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6 mai 2014 2 06 /05 /mai /2014 22:57

Le 2 mai 2014, une spectaculaire collision entre deux rames du métro de Séoul, survenue à 15h30 à la station Sangwangsimni sur la ligne 2, a constitué un accident exceptionnel - qui a entraîné des blessures pour 230 personnes, mais heureusement aucun mort. Alors que les témoignages ont montré qu'il n'y avait pas eu d'annonce demandant aux passagers d'évacuer, ce sont ces derniers qui ont forcé les portes pour pouvoir s'échapper. Deux semaines après le dramatique naufrage du ferry "Sewol", ce nouveau dysfonctionnement des dispositifs publics de sécurité sud-coréens a entraîné des perquisitions dans les locaux de la compagnie des métros séoulites.

Collision entre deux rames, sur la ligne 2 du métro de Séoul (source Yonhap)

Collision entre deux rames, sur la ligne 2 du métro de Séoul (source Yonhap)

Selon l'opérateur de métro de Séoul, c'était la première fois qu'une telle collision se produisait entre deux rames sur une ligne de la capitale sud-coréenne - en l'occurrence, la ligne 2, la plus fréquentée du métro séoulite (752 millions de passagers en 2012). Dès l'accident, un défaut du système de contrôle automatique de la distance (ATS) avait été signalé par les autorités de la ville de Séoul comme ayant pu être à l'origine de la collision, qui a causé 230 blessés légers. En effet, le système ATS doit s'enclencher quand deux trains sont distincts de moins de 200 mètres.

 

Dans le cadre de l'enquête sur les causes de l'accident, des perquisitions ont été immédiatement effectuées le 2 mai - puis à nouveau le 6 mai, au siège de la société Seoul Metro, dans une annexe au centre de la capitale, à la salle des machines située dans la station Euljiro sur la ligne 2, ainsi que dans les locaux d’une entreprise privée chargée d’enregistrer des données brutes. L'hypothèse d'un dysfonctionnement du système ATS s'est confirmée après un premier incident le mardi précédent, lorsque Seoul Metro avait procédé à une mise à jour du système de signalisation sur la ligne 2. Un signal d'erreur a été détecté par un employé 14 heures avant l'incident survenu le 2 mai. Dans les deux cas, aucune mesure correctrice n'avait pas été prise - ce qui aurait sans doute permis d'éviter l'accident, dont les conséquences ont heureusement été limitées par le freinage brusque du conducteur d'une des rames, ainsi que par la présence d'esprit des passagers qui se sont dégagés eux-mêmes après l'absence d'annonce, et a fortiori de consigne, de la compagnie.

La déréglementation libérale, opérée par la Corée du Sud sous le mandat du président conservateur Lee Myung-bak (2008-2013) et poursuivie par l'actuelle chef de l'Etat, semble avoir une fois encore entraîné des déficiences réelles en matière de sécurité des transports de voyageurs, quelque deux semaines après le terrible naufrage du ferry "Sewol" - dont la gestion calamiteuse a entraîné une brusque chute de popularité de la présidente Park Geun-hye (retombée en-dessous du seuil de 50 %).

 

Il est désormais urgent d'agir, pour que la Corée du Sud mette fin à une déréglementation aux conséquences meurtrières. Dans tous les pays industrialisés, des contrôles de sécurité visent à prévenir de tels dysfonctionnements, établissent une procédure suite aux signalements d'incidents et organisent les opérations d'urgence en cas de catastrophe. Telles pourraient être les grandes lignes d'un programme de sécurité et de contrôle public des services de transports, que les citoyens et usagers sud-coréens sont en droit d'exiger.

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2 mai 2014 5 02 /05 /mai /2014 09:03

Le 1er mai 2014 les principales confédérations syndicales de l'ensemble de la Corée ont signé une déclaration commune : la Fédération générale des syndicats de Corée (du Nord), la Fédération des syndicats coréens (du Sud, plus connue sous son acronyme anglais : Federation of Korean Trade Unions, KFTU), de sensibilité modérée, opposée à la lutte des classes, et la Confédération coréenne des syndicats (du Sud, acronyme anglais : Korean Confederation of Trade Unions, KCTU), qui a une tradition de luttes. Par ses signataires mêmes, l'initiative est exceptionnelle : elle marque une volonté commune de l'ensemble des organisations syndicales coréennes - du Nord comme du Sud - de parler d'une seule voix sur la réunification, montrant ainsi la vitalité des contacts et des échanges en dehors des canaux intergouvernementaux - à un moment où, précisément, le dialogue entre les gouvernements du Nord et du Sud est à un point bas. Par ailleurs, la KFTU et la KCTU ne prennent des initiatives communes que des sujets jugés de première importance - ce qui incite à examiner de plus près le contenu même de la déclaration commune avec la confédération syndicale du Nord de la péninsule.

Manifestation du 1er mai, à Séoul, en 2009

Manifestation du 1er mai, à Séoul, en 2009

Se situant dans le cadre du dialogue et de la réconciliation fondés sur la déclaration conjointe Nord-Sud du 15 juin 2000, les signataires expriment tout d'abord leurs condoléances pour les victimes du naufrage du ferry Sewol.

Le premier point de la déclaration reprend les principes d'une réunification indépendante de la Corée - réalisée par les seuls Coréens eux-mêmes - en vue de la paix dans la péninsule, en soulignant que les échanges entre les travailleurs du Nord et du Sud s'inscrivent dans cette logique de coopération.

