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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 17:43

Dans un contexte de diffusion internationale de l'épidémie de grippe porcine, la Corée du Sud n'est pas épargnée : alors que les premiers cas suspects ont été recensés parmi des personnes de retour du Mexique et des Etats-Unis, des mesures de suspension des importations de porcs vivants d'Amérique du Nord ont été prises pour éviter la propagation de la maladie, bien que l'origine porcine soit plus que douteuse.

Douze cas suspects : tel était, à la date du 29 avril 2009, un premier bilan de l'épidémie de grippe (influenza) porcine en Corée du Sud, selon le Centre pour le contrôle et la prévention des maladies, tous les cas ayant été recensés parmi des Coréens de retour des Etats-Unis et du Mexique. Un cas a été déclaré "probable". Des mesures ont été prises pour examiner 125 personnes rentrées à bord du même avion que le cas suspect probable.

Le ministère de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Alimentation a décidé la suspension temporaire des importations de porcs vivants en provenance d'Amérique du Nord, alors qu'environ 1.500 porcs, destinés à la reproduction, ont été importés d'Amérique du Nord en 2008. La dénomination "grippe porcine" du virus de type A/H1N1 est toutefois impropre, comme l'a rappelé Bernard Vallat, directeur général de l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE), en discussion avec l''Organisation mondiale de la santé sur ce point, selon qui la maladie correspondrait à un "cocktail qui a été créé par des réassortiments de différents virus d'origine porcine, aviaire et humaine". La consommation de porc serait tout à fait sûre. Une dénomination plus exacte serait "grippe nord-américaine", par référence à l'origine géographique de la maladie, comme pour les précédents de la grippe espagnole (1918-1919) et de la grippe asiatique (1957-1958).

En cas d'épidémie, La Corée du Sud ne dispose que de 2,5 millions de doses de Tamiflu et de Relenza (soit 5 % de la population sud-coréenne) : le mardi 28 avril, le ministère de la Santé a détaillé devant les députés du Grand parti national (GPN, majoritaire) que le pays disposait de capacités de production de 6,5 millions de doses de médicaments dans un délai de six mois.

Des mesures ont également été prises pour protéger la communauté sud-coréenne du Mexique (13.000 personnes), où aucun cas n'a toutefois encore été signalé.

Source principale (y compris photo) : 
KBS World 

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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 21:41

Avec le plus faible indice de fécondité au monde, la Corée du Sud a connu une chute de la natalité spectaculaire en trente ans, laquelle constitue aujourd'hui un des plus graves défis auxquels est confronté le pays dans un futur proche. La faiblesse de la protection sociale et un manque de confiance en l'avenir sont quelques-unes des explications de cette situation, à laquelle le gouvernement entend remédier.

D'après l'Etat de la population mondiale 2008, publiée par le Fonds des Nations-Unies pour la population (acronyme anglais : UNFPA), la Corée du Sud a le plus faible indice de fécondité au monde. Sous l'effet des politiques antinatalistes menées pendant le régime militaire (1961-1987), qui voyait dans un taux élevé de natalité une menace pour le développement économique, l'indice de fécondité a chuté de manière spectaculaire entre 1970 (en moyenne 4,53 enfants par femme) et 2008 (1,08 enfant par femme). Dans les années 1970 et 1980, il n'était d'ailleurs pas rare que des familles (ou des femmes seules) choisissent de placer en orphelinat des enfants dont elles estimaient ne pas pouvoir prendre en charge l'éducation, nombre d'entre eux ayant été adoptés par des couples occidentaux. L'année 2008 a marqué une rechute du taux de fécondité(1,19 enfant par femme, correspondant à 466.000 naissances), après l'amélioration des années 2006 (1,12) et 2007 (1,25), réputées favorables selon l'astrologie chinoise.

Selon le professeur d'Oxford David Coleman, si cette tendance se poursuivant, la Corée du Sud serait le premier pays au monde à disparaître de la planète, faute d'habitants : le maintien d'un taux de fécondité à 1,1 conduirait à ce que le pays ne compte plus que 50.000 habitants en 2305 !

