer le grand soutien pour leur révolution, et le profond respect pour leur souffrance pendant l’assaut de l’Occident il y a plus de 60 ans.
 
Naturellement, je ressentais du respect et compatissais à leur douleur, c’était tout ce que j’étais sensé ressentir. Je ressentais beaucoup plus.
 
Mais je suis tombé amoureux, instantanément de la campagne nord-coréenne, des visages des agriculteurs nord-coréens et des habitants de la ville. Ce sont des visages purs, honnêtes et expressifs. Que pouvais-je faire? L’amour est subjectif, il est irrationnel. La verdure exagérée des champs, des enfants jouant au bord de la route, les soldats rentrant dans leurs villages pour une courte permission, les femmes face au soleil au crépuscule: C’était trop ; le coup de foudre, comme je l’ai dit.
 
Je photographiais à travers le pare-brise, j’ennuyais les organisateurs, leur demandant de s’arrêter au milieu de la route.
 
Puis, le 26 Juillet, j’ai rencontré, avec Ramsey Clark et quelques autres délégués, Mr.Yang Hyong-sop, vice-président du Comité permanent de l'Assemblée populaire suprême. Il ressemblait à un homme très bon, et j’ai eu la chance d’échanger quelques idées avec lui. Je lui ai expliqué que la meilleure façon de lutter contre la propagande occidentale est de montrer au monde le visage des Nord-Coréens.
 
metro-e1375462775129.jpgLe métro
 
« C’est leur tactique habituelle », dis-je. « Ils dépeignent les populations de la Chine, de Cuba, du Venezuela, de la Russie, d’Irak, d’Afghanistan, de la Serbie, comme des gens sans cœur, comme s’ils étaient des androïdes en plastique. Ensuite, inconsciemment, la compassion pour les gens de ces pays disparaît du cœur du public occidental. Soudain, il est bon de les affamer, de les bombarder, d’assassiner des milliers, voire des millions de ces androïdes. Mais une fois que les visages sont montrés, le public occidental devient confus, beaucoup refusent de soutenir l’assassinat de masse ".
 
Le vice-président hocha la tête. Il me sourit. Comme nous partions, il m’a saisi dans une étreinte d’ours, et a dit simplement: "S’il vous plaît revenez!"
 
Mais même après ces échanges fructueux, je défilais toujours. Et les images simples sont toujours hors de ma portée. "Pour ce voyage seulement, puisque nous célébrons le 60 e anniversaire», m’a-t-on dit. Mais je vivais au jour le jour, je voulais travailler.
 
J’ai vu la zone démilitarisée, DMZ, et le poste frontière sud-coréenne à Panmunjom. Deux fois dans le passé, j’avais visité le même endroit, mais du côté opposé. La DMZ est censée être la frontière la plus fortifiée du monde, les deux Corées sont toujours techniquement en guerre. Les deux armées sont à couteaux tirés en face l’une de l’autre, armées jusqu’aux dents, tandis que les forces américaines sont terrées quelque part en arrière-plan, du côté sud.
 
Pourtant, la DMZ est en quelque sorte l’œil du cyclone, placée entre toutes ces bombes, ces chars et ces lance-missiles, tranquille et immuable. Les rivières coulent paresseusement, et les agriculteurs cultivent le ginseng, sans doute le meilleur du monde.
 
J’ai enduré d’interminables mesures de sécurité, et à la fin je faisais face à la terrasse des visiteurs vide, située côté Corée du Sud. Il y avait évidemment des craintes d’hostilités des deux côtés de la ligne, et aucun visiteur «ordinaire» n’était autorisé à se rendre ici.
 
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L'occupation
 
Ce fut un grand chaos, et un drame sans fin. Une nation divisée, des millions de morts. J’ai vu tout cela dans la ville de Sinchon. Les tunnels où les troupes américaines ont massacré des milliers de civils pendant la guerre, les vétérans et les survivants des massacres ont parlé; se rappelant ces événements horribles.
 
En 1950, au début de la guerre, la ville de Sinch’ŏn a été le site d’un massacre de civils par les forces américaines d’occupation. Le nombre de civils tués au cours de la période de 52 jours aurait été de plus de 35.000 personnes, soit l’équivalent d’un quart de la population de la ville à l’époque.

Tout avait l’air effroyablement familier. J’avais l’habitude de photographier les cratères laissés après les tapis de bombes du Cambodge, du Laos et du Vietnam. Brutalité, brutalité, brutalité … Des millions de victimes sans visage brûlés vifs par le napalm, les "bombettes» qui explosent des décennies plus tard lorsque des enfants ou des buffles d’eau jouent dans les champs.
 
Ramsey Clark a parlé des horreurs du passé, et de la brutalité des actions américaines. Un vieil homme, l’un des survivants des massacres de civils dans les tunnels, a parlé des horreurs dont il a été témoin dans son enfance. L’œuvre d’art dans le musée local dépeint la torture brutale et le viol de femmes coréennes par les troupes américaines, leurs corps mutilés, avec des mamelons transpercés par des crochets métalliques.
 
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Un des nombreux théâtres de Pyongyang
 
En Occident, le sujet reste presque totalement tabou. Un des plus grands journalistes du vingtième siècle, Wilfred Burchett, a même perdu sa nationalité et est devenu «un ennemi du peuple australien», en partie parce qu’il a osé décrire les souffrances du peuple nord-coréen, quelques années après qu’il ait décrit, au lendemain des bombardements d’Hiroshima en 1945 son rapport emblématique "J’écris ceci comme un avertissement pour le monde".

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Une piscine publique
 
La fanfare commence à jouer encore un autre air militaire. Je zoome sur une vieille dame, sa poitrine décorée de médailles. Comme je m’apprêtais à appuyer sur le déclencheur, deux grosses larmes commencent à rouler sur ses joues. Et soudain, je me rends compte que je ne peux pas la prendre en photo. Je ne peux vraiment pas. Son visage est tout ridé, et pourtant il est à la fois jeune et d’une infinie tendresse. Voici mon visage, pense-je, le visage que je cherchais tous ces jours. Et pourtant, je ne peux même pas appuyer sur le déclencheur de ma Leica.
 
Puis, quelque chose me serre la gorge et je dois chercher dans mon sac de matériel pour y trouver un tissu, comme mes lunettes s’embuaient, et pendant un court moment, je ne vois plus rien. Je sanglote bruyamment, juste une fois. Personne ne peut entendre, en raison de la fanfare qui jouait très fort.
 
Plus tard, je me rapproche d’elle, et je m’incline, et elle fait de même. Nous faisons notre paix séparée au milieu de la place principale en effervescence. Je suis tout à coup heureux d’être ici. Nous avons tous les deux perdu quelque chose. Elle a perdu plus. J’étais certain qu’elle a perdu au moins la moitié de ses proches dans le carnage des années passées. Moi aussi j’ai perdu quelque chose : j’ai perdu tout le respect et mon appartenance à la culture qui dirige encore le monde, la culture qui était autrefois la mienne, mais une culture qui est encore en train de voler leurs visages aux  gens, puis brûler leur corps avec du napalm et des flammes.
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Un des survivants du massacre de Sinchon
 
C’est le 60e anniversaire du Jour de la Victoire en RPDC. Un anniversaire marqué par les larmes, les cheveux gris, les feux d’artifices, les parades énormes, et par le souvenir du feu.

Ce soir-là, après mon retour à la capitale, je me suis finalement rendu à la rivière. Elle était couverte par un brouillard doux mais impénétrable. Il y avait deux amoureux assis sur le rivage, immobiles, dans une étreinte silencieuse. Les cheveux de la femme tombaient doucement sur l’épaule de son amant. Il tenait sa main, avec révérence. J’allais soulever mon gros appareil photo professionnel, mais ensuite je me suis arrêté, brusquement, tout d’un coup j’avais trop peur que ce que mes yeux voyaient ou que mon cerveau imaginait, ne soit pas reflété dans le viseur.

André Vltchek est un romancier, cinéaste et journaliste d’investigation.
 Il a couvert les guerres et les conflits dans des dizaines de pays. Son roman acclamé par la critique politique révolutionnaire Point of No Return est maintenant réédité et disponible. Océanie est son livre sur l’impérialisme occidental dans le Pacifique Sud. Son livre provocateur sur post-Suharto en Indonésie et le modèle de marché fondamentaliste est appelé « Indonésie – L’archipel de la peur "(Pluton). Il vient de terminer un long métrage documentaire «Gambit Rwanda" sur l’histoire du Rwanda et le pillage de la RD Congo. Après avoir vécu de nombreuses années en Amérique latine et en Océanie, Vltchek réside et travaille actuellement en Asie de l’Est et en Afrique. Il peut être atteint à travers son site web .
 
Source : counterpunch. Traduction Avic.  
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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 21:21

caissiere_aire-de-service_autoroute_Jilin.jpgDu 6 au 20 mai 2013, un groupe de douze personnes a participé à un voyage en Chine ayant pour thème la découverte de la minorité coréenne et la Chine industrielle du Nord-Est, à travers les provinces de Jilin et du Liaoning. L’organisateur était l’association Rennes-Chine, héritière locale de l’Association des amitiés franco-chinoises, fondée en 1952 et disparue au début des années 1990. Le voyage  était ouvert aux membres de l’Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) et six adhérents y participèrent. En peu de temps, beaucoup de découvertes et d’impressions. Ici ne sera abordé que ce qui touche à l’histoire, à la culture à la vie actuelle des Coréens de Chine et bien sûr à leur relations avec les autres nationalités de Chine.

 A Jilin, en arrivant, la délégation a visité le parc Beishan, magnifique parc aujourd’hui dans la ville mais qui, sans doute, à la fin des années 1920, était situé en dehors de celle-ci. Dans ses mémoires le dirigeant de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) Kim Il-sung évoque cet endroit où il conduisit beaucoup d’activités. Son ami d’enfance Won Tai-sohn, dans son ouvrage publié aux Etats-Unis en 2003, évoque les jeux et les entraînements qui se faisaient sur les pentes de ce parc. La visite du temple Yaowang, site de réunions secrètes, était, en plus de la beauté du lieu, un moment de rappel de l’histoire.

Le lendemain, la délégation avait demandé à visiter l’école secondaire Yuwen, où le dirigeant coréen a étudié de 1927 à 1929. Bien que ce lycée de 10 000 élèves a été reconstruit, un bâtiment entourant une cour a été conservé au cœur de l’établissement. A titre de témoignage de ce séjour, une statue y a été érigée. Malheureusement, alors que la veille encore aucune difficulté n’avait été annoncée, la délégation a été accueillie dans l’enceinte de l’école... mais l’accès à cette cour historique était fermé. Suite à l’expression de son désappointement, différentes raisons lui ont été données dont la situation internationale… Bref, elle a regardé et photographié l’intérieur de cette cour et la statue à travers la clôture. C’est d’autant plus regrettable que la demande d’étrangers, hormis bien sûr les Coréens, de visiter ce lieu constituait sinon une première, tout au moins une rareté.