 

Le second point souligne la nécessité de mettre fin aux campagnes mettant en cause l'autre partie. Il se termine par un message pacifiste appelant à cesser les exercices militaires menés conjointement avec des forces étrangères (ce qui vise, sans les nommer toutefois explicitement, les exercices américano - sud-coréens), et à refuser la course aux armements.

 

Le troisième point souligne l'engagement plus général à mettre en oeuvre les déclarations conjointes du 15 juin 2000 et du 4 octobre 2007, en ouvrant ainsi la voie à la paix et à la réunification de la Corée.

 

La tonalité globale de la déclaration conjointe renoue avec la politique "du rayon des soleil", mise en oeuvre par les administrations démocrates au pouvoir en Corée du Sud entre 1998 et 2008. Elle doit ainsi être considérée comme un appel à l'administration de la présidente conservatrice Mme Park Geun-hye à tourner le dos aux politiques intercoréennes conduites par son prédécesseur, et a minima pour accepter les échanges intercoréens entre travailleurs et organisations syndicales du Nord et du Sud (dont il faut rappeler qu'ils sont soumis à une autorisation préalable du Gouvernement sud-coréen).

 

Enfin, la référence à la paix et à la démocratie s'inscrit dans le combat de solidarité internationale du mouvement ouvrier - en première ligne des manifestations contre la guerre et, en Corée du Sud, très impliqué dans le mouvement de démocratisation des années 1980 et 1990 - alors que la KCTU n'était pas encore légalisée.

 

Sources :

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27 avril 2014 7 27 /04 /avril /2014 13:18

Suite au dramatique naufrage du ferry Sewol (302 morts et disparus, et des chances désormais très faibles de retrouver vivants les disparus), les dirigeants administratifs et politiques sud-coréens - au premier rang desquels la présidente Park Geun-hye - ont fui leurs responsabilités en chargeant l'équipage du navire, effectivement coupable de graves erreurs, mais sans s'interroger sur les conséquences des choix politiques opérés : la dérégulation mise en œuvre par les administrations Lee Myung-bak et Park Geun-hye a non seulement permis à des compagnies douteuses, comme l'entreprise Chonghaejin qui était propriétaire du ferry, de sacrifier la sécurité des passagers sur l'autel des profits des actionnaires, mais a aussi conduit à une désorganisation des services de secours au nom d'une croyance toute libérale dans la supériorité du modèle des agences. Alors que le Premier ministre Chung Hong-won a présenté sa démission le 27 avril 2014 pour, selon ses mots, "avoir mal géré un tas de problèmes, des mesures préventives avant l'accident jusqu'aux réponses initiales et mesures de suivi du Gouvernement après l'accident", l'heure est à revoir la gestion des crises, ce qui relève de la responsabilité directe de la chef de l'Etat - qui a déclaré qu'elle accepterait la démission du Premier ministre quand les opérations de sauvetage auront été achevées et qu'auront été "gérées" (sic) les "conséquences de l'accident". Mais c'était Mme Park Geun-hye qui s'était faite élire sur la promesse de faire de la sécurité de ses concitoyens l'une de ses priorités, et pas le Premier ministre Chung Hon-won.

Chung Hong-won

Chung Hong-won

"La société coréenne s'est uniquement focalisée sur le développement rapide, considérant les règles de sécurité comme des entraves". Ce constat lacunaire et sans appel, au lendemain de la gestion catastrophique du drame du ferry Sewol, n'est pas celui d'une officine d'opposition, mais du très conservateur quotidien sud-coréen Chosun Ilbo. De fait, les observateurs sont unanimes : ayant fait le choix de la déréglementation libérale, la Corée du Sud est devenue incapable de gérer de façon optimale des catastrophes majeures, et "le pays est aujourd'hui en tête du classement des pays de l'OCDE en termes de décès par accident", comme l'a observé le journaliste du Monde Philippe Mesmer.

 

S'il existe bien en Corée du Sud des règles de sécurité maritime, les manquements ne sont pas sanctionnés, ce qui équivaut à une absence de règles pour les entreprises. Sous ce régime réglementaire ultralibéral, le ferry Sewol est un cas d'école : surcharge du navire, absence d'exercices de sécurité, statut précaire du capitaine du navire (68 ans) et d'une dizaine de membres d'équipage - qui ont donné des consignes de sécurité contraires à celles qu'aurait commandé la bonne gestion de l'accident... Tous les membres d'équipage ont, depuis la catastrophe, été mis en examen.

 

Alors que dans tous les pays du monde, l'Etat au plus haut niveau est le premier sollicité en cas de catastrophe majeure touchant à la sécurité des citoyens, le chef de la sécurité nationale de la présidence sud-coréenne, Kim Jang-soo, et son porte-parole, Min Kyung-wook, ont répondu que leur service "n'était pas une tour de contrôle pour les réponses aux désastres". Comme l'a observé le quotidien d'opposition Hankyoreh, ils n'ont même pas reconnu le problème que posait en soi l'absence de "tour de contrôle" - en étant d'abord soucieux de "sauver leur peau" (et accessoirement, celle de la Présidente) en cherchant à évacuer la question de leur responsabilité.

