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27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 12:49

La ville sud-coréenne d'Ulsan a décidé de lancer des taxis à hydrogène, tandis que par ailleurs la ville de Gwangju s'est lancée dans un projet de partage de véhicules électriques à hydrogène. L'entreprise Hyundai Motor est à l'origine de ces projets dessinant des alternatives aux voitures à essence, en liaison avec le ministère du Commerce, de l'Industrie et de l'Energie dirigé par Joo Hyung-hwan. 

Des taxis à hydrogène à Ulsan

Les dix premiers taxis électriques à hydrogène d'Ulsan, qui appartiendront à la compagnie Tucson ix, s'inscrivent dans une stratégie de couverture progressive du territoire national par ces véhicules innovants : au premier semestre 2018, Hyundai Motor prévoit que 100 taxis à hydrogène desserviront cinq grandes villes - dont Gwangju, après Ulsan.

Par ailleurs, le projet pilote de partage de véhicules électriques à hydrogène, qui sera lancé à Gwangju, comportera initialement une flotte de 15 véhicules électriques à hydrogène et de 15 véhicules électriques.

Selon Chung Jin-haeng, Président de Hyundai Motor, il s'agit d'encourager une évolution des modes de consommation :

Je souhaite que le peuple expérimente la sécurité et l'écologie des voitures roulant à l’hydrogène.

Source :

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18 septembre 2016 7 18 /09 /septembre /2016 17:10

Au pensionnat de l’Université Kim Il-Sung à Pyongyang, se sont succédés depuis le début des années 1950 des générations d’étudiants originaires essentiellement d’Asie et de Russie soviétique et jusqu’à la fin de l’expérience socialiste, d’Europe de l’Est. Beaucoup plus rares en revanche sont les Occidentaux qui ont eu la chance de venir y étudier et ainsi de partager d’inoubliables moments d’amitié et de fraternité. Nous publions ci-après la première partie du compte rendu du séjour à Pyongyang d’un étudiant français.

Être étudiant occidental à Pyongyang (première partie)

Fondée en 1948, la République Populaire Démocratique de Corée a déjà une longue tradition d’accueil des étudiants étrangers. La réception du 13e Festival Mondial de la Jeunesse et des Étudiants à Pyongyang en 1989 (plus de 20.000 participants !) en a été la démonstration la plus flamboyante mais comme tout festival, fut d’une durée extrêmement courte et ne saurait faire oublier la présence permanente d’étudiants internationaux. L’Université Kim Il-Sung, première université du pays, en accueille le plus grand nombre et c’est dans cette université que j’ai eu l’honneur d’étudier la langue coréenne pendant un semestre.

Venir étudier en République Populaire Démocratique de Corée n’est jamais le fait du hasard. C’est bien sûr l’assurance de bénéficier d’un enseignement de grande qualité mais c’est aussi, pour moi tout du moins, un acte politique et militant.

Les peuples libres et rebelles, ceux qui refusent l’alignement et ont le courage de s’opposer aux États impérialistes, même plus puissants, ceux qui délaissent le modèle capitaliste et font le choix d’un système économique et politique qui leur est propre, ceux-là ont toujours attiré ma sympathie. Venir étudier en RPDC, c’est encore découvrir un pays et un peuple sous un angle radicalement différent de celui rapporté par les journalistes occidentaux, dont les courts passages - encadrés et cloisonnés - ne permettent pas le vécu de l’expérience quotidienne et les interactions sociales que cela engendre. En République Populaire Démocratique de Corée, j’ai rencontré des hommes et des femmes exceptionnels pour qui j’ai la plus grande admiration. Ce sont des gens que j’aime, c’est ma famille, ma deuxième famille.

Il n’est pas utile de s’attarder sur les démarches pour obtenir un visa étudiant pour Pyongyang. Ce n’est pas simple dans la mesure où l’odieuse et injustifiable absence de reconnaissance diplomatique par la France de la RPDC rend tout projet d’échange universitaire particulièrement difficile à établir. Il ne fait pourtant guère de doute que ces échanges permettent une meilleure compréhension mutuelle entre les peuples et favorisent ainsi la paix et le développement. Je tiens à remercier tous ceux qui, tant à Pyongyang qu’à Paris, Coréens ou Français, m’ont permis de réaliser ce semestre d’étude. Je veux particulièrement remercier les autorités de la République Populaire Démocratique de Corée qui, pendant ces 4 mois, m’ont accordé une liberté dont probablement très peu d’étrangers ont pu bénéficier par le passé.

La RPD de Corée étant en guerre depuis plus de 60 ans face aux États-Unis, il n’est guère surprenant que l’étranger invité en RPDC voie ses libertés quotidiennes limitées et ses capacités d’interaction restreintes et ce d’autant plus lorsque l’étranger en question est français et que l’on sait le suivisme de la diplomatie française sur la politique américaine. Pourtant, après deux ou trois semaines d’ « observation », les autorités ont pris conscience que je n’étais ni journaliste ni opposant mais simplement un jeune Français, soutien de la réunification coréenne dans l’indépendance et opposant sincère à toute forme d’impérialisme ou de colonialisme. Cette confiance dont j’ai alors pu bénéficier m’a permis de disposer des mêmes droits - mais aussi des mêmes devoirs - que n’importe quel autre étudiant originaire d’un pays frère.