Un peu plus tard, sur l’autoroute, une grande inscription a annoncé que les visiteurs entraient sur le territoire de la préfecture autonome coréenne de Yanbian. A partir de là, toutes les inscriptions sont bilingues. Conformément à la politique du gouvernement chinois en faveur des minorités nationales c’est la langue de la minorité qui est mise en avant. Soit le nom en coréen est au-dessus, soit il est placé à gauche du nom en chinois, et ceci de façon systématique.

La ville de Dunhua, première étape, fut la capitale du royaume de Balhae (en chinois Bohai) entre 742 et 756 sous le nom de Junggyeong. La délégation devait visiter un site de tombes de ce royaume, mais il s’est avéré fermé depuis peu pour cause de travaux suite à son inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le kimchi, plat de base coréen, commence à faire son apparition sur les tables des restaurants et, sauf quelques exceptions, y restera jusqu’à la fin du voyage.

degustation-kimchi.jpg

Ensuite, direction Yanji, siège de la préfecture autonome coréenne de Yanbian. Alors qu'elle était autrefois une région rurale et pauvre, depuis l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et la République de Corée (du Sud), en 1992, beaucoup d’habitants sont partis travailler dans la péninsule pour en ramener un peu d’aisance. De ce fait, Yanji est considérée par certains comme la ville où la vie est la plus chère du Nord-Est chinois. Même sur les marchés les commerçants marquent leurs produits à la main en coréen et en chinois. Les mariages mixtes existent et ne semblent pas poser de problèmes. La nationalité d’un citoyen chinois est inscrite sur ses documents d’identité (Han, Coréen, Mandchou…). L’enfant d’un mariage mixte choisit à sa majorité sa nationalité. Il semble plus avantageux, compte tenu des mesures de discrimination positive, de choisir la nationalité coréenne. Plusieurs chaînes de télévision sont entièrement en coréen, offrant des spectacles de chants et danses de qualité jusqu'aux actualités internationales et à la publicité. La nuit, Yanji s’illumine : toutes les façades, les bords de la  rivière Tumen,  clignotent dans une débauche de lumière, y compris l’hôpital.

Certains membres du groupe avaient des notions très étendues ou plus restreintes en chinois, mais cela ne leur permettait pas à Yanji de comprendre sur la façade de l'hôtel l’inscription « Гостиница ». Ce n’était pas qu’une question de façade car cet hôtel accueillait des Russes de Vladivostok (située à 100 km à vol d’oiseau) venant voir le Changbaishan (en coréen, le Mont Paektu) ou profiter de la médecine chinoise traditionnelle.

Le lendemain fut un moment d’émotion. La délégation a été accueillie dans une maison de retraités coréens, à l’écart de la ville de Longjing. Des deux côtés de la route, dans les champs, sur les pentes des collines, se dressaient de multiples stèles aux martyrs de la résistance anti-japonaise ou aux milliers de combattants des Volontaires du peuple chinois morts sur le sol coréen de 1950 à 1953, en résistant à l’agression américaine. La maison de retraite, entreprise privée, accueille 30 personnes, deux par chambre. L'âge moyen est de 78 ans. Ces retraités ont leurs enfants établis en Corée du Sud et n’ont plus de famille ici pour veiller sur eux. Un groupe accueille la délégation par des chants, notamment patriotiques. Le directeur de la maison de retraite faisait la traduction du coréen au chinois des questions-réponses et la guide assurait la partie chinois-français. Une femme a évoqué son engagement en 1950 pour combattre l’agression américaine et répondait aux questions sur les endroits où elle avait combattu. La délégation entendit de nouvelles chansons coréennes auxquelles elle répondait par des chansons françaises, puis remettait à ses hôtes des petits cadeaux où les boîtes de gâteaux bretons étaient bien représentées. L’un de ses membres prononça le mot kimchi, et il ne fut pas besoin d’interprète :  il fut aussitôt amené dans la cave où il y avait trois tonneaux de kimchi d’où fut extraite une grosse quantité qui lui a été offerte et avec laquelle il repartit. Malheureusement, ce n’est pas pratique à ramener en France et il l’offrira au déjeuner aux autres membres du voyage.

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L’après-midi a été consacré au  village « folklorique » de Guangdong près de Longjing. La guide locale annonçait que ce village est resté vraiment coréen et que l'on y vit comme en Corée du Nord, et pas comme au Sud, et que Kim Il-sung y a mené la guérilla… C’est d’ailleurs un vrai village en activité, organisé pour accueillir des visiteurs et lors de la visite de la délégation française, c’est la famille Kim qui  était « de service » ! Les Français ont donc été invités à entrer dans la maison familiale, encore chauffée par le sol à partir du foyer installé à même le sol. S'ensuivirent des explications sur la vie rurale, les outils et les cérémonies par la jeune paysanne qui expliquait la culture des différentes sortes de ginseng en en profitant pour vendre des racines récoltées dans les montagnes toute proches.

S'ensuivit un moment d’altitude. La montagne sacrée des Coréens, le Mont Paektu, est située à la frontière avec la Chine qui la désigne sous le nom de Changbaishan, et constitue un site renommé, d’ailleurs reconnu comme réserve de biosphère depuis 1979 (du côté chinois) et 1989 (côté coréen). Les montagnes toujours blanches ou les montagnes au sommet blanc entourent le lac du Paradis. Les dirigeants chinois y viennent profiter de ses sources thermales. Une particularité est que seulement 30 % des visiteurs peuvent y accéder et voir le lac Tianchi situé au sommet, du fait des conditions climatiques rudes et changeantes. Deng Xiao Ping est venu une fois et a vu le lac, mais le président Jiang Zeming, qui s'y est rendu à quatre reprises, n’a pu y accéder. Pour la délégation, le temps était magnifique, et après avoir emprunté différentes navettes elle a pu admirer ce magnifique paysage. Deux membres du voyage de l’AAFC en avril 2012 avaient, avec beaucoup d’autres visiteurs étrangers, dû renoncer à y accéder côté coréen, car ils avaient alors été pris dans une tempête de neige.

Ce pic volcanique culmine à 2 750 m, et le lac de cratère de 9 km2 était gelé. Deux tiers du lac appartiennent à la RPDC et un tiers à la Chine. Il paraît que, comme au Loch Ness, un animal mystérieux y vit… Une cascade d’eau chaude ne gèle jamais, même l’hiver, et des résurgences permettent de cuire des œufs et des épis de maïs pour les touristes.

lac-tianchi--photo-CA-.JPG

Le lendemain, un long trajet dans les montagnes a permis à la délégation de voir des exploitations minières, notamment de charbon, et beaucoup de chantiers d’infrastructure (ponts, voies ferrées..) mais aussi des vignes (le vin de Tonghua est réputé). Elle s'est arrêtée à Jian, ville frontière sur le Yalou, en face de Manpho, cinquième ville de la RPDC. Deux ponts permettent le passage dont l'un, flambant neuf, attend son inauguration. Il a été expliqué que de l’autre côté du fleuve c’est un pays purement socialiste, où les habitants disposent de la gratuité de l’enseignement, des soins médicaux et du logement. Il est montré, de l’autre côté du cours d’eau, les maisons coréennes qui, étant fournies par l’Etat, sont construites sur le même modèle. En 1950, Kim Il-sung a envoyé un télégramme à Mao Zedong pour recevoir un soutien militaire, et ce télégramme est parti de Jian. La guide locale expliqua que beaucoup de volontaires chinois étaient restés en Corée après la guerre compte tenu du déficit en hommes.

Le musée de la ville de Jian est consacré au royaume Koguryo (qui a pris fin en l'an 668) dont cette ville a été l’une des capitales. Beaucoup de tombes monumentales ont été découvertes dans les alentours. La dernière capitale du royaume a été Pyongyang. La délégation a pu découvrir la stèle monumentale du roi Haotai, 19ème souverain de Koguryo, en l'an 414 de notre ère.

La délégation prit à nouveau la route de la montagne pour arriver à Huanren, où elle a gravi les 999 marches pour accéder au Wu Nu Shan, superbe montagne abritant des restes d’une cité Koguryo et lieu fondateur de ce royaume. En bas se situe un musée toujours consacré à cette civilisation, qui gagnerait à être plus connue en Occident. Le beau temps était toujours avec la délégation.

Le lendemain marquait l'arrivée dans Dandong, la plus grande ville-frontière. Ici en dehors des Han les Mandchous constituent la principale ethnie. La guide locale de la délégation accompagne régulièrement des touristes chinois en RPDC (14 fois) et en République de Corée (10 fois). Les Français ont embarqué pour un tour en bateau sur le Yalou, qui permit d’apprécier la complexité et l’imbrication de la frontière. Dans beaucoup d’autres endroits du monde il y aurait eu conflit. Mais la délégation s'est rendue en RPDC sur l’eau, car la réglementation le permet, le franchissement de frontière ne s'opérant qu’en débarquant. En face de Dandong, Sinuiju est la quatrième plus grande ville de le RPDC et un grand pont permet le passage routier et ferroviaire. Il y a sur le Yalou, à cet endroit, 61 îles et les principes du partage, fait dans les années 1960, semble-il, sont frappés au coin du bon sens. Premièrement, y a-t-il des habitants, et si oui de quelle nationalité ? Si ce sont des Chinois l’île est réputée chinoise, et si ce sont des Coréens elle est coréenne.  Deuxièmement, à défaut d’habitants, l’île est-elle cultivée et par qui ? Si ce sont des Coréens l’île est réputée coréenne… ou l’inverse.. Troisièmement, à défaut d’habitants et de culture, c’est la proximité par rapport aux rives qui détermine l’appartenance.

bateau pagode fleuve Yalu

Le résultat du partage est que 48 îles sont sur le territoire de la RPDC et 13 appartiennent à la Chine. Sur le Yalou, la délégation passa à côté des îles où travaillent des paysans coréens. Il lui a été dit que, du côté chinois, la surveillance de la frontière se fait par caméra vidéo, et, du côté coréen, par des soldats installés dans des tours. Mais, de fait, la surveillance est discrète. Un pêcheur coréen aborda le bateau pour proposer du poisson, une tortue étonnante et des objets touristiques dont des coffrets de ginseng.  Malheureusement pour lui, les touristes chinois et occidentaux - dont faisait partie notre groupe - n'étaient guère intéressés. Cette petite croisière fluviale en eaux internationales est une drôle d’attraction touristique. Le petit bateau-mouche avec des toits en forme de pagode accueille une quarantaine de touristes qui louent des jumelles et chacun scrute avec curiosité la Corée du Nord (ci-dessous, maison nord-coréenne).

Maison-no-.JPG

Il reste un morceau restauré de grande muraille (construite par les Chinois pour se protéger du royaume de Koryo)  et à son pied se trouve l’endroit où les deux pays sont le plus proche, de quelque quinze à vingt mètres, séparés par un bras de rivière, un peu de clôture et une pancarte en chinois et en anglais. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer en Occident, cette frontière ne présente pas d'arsenal dissuasif du côté coréen et encore moins du côté chinois, en dehors d’une présence militaire très discrète, ici comme à Jian.