 

Le drame du Sewol vient de loin. Car il existait, sous l'administration Roh Moo-hyun (2003-2008), un Conseil de sécurité nationale chargé des réponses en cas de crise. Le Président Lee Myung-bak avait choisi, suivi en cela par l'actuelle chef de l'Etat Mme Park Geun-hye, de confier ces missions à un ensemble d'agences qui se sont ensuite renvoyées la responsabilité d'une mauvaise gestion de la récente catastrophe - tout en obéissant scrupuleusement aux consignes du Gouvernement, qui a cherché à accréditer l'idée (par médias conservateurs et/ou à capitaux publics interposés) que tout était mis en oeuvre pour sauver les victimes. Pour sa part, ne s'impliquant pas directement elle-même, la Présidente Mme Park semblait ailleurs qu'à suivre, heure par heure, l'une des pires tragédies maritimes de l'histoire récente de la Corée, cherchant à blâmer les responsables de la compagnie propriétaire du ferry, certes eux-mêmes impliqués dans des affaires douteuses. Mais l'existence même de telles sociétés, bénéficiant de protections au plus haut niveau de l'Etat, n'est-elle pas le symbolisme de la faillite du modèle capitaliste sud-coréen - marqué par des catastrophes en série, depuis le naufrage - déjà - d'un ferry (le Seohae) le 10 octobre 1993 (292 morts), l'effondrement du grand magasin Sampoong le 29 juin 1995 (502 morts), suite au non-respect des normes de construction, et l'incendie du métro de Daegu le 18 février 2003 (198 morts) ? 

 

Face aux défaillances des pouvoirs publics, ce sont des plongeurs volontaires - et pas les gardes-côtes ou des marins professionnels - qui ont récupéré les premiers corps. L'armée, qui dispose de moyens qui lui sont propres, n'a pas engagé le Tongyeong, son principal navire de sauvetage en mer, livré en 2012 et qui aura coûté la bagatelle de 110 millions d'euros. Ce sont ces erreurs multiples qui ont conduit le Premier ministre à la démission, mais n'est-il pas temps de remettre en place un authentique service public de secours et une réglementation de la sécurité maritime digne de ce nom ?

 

Sources :

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21 avril 2014 1 21 /04 /avril /2014 21:15

Alors que le bilan du dramatique naufrage du ferry Sewol (plus de 300 morts et disparus) s’alourdit au fur et à mesure que sont retrouvés les corps des victimes, les graves négligences commises par l’équipage ont conduit à l’arrestation non seulement du capitaine (qualifié de « meurtrier » par la présidente sud-coréenne Mme Park Geun-hye) et de plusieurs autres membres d’équipage, mais aussi à la mise en cause de la compagnie maritime Chonghaejin propriétaire du navire. Les premiers actionnaires de Chonghaejin ne sont autres que les deux fils du photographe et homme d’affaires Ahae, qui a fait irruption au premier plan des expositions publiques parisiennes en mai 2012 à coups de millions, par ailleurs pasteur évangélique et membre d’un groupe religieux dont 33 membres sont morts dans des conditions non élucidées en 1987.

Lorsque les propriétaires de la compagnie Chonghaejin sont apparus dans les médias au lendemain du naufrage du Sewol, ils se sont excusés non seulement pour avoir commis une faute gravissime, mais aussi pour avoir « péché ». Le ton était donné : la compagnie maritime fait partie de l’empire économique du protestant évangéliste Yoo Byeong-eon, Sud-Coréen né au Japon en 1941 et qui est également le photographe Ahae – apparu soudainement sur la scène artistique parisienne en autofinançant la mise en scène de son talent, contesté, au sein d’institutions aussi prestigieuses que le musée du Louvre et le château de Versailles.

Le premier actionnaire (via différentes sociétés) de Chonghaejin (à hauteur de 39 % au total, répartis à parts égales) sont les frères Yoo (l’aîné Yoo Dae-kyun et le cadet Yoo Hyuk-ki), suivis du président de la compagnie Kim Han-sik (11,6 %, photo ci-dessous). Alors que l’enquête est en cours, ils sont interdits de sortie du territoire coréen. Des documents et des contenus informatiques ont été saisis au siège de la compagnie, qui avait affiché récemment des pertes sur la liaison Incheon-Jeju où a eu lieu le naufrage.


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Les frères Yoo sont les fils de Yoo Byeong-eon (dont la femme, Kim Hye-kyung, possède par ailleurs 6 % du capital de la société), décrit par le journal sud-coréen de langue anglaise The Korea Herald comme « le prêtre d’un culte religieux souterrain ayant des liens étroits avec l’ancien président Chun Doo-hwan [NdT : général ayant dirigé la junte au pouvoir à Séoul entre 1980 et 1988], et qui a dirigé une compagnie de ferrys sur le fleuve Han avant sa banqueroute » en 1987. Par ailleurs, « Yoo était l’un des principaux suspects interrogés dans le cadre d’un incident survenu en 1987, suite à la découverte des corps sans vie de plus de 30 personnes appartenant à un groupe religieux auquel appartenait Yoo » (plus exactement, 33 personnes, retrouvées dans une usine de Yongin, dans la province de Gyeonggi, à près de 80 km au sud de Séoul, et dont il n’a jamais été éclairci si elles s’étaient suicidées ou s’il s’agissait d’un meurtre). Dans le cadre de l’enquête qui avait suivi, Yoo Byeong-eon avait été condamné en 1992 à quatre ans de prison pour fraude, concernant des prêts « liés principalement à des activités illégales relevant du crime organisé », selon The Korea Herald.