La fin de l’expérience socialiste au début des années 1990 a marginalisé davantage la RPDC et les échanges culturels et universitaires qui existaient avec les États de l’URSS et les démocraties populaires n’ont semble-t-il pas été renouvelés avec les nouveaux États indépendants d’Europe de l’Est. Il en résulte depuis l’absence - ou alors une présence rare et très épisodique - d’étudiants européens. Aujourd’hui, l’immense majorité des étudiants étrangers à l’Université Kim Il-Sung sont chinois - pour la plupart issus des villes frontalières avec la Corée au Nord-Est de la Chine - et pour une petite minorité, originaires de pays d’Asie du Sud-Est (Laos, Vietnam…). Ces étudiants peuvent être classés en plusieurs catégories :

- les étudiants présents pour un cycle long. Ils ont généralement étudié la langue coréenne 1 ou 2 ans dans leur pays d’origine et ont réussi l’examen d’entrée à l’Université Kim Il-Sung. Ils étudient 4 ans à l’Université Kim Il-Sung et peuvent ensuite rédiger une thèse. Il y a une classe par année d’études avec environ une dizaine d’étudiants pour chaque classe. Certains, très minoritaires, ont appris la langue coréenne à Pyongyang dans un institut préparatoire avant de passer l’examen ;

- les étudiants d’universités « partenaires ». Ils viennent étudier à l’Université Kim Il-Sung grâce à un partenariat avec leur université d’origine. La durée d’étude dépend du partenariat mais est généralement de quelques mois (c’est le cas d’étudiants chinois) ou parfois quelques semaines (des étudiants russes par exemple) ;

- les étudiants « invités ». C’est mon cas. La durée d’étude dépend des modalités convenues avec l’Université Kim Il-Sung. Quatre mois dans mon cas. J’ai lu qu’un étudiant anglais y avait étudié 2 mois il y a quelques années et s’est depuis attribué, avec beaucoup de rapidité, le titre de « premier étudiant occidental à avoir étudié à l’Université Kim Il-Sung ».

Quelle que soit leur catégorie d’origine, tous les étudiants internationaux étudient au même étage du bâtiment des sciences sociales de l’Université Kim Il-Sung. Cependant, il n’y a jamais de mélange entre les catégories. Par exemple, les étudiants du cycle long ne sont jamais mélangés avec les étudiants d’universités partenaires, même si le niveau est parfois équivalent. Primo débutant, je partageais la même classe qu’une étudiante chinoise.

La langue coréenne est le seul domaine d’étude accessible aux étudiants étrangers à l’Université Kim Il-Sung. Il est particulièrement intéressant de l’étudier à Pyongyang et plus généralement en RPDC car c’est là qu’est parlé le coréen traditionnel. Au contraire, la langue coréenne pratiquée au sud a depuis longtemps été transformée par l’influence de l’Anglais du fait de l’occupation militaire des États-Unis et de son omniprésence sur la sphère culturelle.

Les cours ont lieu le matin, du lundi au samedi. Ils consistent en deux ou trois cours de 1h30 tous les jours, sauf le samedi ou il n’y a qu’un seul cours. Les cours commencent à 8h mais il est requis d’être dans la salle de classe un quart d’heure avant.

Du fait de mon niveau débutant, la première semaine de cours après mon arrivée fut consacrée à la prononciation. Puis, pendant près de 2 mois, j’ai reçu des cours de grammaire. Les deux derniers mois, j’ai bénéficié de cours de lecture/écriture ainsi que de conversation. Les étudiants de première année n’ont que des cours de conversation et de lecture/écriture mais aussi d’anglais. Les étudiants des années suivantes ont des cours supplémentaires en géographie, histoire, informatique mais il s’agit, il me semble, de supports à l’étude de la langue coréenne. Tous les étudiants ont des cours de sport dans les magnifiques installations de l’Université Kim Il-Sung : terrains de football ou de basket mais surtout la très moderne piscine inaugurée il y a quelques années par le Grand Dirigeant Kim Jong-Il, lui-même ancien étudiant de l’Université Kim Il-Sung.

En RPDC, le Professeur bénéficie d’un statut très élevé. À l’entrée et à la sortie du Professeur dans la classe, les étudiants se lèvent et s’inclinent. Lorsque l’étudiant s’adresse au Professeur, il est d’usage d’employer la forme grammaticale la plus élevée en langue coréenne. Si tous les étudiants étrangers respectent ces règles, j’ai parfois eu le sentiment que c’était assez inhabituel pour les étudiants chinois, peut être habitués à plus de familiarités. Pour un étudiant français, c’est aussi un peu déconcertant au début. Réciproquement, il ne fait guère de doute que les Professeurs sont parfois surpris par le comportement des étudiants étrangers, lesquels ne portent pas d’uniformes au contraire des étudiants coréens, s’autorisent parfois quelques bavardages pendant la classe ou fument dans les toilettes pour certains… Mais dans l’ensemble, il n’y a guère de difficultés et tant les étudiants étrangers que les Professeurs coréens s’enrichissent de ces différences culturelles.

J’ai pu bénéficier des enseignements de quatre professeurs pendant mon semestre d’étude. Chacun d’entre eux, à leur manière, m’ont marqué par leur gentillesse et leur disponibilité à mon égard. Ils sont exigeants mais justes et placent beaucoup d’espoir dans les progrès de leurs élèves. Il ne fait aucun doute qu’ils ont été sélectionnés sur la base de leurs capacités pédagogiques d’une part mais aussi, par leur capacité à faire comprendre la culture coréenne.

S’ils sont tous des modèles de l’esprit révolutionnaire, à aucun moment je n’ai reçu un quelconque embrigadement ou endoctrinement de leur part. Si l’étude de la langue avait parfois pour support des exemples tirés de la vie du Président Kim Il-Sung et du Grand Dirigeant Kim Jong-Il ou de leurs Œuvres, il n’y a jamais eu de volonté de me convaincre ou de m’influencer. Nul besoin en vérité, les Coréens connaissant le respect qui est le mien pour l’œuvre et la pensée de leurs Dirigeants. Ce respect, c’est celui que l’on doit à la culture du pays dans lequel on est invité. À ce titre, comme tous les étudiants, c’est tout naturellement que nous nous inclinions avec respect et diligence devant les statues du Président Kim Il-Sung ou du Grand Dirigeant Kim Jong-Il.

Tous les étudiants étrangers partagent, il me semble, une immense fierté de pouvoir étudier dans la plus prestigieuse université de RPDC. Aussi, à notre manière, par notre présence, nous exprimons notre soutien et notre solidarité envers le peuple coréen qui subit chaque jour les difficultés engendrées par les embargos et l’agitation belliqueuse du Sud et de ses alliés.

Le pensionnat pour les étudiants étrangers est situé dans une rue adjacente de l’Université Kim Il-Sung. L’emplacement n’a jamais changé mais il y a eu quelques rénovations depuis l’origine. Des travaux sont d’ailleurs actuellement en cours dans le cadre de l’immense chantier de « la Rue du Futur », ensemble de gratte-ciel ultra modernes qui devraient être inaugurés au début de l’année 2017. Pour cette raison, environ 1 mois après mon arrivée, nous avons dû déménager pour un petit hôtel du centre-ville.