Tout en haut de cette grande muraille « de cinéma », au plus haut sommet, une tour permet de voir un large pan de territoire de la RPDC parsemé de quelques villages. Et pour ceux qui auraient une mauvaise vue, des puissantes jumelles télescopiques, payantes, sont à disposition du public. Le pays du matin calme serait-il une curiosité, même en Chine ?

Toujours à Dandong, la délégation se rendit au Musée de la Guerre de résistance à l’agression américaine et de soutien à la Corée. Une grande tour de 53 mètres a été érigée pour commémorer la date de la fin de la guerre, comportant 1014 marches pour rappeler les 1014  jours de guerre. Le musée a été construit en 1958 sur un site où résidait un état-major durant la guerre. Le musée est très bien organisé, et tous les objets exposés sont réputés authentiques. Près de 3 millions de volontaires chinois ont combattu en Corée. Dans une salle, une statue commémore le décès de Mao Anying, le 25 novembre 1950, sous les bombardements américains. Fils aîné de Mao Zedong, il était interprète de russe et secrétaire du quartier général des Volontaires du peuple chinois.

Enfin, à Shenyang, la délégation visita le Musée du 18 septembre 1931. C’est la date de la provocation montée par l’agresseur japonais comme prétexte à l’invasion de la Mandchourie. L’occupation, très dure, dura 14 ans. La Mandchourie sera libérée en 1945 avec l'appui de l’armée soviétique. Le musée est vaste et bien organisé. Dans une grande salle, un décor est aménagé, constitué de vrais bouleaux élancés dans un paysage enneigé et de mannequins vêtus d’habits molletonnés, pour mieux montrer les conditions de vie des forces de la Résistance.

musee-18-sept.jpg

Tout un pan de mur est consacré à la sinistre unité 731, unité de recherche bactériologique de l’armée impériale japonaise. Dans une vitrine une reconstitution montre le combat dans les montagnes des forces de la guérilla coréenne qui, en 1933, luttaient sur le sol chinois contre les Japonais. On voit le dirigeant Kim Il-sung, jumelles à la main, alors âgé de 21 ans.

Pendant moins de deux semaines la délégation a reçu de nombreuses informations qu’il lui faut maintenant assimiler, et, entre autres, des présentations de l’histoire souvent à l’opposé de ce qui est enseigné en France et en Occident. Bref, de quoi alimenter la réflexion et mieux comprendre les origines de la situation actuelle dans cette partie du monde.

 

Photos : YB-CA 

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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 00:13

David Pluth, ancien grand reporter du National Geographic, s'est rendu pendant sept jours en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) en 2007 : de cette visite il a fait un film documentaire, dont nous vous proposons une version que nous avons montée et traduite en français. Cette fenêtre ouverte sur la RPDC apporte un aperçu du pays, tel que peuvent le découvrir les visiteurs en voyage touristique ou d'affaires, ainsi que les membres des délégations de l'Association d'amitié franco-coréenne. En 2013, l'AAFC conduira deux délégations en RPDC, fin juillet, à l'occasion du 60ème anniversaire de l'armistice de la guerre de Corée, et début septembre, à l'occasion du 65ème anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée (renseignement sur les voyages de l'AAFC : amitiefrancecoree@gmail.com)

Ce n'est pas pour rien que David Pluth a travaillé pour le National Geographic : les visages de la RPDC qu'il nous fait découvrir à l'issue de sa visite de sept jours en Corée du Nord mettent l'accent sur les paysages, l'architecture et les habitants de la RPD de Corée - à savoir toutes les composantes de la géographie physique et humaine d'un pays. Si David Pluth n'oublie pas la dimension politique, à travers notamment les images de la zone démilitarisée (DMZ) qui résume le drame de la division d'un pays qui avait été unifié depuis quatorze siècles, il le fait avec un regard distancié, sans parti pris, laissant au spectateur le soin de se faire sa propre opinion.

Par touches successives, David Pluth rappelle la culture ancestrale de la Corée - qui a inventé les premiers caractères mobiles d'imprimerie, et dont le patrimoine bouddhiste est l'une des richesses - mais aussi la mobilisation de tout un peuple derrière ses dirigeants dans l'édification du socialisme. Ce double héritage apparaît dans l'accent mis sur les loisirs - jusqu'à la note finale, la recette d'un plat traditionnel coréen... Mais nous ne vous en disons pas plus, vous laissant le soin de découvrir la face visible d'un pays et d'un peuple dévoilés dans leur vie sereine de tous les jours, loin du fracas véhiculé par les médias occidentaux, plein de bruit et de fureur.

 

 Pour accéder aux sous-titres français, cliquer sur l'icône "CC" en bas de l'image

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23 avril 2012 1 23 /04 /avril /2012 15:01

Du 7 au 17 avril 2012, une délégation de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) a visité la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) à l'occasion des cérémonies ayant marqué, le 15 avril, le centième anniversaire de la naissance du Président Kim Il-sung, fondateur de la République populaire démocratique de Corée. Egalement composée de la présidente de l'association d'amitié irlandaise avec la Corée, Mme Irina Malenko, la délégation était formée, notamment, de Benoît Quennedey et Patrick Kuentzmann, respectivement vice-président et secrétaire général de l'AAFC, ainsi que de représentants des comités régionaux Bourgogne, Bretagne et Ile-de-France de l'AAFC. Par ailleurs, Guy Dupré, vice-président délégué de l'AAFC et secrétaire général du Comité international de liaison pour la réunification et la paix en Corée (CILRECO), était l'un des invités d'honneur, convié au banquet national organisé le 15 avril en présence des membres du Comité central du Parti du travail de Corée (PTC). Ayant participé aux travaux de la Conférence internationale de solidarité, ouverts par Guy Dupré, qui s'est tenue à Pyongyang, les représentants de l'AAFC ont aussi été les témoins des commémorations organisées à l'occasion de l'anniversaire du 15 avril. 


Quel est le visage de la RPD de Corée après la disparition du Dirigeant Kim Jong-il, le 17 décembre 2011 ? Des réunions politiques au plus haut niveau se sont tenues à Pyongyang dans les jours ayant précédé la date anniversaire du 15 avril - marquant le centième anniversaire de la naissance du Président Kim Il-sung - s'inscrivant ainsi dans la continuité des orientations définies par le fondateur de la RPD de Corée. Le nouveau dirigeant, le Général Kim Jong-un, qui a pratiquement l'âge du Président Kim Il-sung lors de la Libération de la Corée en 1945, incarne cette continuité : ressemblant de manière frappante au Président Kim Il-sung, cultivant la même proximité avec le peuple et les soldats, il est apparu à de nombreuses reprises à la tribune officielle, renvoyant une image souriante et détendue, et plaisantant volontiers avec les autres responsables politiques et militaires. Le Général Kim Jong-un a ainsi manifesté un nouveau style d'exercice du pouvoir qui renoue avec celui du Président Kim Il-sung. Le 11 avril, à l'issue de la quatrième conférence du Parti du travail de Corée, il a été élu Premier secrétaire du PTC, tandis que le Dirigeant Kim Jong-il conserve, après sa disparition, le titre de secrétaire général du Parti. Réunie en séance le 13 avril, l'Assemblée populaire suprême l'a désigné aux fonctions de Premier président du Comité de la défense nationale de la RPDC. La Constitution a été amendée pour tenir compte de ces changements dans l'organisation du pouvoir.

inauguration_statues_kim_il_sung_kim_jong_il.jpgMalgré l'échec de la mise en orbite du premier satellite de travail de la RPD de Corée, le Kwangmyongsong-3, le 13 avril, selon l'annonce qui a en été faite rapidement dans les heures qui ont suivi par les médias nord-coréens qui ont indiqué que les experts en recherchaient les raisons techniques, la RPD de Corée a commémoré avec éclat l'anniversaire de la naissance du Président Kim Il-sung. Sur la colline Mansu, l'inauguration, le 13 avril, d'un ensemble architectural formé des deux statues géantes du Président Kim Il-sung et du Dirigeant Kim Jong-il, a eu lieu en présence du Général Kim Jong-un et de 100 000 Coréens. Le 15 avril, la parade militaire, où ont défilé 12 000 hommes de 40 régiments des différentes armes, sur fond de mouvements d'ensemble dessinés par les Pyongyangais, a montré la puissance et la modernité de l'Armée populaire de Corée (APC), équipée de matériels de dernière génération. Les missiles intercontinentaux Taepodong sont apparus pour la première fois en public, tandis que l'aviation de l'APC a participé à la parade. Dans son premier discours public prononcé à cette occasion (lire ci-dessous), le Général Kim Jong-un a souligné que l'APC disposait d'une capacité de dissuasion nucléaire autonome assurant son indépendance militaire. Par ailleurs, il a réaffirmé que "le Parti du travail de Corée et le gouvernement de notre République tendront la main à tous ceux qui désirent sincèrement la réunification du pays et souhaitent la paix et la prospérité de la nation et se dépenseront de façon responsable et avec persévérance pour la cause historique de la réunification".

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Saluant longuement la foule sous les vivats, le Général Kim Jong-un est apparu à quelques mètres des représentants de l'AAFC qui avaient pris place dans la tribune officielle, offrant le visage souriant et détendu d'un dirigeant ayant mis au premier rang de ses priorités la prospérité économique et l'élévation du niveau de vie du peuple, dans la continuité de la construction du socialisme coréen engagée par le Président Kim Il-sung et le Dirigeant Kim Jong-il.

Les cérémonies de commémoration ont également comporté des spectacles musicaux, auxquels ont participé des représentants de plusieurs ensembles étrangers de renommée internationale présents à l'occasion du festival culturel de printemps, un feu d'artifice grandiose accompagné d'un spectacle de jets d'eau sur les berges du fleuve Taedong, ainsi qu'un bal géant sur la place Kim Il-sung. Ces cérémonies éblouissantes ont allié force musicale et effets visuels démultipliés, dans une synchronisation impeccable. Les représentants de l'AAFC ont été les témoins de cette expression de puissance, fruit des efforts collectifs de tout un peuple.

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Cette unité est considérée par les Nord-Coréens comme le meilleur garant face aux menaces extérieures dans la construction d'une puissance indépendante et souveraine, alors qu'une déclaration de la présidence du Conseil de sécurité a évoqué de nouvelles sanctions, sur la base des résolutions 1718 (2006) et 1874 (2009) du Conseil de sécurité, suite au lancement du satellite Kwangmyongsong-3. A cette fin, les Nord-Coréens avaient invité des experts et des correspondants de presse étrangers, y compris français, dans une démarche de transparence que ces derniers ont saluée au cours de leurs échanges avec les représentants de l'AAFC. Si les experts et journalistes ont regretté avoir été informés a posteriori de l'échec de la mise en orbite, la reconnaissance de cette non-réussite par les médias nord-coréens leur est apparue comme une démarche sans précédent, témoignant d'une volonté de communication externe des Nord-Coréens sur leur programme spatial. Auparavant, ils avaient pu visiter les installations de la RPDC et constater qu'il s'agissait bien d'une technologie spatiale utilisant les acquis antérieurs du programme de lancement de missiles. La plupart des pays s'étant engagés dans la conquête spatiale avaient, eux aussi, déjà utilisé les résultats obtenus auparavant par la recherche militaire, tout en enregistrant aussi des échecs dans la mise en orbite de satellites artificiels. Les mêmes experts nous ont déclaré évaluer à un maximum de 25 millions d'euros le coût total du satellite et du dispositif de lancement, dont les technologies sont basiques, à contre-courant des critiques des milieux conservateurs américains et sud-coréens donnant des évaluations fantaisistes du coût du programme spatial de la RPDC qu'ils dénoncent comme exorbitant.
   