En Corée du Sud, l'investissement dans l'éducation est très élevé afin d'assurer le meilleur avenir possible pour ses enfants  : alors que le système public d'éducation marque le pas face aux écoles privées, faute de moyens suffisants, le soutien scolaire est une pratique généralisée, pour peu que les familles disposant des ressources nécessaires, conduisant de nombreux enfants à des rythmes de travail sans équivalent dans les autres pays industrialisés. Les dépenses d'éducation ont atteint 7,5 % du budget des ménages sud-coréens en 2008. Le manque de protection sociale - elle  est la moins développée parmi les pays de l'OCDE - est également un frein puissant à la natalité, de nombreuses familles invoquant les frais de garde et d'éducation comme la première cause les décourageant à avoir plus d'enfants. Beaucoup de couples optent ainsi pour la politique de l'enfant unique. Les naissances sont également de plus en plus tardives, une certaine libéralisation des moeurs conduisant les Sud-Coréennes à retarder le choix d'un partenaire pour le mariage, qui reste ici encore largement corrélé à la fondation d'une famille.

Le vieillissement démographique, et la diminution de la population active, sont des conséquences directes de la dénatalité. Ils pourraient impliquer une politique plus favorable à l'accueil des étrangers, alors que la Corée du Sud ne reconnaît pas aujourd'hui la bi-nationalité.

Face à une situation aussi préoccupante, Mme Jeon Jae-lee, ministre de la santé, du bien-être et des affaires familiales s'intéresse aux politique familiales mises en place en France, notamment les allocations familiales. De fait, avec un indice de fécondité de 1,94, la France est devenu l'un des pays d'Europe où la natalité est la plus dynamique.  

Mais il restera encore à convaincre les familles coréennes, qui estiment qu'une aide de l'Etat ne sera pas suffisante face aux coûts que représentent l'éducation et la garde d'un enfant, alors que les sombres perspectives économiques pour 2009 (l'économie sud-coréenne pourrait se contracter de 2 % à 4 %) mettent en évidence un facteur autant structurel que conjoncturel : une plus grande confiance en l'avenir est un atout déterminant pour assurer une natalité élevée si, comme l'assurait Voltaire, la richesse d'un pays se mesure d'abord pour son nombre d'habitants et son dynamisme démographique.

Sources : Sim Son-hye, "Corée du Sud cherche enfants désespérement", paru dans Courrier international, n° 962 (9-15 avril 2009), p. 27, The Korea Times, AAFC

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2 février 2009 1 02 /02 /février /2009 00:00

En Corée du Sud, le 8 janvier 2009, un homme a été arrêté pour avoir diffusé de fausses informations économiques sur le réseau Internet sous le pseudonyme de Minerve (la déesse romaine de la sagesse). Celui qui est soupçonné d’être Minerve n'a ni vécu, ni étudié à l'étranger, et ne peut se prévaloir d'un grand cursus universitaire en économie. C'est donc un parfait autodidacte dans ce domaine qui, par ses analyses et prévisions – souvent justes - a fait trembler les dirigeants économiques et politiques sud-coréens pendant des mois dans le but, selon lui, d’aider les gens ignorés par le gouvernement, petits entrepreneurs et travailleurs durement frappés par la crise. Avec l’arrestation de Minerve, l'administration du président conservateur Lee Myung-bak, déjà accusée d'autoritarisme, porte un nouveau coup à la liberté d'expression.

 

L'identité réelle de l'internaute connu sous le pseudonyme de Minerve était l'objet d'intenses spéculations en Corée du Sud depuis plusieurs mois. Pour l'exactitude de ses prévisions sur la faillite de la banque Lehman Brothers - à l'origine de la crise financière actuelle - sur la dépréciation de la monnaie sud-coréenne face au dollar américain ou sur l'effondrement de la bourse de Séoul, Minerve a été surnommé « le président de l'économie d'Internet ». Certains pensaient qu'il s'agissait d'un homme ou d'une femme travaillant, ou ayant travaillé, à l'étranger dans une société de bourse. Pour d'autres, Minerve était un retraité.