 Yoo Byeong-eon est déjà connu du public français, mais sous son nom d’artiste Ahae, comme l’a indiqué – après d’autres médias coréens – le site « Louvre pour tous » : l’homme, qui a été exposé aux Tuileries et à Versailles pour avoir photographié la nature depuis sa fenêtre (2,6 millions d’images en 4 ans !), ne donne aucun entretien et ne se laisse pas voir par quiconque, mais donne des éléments de biographie (inventeur, hommes d’affaires...) qui ne laissent guère de doutes sur sa véritable identité. Les écrits religieux de Yoo Byeong-eon sont, eux, commercialisés par Evangelical Media Group, qui a son siège new yorkais dans le même bâtiment qu’Ahae Press. Yoo Byeong-on préside le conseil d’administration (CA) de Highland Springs Resort (dont dépend 123 Farm, dont le président du CA est Ahae) et qui possède une maison d’édition, un hôtel et un centre de conférences… Dans l’évangélisme baptiste dont se revendique le pasteur Yoo, business et religion font bon ménage. Et son œuvre photographique exposée en France ne permet-elle pas de « célébre[r] Dieu le créateur », comme l’a clamé son exposant Milan Knizak ? Si l’homme n’était pas un milliardaire, il y a de forts doutes que ses clichés jugés conventionnels n’auraient guère attiré l’intérêt des plus prestigieuses institutions publiques françaises, apparemment ignorantes ou sinon peu gênées de savoir qui est Ahae et d’où provient son argent – car Ahae a aussi fait gagner de l’argent à des communicants, des scénographes de renom (Guy Oliver, Charles Matz), des musiciens (Michael Nyman)…

 Un mois avant la première exposition publique Ahae à Paris, la société Ahae Press Inc. avait acheté aux enchères – pour 520.000 euros – le hameau de Courbefy, en Haute-Vienne, qui était abandonné, en vue officiellement d’y mener un projet « environnemental, artistique et culturel » (photo ci-dessous). Ahae ne s’était jamais rendu sur place. Après l’exposition au jardin des Tuileries (qui dépend administrativement du Louvre), Ahae fit un don de 1,1 million d’euros à l’établissement public du Louvre. Puis ce fut la location d’espaces au château de Versailles, à un prix non rendu public…mais le mécénat d'Ahae pour la recréation du Théâtre-d’Eau a un coût qui lui est connu, et qui s’élève à 1,4 million d’euros.


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La communication de ces opérations – et donnant lieu à de nombreux produits dérivés – a été largement assurée par son fils Yoo Hyuk-ki (nom anglais : Keith H. Yoo) qui, toujours selon l’article de Bernard Hasquenoph publié le 29 août 2013 sur le site « Louvre pour tous », se serait installé à Paris… après avoir organisé la première exposition Ahae à New York, en 2011, sous couvert d’un organisme de recherche scientifique qu’il préside faisant la promotion du thé vert (une des autres affaires de l’empire Yoo Byeong-on, qui se revendique aussi philanthrope et écologiste, est la marque « Tea of teas »).

 

Faut-il le rappeler : Yoo Hyuk-ki est l’un des actionnaires de Chonghaejin, aujourd’hui interdit de sortie du territoire coréen suite au drame du Sewol. Dans la mesure où les largesses du groupe ont financé et continuent de financer de prestigieux établissements culturels français, il y a lieu de s’interroger sur le bien-fondé de tels financements et de leur poursuite, après le désastre survenu aux larges des côtes coréennes. Car imagine-t-on qu’une société responsable du drame de Furiani(18 orts et 2357 blessés suite à l'effondrement d'une tribune en Corse, en 1992) soit l’un des mécènes du château de Versailles ?

 

 

Sources : AAFC, Korea JoongAng Daily (article de Kim Jung-yoon : « Offices of Sewol owner searched »), The Korea Herald (article de Park Hyong-ki : « Key suspects revealed in deadly Sewol sinking »), site Louvre pour tous (Bernard Hasquenoph, « Ahae à Versailles : le privilège de l’argent »).

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19 avril 2014 6 19 /04 /avril /2014 18:17

Après le dramatique naufrage du ferry Sewol, le 16 avril 2014, la République de Corée (Corée du Sud) a décrété un deuil national. Alors que le bilan provisoire fait état de 33 morts, les difficiles conditions dans lesquelles se poursuivent les opérations de sauvetage font craindre le pire pour les 269 passagers toujours portés disparus. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) présente ses condoléances aux familles des victimes, dans un contexte où la douleur le dispute à la colère après l'arrestation du capitaine du navire - qui avait fui le navire - et de deux autres membres de l'équipage. Par son ampleur, le drame du Sewol n'aurait-il pas dû - n'aurait-il pas pu - être évité ?

seeking sewol ferry korea

 

Depuis le naufrage du Sewol mercredi, la Corée du Sud observe un deuil à la hauteur du drame vécu par les victimes, majoritairement des lycéens du lycée d'Anwon à Ansan, et leurs familles : les manifestations festives ont été annulées, à la télévision des images de la tragédie ont remplacé les émissions de divertissement et la campagne des élections locales a été suspendue.Tout un pays retient son souffle, dans l'espoir de retrouver des survivants. Certains naufragés n'ont-ils pas adressé des SMS à leurs familles et à leurs proches, pour dire qu'ils se sont réfugiés dans les pièces étanches les plus larges du navire ?