Outre leur participation à la conférence internationale de solidarité pour le soutien à la réunification de la Corée, les membres de la délégation de l'AAFC se sont rendus à un meeting sur le mont Paektu, près de la frontière sino-coréenne, lieu sacré pour les Coréens où a été fondée leur nation il y a 5 000 ans, et où le Dirigeant Kim Jong-il est né le 16 février 1942.

 Compte tenu de la place prise par les manifestations officielles, le programme habituel de coopération et de rencontres de l'AAFC était concentré sur une plus courte période que lors des précédentes visites de délégations de l'AAFC, en 2008, 2009 et 2010. La délégation a bénéficié du programme complet, globalement conforme à ses attentes, établi par ses homologues coréens de l'Association d'amitié Corée-France, et notamment sa secrétaire générale Mme Kim Ho-jong, ainsi que Mme Jong Un-a, que tous les participants souhaitent remercier vivement pour leur professionnalisme. De la documentation a été remise sous forme de livres et de DVD dans les domaines, notamment, du cinéma, du vin, de la littérature française du XVIIIe siècle et de l'architecture, en particulier à l'Université Kim Il-sung et à l'Institut de recherche architecturale Paektusan, tandis que des semences de betterave à sucre, provenant de la ferme de Seine-et-Marne de M. André Mercier, ont été données, avec une notice explicative, à l'Institut coréen de recherche expérimental sur les légumes, dont les serres ont aussi été visitées. Lors du festival de Kimilsungia, une plaque a rappelé les dons de semences de fleurs faites par la France, en l'espèce par le Museum d'histoire naturelle du Jardin des plantes, sur l'intervention de l'AAFC, et par le comité régional Bourgogne de l'Association d'amitié franco-coréenne. Enfin, 1 660 euros de l'association d'amitié belge avec la Corée Korea-is-one (KIO) ont été remis par l'intermédiaire de l'AAFC à la ferme d'Ontchon, avec laquelle était jumelée Korea-is-one, correspondant au reliquat des avoirs de KIO avant sa dissolution administrative.

 Tandis que plusieurs représentants de l'AAFC ont effectué une visite de courtoisie à Kim Yong-nam, président du praesidium de l'Assemblée populaire suprême, qui exerce les fonctions de chef d'Etat, l'ensemble de la délégation a été reçue par M. So Ho-won, nouveau et dynamique président de l'Association d'amitié Corée-France, par ailleurs vice-président du Comité coréen des relations culturelles avec les pays étrangers, qui est l'interlocuteur de premier rang de l'ensemble des associations d'amitié dans le monde. L'AAFC a pu effectuer un bilan de ses activités et souligné la qualité des relations nouées dans les milieux parlementaires, économiques et de l'information, en mettant notamment l'accent sur ses interventions auprès des médias nationaux français, télévision et presse, ayant touché un public atteignant des centaines de milliers de personnes pour les interventions les plus largement couvertes. Pour leur part, les sites Internet de l'AAFC ont été visités par 200 000 visiteurs depuis quatre ans. L'AAFC apparaît ainsi comme la seule association de solidarité en Europe, et l'une des rares dans le monde, à disposer de relais parlementaires et dans les médias nationaux, suivant une activité conduite quotidiennement et bénévolement par ses militants, tout en menant des actions concrètes de coopération. Sincèrement engagés sur la voie de la réunification de la Corée, les membres de l'AAFC considèrent que les coopérations internationales oeuvrent à la fondation d'une nation puissante et prospère, en posant les bases nécessaires au rapprochement intercoréen et à la pleine insertion de la RPD de Corée sur la scène internationale. Ils estiment que ces orientations doivent guider leurs activités de solidarité, concrètes, avec le peuple coréen.


Photos : KCNA

 

 

Discours prononcé par Kim Jong-un,

Premier secrétaire du Parti du travail de Corée,

Premier président du Comité de la défense nationale

de la République populaire démocratique de Corée,

Commandant suprême de l'Armée populaire de Corée,

le 15 avril 2012 à Pyongyang


 

Officiers et soldats des armées de terre, de mer et de l’air et de l’armée des fusées stratégiques de l’héroïque Armée populaire de Corée, et du Corps populaire de l’intérieur de Corée,

Membres de la Garde rouge des ouvriers et des paysans et de la Garde rouge de la jeunesse,

Travailleurs de tout le pays et citoyens de la ville de Pyongyang,

Frères du Sud et Coréens de la diaspora,

Camarades et amis,

C’est avec une grande fierté et une haute dignité nationales que nous assisterons aujourd’hui à une revue solennelle consacrée au centenaire de la naissance du Président Kim Il-sung, grand Leader.

Cette revue sans précédent dans l’histoire de l’édification de notre armée, redevable à la noble volonté et à l’initiative personnelle du grand camarade Kim Jong-il visant à honorer pour toujours les hauts faits immortels accomplis par l’éminent Président Kim Il-sung en la matière et à démontrer au monde entier la force de notre puissance socialiste, sera un grandiose festival de vainqueurs.

A cette occasion mémorable, je tiens à exprimer l’admiration sans bornes de tous les officiers et soldats de l’Armée populaire et civils et à présenter mes plus grands respects et une gloire suprême aux éminents Président Kim Il-sung et camarade Kim Jong-il, fondateurs et bâtisseurs de nos forces armées révolutionnaires et étendards de l’invincibilité.

De même, je rends hommage aux martyrs de la révolution antijaponaise et de l’Armée populaire qui ont fait le sacrifice de leur précieuse vie pour l’indépendance, la souveraineté de la patrie et la libération du peuple.

Je félicite chaleureusement les officiers et soldats de l’Armée populaire et du Corps populaire de l’intérieur, les membres de la Garde rouge des ouvriers et des paysans et de la Garde rouge de la jeunesse ainsi que le peuple entier qui ont donné toute la carrière à leur héroïsme et à leur abnégation sans pareils aux postes de toute la ligne de défense de la patrie et sur tous les chantiers de l’édification d’une puissance prospère : les brillantes réalisations qu’ils ont accomplies au niveau de l’accroissement du potentiel de combat et du grand essor révolutionnaire ont honoré les fêtes mémorables de l’année en cours.

De même, j’adresse mes chaleureuses salutations aux frères du Sud et Coréens de la diaspora qui donnent le meilleur d’eux-mêmes pour la cause patriotique de la réunification, de la richesse, de la puissance et de la prospérité de la patrie, et je remercie les amis étrangers qui soutiennent et encouragent de leur mieux la juste cause de notre peuple.

Camarades,

L’histoire de cent ans de la grande nation Kim Il-sung confirme clairement la vérité incontestable qu’un pays, une nation, doit avoir un homme éminent à sa tête pour accéder à la dignité, à la puissance et à la prospérité.

Petite nation lamentablement colonisée, réduite à se résigner à la servilité envers les grandes puissances et à la ruine comme une fatalité parce que, toute fière qu’elle fût de son histoire cinq fois millénaire et de l’éclat de sa culture, elle ne jouissait pas d’une direction pertinente ni n’avait la force de se défendre, telle se révélait notre nation il y a un siècle.

Or, les cent ans de la nation Kim Il-sung ont mis pour toujours un terme à ce martyre et porté la dignité de notre patrie et de notre peuple au plus haut palier de leur histoire.

Si la situation géopolitique du pays reste invariable, il est devenu aujourd’hui, de faible nation jadis cruellement foulée aux pieds comme arène de lutte entre les grandes puissances, une fière puissance politique et militaire ; et notre peuple peut jouir de la dignité d’un peuple souverain invulnérable.

Ce prodigieux changement dans le destin de notre nation n’est nullement un produit spontané du temps, mais relève d’une nécessité historique, les grands Président Kim Il-sung et camarade Kim Jong-il, promoteurs et dirigeants de la révolution fondée sur le Songun, étant à son origine.

Pour avoir eu à leur tête de grands hommes sans pareils qui surent édifier une armée révolutionnaire d’élite en attribuant aux armes une importance essentielle dans la révolution, notre patrie et notre peuple ont pu voir leur destin changer radicalement, le grand festival solennel d’aujourd’hui pouvant d’ailleurs manifester au monde entier le potentiel national de la Corée du Songun.

Le grand Président Kim Il-sung a mis en évidence que les armes sont vitales pour une nation et représentent la victoire de la révolution et fondé en conséquence, il y a 80 ans, dans la forêt du Paektu, l’Armée révolutionnaire populaire coréenne, première force armée révolutionnaire du type Juche, avec les meilleurs fils et filles du peuple.

Grâce à la création de cette armée, notre peuple a pu se doter de la première armée authentique de son histoire ; et c’est dès lors que la révolution coréenne a pu écrire une glorieuse histoire en progressant par la force des armes.

S’investissant en priorité, tout le long de ses activités révolutionnaires, pour l’accroissement des forces armées révolutionnaires, le Président Kim Il-sung a vaincu en une seule génération les deux impérialismes les plus féroces, véritable prodige militaire du 21ème siècle, érigé l’Armée populaire en un corps armé dont les membres peuvent combattre à un contre cent, armé le peuple entier et fortifié tout le territoire du pays, créant ainsi un efficace gage militaire pour la souveraineté du pays et la prospérité éternelle de la nation.

Le grand camarade Kim Jong-il, s’étant fait une mission pour toute sa vie de poursuivre et d’achever l’œuvre révolutionnaire Songun inaugurée par le Président Kim Il-sung sur la base des idées du Juche, a ouvert l’âge d’or de nos forces armées révolutionnaires en faisant preuve d’une perspicacité hors du commun, d’un éminent art du commandement et d’une audace sans pareille.

Alors que notre révolution traversait des épreuves des plus rudes, le camarade Kim Jong-il a, grâce à son invincible politique de Songun, érigé l’Armée populaire en corps de combattants d’élite, conduit à des victoires successives la lutte inédite menée pour la sauvegarde du socialisme et accompli l’immense exploit historique de hisser notre pays au rang d’une puissance militaire d’ordre mondial.

Sous la direction des grands Président Kim Il-sung et camarade Kim Jong-il, nos forces armées révolutionnaires ont démontré sans réserve leur puissance d’armée marquée d’un caractère révolutionnaire prononcé, d’une combativité et d’une force incomparables.

Sur leur glorieux parcours, nos forces armées révolutionnaires ont eu à la fois à mener contre les puissants impérialistes d’âpres confrontations décisives qui mettaient en jeu notre vie et de grandes batailles de construction appelées à préparer un terrain éternel pour la richesse et la puissance de la patrie.