 

Les messages postés sur Internet par le « président de l'économie » ont été lus par des dizaines de milliers de personnes, ont été repris par d'innombrables sites et autres blogs, et ont constitué une référence essentielle dans le débat entre internautes sur l'économie. Il est même sorti une compilation des articles de Minerve...


Minerve ou Cassandre ?

Pour la justice sud-coréenne, Minerve s'appelle en fait Park Dae-sung. Il est sans emploi, est âgé d’une trentaine d’années et a seulement fait deux ans d’études supérieures, sans rapport avec l’économie. Park a été arrêté le 8 janvier 2009 pour avoir, selon la justice, répandu de fausses rumeurs sur Internet « dans le but de porter atteinte au bien public ». La centaine d'articles publiés par Minerve sur les forums du site Daum.net, un portail Internet populaire en Corée du Sud, auraient eu une influence négative sur le marché des changes et sur la notation financière du pays. S'il est reconnu coupable d'avoir violé la loi sur les communications, Park Dae-sung risque cinq ans de prison.


Kim Ki-won, professeur d'économie à l'Université nationale d'études à distance de Corée (Korea National Open University, KNOU) qualifie d'« absurde » l'attitude de la justice pour laquelle Minerve a porté atteinte au bien public « alors que le 'phénomène Minerve' est dû au manque de confiance des gens dans la politique du gouvernement. » Pour le professeur Kim, l'arrestation de Minerve a pour seul objectif d'étouffer toute voix critique pour la politique du gouvernement.


La justice s'intéresse particulièrement à deux articles publiés les 30 juillet et 29 décembre 2008. Le 30 juillet, Minerve exposait le projet du gouvernement de suspendre les échanges de devises à partir du 1er août, alimentant les craintes sur le niveau des réserves sud-coréennes de change. Des « informations totalement fausses » selon le procureur. Le 29 décembre, Minerve écrivait que le gouvernement avait donné instruction à de grandes institutions financières locales d’arrêter d’acheter des dollars américains pour freiner la dépréciation du won coréen face au billet vert.


Le ministère sud-coréen des Finances a pourtant reconnu que les transactions sur les devises avait été partiellement suspendues en août avant d’être totalement interrompues le mois suivant. Sohn Byung-doo, directeur de la division en charge des marchés de change au ministère des Finances, déclare ainsi ne pas comprendre « pourquoi l’article du 30 juillet fait l’objet de poursuites, puisque l’information sur les transactions de devises étrangères était bel et bien exacte », ajoutant que cette suspension n'avait pas été décidée en raison d'un déclin des réserves de change, mais pour éviter que les banques locales subissent des pertes.


Concernant l'article du 29 décembre, un député du Parti démocratique (opposition sud-coréenne), Lee Seok-hyun, a dit savoir de plusieurs sources que le gouvernement avait réuni les dirigeants des principales banques le 26 décembre pour leur demander de restreindre leurs achats de dollars.


De fait, la monnaie sud-coréenne a perdu 28% de sa valeur en 2008 tandis que le principal indice boursier du pays, le Kospi (Korea Composite Stock Price Index), chutait de 40%
.


En pleine crise économique, Minerve a été au centre de toutes les critiques adressées au gouvernement par l'opinion publique sud-coréenne. Voilà pourquoi certains voient dans son arrestation une tentative gouvernementale de freiner la diffusion au niveau national d'une anxiété face à la crise, se traduisant par une nouvelle série de manifestations aux chandelles.


Allergies gouvernementales

Un mandat d'arrêt a été émis contre le principal suspect sans qu'il soit clairement établi que ce dernier soit effectivement Minerve, que les articles aient été écrits dans le but de nuire à l'intérêt public ou qu'il soit même seulement possible de poursuivre quelqu'un pour de tels textes. « Requérir un mandat alors qu'il s'agit d'une question juridique très controversée ne fait que révéler l'intention du procureur de produire un 'effet d'intimidation' », affirme le professeur Ha Tae-hoon, de l'Université de Corée.