Au rez-de-chaussée du pensionnat, à droite du hall, au milieu du couloir, il y a un salon de coiffure (et une excellente coiffeuse au passage !). Au fond du couloir, un petit magasin ou les étudiants peuvent acheter des produits de dépannage : shampooing, petits gâteaux, jus de fruits, nouilles instantanées ou saucisses sèches…. De l’autre côté du hall d’entrée, à gauche cette fois, un restaurant public qui, comme la plupart des restaurants en RPDC, dispose d’une télévision pour les karaokés. Il y a aussi une salle de sauna, dont l’entrée est gratuite pour les étudiants le mercredi. Toujours au rez-de-chaussée mais accessible seulement depuis un escalier situé au premier étage, il y a la cantine des étudiants. C’est une grande salle avec des tables de 5 ou 6 places. La cuisine est séparée de la salle à manger par un mur et il faut mettre son plateau dans une petite lucarne pour recevoir les plats. Plusieurs plats à chaque repas (poisson, poulet, légumes…) déposés dans des petites assiettes mais toujours l’incontournable kimchi et du tofu. Un grand plat de riz est disposé sur chaque table. La nourriture est bonne et copieuse et les cuisinières toujours très gentilles avec les étudiants.

Au premier étage, c’est l’étage des filles. Au début de leur couloir, des journaux coréens à libre disposition. Il y a bien sûr le Rodong Sinmun (Journal des Travailleurs), quotidien édité par le Parti du Travail de Corée. Il y a aussi le Pyongyang Times, hebdomadaire, qui avait pour moi l’avantage d’être écrit en anglais. Mais ma principale source d’information, c’était bien sûr la télévision et les journaux télévisés du soir. Le dimanche soir, le journal des informations internationales permet d’être informé des actualités du monde. J’ai ainsi pu apercevoir les manifestations contre la réforme de la loi du travail en France, des images des inondations en région parisienne ou encore des attentats commis en Europe. Le journal des actualités internationales est précédé par le journal international des sports qui accorde une large place au Championnat d’Angleterre de football et qui m’a aussi permis de suivre - avec quelques jours de retard - le déroulement de la Coupe d’Europe de football en France.

Au deuxième étage, c’est nous les garçons. Au milieu du couloir, une table de ping-pong qui donne lieu à d’interminables parties. Difficile de concurrencer les étudiants chinois, qui ont pour beaucoup un excellent niveau. Mais le seul joueur imbattable, c’est le Professeur Ri, surveillant et responsable du pensionnat. Très charismatique, il est apprécié de tous les étudiants et dispose de l’autorité naturelle nécessaire au respect de l’ordre dans le pensionnat (et notamment au deuxième étage…).

Il y a deux lits par chambre mais les étudiants qui restent plusieurs années font parfois le choix de vivre seuls. Chaque chambre est identique : deux lits, deux armoires, deux bureaux, une télévision… Cependant, certains étudiants rapportent de leur pays d’origine ou achètent sur place du mobilier supplémentaire ainsi que des fournitures (plus grande télévision, petit frigo…) pour améliorer leur quotidien. Certains étudiants sont devenus des spécialistes de la cuisine en chambre et rivalisent dans la préparation du meilleur hot pot.

Il y a une grande salle de bain à chaque étage. Composée de W.C (de type asiatique) et de lavabos dans lesquels on peut faire notre toilette le matin et le soir. C’est assez rudimentaire mais pas incroyable. Les travaux en cours devraient par ailleurs améliorer les choses pour les futurs étudiants. La vie au pensionnat de l’Université Kim Il-Sung m’a rappelé mes années de pension au lycée...

Le troisième étage du pensionnat n’est pas habité. Dans une pièce, des vieux livres scolaires y sont entassés ainsi que les objets oubliés des anciens étudiants. Lors du déménagement pour l’hôtel du fait des travaux, j’ai eu l’occasion de jeter un coup d’œil aux vieux cahiers, habits et objets laissés par les étudiants qui nous ont précédés. Je n’ai plus aucun doute que des étudiants occidentaux, d’Europe de l’Ouest, sont venus étudier à l’Université Kim Il-Sung il y a quelques décennies.

Une petite dizaine d’étudiants coréens - souvent étudiants en langue étrangère - vivent avec les étudiants étrangers et partagent les mêmes chambres. Cette proximité favorise la création d’amitiés nouvelles, placées sous le signe de la fraternité internationale, mais aussi une meilleure compréhension mutuelle. Ainsi, deux Coréens, un garçon et une fille (appelons les Pierre et Jeanne), étudiants en langue Française à l’Université Kim Il-Sung, m’ont accompagné tout au long de mon séjour d’étude. J’ai partagé la même chambre que Pierre pendant tout le semestre. S’ils avaient au départ un rôle de « guide », ils sont très vite devenus des amis et je les considère maintenant comme mon petit frère et ma petite sœur.

Pierre et Jeanne m’ont beaucoup aidé et notamment à mon arrivée à Pyongyang. Comme je ne parlais pas du tout coréen, ils ont été pour moi d’une gentillesse infinie et d’un soutien immense. Primo-débutant en langue coréenne à mon arrivée, chaque soir dans ma chambre, Pierre et Jeanne mais aussi des étudiants chinois ou laotiens venaient m’aider pour les devoirs. J’en profite pour les remercier de nouveau pour l’immense patience dont ils ont fait preuve à mon égard.

Pierre et Jeanne m’ont impressionné par leur maîtrise impeccable de la langue française mais aussi par la connaissance de notre culture, de notre histoire. À ma plus grande honte - mais aussi à mon plus grand étonnement - ils connaissent des pans entiers de l’histoire de France que j’avais vaguement étudiés au collège et complètement oubliés depuis. De même, leur connaissance encyclopédique de la littérature française m’a beaucoup surpris. Ils m’ont par exemple fait découvrir des auteurs français que j’ignorais jusqu’alors comme par exemple Jules Romain. S’ils m’ont parfois demandé de l’aide pour des rédactions en littérature, je suis vite devenu l’élève et eux les professeurs. Au mieux ai-je pu parfois les aider pour la correction de quelques rares fautes d’orthographe et syntaxiques.