Dans ces journées, nos forces armées révolutionnaires se sont révélées d’une fidélité sans bornes à leur mission primordiale d’armée authentique du Leader et du Parti et ont justifié on ne peut mieux l’attente de la patrie et du peuple.

Le noble esprit de défendre au risque de la vie le Leader, esprit créé par les partisans de la guerre contre les Japonais, est devenu la devise absolue de notre armée, la source fondamentale de sa force morale et de sa capacité de combat et la précieuse tradition des générations successives.

D’avoir été la première à lever l’étendard de l’esprit de défendre le Leader au péril de la vie et sauvegardé résolument en avant-garde le fil de la vie de la révolution Juche aux heures de gloire comme aux heures d’épreuve est le plus grand exploit accompli par notre Armée populaire devant la révolution.

L’histoire de notre armée qui a commencé avec deux pistolets et a évolué en armée sans rivale, inspirant de la terreur aux agresseurs impérialistes, est sans précédent dans les annales mondiales de l’édification de l’armée.

Pendant les longues années ayant suivi sa fondation, notre Armée populaire a mené la guerre de partisans et la guerre régulière ainsi qu’une confrontation sans coups de feu, parvenant ainsi à acquérir un art de la guerre Juche d’une efficacité absolue et une expérience invincible et a évolué en armée d’une force inépuisable, munie de moyens offensifs et de moyens défensifs achevés de notre cru, pouvant faire face à toute forme de guerre moderne.

La technique militaire supérieure n’est plus le monopole des impérialistes, et le temps est à jamais révolu où l’ennemi pouvait nous menacer et nous faire chanter avec la bombe A. Le confirmera sans équivoque la grandiose revue d’aujourd’hui.

Depuis qu’elle a gravé dans son appellation le mot « populaire », notre Armée populaire a laissé des empreintes nettes non seulement dans la défense de la patrie, mais aussi dans l’édification d’une patrie riche et puissante à titre d’artisan du bonheur du peuple.

Les constructions monumentales qui ont fait leur apparition partout dans la patrie et les nombreux biens socialistes contribuant au bien-être du peuple sont empreints du sang et de la sueur précieux des officiers et soldats de notre Armée populaire.

La puissante armée révolutionnaire du Paektu, fière d’appartenir au Leader, au Parti et au peuple et se révélant d’une force invincible, est le plus grand bien patriotique laissé en héritage par nos éminents Généralissimes, précieux héritage où notre Parti et notre peuple voient une chance et un sujet de fierté incommensurables.

La carrière toujours victorieuse de l’héroïque Armée populaire de Corée a fait la gloire des cent années d’existence de la Corée du Juche de même qu’elle promet pour toujours un avenir certain à la nation Kim Il-sung-Corée Kim Jong-il.

La chronique révolutionnaire sacrée et les immortels hauts faits des grands Président Kim Il-sung et camarade Kim Jong-il brilleront à jamais dans les annales de la patrie, eux qui, en frayant la voie à la révolution marquée du Songun à travers des difficultés, ont ouvert une nouvelle ère, celle de l’indépendance nationale, et jeté une solide base à la puissance et à la prospérité du pays et au bonheur de la postérité.

Camarades,

Nous sommes au tournant de l’histoire, seuil des nouveaux cent ans du Juche.

Pour nous qui avons reçu une formation révolutionnaire dans le giron du camarade Kim Jong-il, c’est le moment de haute responsabilité et d’importance majeure de redoubler résolument d’effort plus que jamais dans notre lutte.

La IVème conférence du Parti et la 5ème session de la 12ème législature de l’Assemblée populaire suprême, réunions historiques qui ont eu lieu il y a quelques jours, ont proclamé le grand camarade Kim Jong-il Leader éternel de notre révolution, Secrétaire général éternel du Parti du travail de Corée et Président perpétuel du Comité de la défense nationale de notre République.

C’est le témoignage de la volonté immuable de notre Parti, de notre armée et de notre peuple de poursuivre jusqu’à son achèvement à la lettre et sans la moindre concession à la manière du Président Kim Il-sung et du Général Kim Jong-il sous la bannière du kimilsungisme-kimjongilisme l’œuvre révolutionnaire Juche entreprise au mont Paektu.

Suivre sans dévier la voie de l’indépendance, la voie du Songun et celle du socialisme frayées par les grands Président Kim Il-sung et camarade Kim Jong-il, là est la stratégie éternelle de notre révolution, là réside le garant de sa victoire finale.

Si nous voulons préserver pour toujours la dignité de la Corée du Songun et réussir l’édification d’une puissance socialiste prospère, il nous faut absolument et avant tout renforcer par tous les moyens l’Armée populaire.

L’Armée populaire doit, sous la direction du Parti, continuer à se frayer un chemin à travers une neige vierge et défendre efficacement par la force des armes la cause du Parti en troupe d’éclaireurs et point d’appui ferme dignes de confiance de la révolution nourrie du Songun.

Le temps s’écoulera et les générations se succéderont, mais jamais notre Armée populaire modelée sur le Président Kim Il-sung et le Général Kim Jong-il ne pourra changer dans sa nature révolutionnaire pas plus que cette puissante armée révolutionnaire du Paektu qui porte dans sa marche le drapeau rouge du Parti du travail avant tout ne pourra changer de mode d’action.

Il faut développer plus en profondeur le mouvement des 7èmes régiments O Jung-hup en fonction des impératifs de l’évolution de la réalité pour transformer l’armée entière en 7èmesrégiments animés de l’esprit de se faire balles et bombes datant de la résistance antijaponaise.

L’Armée populaire doit appliquer strictement les idées et la ligne militaires Juche de notre Parti dans ses affaires militaires et politiques et se doter d’un système de commandement révolutionnaire toujours plus solide pour se muer en un corps idéologiquement pur et une organisation intégrale, en adoptant la pensée, le souffle et l’allure du Parti.

On ravivera au sein de l’Armée populaire entière l’ardeur générale à l’exercice du type du Paektu pour transformer tous ses officiers et soldats en guerriers dignes de ce nom, munis de la stratégie et de la tactique Kim Il-sung-Kim Jong-il invincibles, d’un mode d’offensive audacieux et d’aptitudes à combattre infaillibles, et perfectionner encore son aspect régularisé d’armée révolutionnaire d’élite, disciplinée et belle à tous les points de vue.

Une union indéfectible supposant celle de l’armée entière autour du Parti en troupe de compagnons d’armes et le bloc formé entre l’armée et le peuple, là est la vraie puissance de notre Armée populaire, là réside la clé de l’accroissement de sa force.

L’Armée populaire doit porter bien haut le mot d’ordre «Que l’armée entière se fasse une troupe de vrais compagnons d’armes!»: épanouir toujours davantage la belle tradition d’unité entre officiers et soldats et se convertir en un corps de compagnons d’armes prêts à se sacrifier les uns pour les autres sur la voie de la révolution nourrie du Songun.

Tous les officiers comme tous les soldats sont de précieux compagnons d’armes du Commandant suprême. Nous comptons, non sur des armes modernes quelconques comme les canons et les fusées, mais sur nos chers soldats dont le service constitue la raison d’être des officiers comme du Commandant suprême.

Tous les officiers doivent s’occuper avec chaleur des soldats avec le sentiment d’être leurs frères ou sœurs aînés et leurs vrais compagnons d’armes et s’accoutumer à se dépenser infatigablement pour eux.

L’unité entre l’armée et le peuple est le fondement de notre société et la base de tout dans la révolution nourrie du Songun.

L’Armée populaire doit, fidèle à la tradition des partisans de la résistance antijaponaise, jouer toujours un rôle actif et de pionnier dans le renforcement de la grande union entre elle et le peuple.

Elle doit porter comme toujours le mot d’ordre «Venons en aide au peuple!» proposé par le grand Général Kim Jong-il.

Ses officiers et soldats doivent rendre toujours plus de services au peuple avec le sentiment d’aider leurs propres parents et frères et de soigner leurs propres maisons et cours, pour s’acquitter du devoir de l’armée du peuple.

Notre peuple est le meilleur qui soit au monde, lui qui a soutenu avec dévouement le Parti en traversant toutes les épreuves. Lui épargner toute nouvelle privation, mais lui permettre de vivre à volonté dans une aisance et un confort dignes du socialisme, telle est la résolution inébranlable de notre Parti.

C’est à nous de soigner les précieuses semences répandues par le grand camarade Kim Jong-il pour la construction d’une puissance économique et l’amélioration de la vie du peuple et de les développer brillamment dans la réalité.

Une union étroite et un potentiel militaire indéfectible plus une révolution industrielle digne du nouveau siècle, c’est une puissance socialiste prospère.

Nous devons raviver les flammes de la révolution industrielle du nouveau siècle, flammes du Hamnam, pour inaugurer l’édification générale d’une puissance économique.

Il incombe aux officiers et soldats de l’Armée populaire de prouver comme jusqu’ici les capacités illimitées d’une armée révolutionnaire dans tous les secteurs principaux touchant à l’édification d’une puissance économique et au mieux-être du peuple et d’ouvrir la voie à la marche générale pour un grand essor.

Tous les cadres, membres du Parti et autres travailleurs devront s’inspirer du style d’action et de la façon de faire de l’Armée populaire accoutumée à venir d’un seul coup à bout de toute tâche dès qu’elle s’y est décidée et engagée et aviver leur ardeur à faire dans tous les secteurs de l’édification du socialisme des innovations et bonds marquants devançant des décennies.

La paix est bien précieuse pour notre Parti et le gouvernement de notre République qui se proposent pour objectif global de construire une puissance prospère et d’améliorer le bien-être du peuple. Mais la dignité de la nation et la souveraineté du pays le sont plus encore.

Tous les officiers et soldats de l’Armée populaire doivent, sans jamais perdre leur nature révolutionnaire, rester fin prêts pour les combats et assurer fermement par la force des armes l’œuvre d’édification d’une puissance prospère de notre Parti afin de préserver intactes la dignité et la souveraineté de notre République et de défendre la paix authentique et la sécurité du pays.

Il est vraiment navrant de voir nos compatriotes qui ont vécu au long des siècles en nation homogène sur un même territoire souffrir depuis près de 70 ans de la partition.

Notre Parti et le gouvernement de notre République tendront la main à tous ceux qui désirent sincèrement la réunification du pays et souhaitent la paix et la prospérité de la nation et se dépenseront de façon responsable et avec persévérance pour la cause historique de la réunification.

Camarades,

Notre cause est juste, et la Corée unie par la vérité a une force inépuisable.

Dans la mesure où les grands Président Kim Il-sung et camarade Kim Jong-il qui vivront à jamais dans le cœur de tous les officiers et soldats de l’Armée populaire et du peuple entier nous souhaitent un avenir radieux, où nous avons pour nous l’armée révolutionnaire sans rivale du Paektu, la grande union indéfectible entre l’armée et le peuple de même qu’un peuple fidèle qui soutiennent consciencieusement et avec loyauté la cause du Parti, nous vaincrons sans faute.