Tandis que les spécialistes du droit s’interrogent sur les fondements juridiques de l’arrestation de Minerve, le Grand Parti national au pouvoir entend durcir la législation sanctionnant la diffamation sur Internet. Un nouveau texte obligerait les intervenants sur Internet à dévoiler leur identité, sous peine d'amende ou de prison ferme. Les journaux conservateurs décrivent déjà Minerve comme un « charlatan » et réclament de plus en plus bruyamment l'introduction d'une loi pour bloquer la propagation de fausses informations par des individus non qualifiés.« L’affaire Minerve démontre que l’Etat de droit n’est pas encore profondément enraciné dans notre société », déplore Ji Seong-woo, professeur de droit à l’université Dankook de la ville de Cheonan, au sud de Séoul.

Les articles de presse décrivant Park Dae-sung comme une personne tranquille sans grand bagage intellectuel ne pourraient être qu'une tentative de discréditer le principal suspect dans une société accordant une grande importance à l’éducation et portant aux nues les employés d’entreprises prestigieuses comme les firmes de courtage. Mais pour le professeur Ji, « si Park doit être puni, c'est pour sa conduite, pas parce que c'est un chômeur d'une trentaine d'année qui n'a étudié que deux ans dans une université technique. »


Depuis son entrée en fonctions, en février 2008, l'administration conservatrice du président Lee Myung-bak est accusée de chercher à intimider l'opposition. L'arrestation de Minerve ne serait donc qu'un nouveau signe flagrant d'une tentative de prise de contrôle de l'opinion publique sur Internet.

En effet, le gouvernement sud-coréen actuel semble allergique à Internet, comme l'ont montré les enquêtes sur les individus diffusant des « histoires sur la maladie de la vache folle » ou sur les internautes participant à la campagne pour le boycott des trois grands quotidiens conservateurs, Chosun Ilbo, Joong Ang Ilbo et Dong A Ilbo  (« ChoJoongDong ») par les annonceurs, en raison de la couverture par ces journaux des manifestations contre la reprise des importations de boeuf américain en Corée du Sud.

Un second exemple récent nous projette plus de dix ans en arrière, avant l'accession au pouvoir de Kim Dae-jung en 1998, quand le pouvoir sud-coréen muselait l'opposition étudiante en arrêtant et en emprisonnant ses dirigeants pour le seul motif de contester la politique gouvernementale, et prouve que l'affaire Minerve n'est pas un cas isolé : Suh Nam-pyo, président de l'Institut des sciences et technologies avancées de Corée (Korea Advanced Institute of Science & Technology, KAIST), vient d'engager des poursuites contre un étudiant nommé Lee, accusé d'avoir diffamé l'institut et son président sur son blog en critiquant les conditions d'élection à la présidence de M. Suh, ainsi que les conditions d'étude et les frais de scolarité

« Le fait que la justice enquête sur des textes publiés sur Internet intimide sévèrement les internautes », déclare Oh Byung-il, membre de l'organisation
Jinbonet qui œuvre depuis 1998 pour la liberté d’expression sur Internet en Corée du Sud. Oh Byung-il s'inquiète que l'arrestation de Minerve ait un « effet d'apprentissage » faisant taire les critiques à l'encontre du gouvernement et portant un coup grave à la liberté d'expression en Corée du Sud.

Pour le professeur Cho Hyeon-yeon, de l'université Sungkonghoe de Séoul, « l'arrestation de Minerve est un incident symbolique de la 'politique de non-communication' de l'administration Lee Myung-bak, laquelle refuse d'entendre toute opinion discordante ou critique. Au lieu de mener la politique appropriée, elle en revient à l'ancienne politique du 'bouc émissaire', en rendant responsables les observateurs critiques de sa politique. »

Un analyste d'une société de bourse pointe l'irresponsabilité du président et de son gouvernement qui, « incapables de s'attaquer correctement aux causes de la crise économique, ont passé sous silence les mauvaises nouvelles et manqué de franchise. C'est voir le gouvernement ainsi qui a mené à la propagation du syndrôme Minerve. » Des groupes nommés Action citoyenne d'urgence pour la protection de la démocratie ou Empêchons la répression des manifestations aux chandelles appellent même à l'arrestation immédiate du président Lee Myung-bak pour « diffusion de fausses informations sur l'indice boursier atteignant les 3.000 points... »