J’ai pu rapidement feuilleter leurs cahiers de cours et certaines périodes sont étudiées plus en détail (la Révolution Française par exemple) et certains personnages (Robespierre, Danton…) ou auteurs (Zola, Balzac…) sont particulièrement mis en avant.

A suivre…

O de N, pour l’AAFC

Être étudiant occidental à Pyongyang (première partie)
Être étudiant occidental à Pyongyang (première partie)

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17 juillet 2016 7 17 /07 /juillet /2016 19:02

Attaché scientifique à la Cité des sciences et de l'industrie, Pierre Ricono s'est spécialisé dans les médecines asiatiques dites traditionnelles : auteur notamment d'un ouvrage sur la médecine tibétaine, il a publié en mai 2016, aux éditions Grancher, un ouvrage extrêmement didactique et éclairant sur la médecine coréenne, l'une des médecines traditionnelles les plus élaborées d'Asie de l'Est et qui cohabite en bonne harmonie avec la médecine occidentale au pays du Matin calme.

Les médecines traditionnelles ont mauvaise presse en Occident, les laboratoires pharmaceutiques du "Big Pharma" jouant en ce domaine un rôle fondamental pour vilipender des procédés qui ne génèrent pas suffisamment de profits.
Pourtant, en Corée, la médecine traditionnelle (en anglais, traditional Korean medicine, TKM) a fait ses preuves : après avoir été accueilli dans le laboratoire du Docteur Han Dong-han à Séoul (qui a préfacé son livre), Pierre Ricono donne quelques chiffres éloquents qui suffiraient à prouver, si besoin était, que le perfectionnisme coréen a investi avec succès une médecine ancienne de plusieurs milliers d'années, profondément ancrée dans le patrimoine national après avoir fait l'objet d'une sévère répression pendant la colonisation japonaise (1910-1945), et aujourd'hui clairement distincte de la médecine chinoise :

- en Asie du Nord-Est, la Corée du Sud qui compte une proportion plus élevée de tradipraticiens (15 %) que la Chine (13 %) et le Japon (seulement 1 %) ;

- elle est dispensée dans 11 universités privées, et donne lieu désormais à un cursus universitaire analogue à celui de la médecine conventionnelle ;

- 86 % de la population sud-coréenne recourt régulièrement à la médecine coréenne traditionnelle, cette proportion étant probablement encore plus élevé au Nord de la péninsule où, observe Pierre Ricono, "la médecine traditionnelle - ou Koryo - est si intégrée au système national de santé que les soins de TKM et les soins de médecine conventionnelle sont dispensés dans les mêmes établissements".

Dressant l'historique de la médecine coréenne, Pierre Ricono met l'accent sur la médecine traditionnelle la plus développée en Corée, la médecine dite Sasang (littéralement, les quatre - sa - constitutions - sang) qui adapte le traitement en fonction de la constitution du patient. La médecine constitutionnelle Sasang (SCM) est inspirée de la philosophie Sasang, comme l'explique Pierre Ricono :

La philosophie Sasang organise et classe tous les phénomènes, y compris l'énergie, la matière de l'univers, la vie et le vivant, à travers une boussole à quatre axes, quatre habitus : l'activité humaine, l'esprit (caractère), le corps (forme et constitution physique) et la matière (constituants, biologie, physiologie). La théorie Sasang établit les êtres humains sur deux niveaux : l'esprit et le corps. L'esprit est ensuite subdivisé en quatre expressions : la disposition innée de sa nature émotionnelle (seong-jeong) s'exprime en douleur, colère, joie et contentement (plaisir). Le corps est lui aussi divisé en quatre systèmes en considérant les quatre principaux organes : les poumons, la rate-pancréas, le foie et les reins. Cette théorie quaternaire systémique forme le contour de l'étude de la physiologie et de la psyché humaine par la SCM.

La médecine constitutionnelle Sasang est notamment issue des travaux de Lee Jema, auteur en 1893 du Dongui Susebowon, ouvrage classique réédité à de multiples reprises (1911, 1913, 1921, 1936, 1941 pour les sept premières éditions, avec celle de 1893). Lee Jema répartit les individus en quatre types, en s'inspirant du yin (ou eum) et du yang : le grand yang (tae-yang), le grand eum (tae-eum), le petit yang (so-yang), le petit eum (so-eum).

Pierre Ricono permet ensuite aux lecteurs de se situer dans l'une de ces quatre catégories, sur la base de questionnaires, avant de décliner une approche globale en fonction du type dont chacun relève - nous parlons bien d'approche globale dans la mesure où elle n'est pas seulement médicale (préserver la santé), mais a aussi des implications sociales (contrôle des émotions) et comportementales (exercices physiques, pratiques alimentaires - y compris tisanes et thés médicinaux) avant une approche en termes de pharmacopée et de thérapies externes (bains coréens, ventouses, moxibustions, acupuncture, massage).

L'ABC publié par Pierre Ricono aux éditions Grancher est, manifestement, l'ouvrage de référence le plus à jour sur la médecine coréenne en langue française.

Références auprès de l'éditeur :

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19 juin 2016 7 19 /06 /juin /2016 15:42

Le 14 octobre 2015, la délégation de l'Association d'amitié franco-coréenne (AAFC) en déplacement à Pyongyang a visité la brasserie Taedonggang. Nous publions ci-après un compte rendu de cette visite par l'un des membres de la délégation de l'AAFC, Pierre Beltante, par ailleurs président du foyer rural de Tousson, en Seine-et-Marne. Pierre Beltante apporte un éclairage technique extrêmement éclairant sur l'une des plus célèbres brasseries nord-coréennes, dont le matériel est d'origine britannique... Avis aux brasseries intéressées par une coopération avec la brasserie Taedonggang, pour faire connaître une bière coréenne de qualité !

Vue extérieure de la brasserie Taedonggang (photo : AAFC)

Vue extérieure de la brasserie Taedonggang (photo : AAFC)

Lors du voyage en Corée organisé par l’AAFC, nous avons pu visiter la brasserie Taedonggang où nous avons été accueillis par M. Ham Hyong-chol, directeur de la qualité. Ses explications ont été traduites par notre guide Mme Jong  Un-a.