Pour ma part, je serai un digne compagnon d’armes toujours prêt à partager heur et malheur avec vous, camarades, sur la voie de la révolution sacrée nourrie du Songun, et je m’acquitterai, fidèle aux recommandations du camarade Kim Jong-il, des responsabilités assumées devant la patrie et la révolution.

Luttons tous avec vigueur, étroitement unis dans une seule pensée et une seule volonté, en dignes descendants  du  grand Président Kim Il-sung, en dignes soldats et disciples de l’éminent Général Kim Jong-il.

En tête de nos rangs de révolutionnaires qui ne connaissent que victoire et gloire flottera toujours l’étendard du soleil des grands Président Kim Il-sung et camarade Kim Jong-il, nous encourageant et nous incitant constamment à de nouvelles victoires.

En avant vers la victoire finale!


Source : Naenara


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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 17:12

16102010-25Patrick Kuentzmann, secrétaire général de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC), accompagnait la délégation conjointe de l'AAFC et de l'association belge Korea-is-One qui s'est rendue du 7 au 19 octobre 2010 en République populaire démocratique de Corée (RPDC). Il s'agissait du cinquième voyage de l'AAFC en RPDC depuis 2005. Patrick Kuentzmann nous livre quelques impressions suite à ce séjour en Corée.

 

 AAFC - Tu as toi-même participé aux voyages d'août 2006 et septembre 2008 organisés par l'AAFC, après une première visite en RPD de Corée avec l'association belge Korea-is-One en août 2005. Pourquoi avoir choisi de visiter la RPDC au mois d'octobre cette année?

 

PK - En général, les voyages en RPD de Corée coïncident avec les dates de célébrations importantes dans ce pays. Ainsi, dans la période récente, l'AAFC a organisé des voyages en août 2005 et en août 2006, à l'occasion des 60ème et 61ème anniversaires de la Libération de la Corée (15 août 1945), et en septembre 2008 et en septembre 2009, à l'occasion des 60ème et 61ème anniversaires de la fondation de la RPD de Corée (9 septembre 1948). Cette année 2010 voyait deux anniversaires significatifs : le 65ème anniversaire de la Libération et le 65ème anniversaire de la fondation du Parti du travail de Corée (10 octobre 1945). Afin de faciliter l'organisation, et pour la troisième année consécutive, il était prévu que notre groupe réunisse des adhérents de l'Association d'amitié franco-coréenne et de l'association belge Korea-is-One (KIO). Chargé d'organiser ce voyage, je me suis mis en relation avec nos partenaires coréens que je tiens encore à les remercier pour leur coopération, en particulier la secrétaire générale de l'Association d'amitié Corée-France, Madame Kim Ho-jong. Parallèlement, au début de cette année, nous avons demandé aux adhérents de l'AAFC et de KIO intéressés par un voyage en RPDC quelle période leur conviendrait le mieux, autour du 15 août ou autour du 10 octobre. Finalement, nous avons pu constituer un groupe de huit personnes, six Français, un Belge et un Irlandais, et le séjour en Corée a été fixé du 7 au 19 octobre 2010. Mais quand nous avons fixé ces dates, nous ne savions pas que le voyage aurait lieu à un moment si particulier où le monde entier, ou presque, aurait les yeux braqués sur la RPD de Corée.


Diverses manifestations ont été organisées à l'occasion du 65ème anniversaire du Parti du travail de Corée (10 octobre), peu après une conférence qui a renouvelé ses instances dirigeantes en consacrant l'accession aux responsabilités d'une nouvelle génération. Comment as-tu pu apprécier la couverture de ces événements par la presse occidentale?

 

En voyant tous les médias internationaux présents en RPD de Corée, nous avons vraiment ressenti que c'était l'endroit où il fallait être ! Cette présence massive des médias donna même lieu à une situation pour le moins paradoxale : le 10 octobre, jour du 65ème anniversaire de la fondation du Parti du travail de Corée, pour assister au défilé militaire sur la place Kim Il-sung, à Pyongyang, nous n'avons pas eu le droit d'amener nos appareils photos. Il en va ainsi lorsque le dirigeant Kim Jong-il est présent. Par exemple, le 9 septembre 2008, lors du défilé célébrant le 60ème anniversaire de la fondation de la RPD de Corée, Kim Jong-il n'était pas présent et nous avions eu le droit de prendre des photos. Mais, cette année, à quelques mètres seulement de nous, les journalistes occidentaux étaient là avec tout leur matériel ! Nous n'avons pu réellement apprécier la couverture des événements par la presse occidentale qu'à notre retour à Pékin, le 19 octobre. Comme on pouvait s'y attendre, la presse a, dans son immense majorité, choisi de faire dans le sensationnalisme, en insistant sur les nouveaux missiles présentés lors du défilé ou sur la transition, réelle ou supposée, à la tête de la RPDC. En général, les médias occidentaux présents à Pyongyang n'ont pas vraiment voulu s'intéresser à l'évolution de la société nord-coréenne, alors que les choses bougent vite dans ce pays. Il faut donc d'autant plus féliciter les journalistes qui, comme Alina Cho de la chaîne américaine CNN, ont profité de leur passage à Pyongyang pour essayer de rendre compte de ces évolutions. Mais Alina Cho était déjà venue à Pyongyang en 2008, avec l'Orchestre philharmonique de New York, et elle est d'origine coréenne, d'où peut-être une plus grande sensibilité que d'aucuns taxent de naïveté. A l'instar du patinage artistique, il y a des figures imposées dans les médias occidentaux quand il s'agit d'évoquer la Corée du Nord, et il semble difficile pour certains de sortir de ces figures imposées.

 

Pékin a réaffirmé récemment son alliance traditionnelle avec Pyongyang, forgée dans les combats en commun de la Guerre de Corée. A-t-on pu l'observer lors des cérémonies marquant l'anniversaire de la fondation du Parti ?

 

Le nouvel accent mis sur l'amitié traditionnelle entre la République populaire démocratique de Corée et la République populaire de Chine est un élément frappant. Par exemple, un tableau entier du spectacle de gymnastique de masse Arirang (le plus grand spectacle vivant du monde selon le Livre Guinness des records), qui a lieu tous les ans d'août à octobre, est désormais consacré à l'amitié entre la Chine et la Corée. Le 10 octobre, une délégation du Parti communiste chinois était présente à la tribune d'honneur pour assister au défilé militaire célébrant le 65ème anniversaire du Parti du travail de Corée. Nous avons aussi croisé de nombreux groupes de touristes chinois, à l'hôtel Haebangsan où nous résidions et dans des endroits tels que Panmunjom, dans la zone démilitarisée séparant la Corée du Nord et la Corée du Sud. L'officier de l'Armée populaire de Corée qui nous accompagnait à Panmunjom a d'ailleurs bien insisté sur le rôle des Volontaires du peuple chinois au cours de la Guerre de Corée. Le contexte international n'est sans doute pas étranger à l'accent mis sur l'alliance traditionnelle entre la RPDC et la République populaire de Chine, notamment après le naufrage de la corvette sud-coréenne, le Cheonan. On sait que, au moyen de « preuves » sujettes à caution, les Etats-Unis et leurs alliés sud-coréens ont accusé la Corée du Nord de ce naufrage en espérant enfoncer un coin entre Pékin et Pyongyang. En attisant ainsi les tensions en Asie du Nord-Est, les stratèges de Washington et Séoul semblent avoir réussi à obtenir l'effet inverse

07102010

  Nouveau tableau du spectable de gymnastique de masse Arirang, consacré à l'amitié sino-coréenne

(7 octobre 2010)

 

Quelles ont été tes impressions globales sur les changements économiques et sociaux en cours en RPD de Corée depuis 2005, alors qu'a été fixé l'objectif d'édifier un pays puissant et prospère en 2012, année du centième anniversaire de la naissance du Président Kim Il-sung, fondateur de la RPD de Corée ?

 

17102010-10C'était mon quatrième voyage en RPD de Corée depuis 2005 et, par rapport à ma dernière visite, en 2008, j'ai remarqué beaucoup de petits détails dont certains peuvent paraître anodins à ceux qui viennent dans le pays pour la première fois, mais témoignent d'une société en mouvement. Il est d'autant plus facile de se rendre compte de ces changements que nous logeons toujours dans le même hôtel, le Haebangsan. Ce n'est pas un hôtel de classe internationale comme le Koryo ou le Yanggakdo, mais il a le mérite d'être situé au centre de Pyongyang, au croisement de plusieurs grandes artères et à proximité de nombreuses entreprises et administrations. Nous pouvons ainsi observer les citoyens de Pyongyang en train de vaquer à leurs occupations, aller au travail, en revenir... On remarque l'utilisation croissante des téléphones portables par les Coréens (même si les nôtres doivent toujours être laissés à la consigne en entrant dans le pays), l'intensification de la circulation automobile, les feux tricolores qui fonctionnent désormais aux principaux carrefours où les fameuses « fliquettes » réglaient autrefois la circulation...  Que les fans des « fliquettes » de Pyongyang se rassurent, elles sont toujours là, mais leurs missions changent. Et puis, la capitale, Pyongyang, s'est embellie : il y a de nouvelles constructions, qu'il s'agisse d'immeubles d'habitation ou d'édifices à vocation culturelle ou commerciale.  D'autres immeubles ont été réhabilités, comme l'hôtel Ryugyong qui en 2008 n'était encore qu'une pyramide de béton de 300 mètres de haut, à l'abandon depuis l'arrêt des travaux en 1992. Les travaux y ont repris et le Ryugyong est maintenant une élégante flèche de verre bleuté se découpant dans le paysage de Pyongyang. Il est question d'ouvrir cet hôtel en 2012, et il est tout à fait envisageable que, après avoir été tant décrié (« l'immeuble le plus laid du monde », disaient certains), le Ryugyong devienne l'emblème de Pyongyang, comme la Tour Eiffel pour Paris ! En province, en nous rendant à Nampo, sur la côte ouest, dans les monts Myohyang, à une centaine de kilomètres au nord de la capitale, ou dans la zone démilitarisée séparant les deux Corée,  on a pu observer de nouveaux villages et de nombreuses personnes, dont beaucoup de militaires, participant aux travaux agricoles. Il y a aussi davantage de tracteurs qu'auparavant. Tout semble prioritaire en RPDC : comme les Coréens nous l'ont dit eux-mêmes, de nombreux défis restent à relever dans les domaines de l'alimentation, de l'énergie et des transports, sans parler de l'effort important que la RPDC doit toujours consentir pour sa propre défense alors que les Etats-Unis la menacent régulièrement d'attaques « préventives » tout en maintenant 30.000 soldats en Corée du Sud et un réseau de bases militaires en Asie du Nord-Est.

15102010-10

  L'hôtel Ryugyong en pleine rénovation (15 octobre 2010)

 

Les autorités nord-coréennes ont engagé un vaste programme de construction de logements. As-tu pu constater sur place l'état d'avancement de ce programme ? Les Nord-Coréens ont-ils exprimé des attentes particulières en matière de coopération ?