Au choc de la douleur s'ajoute la colère : au moment du naufrage, le capitaine, Lee Joon-seok, n'était pas à la barre. L'ordre alors donné aux passagers de rester immobiles était manifestement une erreur, les témoignages des survivants indiquant que ce sont ceux qui ont désobéi qui ont pu quitter le ferry, quand les autres  passagers se sont retrouvés pris au piège avant que le bateau ne se retourne. Le capitaine et les membres d'équipage, eux, ont fui rapidement. Lee Joon-seok et autres deux membres d'équipage ont été arrêtés.

Le capitaine a déclaré que l'absence d'autres embarcations à proximité, les courants violents et l'eau froide faisaient alors craindre des risques accrus en cas d'évacuation en désordre, sans gilet de sauvetage... L'enquête s'annonce difficile, les causes même du naufrage n'étant pas claires : y a-t-il eu une erreur de navigation ? Le ferry de la compagnie Chonghaejin avait 20 ans.

Les conditions de sauvetage font également débat : comment la Corée du Sud, 4e pays au monde pour le nombre de brevets, membre de l'OCDE et du G20, n'est-elle apparemment pas en mesure de mettre en oeuvre un dispositif de secours optimal ? Les autres grands pays industrialisés disposent de plans de secours pour parer à de telles catastrophes. A la décharge des équipes de secours, les conditions météo très difficiles et une visibilité quasi-nulle ont empêché les équipes de plongeurs de pénétrer dans l'épave. Ses membres ont insufflé de l'air dans certaines parties du bateau.
   
Les survivants, rescapés dans les premières heures ayant suivi le drame, sont en état de choc. Parmi eux, Kang Min-kyu, proviseur adjoint du lycée d'Anwon a été retrouvé pendu vendredi. Selon les médias coréens, il aurait indiqué, dans une lettre retrouvé dans son portefeuille : "Survivre seul est trop difficile... J'endosse toute la responsabilité."


Dans un dévouement héroïque, plusieurs enseignants du lycée d'Anwon ont aidé les élèves qu'ils accompagnaient à s'extraire du navire, au péril de leur propre vie. Nam Yun-cheol, Ko Chang-seok, Lee Hae-bong... sont aujourd'hui portés disparus. Leur courage et leur sacrifice, qui se fondent sur la culture coréenne dans laquelle les plus forts et les plus âgés doivent secourir les plus faibles et les plus jeunes, force le respect. Ne les oublions jamais.

Sources :

Hankyoreh, Kim Ki-seong et Hong Seok-jae, "Students saved by their taechers, who are now missing", 18 avril 2014

Le Monde, service international : "La Corée du Sud en état de choc après le naufrage du ferry Sewol ", article publié dans l'édition des dimanche 20 avril et lundi 21 avril 2014, p. 3

RFI, "Naufrage du Sewol : la Corée du Sud pleure ses morts et ses disparus", 19 avril 2014

Shanghai Daily, 19 avril 2014.

 

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16 avril 2014 3 16 /04 /avril /2014 08:04

Le mercredi 16 avril 2014 au matin, le ferry Sewol, qui était parti d'Incheon pour l'île de Jeju, a fait naufrage au Sud des côtes coréennes. Alors que les opérations de sauvetage, toujours en cours, avaient permis de secourir une partie seulement des 476 passagers et personnels d'équipage - pour la plupart lycéens - on déplorait 4 morts et 298 autres passagers restaient portés disparus, selon un bilan provisoire. L'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) exprime son entière solidarité avec les naufragés et leurs familles, au lendemain de l'une des pires catastrophes maritimes de l'histoire récente du pays.

Les images du navire de 6.825 tonnes sont spectaculaires : sur les unes, le ferry est penché à un angle de 45 degrés, le nez dans l'eau, surmonté par des hélicoptères ; sur d'autres, il a pratiquement entièrement sombré, seule la partie arrière restant visible. Le Sewol comptait à son bord 476 passagers, dont 325 lycéens du lycée Danwon, à Ansan, au sud de Séoul. Le Sewol avait envoyé un signal de détresse à 9 h heure locale (1 h heure française). Les autorités sud-coréennes ont mobilisé pour les secours au moins 8 hélicoptères et 34 navires, marchands ou militaires, ainsi que les équipes de gardes-côtes.

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Selon les premiers témoignages des rescapés, alors que les opérations de sauvetage restaient en cours à l'heure où nous publiions cet article, un grand choc (de collision avec les fonds sous-marins ?) a été entendu et des consignes ont été données aux passages de rester assis ou de s'agripper à quelque chose - alors que le navire commençait à tanguer.

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Le bilan provisoire de ce dramatique naufrage (4 morts) pourrait encore s'alourdir, puisqu'une partie des passagers auraient pu ne pas quitter la cafétéria et les salles de jeux, situées dans la partie basse du ferry. Une femmes de l'équipage, âgée de 27 ans, a été retrouvée morte dans l'eau. Une autre victime, de sexe masculin, est décédée à lors de son traitement à l'hôpital.

Les lycées d'Ansan à bord du Sewol devaient arriver dans la splendide île naturelle de Jeju le mercredi, pour y rester quatre jours. Le départ d'Incheon, le mardi soir, avait été retardé de deux heures à cause du brouillard. Le ferry transportait par ailleurs 150 voitures et camions.

Sources : AFP (sur le site du Figaro), et Choe Sang-hun (article du New York Times, dont photos).