La brasserie Taedonggang a été construite avec du matériel anglais acheté dans une très ancienne brasserie fermée, Ushers  à Wiltshiretown of Trowbridge datant de 1824 !  Entièrement démontée et numérotée par une équipe d’ouvriers coréens, elle a été transportée par bateau. La reconstruction dans la banlieue de Pyongyang  a duré un an. Elle a été très suivie par le leader Kim Jong-il. 

Le maître brasseur anglais Peter Ward, de la brasserie Thomas Hardy, a également apporté sa contribution à l’installation du matériel. Il a témoigné de sa satisfaction tant dans le travail des ouvriers et des techniciens coréens que du résultat des premiers brassins nous précise M. Ham.
La production de bière  a démarré  en février 2002. Le Leader Kim Jong-il est venu visiter la brasserie en activité le 17 juin 2002 et a donné des instructions pour augmenter la production et la qualité des bières. Il a été décidé d’ajouter une malterie à la brasserie et celle-ci a été mise en route rapidement au mois de novembre 2002 avec l’installation de machines allemandes.

Comme dans toutes les brasseries, une agréable senteur de malt est présente et embaume cette visite, je ne suis pas donc dépaysé. Une odeur qui flatte les sens ici comme en France, sorte de communion internationale s’il en est.

Pierre Beltante, Jong Un-a et Ham Hyong-chol (photo : AAFC)

Pierre Beltante, Jong Un-a et Ham Hyong-chol (photo : AAFC)

On y trouve les cuves d’empâtage (30 kg à 40 kg de malt par litre / 70hl), une cuve de filtrage et une cuve d’ébullition (70 hl) puis un circuit de refroidissement rapide à 8° avant de remplir les cuves de fermentation cylindro-coniques réfrigérées.  Un circuit des plus classiques dans une grande salle carrelée se montre à nous avec un matériel conforme à une brasserie industrielle qui brasse jusqu’à 6 fois par jour et toute la semaine. La production annuelle tourne autour de 40 à 70 millions de litres.

Les opérations sont très automatisées et dirigées par un ordinateur central et quelques opérateurs. Le niveau technique de la production a reçu le certificat ISO 9001. Il est certain pour cela que le matériel d’origine a été complété et modernisé depuis 2002. De ce point de vue, les brasseurs coréens se montrent très compétents et ingénieux pour utiliser toutes les capacités de ce matériel d’âge vénérable.

Le houblon est coréen et l’orge vient des provinces du Sud principalement, mais de l’orge australienne complète l’approvisionnement.  Cette orge est maltée à la brasserie. A quand l’orge de brasserie du Gâtinais français et de Tousson ?

La brasserie en utilise 5000 tonnes par an. Les brasseurs coréens  sont demandeurs d’aide pour découvrir les différentes sortes de houblon et leur culture mais aussi d’échanges techniques sur les manières de brasser. 

La brasserie Taedonggang est motivée par ces échanges professionnels avec les brasseurs français et l’association AAFC facilitera, à la hauteur de ses moyens, ces contacts professionnels… 

Installations de la brasserie Taedonggang (photos : AAFC)

Installations de la brasserie Taedonggang (photos : AAFC)

Dans le brassage,  la matière première est fonction des approvisionnements et son utilisation en Corée est différente de ce que l’on connaît en France en raison de la quantité de céréales disponibles. Il est vrai que dans les grandes brasseries artisanales françaises (citons la brasserie de Saint Germain ou encore la brasserie Rabourdin), il est courant d’utiliser une importante quantité de malt de provenances diverses, de France, d’Europe et même de plus loin, selon les recettes. 

La brasserie Taedonggang  doit compenser cette difficulté à la fois de la qualité et de la quantité disponibles des orges de brasserie. C’est pourquoi est ajouté de l’oxygène purifié pour aider la levure (8 à 40 mg/litre), qui triple ainsi de cette façon et elle peut travailler tout le brassin à sa disposition. Il y a donc un travail technique très pointu pour obtenir des levures une fermentation correcte la plus complète possible et obtenir des goûts différents. Il y a des levures qui « montent » et d’autres qui « descendent » au cours de la fermentation, précise M. Ham.  Les premières donnent des goûts tendant vers le fruité et les secondes des saveurs plus sèches. 

La brasserie propose 7 types de bières différentes, blonde, ambrée et brune, ainsi qu’une bière de riz,  mais elles ne portent pas de nom, ce qui est un peu déroutant.  Le taux d’alcool est autour de 5° et des indications comme  11° ou 12° correspondent à la quantité de malt utilisée.

La salle d’embouteillage ressemble à toutes les salles d’embouteillage des grandes brasseries, avec ses bruits caractéristiques de tintements de verrerie.  Le personnel est étonné, voir amusé de nous voir ici et témoigne souvent de petits gestes amicaux.

La production est principalement destinée aux débits de boissons locaux qui sont plutôt nombreux,  aux épiceries, boutiques d’hôtels  et supermarchés. Ces derniers sont en plein développement dans divers quartiers de la capitale et sont bien approvisionnés.  Et les bars à bières gérés par la brasserie Taedonggang  sont en plein essor avec des enseignes qui les distinguent dans les avenues de la capitale. Ils sont ouverts aux Pyongyangais comme aux étrangers de passage. Outre la bière Taedonggang, on y déguste aussi les bières de la brasserie Ryongsang qui se déclinent en plusieurs qualités.

Il est possible que quelques cartons soient exportés, particulièrement à Berlin semble-t-il. En effet, les relations diplomatiques avec l’Allemagne sont très développées,  ce qui n’est, hélas, pas le cas de la France.  Des suggestions ont été tentées auprès de quelques importateurs décalés … mais la mode hexagonale, particulièrement parisienne, est aux bières style India Pale Ale, c'est-à-dire fortement houblonnées. Il faudra attendre.