 

En effet, le gouvernement nord-coréen veut construire 100.000 nouveaux logements à Pyongyang d'ici à 2012. Le 8 octobre, nous avons pu visiter un chantier de sept bâtiments d'un total de 340 logements. Les travaux se sont étalés du 23 février au 27 septembre, mobilisant un millier d'ouvriers, et ces 340 appartements étaient donc sur le point d'être livrés. Ces bâtiments couvrent une surface totale de 18.000 m2 dans le centre de la capitale, près de la station de métro Ponghwa pour être précis. Un petit tour sur Google Earth (voir ci-dessous) permet de se rendre compte du tour de force accompli par les ouvriers coréens : au début de l'année 2010, il n'y avait qu'un terrain vague à cet endroit. Les responsables du chantier nous ont néanmoins expliqué avoir toujours besoin de casques, de combinaisons de travail et de divers outils tels que des appareils de mesure, des meuleuses, etc... Si des gens veulent aider à fournir ce matériel aux ouvriers coréens, ils peuvent contacter l'AAFC.

 

Pyongyang 20122009

Pyongyang 07102010

Ces deux photos du centre de Pyongyang, près de la station de métro Ponghwa, prises le 20 décembre 2009

et le 7 octobre 2010 permettent de se rendre compte de la rapidité des changements dans la ville (source : Google Earth)


08102010-10

Ensemble de logements nouvellement construits dans le centre de Pyongyang (8 octobre 2010)

 

On imagine qu'un effort particulier est fait en faveur de l'éducation...

 

13102010-10A chacune de nos visites en Corée, nous nous rendons dans des établissements d'enseignement de tout niveau, car l'éducation est vitale pour l'avenir d'un pays. Cette année, à Pyongyang, nous avons visité le jardin d'enfants du quartier Changgwang, l'école primaire numéro 4, l'école secondaire numéro 1 (avec laquelle est jumelée l'Association d'amitié franco-coréenne), le Lycée des langues étrangères, l'Université des langues étrangères et l'Université Kim Il-sung. Des investissements particulièrement importants ont été faits à l'Université Kim Il-sung qui accueille 18 000 étudiants. Nous avons pu ainsi visiter la nouvelle piscine de l'Université, ouverte en mars 2009, et la nouvelle bibliothèque électronique, ouverte en avril 2010. Cette « e-bibliothèque » permet de consulter des documents en ligne et de donner des cours à distance, réguliers ou à la demande, dans les 500 universités et établissements d'enseignements supérieurs de RPD de Corée connectés. L'effort en matière d'enseignement concerne donc tout le pays.

 

Pour sa part, l'AAFC a aussi un jumelage avec l'école secondaire n° 1 du quartier de Moranbong, à Pyongyang. Quelles actions ont été menées cette année, avec le soutien des adhérents et sympathisants de l'AAFC ?

 

16102010-20L'école secondaire numéro 1 de Moranbong accueille environ 1.000 élèves agés de 10 à 16 ans. Cette année, l'Association d'amitié franco-coréenne a recueilli auprès de ses adhérents et sympathisants 800 euros qui serviront à acheter des vidéoprojecteurs pour l'école. Depuis 2005, l'AAFC a collecté 4.000 euros qui ont servi à acheter du matériel informatique et pédagogique. La directrice de l'école est très sensible à tous les efforts accomplis par l'AAFC depuis plusieurs années et a le projet de rassembler tout ce qui a été offert par notre association dans une ou plusieurs salles de l'établissement. Notre seul regret est que l'école secondaire numéro 1  ne propose toujours pas de cours de français aux élèves.

 

Où en est l'apprentissage du français ? En 2006, l'AAFC avait offert un vidéo-projecteur au département de français de l'Université Kim Il-sung...

 

13102010-20Le projecteur est toujours là et en état de marche. Nous avons pu assister à deux cours de première année de français, à l'Université Kim Il-sung et à l'Université des langues étrangères. Le niveau des étudiants est excellent. Malheureusement l'enseignement du français est en déclin : tous niveaux confondus, il n'y a que 15 étudiants en langue française à l'Université Kim Il-sung, et 25 à l'Université des langues étrangères, alors qu'il y a, respectivement, 400 et 1.500 étudiants en langue anglaise. Quand on demande aux professeurs les raisons de ce déclin, c'est l'absence de relations diplomatiques entre la France et la RPD de Corée qui est mise en avant. En outre, il semble que le gouvernement français ne fasse pas beaucoup d'efforts pour promouvoir l'apprentissage de notre langue en RPD de Corée : le matériel pédagogique offert par la France est parfois incomplet (il manque des livres ou des CD), et les échanges d'étudiants et de professeurs sont réduits à la portion congrue. Pourtant, les Nord-Coréens souhaiteraient de tels échanges mais se heurtent au problème de leur financement. Dans ces conditions, la passion de la langue française que montrent les étudiants et les professeurs rencontrés a quelque chose d'assez émouvant et l'Association d'amitié franco-coréenne fera tout ce qu'elle peut pour leur venir en aide. Cette année, comme à l'occasion de chaque visite, nous avons remis des livres de français. L'an dernier, quand trois professeurs coréens de français étaient venus en France pour un stage d'un mois, nous avions répondu à leur demande en offrant de la littérature humaniste du 16ème siècle. Mais l'Association d'amitié franco-coréenne est une petite association et nous ne pouvons pas nous substituer totalement aux autorités françaises pour la défense de la francophonie en Corée !


Un accent est mis tout particulièrement sur les nouvelles technologies, et notamment l'informatique, malgré l'embargo occidental. Comment apprécier les opérations de modernisation de l'outil industriel ?

 

Il est vrai que l'embargo féroce appliqué depuis plusieurs décennies a incité la RPD de Corée à développer des solutions « nationales » en matière de nouvelles technologies. C'est le cas dans la nouvelle bibliothèque électronique de l'Université Kim Il-sung qui s'appuie sur un système développé en RPD de Corée sous LINUX. C'est aussi le cas dans les entreprises nord-coréennes qui ont de plus en plus recours au contrôle numérique automatisé (Computer Numerical Control, CNC) dans leur processus de production. Là aussi, la RPDC a développé ses propres machines à commande numérique capables, nous a-t-on dit, de rivaliser avec les machines occidentales dont l'exportation est interdite vers la Corée du Nord. Nous avons pu voir de telles machines à l'usine textile Sunkyo où 1.500 ouvriers (dont 85% de femmes) fabriquent des vêtements sous la propre marque de l'usine, Kalmaeki (« mouette » en coréen), ou en sous-traitance.

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  Usine textile Sunkyo de Pyongyang (18 octobre 2010)


En matière de coopération, l'AAFC et KIO ont conduit des actions spécifiques dans le domaine de l'agriculture. Comment KIO a-t-il réussi à acheter - et à livrer ! - un tracteur pour la ferme coopérative d'Ontchon, avec laquelle l'association de coopération belge est jumelée ?

 

15102010-20La ferme coopérative d'Ontchon est installée sur la côte ouest de la Corée. Ses 805 hectares sont en grande partie constitués de polders et on y cultive surtout le riz. C'est une véritable ville où vivent 3.500 personnes, avec son jardin d'enfants, son école, etc... En 1997, la ferme a été ravagée par un typhon et beaucoup de terres ont été inondées par l'eau salée, devenant impropres à l'agriculture. Les efforts des fermiers d'Ontchon ont permis de progressivement laver les terres souillées par le sel et aujourd'hui le rendement est de 5 tonnes par hectare. C'est en 1997 que l'association belge Korea-is-One est entrée en contact avec la ferme d'Ontchon et, depuis, les relations entre la ferme et KIO n'ont cessé de grandir. La ferme s'est même officiellement jumelée avec KIO le 12 août 2005. Depuis 2003, KIO récolte des fonds pour offrir un tracteur à la ferme d'Ontchon et le tracteur a pu enfin être acheté cette année en Chine. Le directeur de la ferme nous a raconté être allé chercher lui-même le tracteur dans la ville frontalière de Sinuiju pour le ramener, par la route, à la ferme, soit un périple de presque 300 kilomètres !

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Elèves et enseignantes de l'école de la ferme d'Ontchon (15 octobre 2010)


Pour sa part, l'AAFC a remis des semences de maïs et de colza. Comment a été conduite cette opération ?

 

L'action de l'AAFC dans le domaine de l'agriculture est plus modeste que ce qu'a réussi à faire KIO, mais nous nous efforçons de répondre aux demandes formulées par nos amis coréens. Ainsi, cette année, nous avons remis à l'Académie d'agriculture de la RPDC 1 kg de semence de colza et 1 kg de semences d'une douzaine de variétés de maïs. Ces semences ont été fournies par un agriculteur membre de l'ARDEAR (Association régionale pour le développement de l'emploi agricole et rural). Je tiens encore à remercier cet agriculteur et tous ses collègues de l'ARDEAR dont l'objectif est de réintroduire des variétés de céréales et d’espèces fourragères, adaptées aux conditions de terroir locales et à des pratiques agricoles ayant peu (ou pas du tout) recours aux intrants chimiques. Or, le manque d'engrais chimiques est un problème en RPD de Corée, le pays ne disposant pas encore des 600.000 tonnes d'engrais qui lui permettraient d'atteindre son objectif de production de 6.000.000 tonnes de céréales par an (les derniers chiffres de production indiquent 5.000.000 tonnes). Les semences offertes par l'ARDEAR, potentiellement adaptées aux conditions de la Corée et peu gourmandes en intrants chimiques, peuvent donc contribuer à la sécurité alimentaire du pays. Nous attendons avec impatience les résultats des expériences qui seront menées avec ces semences par l'Académie d'agriculture. Ce sera un bon exemple de coopération entre agriculteurs habitant dans des pays éloignés mais ayant des préoccupations communes.

 

Il y a aussi eu une visite au complexe d'arbres fruitiers de Taedonggang, près de Pyongyang...