Mise à jour le 17 avril à 00:05 : nous avons modifié les données initiales de cet article concernant le nombre de passagers, de victimes et de personnes portées disparues, ces premières informations - reprises dans la presse coréenne et internationale - s'étant avérées erronées. Nous présentons toutes nos excuses à nos lecteurs pour avoir ces erreurs qui dressaient un bilan provisoire hélas moins dramatique. Sur les dernières données, source : Yonhap.

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18 mars 2014 2 18 /03 /mars /2014 16:47
Le SIDA reste une maladie encore trop largement ignorée en République de Corée (Corée du Sud). Pourtant, en 2011, il était estimé que la maladie touchait 9.500 Sud-Coréens. Chaque année, 500 Sud-Coréens meurent du SIDA. Dans ce contexte, et alors que l'espérance de vie augmente pour les malades, le manque de structures hospitalières adaptées pose un problème préoccupant de santé publique, comme le souligne l'article du quotidien sud-coréen Hankyoreh, écrit par Kim Hyo-sil, que nous avons traduit ci-après de l'anglais. Intitulé "Les malades du SIDA n'ont nulle part où aller", l'article montre une situation préoccupante, après le retrait de l'habilitation administrative qui était accordée au seul établissement qui pouvait accueillir des malades en long séjour, suite à une enquête sur les mauvais traitements subis par les patients. Les discriminations sociales contre les malades du SIDA, et les carences de l'action gouvernementale, apparaissent aussi de manière criante.  

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Son fils est alité depuis plus de deux ans. Le SIDA et des maladies mentales qui lui sont associées ont rendu cet homme de 44 ans incapable de se déplacer par lui-même. Elle, une femme de 73 ans que nous appellerons Kim, a obtenu en 2011 qu'il soit admis dans le sanatorium Sudong Yonsei à Namyangju, dans la province de Gyeonggi. Elle s'est inquiétée de certains des actes du personnel hospitalier - quand ils n'ont pas coupé régulièrement ses ongles de pied et de main, ou lorsque leur seule réponse à de fortes fièvres et à d'autres moments critiques a été la prière. Mais elle n'était pas en mesure de se plaindre. Les traitements sont moins coûteux dans cet hôpital qui reçoit environ 240 millions de won (224.000 dollars américains) chaque année du Gouvernement pour le soutien médical aux patients atteints du SIDA. Kim elle-même souffre de diabète et d'hypertension et elle doit s'occuper de sa mère de 91 ans, c'est pourquoi chaque sou compte pour elle.    

 

Le problème est apparu le mois dernier, quand le  sanatorium lui a demandé de prendre une décision : soit payer 500.000 won supplémentaires (467 dollars) en frais d'infirmerie, soit prendre son fils chez elle.

 

Elle nous a parlé en ces termes : "J'ai connu des moments difficiles, et j'ai dû joindre les deux bouts pour aider le commerce d'un membre de ma fratrie. Maintenant le commerce est sur le point de fermer. Je n'ai pas d'argent, mais je ne peux pas dire à mon fils que je ne paierai pas pour ses soins car je suis inquiète des conséquences que cela aura sur lui. Mais il n'y a nulle part ailleurs où je peux l'emmener".  

 

Kim n'est pas la seule dans son cas. Quelque 40 patients atteints du SIDA au sanatorium, avec leurs familles, sont dans l'angoisse quant à l'endroit où ils devront ensuite aller.

 

En 2009, l'hôpital était devenu le seul centre du pays pour l'accueil en long séjour des malades du SIDA. L'an dernier, les groupes de défense des droits de l'homme ont porté plainte pour abus sexuels et méconnaissance des droits des patients. En décembre, après une enquête, le Gouvernement a décidé de retirer l'habilitation de l'hôpital. Puis le Centre coréen pour la prévention et le contrôle des maladies (acronyme anglais : KCDC) a décidé, en conséquence, de retirer son soutien.

 

Le problème maintenant est que, au cours des deux derniers mois, le Gouvernement n'a pas défini de projet pour prendre le relais. Il a apporté un soutien pour les soins d'infirmerie en janvier et en février, mais cette aide est maintenant appelée à s'arrêter définitivement. Pendant ce temps, aucune nouvelle structure hospitalière n'a reçu l'habilitation d'accueillir en long séjour les patients souffrant du SIDA.

 

"Chaque fois que les patients se retrouvent, tout ce qu'ils se disent est "Où allons-nous aller maintenant ?", nous a dit Lee, qui était hospitalisé jusqu'à une date récente. "Aucun d'entre eux n'a de ressources, ils n'ont rien de stable dans leur vie. Ils ont peur de la mort".

 

A la fin du mois dernier, quand Lee a été hospitalisé au Centre médical national (CMN) après des blessures consécutives à une chute, le sanatorium l'a fait partir et a envoyé ses affaires au CMN. Lee survit aujourd'hui avec les remboursements de base de la sécurité sociale.

 

L'explication du Gouvernement est qu'il est difficile de désigner un nouveau centre de soins, en raison des préjugés sociaux sur le SIDA.

 

"Nous examinons de nouvelles conditions de prise en charge depuis la fin de l'année dernière", nous a déclaré une source au KCDC sous couvert d'anonymat. "Nous sommes actuellement en discussions, mais elles n'aboutissent pas en raison du refus des autres patients". 

 

Les experts sont d'avis que le Gouvernement devraient travailler sur un plan plus systématique de soins à long terme pour les patients, ne serait-ce que pour gérer la maladie.