Salle d'embouteillage de la brasserie Taedonggang (photo : AAFC)

Salle d'embouteillage de la brasserie Taedonggang (photo : AAFC)

Pour les amateurs français curieux de cette mousse inconnue, elle est selon notre dégustation, proche des pils allemandes – certains évoquent aussi des ales anglaises…  j’ai trouvé une ressemblance  avec la Kölsch par sa douceur et sa finesse. Très classique et réussi pour ce type de bière. Bien sûr,  nous sommes un peu loin de la mode des IPA qui font fureur chez nous, et encore plus loin des vieillissements en fûts de second remplissage, cognac, whiskies, vins etc.  Mais ce ne saurait tarder,  les micros brasseries sont présentes dans les grands hôtels, une taille qui pourrait permettre des brassins collaboratifs ce qui n’est guère possible avec la dimension industrielle de la brasserie Taedonggang par exemple. Les Coréens sont curieux et passionnés et ce serait vraiment heureux de rassembler ces compétences dans un brassin de l’amitié. En effet, les brassins collaboratifs se développent parmi les brasseries artisanales françaises et les micros brasseries permettraient d’aller dans ce sens. Une piste à creuser.

Nous avons goûté une pils particulièrement fine et rafraîchissante pour terminer cette visite très intéressante qui témoigne de la maîtrise des ingénieurs et ouvriers de la brasserie Taedonggang. 

Au cours de ce moment de convivialité, j’ai remis à M. Ham quelques bières artisanales françaises. Un choix cornélien imposé par le poids des bagages : La Véliocasse, bière au miel de la Brasserie du Vexin (Ile de France), La Ch’ti blonde et triple de la Brasserie Castelain (Nord), la Telenn Du, bière bio au blé noir de la Brasserie Lancelot (Bretagne), la Carnutes triple de la Brasserie des Carnutes (Centre) et l’Anosteke India Pale Ale de la Brasserie du Pays Flamand (Nord). 

J’ai rapporté deux bières différentes trouvées dans le magasin de notre hôtel, l’une de la brasserie Taedonggang (étiquette verte) et l’autre de la brasserie Ryongsong (étiquette blanche).  Pour cette dernière voici ce qu’en dit M. Gilbert Delos, le président des Amis de la Bière Ile de France : « Couleur ambrée pâle, mousse blanche, bulles moyennes à grosses. Nez céréalier, sur le biscuit et la levure. De la fraîcheur en bouche, avec une agréable finesse. Arômes fondus sur la céréale maltée, avec petites notes de caramel et de noisette. De la douceur sans amertume notable. Agréable et désaltérante de par sa légèreté, avec peu d’originalité au total. » Il faut sans doute comprendre par peu d’originalité, le côté standard en regard des innovations des brasseries artisanales auxquelles nous sommes habitués.
La Corée n’a pas fini de nous surprendre question bières puisqu’une brasserie récente s’est ouverte dans la zone portuaire de Rason avec l’aide d’une brasserie tchèque.

 

A la découverte de la brasserie Taedonggang de Pyongyang

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12 mars 2016 6 12 /03 /mars /2016 19:40

Sensation en Corée : en remportant les trois premières manches (qui en compte cinq) du duel qui l'oppose au champion du monde du jeu de go, le Coréen (République de Corée) Lee Se-dol, le programme d'intelligence artificielle AlphaGo, mis au point par DeepMind de Google, est assuré de permettre la victoire de l'ordinateur sur l'homme dans un jeu de réflexion (appelé paduk ou baduk en Corée) très populaire en Asie de l'Est. Mais avant AlphaGo, d'autres programmes d'intelligence artificielle avaient déjà fait merveille dans le domaine du jeu de go - dont l'un, Eunbyul, avait été développé par la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord), comme l'a rappelé le quotidien français Libération.

Lee Se-dol lors du troisième match qui l'oppose à AlphaGo, à l'hôtel "Four Seasons" de Séoul

Lee Se-dol lors du troisième match qui l'oppose à AlphaGo, à l'hôtel "Four Seasons" de Séoul

Lee Se-dol est un pur produit de l'excellence coréenne en jeu de go : passé professionnel dès l'âge de 12 ans, le champion du monde en titre compte 18 titres internationaux à son actif. Mais il aura été battu par l'ordinateur AlphaGo, la perte de la troisième manche (le jour de son dixième anniversaire de mariage !), le 12 mars 2016, scellant sa défaite lors de ce face-à-face historique - dont le cinquième et dernier match aura lieu le mardi 15 mars 2016.

Dans le domaine du jeu de go, l'intelligence artificielle a toutefois été développée de longue date : c'est en 1968 que l’Américain Alfred Zobrist a mis au point le premier ordinateur capable de battre un débutant.

Longtemps, l'un des meilleurs programmes pour débutants a été Eunbyul (littéralement, "Etoile d'argent"), créé en 1996 par le Centre informatique de Corée à Pyongyang, quelques années seulement après une irruption remarquée de la RPD de Corée dans les compétitions mondiales de jeu de go, à la faveur de sa popularisation par les Coréens originaires du Japon. En 1992, Moon Yong-sam est devenu le premier Nord-Coréen à participer au Championnat du monde amateur - les Nord-Coréens ne comptant pas de joueurs professionnels. Puis, en 2006, un Sud-Coréen en a acheté les droits d’importation pour le commercialiser dans le Sud de la péninsule, à une époque - pas si lointaine - où les échanges économiques et humains entre les deux Corée n'avaient pas encore été bannis par les conservateurs sud-coréens, revenus au pouvoir à Séoul en 2008. 

Actualisation 15 mars 2016 : AlphaGo a remporté le duel sur le score de 4-1.


Sources :

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21 janvier 2016 4 21 /01 /janvier /2016 00:16

Alors qu'une législation antiterroriste est actuellement en discussion en République de Corée (Corée du Sud), il y a maintenant un an, en janvier 2015, que les médias sud-coréens faisaient état du premier ressortissant de la République de Corée à avoir rejoint les rangs de l'Organisation Etat Islamique (OEI). Mais qu'en est-il exactement des djihadistes sud-coréens ?

Ces djihadistes sud-coréens qui choquent la société coréenne

Agé de 18 ans, le premier Sud-Coréen qui aurait rejoint les rangs de Daech - en Syrie, via la Turquie - aurait été tué à l'automne dernier lors d'un bombardement américain.