Pour le bien du peuple... et pour le malheur d'Internet 

A la sortie du tribunal où il était entendu le 10 janvier, Park Dae-sung a répété, comme devant le procureur, ne chercher à retirer « aucun bénéfice économique de ces textes » et « ne reconnaître avoir commis aucun crime ». Il a déclaré écrire « pour les défavorisés », n’avoir que « des intentions pures » et être « désolé d’avoir causé le désordre. » Il affirme avoir tout écrit lui-même. Interrogé par des journalistes voulant savoir s’il était fier du crédit accordé à ses articles, Park Dae-sung a répondu « J'ai seulement écrit en fonction de ce que je ressentais. » Pense-t-il être accusé injustement? Il répond ne rien avoir à dire à ce sujet pour l'instant... L'avocat Park Chan-jong déclare néanmoins que Park paraissait abattu lors de l'audience, disant seulement « je ne sais pas ce que j'ai fait de si mal pour en arriver là. »

Maintenant, la communauté sud-coréenne des internautes est sous le choc. Suite à l'arrestation de Minerve, des blogueurs et écrivains renommés s'exprimant via le réseau mondial ont même décidé d'entrer dans une forme de clandestinité.


Le réseau Internet est supposé être un espace garantissant la libre participation de chacun. A la différence du monde réel où seuls les experts sont admis à donner leur avis, Internet offre aux gens ordinaires l'occasion de s'exprimer et de créer leur propre contenu. Et force est de constater que le contenu proposé par Minerve a rencontré un certain succès.


Alors que, en Corée du Sud, tous les grands organes de presse (à l’exception du Hankyoreh, dont le tirage reste toutefois nettement inférieur à celui de ses principaux concurrents) sont acquis aux conservateurs, Internet a servi de vecteur au pluralisme de l’opinion dans le pays où le plus grand nombre d’habitants sont connectés à Internet. Le réseau Internet a servi de relais aux grandes manifestations anti-gouvernementales. Les succès des démocrates à l’élection présidentielle de 2002 et aux élections législatives de 2004 s’expliquaient largement par la mobilisation de leurs partisans sur Internet. Enfin, la Corée constitue le plus ancien exemple de réussite d’un journalisme citoyen, où chacun peut proposer des articles, avec, par exemple, OhmyNews, précurseur du site français AgoraVox. Dans ce contexte, la réaction des médias conservateurs à l’affaire Minerve est symptomatique de leur parti pris en faveur du Grand Parti national, où se recrutent les héritiers du régime militaire, ainsi que de leur volonté de recouvrer leur monopole perdu de l’information.  

« Techniquement parlant, il n'y a aucune différence entre des petites pages personnelles et les débats des forums du portail Daum. Si un citoyen ordinaire est puni seulement pour avoir publié dans le cyber-espace des choses inexactes, cela menacera tout l'écosystème d'Internet », déclare le professeur Kang Jang-mook, de l'université Sejong de Séoul. « A l'heure où nous devons travailler dur pour développer Internet avec de meilleurs logiciels et contenus, l'arrestation de Minerve pourrait vider le cyber-espace. »


Un avocat spécialisé dans le droit d'Internet partage cet avis : « Si des poursuites sont engagées en application de la loi nationale sur les télécommunications pour arrêter quelqu'un répandant de fausses informations, alors les auteurs dont les livres ou les articles contiennent la moindre trace d'information erronée pourraient être punis quand leurs textes se retrouveront sur Internet. Dans cette affaire [l'arrestation de Minerve], engager des poursuites en vertu d'une loi presque jamais appliquée depuis son adoption en 1983, quand Internet n'existait pas, constitue une aberration. »


Un employé d'une société du secteur de l'Internet ajoute que « Internet étant basé sur le contenu créé par l'utilisateur, un sérieux coup risque d'être porté à ce secteur d'activité si les gens se sentent moins libres de s'exprimer. »


Le portail Daum.net est sous le feu des critiques pour avoir transmis à la justice les informations personnelles de Minerve. Les représentants de Daum.net répètent qu'il ne peuvent faire aucun commentaire, tandis qu'un nombre croissant d'internautes ne veulent plus participer aux forums du portail.