 

"Les progrès depuis plus de 50 ans dans le traitement du SIDA ont permis d'améliorer l'espérance de vie des patients", nous a déclaré Shin Hyung-shik, qui dirige le centre des maladies infectieuses du CMN. "Avec de plus en plus de patients plus âgés, il y a un besoin accru de soins à long terme".

"Les patients atteints du SIDA pourraient être hospitalisés avec les autres patients sans presque aucun risque de contagion", a ajouté Shin. "Je pense qu'ils subissent un préjudice du seul fait de manque de personne médical formé pour leur traitement".

Source : Hankyoreh (dont photo). Traduction AAFC-SB.
 

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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 01:56

pyongyang_restaurant_djakarta.JPGConnaissez-vous la chaîne de restaurants de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) "Pyongyang" ? En 2013, elle était constituée de quelque soixante établissements de par le monde, en dehors de la péninsule coréenne, et représentait assurément l'un des principaux investissements à l'étranger de la RPD de Corée, tout en étant d'abord une fenêtre ouverte sur la culture et la société nord-coréennes.
   
C'est aujourd'hui encore en Chine, où ils sont apparus en premier, que les restaurants nord-coréens sont les plus nombreux, avec 40 établissements situés notamment à Pékin, Shanghaï et Dandong. Puis des restaurants gérés par la RPDC ont ouvert leurs portes au Cambodge, à Siem Reap, près des temples d'Angkor, en 2002, puis à Phnom Penh en 2003. En 2013, on comptait ainsi 5 restaurants nord-coréens au Cambodge.

Toujours en Asie de l'Est, on retrouve des restaurants nord-coréens au Vietnam (5 établissements), et au Laos, en Birmanie, en Malaisie et en Indonésie (1 établissement dans la capitale de chacun de ces pays, photo en haut à gauche : restaurant "Pyongyang" à Djakarta, source). Dans le sous-continent indien, un restaurant nord-coréen a ouvert ses portes à Katmandou, au Népal. Enfin, Dubaï, dans les Emirats arabes unis, abrite également un établissement culinaire de la RPD de Corée. En Asie du Nord-Est, on retrouve des restaurants nord-coréens à Oulan-Bator, en Mongolie, et à Vladivostock, dans l'Extrême-orient russe.

 

Les établissements proposent non seulement des plats culinaires propres à toute la Corée, comme le bibimbap et le bulgogi, mais aussi des mets spécialisés du Nord, comme les nouilles froides.

Il n'y a pas encore d'établissement de la chaîne "Pyongyang" en Europe, mais des projets en ce sens, menés en commun avec des investisseurs occidentaux, recevraient certainement un accueil favorable des ambassades et délégations nord-coréennes présentes sur le "vieux continent".

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23 janvier 2014 4 23 /01 /janvier /2014 19:10

Mgr-Andre-Yeom-Soo-jung.jpgLe dimanche 12 janvier 2014, le pape François a annoncé la tenue d’un consistoire où seront créés 19 cardinaux, parmi lesquels 16 pourront voter au prochain conclave. C'est ainsi que l'on apprend la création de Mgr André Yeom Soo-jung. C'est la troisième fois, dans l’histoire, qu'un archevêque de Séoul est créé cardinal par le pape.

La première fois, ce fut par Paul VI, en 1969, qui créa cardinal Mgr Stéphane Kim Sou-hwan, archevêque de Séoul depuis 1968 et dont l’épiscopat dura trente ans. La deuxième fois, Mgr Nicolas Cheong Jin-suk, qui succéda au cardinal Stéphane Kim Sou-hwan sur le siège de Séoul en 1998, fut créé cardinal par le pape Benoit XVI en 2006. Le 10 mai 2012, il fut remplacé par l’actuel archevêque de Séoul, Mgr André Yeom Soo-jung, également nommé par Benoît XVI.

On peut dire que tous les archevêques de Séoul sont créés cardinaux ; l’attribution de la pourpre cardinalice est systématique depuis 1969. Séoul est donc un siège dont le titulaire est traditionnellement créé cardinal au même titre que celui de Londres, de Milan, de Paris ou de Prague. Mais au-delà, il s’agit aussi pour le Saint-Siège de tenir compte de la vitalité de l’Église sud-coréenne, dont le dynamisme est significatif depuis plusieurs décennies. Elle constitue l’un des piliers de la société sud-coréenne.

L’Église sud-coréenne joue un grand rôle sur la scène publique. Jusque dans les années 1960, les catholiques, encore peu nombreux, étaient assez discrets. Mais la proximité des communautés protestantes avec le pouvoir et son embarrassant allié américain ont conduit les catholiques à jouer un rôle de conscience critique face à un système politique verrouillant la souveraineté de la Corée du Sud. L’Église n’a pas hésité à s’opposer aux autorités. À titre d’exemple, dans les années 1970 et 1980, la cathédrale Myeong-dong, cathédrale de l’archidiocèse de Séoul, est ainsi devenue un lieu de convergence pour le mouvement démocratique et la défense des libertés publiques en Corée du Sud. La relative libéralisation du régime de Séoul à la fin des années 1980 est à attribuer en partie à l’Église catholique.

Par ailleurs, l’Église catholique est favorable au dialogue avec la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord). À cet égard, Mgr André Yeom Soo-jung a toujours été un fervent partisan du dialogue de paix entre Séoul et Pyongyang. Son prédécesseur, le cardinal Nicolas Cheong Jin-suk avait clairement affirmé, en 2006, que l’une de ses priorités était de « travailler par tous les moyens à la réconciliation des deux Corée » (entretien à 30 jours, mars 2006). Pour les catholiques de Corée du Sud, les citoyens de la RPDC sont avant tout des frères.