Mais il ne serait pas le seul Sud-Coréen à avoir choisi la voie du djihad : selon la commission du Parlement sud-coréen chargée du renseignement, ce sont 10 Coréens qui, au Sud de la péninsule, auraient cherché à rejoindre l'OEI ou à entrer en contact avec ses combattants. Ces informations sont toutefois à prendre avec la plus grande précaution, car elles émanent de l'agence nationale de renseignement (NIS) dont la réputation est lourdement entachée par les scandales de corruption et de collusion politique avec les conservateurs, et à la fiabilité mise en doute par son incapacité à disposer d'informations fiables sur la Corée du Nord.

Quoi qu'il en soit, deux Sud-Coréens auraient été par ailleurs appréhendés alors qu'ils cherchaient à rejoindre Daech, et un Indonésien vivant dans le pays était lié à une autre organisation islamique, le Front Al-Nosra.

Si ces ralliements sont marginaux, ils n'en suscitent pas moins une réelle stupeur dans une société sud-coréenne qui tend à se targuer de son homogénéité sociale et culturelle, malgré la présence accrue de travailleurs étrangers originaires, notamment, du sous-continent indien, et le nombre croissant de mariages mixtes.

Source principale :

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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 23:41

Ancien journaliste, Chang Kang-myoung a raconté dans son dernier roman devenu un best-seller Pourquoi je déteste la Corée l'histoire d'une jeune fille de 20 ans représentative de la génération "Hell Choseon" (littéralement : la Corée c'est l'enfer) qui exprime le profond malaise d'une jeunesse sud-coréenne contrainte à des sacrifices plus grands que ses aînés, sans perspective d'ascension sociale dans une société restée très hiérarchique et autoritaire. Nous publions ci-après des extraits d'un entretien donné par Chang Kang-myoung au journal Libération.

"Parce que je déteste la Corée" : une description de la génération "Hell Choseon" par Chang Kang-myoung

Dès leur plus jeune âgé, les Coréens sont soumis à des exigences de réussite sociale, scolaire puis professionnelle, dans une société ultra-compétitive qui laisse beaucoup au bord de la route, créant un profond sentiment de découragement. S'ajoute un fossé générationnel avec leurs parents, alors que les jeunes arrivent sur un marché du travail désormais marqué par la perspective du chômage et, plus encore, du travail précaire :

Pour moi qui ai 40 ans, ce n’est ni un paradis ni un enfer. J’aime mon pays. Mais les jeunes, eux, sont découragés, en colère et perdus. Ils ne voient plus la Corée comme une terre d’opportunité. Ils sont confrontés pour la première fois au chômage, à un marché du travail rigide où l’on a, d’un côté, des élites hyperprivilégiées et, de l’autre, des travailleurs irréguliers, mal payés et sans filet de protection sociale. Et comme le pays s’est développé à une allure fulgurante entre les années 60 et 80, le fossé générationnel entre les jeunes et leurs parents est particulièrement prononcé. Non seulement ils ont une situation plus précaire que leurs aînés, mais il y a un décalage assez dur à vivre, pour eux, entre ce qu’on leur fait miroiter pendant leurs études et la réalité de la société sud-coréenne. A l’école, on les encourage à devenir des leaders mondiaux, à apprendre l’anglais et à penser mondialement. Mais quand ils arrivent dans la vie active, ils se heurtent à une société encore très hiérarchisée, conservatrice et, à bien des égards, encore autoritaire.

Un des mérites - et qui n'est pas le moindre - de Chang Kang-myoung n'est pas seulement de décrire les clivages d'une société - entre les plus jeunes, désabusés, et les plus âgés voyant dans l'accélération de la croissance économique la solution à tous les problèmes ; entre des appels à la révolte et des discours a contrario moralisateurs sur la chance qu'auraient les jeunes Sud-Coréens de vivre dans une société de loisirs ; entre les conservateurs qui croient au rôle fondamental des conglomérats, les chaebols, et les progressistes qui vouent aux gémonies ces mêmes chaebols. Chang Kang-myoung propose aussi de revoir des façons de penser qui, comme la langue, touchent à l'identité même des Coréens - alors que, comme il le rappelle, la Corée est un pays complexé par son histoire, où le sentiment de fierté patriotique est ainsi très fort :

Dans les années 90, l’économie se portait toujours bien et nous avions obtenu la démocratie ; c’était probablement la meilleure période de notre histoire récente. Aujourd’hui, l’économie ne croît plus et nous devons l’accepter. Je pense que même sans croissance, nous pourrions régler beaucoup de nos problèmes en instaurant une société moins hiérarchisée et basée sur le respect mutuel.

[question du journaliste] Comment y parvenir ?

Je pense tout d’abord que tout le monde devrait utiliser la forme honorifique pour s’adresser aux autres, peu importe l’âge ou la position sociale [la langue coréenne est codifiée en plusieurs niveaux de formes honorifiques et de politesse en fonction de l’âge et du statut social de l’interlocuteur]. On devrait abandonner ces vieilles manières confucéennes dont nous sommes si fiers.

Certains se demanderont si ces interrogations sont propres à la Corée. Probablement pas, mais elles prennent un relief particulier dans une société dont les valeurs cardinales sont toujours - entre autres - le confucianisme, le respect de l'autorité et l'idée d'une exemplarité nationale (chaque Coréen est dépositaire d'une image de son pays). En ce sens, la difficulté des Sud-Coréens à accepter leurs propres minorités - qu'elles soient politiques, ethniques ou sexuelles - s'inscrit dans un processus qui tend à gommer les différences et, in fine, à privilégier le groupe et à écraser l'individu, et donc à générer du mal-être social.

Lire l'interview complète à cette adresse :

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25 décembre 2015 5 25 /12 /décembre /2015 18:02

Alors qu'une délégation de 150 bouddhistes sud-coréens s'est rendue en novembre 2015 au temple Singyesa, au Nord de la péninsule, des délégations de catholiques sud-coréens ont également visité récemment  la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) : après qu'une douzaine de membres de l’Association des prêtres catholiques pour la justice (CPAJ) eurent célébré à Pyongyang, le 23 octobre 2015, une messe pour la réunification des deux Corées, une délégation de quatre évêques et treize prêtres de la République de Corée (Corée du Sud) s'est rendue en RPD de Corée début décembre 2015, ayant abouti à un accord pour que des prêtres sud-coréens puissent célébrer la messe au Nord à l'occasion des grandes fêtes liturgiques.