Un autre avocat, Lee Eun-woo, déclare qu'« on introduit inévitablement un biais dans l'opinion si on réduit l'opposition au silence et si on rejette le débat. La démocratie repose sur la libre expression des opinions du public. En s'opposant à ce cadre, le gouvernement, par sa tentative de prendre le contrôle d'Internet, a un impact négatif énorme sur le développement politique de notre pays. »

Minerve, par son influence sur la société sud-coréenne, n'est pas sans rappeler l'internaute connu sous le pseudonyme de Angma qui, en 2002, avait appelé à la mobilisation des citoyens après l'acquittement de deux militaires américains accusés d'avoir tué par négligence deux collégiennes coréennes. Les immenses manifestations qui suivirent l'appel de Angma, comme la veillée aux chandelles du 14 décembre 2002 à Séoul (100.000 personnes), aboutirent à une révision de l'Accord sur le statut des forces américaines stationnées en Corée du Sud. L'Association d'amitié franco-coréenne apporte son soutien à Minerve, victime d'un appareil judiciaire aux mains d'un exécutif de plus en plus autoritaire, et pose la question : Minerve a-t-il pour seul tort d'avoir eu raison? Comme la chouette qui accompagne la déesse romaine de la sagesse, a-t-il vu ce que les autres ne voient pas dans la nuit? (sources : HankyorehLe Monde, Reuters, The Korea Times) 

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3 décembre 2008 3 03 /12 /décembre /2008 21:06

 

Le 1er décembre 2008, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) s'est mobilisée à l'occasion de la Journée internationale contre le SIDA, célébrée depuis 1988 à l'initiative de l'Organisation mondiale de la santé afin de sensibiliser contre la pandémie de SIDA.

 

 

Créée en 1988 à l'initiative de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la Journée internationale contre le SIDA (en anglais, World AIDS Day) est consacrée à la sensibilisation de la pandémie du SIDA. Organisée chaque 1er décembre, elle a comme principal thème, depuis 2005 jusqu'en 2010, "Tenir la promesse" : il s'agit en effet de mettre l'accent sur la prévention, le traitement et les soins, alors que l'épidémie, à l'origine de plus de 25 millions de morts, a été l'une des plus meurtrières dans l'histoire de l'humanité (ci-contre, le ruban rouge, symbole de la lutte contre la maladie) .

 

 

La République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a participé aux manifestations internationales organisées à l'occasion de la Journée 2008. Une cérémonie a notamment eu lieu au Palais de la Culture du Peuple, à Pyongyang, en présence de Ri Pong-hun, vice-ministre de la santé publique, Umesh Gupta, réprésentant de l'OMS en RPDC, et Ewa Eriksson Fortier, chef de la délégation de la Fédération Internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge en RPDC.


 

Après avoir souligné les enjeux de la lutte contre la pandémie à l'échelle internationale, le gouvernement nord-coréen a rappelé les résultats obtenus, en coopération étroite avec les organisations internationales - notamment l'OMS et l'Organisation des Nations-Unies contre le SIDA - pour prévenir la prévention de la maladie en RPDC, où elle reste pratiquement inexistante, alors qu'un rapport remis au Parlement sud-coréen, le 1er octobre, a souligné a contrario l'augmentation du nombre de cas en Corée du Sud.

 

 

A l'occasion de cette manifestation, une conférence a été donnée et une démonstration effectuée par une équipe de prévention. (source : KCNA)

 

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27 novembre 2008 4 27 /11 /novembre /2008 19:26