 

16102010-10Le complexe d'arbres fuitiers de Taedonggang est situé au bord du fleuve Taedong, à une quinzaine de kilomètres à l'est du centre de Pyongyang. C'est un lieu très impressionnant quand on l'observe du haut d'une des collines qui l'entourent : les vergers s'étendent à perte de vue, sur 1.000 hectares. Il y a là 95% de pommiers et 5% d'autres arbres fruitiers (poiriers, cerisiers, pruniers). Les 500 personnes qui travaillent ici habitent dans des lotissements construits au coeur des vergers. L'objectif est de produire 50.000 tonnes de fruits en 2012. Ce complexe d'arbres fruitiers est décrit par les Coréens comme représentatif de la politique de Songun (« priorité aux affaires militaires ») suivie en RPD de Corée. En effet, 10.000 soldats de l'Armée populaire de Corée se sont relayés sur le chantier du complexe, rasant littéralement des collines pour aménager plusieurs centaines d’hectares de vergers, tracer des routes et des canaux, et planter des centaines de milliers d'arbres fruitiers. L'armée a aussi construit les différents bâtiments du complexe, habitations, école, hôpital, crèche, jardin d’enfants... La dernière tranche de travaux a duré seulement deux mois et demi, entre décembre 2009 et février 2010, et a permis de faire sortir de terre 265 nouveaux hectares de vergers. Il faut savoir que, en RPD de Corée, l'armée, en plus d'avoir en charge la sécurité du pays - dans le contexte géopolitique que l'on sait -, est un opérateur économique de premier plan. Les moyens alloués à l'armée bénéficient donc aussi aux civils.  Souvent, les médias occidentaux, dans une de ces fameuses figures imposées dont je parlais tout à l'heure, critiquent la Corée du Nord en affirmant de manière péremptoire que l'armée y est pléthorique et détourne des moyens au détriment du reste de la société. En Corée du Nord, une telle opposition entre militaires et civils n'a aucun sens. Ainsi, le 10 octobre, nous étions perdus au milieu de la foule des citoyens de Pyongyang acclamant les militaires qui venaient de défiler et regagnaient leurs casernes.  Ces acclamations n'étaient pas feintes. On sent que les Nord-Coréens aiment leur armée. En RPD de Corée, pour les hommes comme pour les femmes, c'est une fierté de servir plusieurs années au sein de l'Armée populaire. En plus de participer à la défense de leur pays, ils peuvent y travailler à des tâches civiles bénéficiant finalement à toute la société nord-coréenne.

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Dans les rues de Pyongyang, après le défilé militaire célébrant le 65ème anniversaire du PTC

(10 octobre 2010)

 

 Le programme comportait aussi des visites dans des espaces de loisirs. Quel regard avez-vous pu porter sur les loisirs des familles coréennes, et notamment des jeunes ?

 

16102010-30Dans les monts Myohyang, au nord de la capitale, nous avons pique-niqué dans un endroit prisé des Coréens qui adorent ce genre de sortie. A Pyongyang et en province, des terrains sont aménagés pour ceux qui pratiquent le tennis ou le basket-ball et, vu l'engouement pour ces sports, il ne serait pas étonnant de voir la RPDC faire une entrée fracassante dans ces disciplines dans les années qui viennent... Nous avons aussi eu l'occasion d'aller au bowling  de Pyongyang - ouvert en 1992 - et apparemment très apprécié de la jeunesse. Un samedi soir, nous sommes aussi allés au  nouveau parc d'attractions, installé au pied de la colline Moran, juste en face de l'Arc de triomphe. Nous avons pu essayer les manèges, devenant  nous-mêmes une attraction pour les nombreux Coréens qui étaient là... Le plus surprenant c'est qu'il n'y  a pas de surprise : un bowling ou un parc d'attractions en Corée du Nord ressemble à n'importe quel autre bowling ou parc d'attractions. Il y a peut être davantage de militaires qu'ailleurs attendant pour faire un tour de grand-huit ou d'autos-tamponneuses... En fait, les Coréens semblent d'autant plus aimer se détendre dans ce genre d'endroit qu'ils travaillent dur pour réaliser les objectifs ambitieux que s'est fixé leur pays.

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Parc d'attractions de Pyongyang, un samedi soir (16 octobre 2010)

 

Merci, Patrick Kuentzmann. 

 

 

Photos (sauf mention contraire) : AAFC

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20 septembre 2009 7 20 /09 /septembre /2009 11:28

Comme annoncé précédemment, la délégation conjointe de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) et de l'association belge Korea-is-One est revenue en Europe, après sa visite en République populaire de Chine et en République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) du 1er au 10 septembre 2009, à l'occasion notamment des cérémonies commémoratives du 61eme anniversaire de la fondation de la RPDC. Depuis 2005, chacune des visites en Corée de membres de l’Association d’amitié franco-coréenne a été l’occasion de réaffirmer la solidarité avec les collégiens et lycéens de l’école secondaire n° 1 de Moranbong, à Pyongyang, avec laquelle est jumelée l’AAFC. Ce voyage de septembre 2009 n’a pas dérogé à la règle : du matériel pédagogique informatique et pour l’apprentissage des langues étrangères a été remis aux élèves. Voici un premier compte-rendu de cette visite en Corée, rédigé par un des membres de la délégation franco-belge.

 

Le 29 août 2009, la délégation franco-belge de l'AAFC et de Korea-is-One est partie pour la Chine avant de rejoindre la RPDC. 


Les quatre membres de la délégation, dont deux effectuaient leur premier voyage en RPDC, ont commencé par séjourner à Beijing les 30 et 31 août. Ce fut l'occasion de visites diverses dans la capitale chinoise dont la place Tian An Men, lieu de répétitions pour la célébration, le 1er octobre prochain, du 60ème anniversaire de la fondation de la République  populaire de Chine. A cause de ces préparatifs, la nuit du 31 août au 1er septembre a été courte pour la délégation franco-belge obligée de partir tôt le matin à l'aréoport de Beijing afin d'éviter les restrictions de circulation.

Le 1er septembre la délégation est arrivée à Pyongyang, accueillie à l'aéroport par Mmes Kim Ho-jong et Jong Un-a, respectivement secrétaire générale de l'Association d’amitié Corée-France et secrétaire générale de l'Association d'amitié Corée-Belgique. Après l'installation à l’hôtel Haebangsan de Pyongyang et la présentation du programme, ce fut le dîner d’accueil. Dans une ambiance sympathique  et détendue ont été évoquées les activités de l’AAFC  et de Korea-is-One, la situation en Corée et la venue prochaine d’une délégation coréenne à Paris et Bruxelles, à l’invitation de l’AAFC et de Korea-is-One.

Le 2 septembre, au matin, la délégation a visité Mangyondae, maison natale du président Kim Il-sung,  puis le Palais des Etudes du peuple, impressionnante bibliothèque et lieu d’enseignement permanent. La matinée s'est terminée par le très beau métro de Pyongyang. L’après-midi a été consacrée à une visite de l’Académie de la médecine coréenne et de la crèche d’enfants Kim Jong-suk avec un spectacle préparé par les enfants.


Le 3 septembre, la délégation s'est rendue au Palais mémorial de Kumsusan où repose le corps du président Kim Il-sung. Puis, sur la colline Taesong voisine, les membres de la délégétion ont déposé des gerbes sur les tombeaux des martyrs révolutionnaires de la lutte anti-japonaise. Après le déjeuner, l'après-midi a permis de découvrir la très moderne brasserie Daedonggang. Ensuite, au Palais des enfants de Mangyondae, les membres de la délégation ont assisté à un spectacle de grande qualité donné par les jeunes. Un avant-goût de la soirée et du spectacle de gymnastique de masse Arirang dont il est difficile de donner une description. Il n’y a qu’une solution : y assister !

 

 

 Le 4 septembre, la délégation est partie pour Kaesong. A Panmunjom, ont été visités les lieux liés aux négociations et à la signature de l’armistice en 1953. A quelques mètres, en plus des soldats sud-coréens, des soldats et des officiers étaient présents. Il a aussi été permis d'observer le « Mur de la division », muraille en béton de 240 km de long, érigée côté Sud sous l’impulsion des Etats-Unis. Avant de rejoindre Sariwon pour y passer la nuit, la délégation a encore visité la ferme piscicole de Bowan de la commune de Sohung.


Le 5 septembre, ont été visités successivement le musée de l’Histoire de la province du Hwanghae du Nord puis la rue folklorique de Sariwon. L’après-midi, la délégation a été accueillie à l’université agricole Kye Ung -sang avant de repartir pour Pyongyang en s'arrêtant au monument des Trois-Chartes de la Réunification.


Le 6 septembre a été consacré à un tour de ville de Pyongyang, capitale de la RPDC : Arc de triomphe, exposition Wolhyang, visite d’un temple boudhiste au mont Ryongak, tour des idées du Juche, zoo central.

Le 7 septembre, au centre de création artistique de Mansudae, des artistes de haut niveau ont présenté leurs œuvres. La délégation a ensuite été accueillie à l’usine de câbles 326. L’après-midi dans le cadre du
jumelage de l’AAFC avec l’école secondaire N° 1 de Moranbong, la délégation a remis le matériel informatique et  pédagogique qu'ont permis d'acheter les dons des adhérents de l'Association d'amitié franco-coréenne (590 euros) : ordinateur, imprimante, scanner, écran 19 pouces et ouvrages pour faciliter l’apprentissage des langues étrangères. A l’occasion de la remise des dons, un membre de l’AAFC a prononcé ces quelques mots :

«  Au nom de l’Association d’amitié france-coréenne, nous sommes heureux de vous remettre cet ordinateur et ces quelques livres en signe d’amitié entre nos deux peuples. Nous espérons que ce matériel vous aidera à réaliser de plus grands succès dans l’éducation et donc permettre aux élèves de développer  encore plus leurs capacités. En mon nom personnel je voudrais ajouter quelques mots. C’est la première fois que je visite votre beau pays. Cela ne fait que six jours que je visite différents sites historique, culturels et économiques. Mais, malgré cette courte durée je peux dire que je suis impressionné par la bonne organisation de votre pays et par la cohésion de son peuple. Ceci malgré toutes les difficultés causées par la division de la Corée et les sanctions injustes imposées par les USA. Je vous souhaite donc, dans le domaine de l’éducation aussi,  de parvenir en 2012 à l’édification d’une Corée socialiste et prospère. »

 


Après la visite de l’école, y compris celle de la classe où est utilisé l’ordinateur offert par l’AAFC en 2005, les élèves ont déployé tout leur talent au cours d'un spectacle de musique et de danse. Pour finir cette journée, à la demande d’un cheminot retraité membre de la délégation, cette dernière a visité le musée central des chemins de fer.

 

Le 8 septembre, après la visite de l’exposition des Trois Révolutions et de la ferme d’autruches de Pyongyang,  la délégation a pris la route vers la ferme à semences de Ryonban de la commune d’Ontchon  (côte ouest de la Corée), ferme jumelée depuis 2005 avec l'association belge Korea-is-One. Sur le chemin du retour vers Pyongyang, la délégation s'est arrêtée à la grande écluse maritime de la mer de l’Ouest.

Le 9 septembre, jour du 61eme anniversaire de la fondation de la République populaire démocratique de Corée, la délégation a visité le musée de la Victoire dans la guerre de Libération de la patrie (1950-1953) puis le navire-espion américain Pueblo capturé en 1968. L'après-midi : monument à la Fondation du Parti du travail de Corée, exposition d’artisanat, match de football féminin, discipline dans laquelle la RPDC est championne du monde. Cette journée s'est terminée par le spectacle officiel donné en l’honneur du 61ème anniversaire de la fondation de la RPDC et par un des bals populaires organisés. Puis ce fut aussi le dîner d’adieu avec les guides, le chauffeur et le président de l’Association d’amitié Corée-Europe, occasion de faire un point sur l’appréciation du voyage par les « habitués » et aussi par ceux qui ont découvert pour la première fois la Corée.

Le 10 septembre la délégation franco-belge s'est envolée avant de rejoindre Paris le lendemain, heureuse de ce magnifique voyage.

 

Photos : Alain Noguès

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