Le cardinal André Yeom Soo-jung, archevêque de Séoul, est aussi administrateur apostolique de Pyongyang.

Le cardinal André Yeom Soo-jung, archevêque de Séoul, est aussi administrateur apostolique de Pyongyang.

Le cardinal André Yeom Soo-jung a des raisons de se réjouir : la visite en Corée du Nord de quatre évêques et treize prêtres sud-coréens, début décembre 2015, est l'aboutissement de discussions engagées depuis 2000, date du premier sommet intercoréen. Ce déplacement représente une avancée importante en ce sens. Pour le cardinal,

 

Nous avons négocié avec la Corée du Nord pendant plus de dix ans dans l’espoir d’envoyer des prêtres de Séoul s’occuper de la vie religieuse des croyants de Corée du Nord. Nous faisons actuellement de notre mieux pour parvenir à un accord sur la question. J’espère que la récente visite pourra représenter le point de départ d’un nouvel accord.

La délégation catholique en RPD de Corée a célébré la messe dans la cathédrale Changchung, en présence, selon le quotidien La Croix, de 70 laïcs nord-coréens.

Selon Radio Vatican, citant la conférence des évêques catholiques de Corée, un accord a été conclu afin que des prêtres sud-coréens aillent régulièrement RPD de Corée pour célébrer des offices lors des principales fêtes religieuses. La première visite est prévue à l'occasion de Pâques, en mars 2016. Radio Vatican a salué "un signe d'apaisement important".

Une autre question, qui semble en revanche encore en discussion, est que des prêtres sud-coréens puissent aussi administrer les sacrements au Nord de la péninsule, où la communauté catholique est estimée à 3 000 fidèles.

Alors que les rencontres interreligieuses représentent traditionnellement un canal essentiel du dialogue Nord-Sud intercoréen, l'Eglise catholique de Corée du Sud, qui a toujours défendu les partisans de la démocratie, bénéficie d'une image progressiste et est ouverte à la réunification. Lors de sa visite en Corée du Sud en août 2014, le pape François avait appelé au pardon et à l'union entre tous les Coréens.

En mars 2013, l'Association des catholiques de RPD de Corée avait adressé un message de félicitations au pape François - ce qui était un signe que l'élection du nouveau souverain pontife était de nature à favoriser la reprise du dialoque.

Lire aussi, sur le blog de l'AAFC :

Sources :

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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 22:42

Depuis le 1er décembre 2015, Kim Bo-mi est présidente des étudiants de l'Université nationale de Séoul. Etudiante en sciences de l'éducation, âgée de 23 ans, la jeune femme a été élue le 19 novembre 2015 avec 86,8 % des voix en s'affichant ouvertement homosexuelle - témoignant des évolutions de la société sud-coréenne où l'homophobie reste toutefois encore fortement présente.

Kim Bo-mi, présidente de l'association des étudiants de l'Université nationale de Séoul

Kim Bo-mi, présidente de l'association des étudiants de l'Université nationale de Séoul

Avec comme slogan "Ensemble progressons vers la diversité", Kim Bo-mi, qui a milité de longue date contre le harcèlement sexuel par les professeurs,  avait mis en avant son orientation sexuelle dans sa déclaration de candidature le 4 novembre 2015 :  

Je veux qu’à l’Université nationale de Séoul chacun puisse avoir confiance en ce qu’il est. Je souhaite un monde où chacun n’ait pas à adhérer à ce qui est considéré comme “normal”, et c’est pourquoi je vous annonce aujourd’hui que je suis lesbienne.

Si l'homosexualité est mieux acceptée aujourd'hui en Corée du Sud, notamment chez les plus jeunes, la pression de certaines églises protestantes pèse encore très fortement dans une société pétrie de culture confucéenne. Ainsi, l'un des favoris du camp démocrate pour l'élection présidentielle de 2017, le maire de Séoul Park Won-soon, a refusé d'adopter, en 2014, un projet de charte sur les droits de l'homme qui incluait un rejet des discriminations contre les personnes homosexuelles - entraînant une manifestation de protestation des associations LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres). La décision de Park Won-soon avait été prise sous l'influence des églises chrétiennes.

De même, depuis 2014, le dictionnaire officiel en ligne de la langue coréenne définit désormais l'amour comme un "sentiment d'affection entre un homme et une femme", et plus comme le "sentiment d'affection entre deux personnes"... un changement motivé, là encore, par la position des églises protestantes sud-coréennes. 

 

Kim Bo-mi, homosexuelle revendiquée, élue présidente des étudiants de l'Université nationale de Séoul

Sources :

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15 décembre 2015 2 15 /12 /décembre /2015 23:37

Les huit filles du groupe sud-coréen "Oh my girl" ont été refoulées des Etats-Unis, ayant été détenues à l'aéroport de Los Angeles avant de retourner en Corée. Selon leur maison de production WM Entertainment, les douaniers les auraient prises pour des travailleuses du sexe, en raison de leur jeune âge.

Les chanteuses de "Oh my girl" refoulées des Etats-Unis... car soupçonnées d'être des travailleuses du sexe

Elles étaient venues aux Etats-Unis pour faire le shooting de la couverture de leur album. Mais les huit filles du girlsband Oh My Girl n'ont pas été admises sur le territoire américain. Après que leurs habits et leurs accessoires eurent été fouillés, elles ont été détenues pendant quinze heures, ayant été soupçonnées d'être des travailleuses du sexe, selon le communiqué publié par leur agence.

Le groupe devait également se produire, le lendemain de son arrivée, lors d'une soirée de gala.

Si l'attitude des douaniers américains est extrêmement regrettable, elle renvoie aussi à la question de l'emploi de personnes de plus en plus jeunes par les sociétés sud-coréennes productrices de musique K-Pop - avec des mises en scène sexuelles parfois quasi-explicites. Leur exploitation par la société du spectacle mérite pour le moins débat, quant à leurs droits et à leur statut.

Par ailleurs, le groupe venant d'être nouvellement créé, cette publicité imprévue pourrait finalement constituer une aubaine pour WM Entertainement.

Source :

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