Enfin, dernier détail qui rappelle la sollicitude de l’Église sud-coréenne pour les frères du Nord : l’archevêque de Séoul est aussi administrateur apostolique de Pyongyang, même si ce diocèse n’a été déclaré vacant que le 1er juillet 2013 (Pyongyang a été érigé en diocèse le 10 mars 1962). Ainsi, l’archevêque de Séoul et ses auxiliaires pourvoient aux besoins de la communauté catholique de Pyongyang.

Alors que l’actuel pouvoir sud-coréen joue la carte de la fermeture et de la force dans les discussions avec les frères de la RPDC, on pourra compter sur le poids de l’archevêque de Séoul pour défendre une ligne éclairée et certainement moins crispée.

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11 janvier 2014 6 11 /01 /janvier /2014 00:33
Le discours de nouvel an du dirigeant Kim Jong-un de la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a mis en exergue l'inauguration de la station de ski ultra-moderne de Masikryong, qu'il avait visitée à plusieurs reprises au cours des travaux achevés en un temps record (au point d'être devenus une référence, dont rend compte l'expression "à la vitesse de Masikryong"), et malgré l'embargo sur de nombreux produits à destination de la RPDC. Si l'image de bâtisseur est fréquemment associée au pouvoir suprême, quel que soit le pays (en France également, les dirigeants ont voulu laisser leur empreinte, depuis le château de Versailles du roi-soleil Louis XIV à la Bibliothèque François Mitterrand et à la construction du Grand Louvre par l'ancien président socialiste), c'est la dimension de loisirs et de recherche de l'excellence sportive qui retient ici l'attention.

Pendant la "dure marche", la production architecturale en RPD de Corée avait nettement ralenti sous l'effet d'une conjoncture économique très défavorable. A la veille de la célébration du centenaire de la naissance du fondateur de la RPDC, le Président Kim Il-sung, en avril 2012, la construction de logements - notamment dans la capitale Pyongyang - a été un des signes les plus tangibles de la reprise économique et de la priorité accordée à l'élévation du niveau de vie de la population. Mais ces changements transparaissent également dans la construction d'un ensemble de complexes sportifs, de loisirs et culturels, figurant en bonne place dans les programmes de visite proposés aux délégations étrangères, et qui témoignent d'une dimension nouvelle des évolutions économiques et sociales en cours tendant à l'avènement d'une société de loisirs.

C'est dans ce contexte que s'inscrit la construction de la station de ski du Mont Masik (ou Masikryong), à 1.528 mètres d'altitude (vidéo ci-dessous), près de la côte orientale de la province de Kangwon, au Sud du pays, et construite en un temps record par l'Armée populaire de Corée - une nouvelle fois mise à l'honneur (dans la poursuite de la politique de Songun), et qui se pose à nouveau comme un acteur économique majeur dans l'effort de modernisation du pays. La volonté de la Corée du Nord de se placer au meilleur niveau mondial en termes d'équipements n'est pas propre au nouveau complexe sportif, puisqu'on la retrouve également dans les équipements d'éducation et de santé, comme en ont témoigné naguère l'inauguration du Palais des études du peuple ou de la Maternité de Pyongyang.


Le choix de construire une station de ski dernier cri a une signification en termes non seulement de loisirs, mais également de priorité accordée aux sports - et en l'occurrence aux sports d'hiver - dans un pays où les palais des enfants, répartis sur l'ensemble du territoire, permettent de sélectionner à un très jeune âge les futurs talents sportifs et culturels. Il y a ainsi fort à parier que le nouveau complexe participera à la formation d'une nouvelle génération d'athlètes nord-coréens qui concourront dans les compétitions internationales. En particulier, l'accent a été porté sur le patinage artistisque (avec la participation aux Jeux de Vancouver en 2010 du champion national Ri Song-chol ou la désignation de Yun Jin-il parmi les sportifs de l'année 2011) et le hockey sur glace avec l'étonnant résultat de l'équipe féminine aux championnats du monde qui se sont déroulés à Strasbourg en avril 2013.

Aux derniers Jeux d'Asie d'hiver, du 30 janvier au 6 février 2011 au Kazakhstan, les sportifs nord-coréens ont obtenu une médaille de bronze grâce à Thae Won-hyok et Ri Jy-hyang en patinage artistique, tandis que Hong Ye-gyong et Choe Min terminaient cinquièmes en danse sur glace (et Ri Song-chol huitième en patinage artistique pour les hommes). En 2003, les athlètes nord-coréens avaient décroché une médaille d'argent et une médaille de bronze, se classant sixièmes au tableau des médailles, dans un palmarès traditionnellement dominé par le Kazakhstan et les autres pays d'Asie du Nord-Est (Corée du Sud, Japon, Chine et, dans une moindre mesure, Mongolie). Comme pour le football, les sports d'hiver correspondent assez nettement, en Asie, à une spécialité du Nord-Est du continent. L'inauguration de la station du Mont Masik répond à un intérêt ancien pour les sports d'hiver, notamment pour des disciplines comme le patinage artistique et les sports sur glace, mais qui se heurtait jusqu'à présent au manque d'équipements dans le domaine du ski.
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