Bruce Cumings est professeur d'histoire à l'Université de Chicago. Spécialiste de l'histoire de la Corée moderne, il est l'auteur de plusieurs livres dont Korea’s Place in the Sun: A Modern History (1997) et North Korea: Another Country (2004).  Dans cet entretien paru le 26 novembre dans le journal sud-coréen Hankyoreh, le professeur Cumings analyse la question des manuels scolaires d'histoire qui agite en ce moment la Corée du Sud. Cette question fait débat depuis que le gouvernement sud-coréen, appuyé par les conservateurs de la nouvelle droite, a voulu remanier un manuel intitulé Une Histoire moderne et contemporaine de la Corée. Les auteurs du manuel s'opposent à ces révisions tandis que les enseignants et parents s'inquiètent d'informations selon lesquelles les autorités essaient de faire pression sur les chefs d'établissements scolaires afin qu'ils utilisent le manuel voulu par le gouvernement. Bruce Cumings fait partie des 676 spécialistes - dont 114 étrangers -  qui ont signé le 11 novembre un communiqué de l'Organisation des historiens coréens. Ce communiqué affirme que l'intervention de l'administration du président Lee Myung-bak dans le choix des manuels d'histoire par les écoles est politique et porte atteinte au droit à l'éducation des élèves.

 

Hankyoreh - Comment et pourquoi avez-vous participé à cette campagne? Avez-vous demandé à d'autres spécialistes américains de signer le communiqué?

 

Bruce Cumings - Je crois que la grande majorité des spécialistes des études coréennes aux Etats-Unis, en Corée et ailleurs pensent que les gouvernements n'ont pas à se mêler de ce qu'écrivent les historiens, ou de ce que les auteurs et éditeurs responsables choisissent de mettre dans leurs manuels. On se moquerait d'une administration présidentielle américaine qui en ferait autant.

 

 

H. - La manière qu'a le gouvernement de se mêler de la sélection des manuels d'histoire est sans précédent dans l'histoire de la Corée moderne. Depuis l'entrée en fonction de l'administration Lee, l'intervention du gouvernement sur cette question est devenue évidente. Qu'en pensez-vous?

 

B. C. - L'administration Lee vit dans le passé, se souvenant toujours de la manière d'agir de Park Chung-hee et Chun Doo-hwan. Il est très anachronique pour les politiciens de penser pouvoir contrôler l'histoire, ou les manuels d'histoire.

 

 

H. - D'après vous, pourquoi cette administration prend-elle l'initiative d'une offensive contre l'histoire moderne?

 

B. C. - Après dix années vraiment nouvelles et différentes dans l'histoire de la Corée d'après-guerre, l'administration Lee essaie de revenir en arrière, et de s'opposer aux progrès énormes accomplis depuis 1997 sous Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun, une meilleure compréhension de l'histoire d'après-guerre, la promotion de la réconciliation au sein du peuple du Sud et avec le Nord, et un changement spectaculaire d'attitude de toute la population de République de Corée [RdC, Corée du Sud] vis-à-vis du Nord. 

 

H. - Un mot-clé souvent avancé est "légitimité". Ils pensent que décrire des événements déplaisants dans les manuels d'histoire est susceptible d'entamer la légitimité du gouvernement. Quelle est votre opinion à ce sujet?  

 

B. C. - La légitimité n'est pas une chose conférée par les manuels dominants ou par la fabrication une ligne historique. Elle peut seulement venir du peuple quand il est amené à reconnaître la justesse et l'autorité d'un gouvernement. Plutôt que d'acquérir une légitimité, l'administration Lee agit comme une autruche, fourrant sa tête dans le sable quand retentissent les mauvaises nouvelles historiques. Pire, elle agit comme la droite japonaise, en essayant de dissimuler les questions délicates tout en déclarant préserver la "fierté nationale". La nouvelle histoire écrite ces vingt dernières années en RdC, en levant le voile sur plusieurs problèmes embarrassants et tragiques, est en réalité le meilleur chemin à suivre pour aboutir à la réconciliation entre personnes aux points de vue et expériences très différents au Sud, entre victimes et persécuteurs, et a aussi contribué à la réconciliation entre le Nord et le Sud.

 

 

H. - Comment ce type d'interférence sur les manuels d'histoire affecte-t-il les étudiants?

 

B. C. - Les étudiants recherchent la vérité et, bien qu'ils souhaitent également être fiers de leur pays, ils méprisent profondément les autorités qui leur interdiraient d'accéder à la meilleure information et connaissance historique. Que quelqu'un tente de le faire, comme en RdC pendant des décennies, et les jeunes pensent que tout ce qu'ils entendent de la part des autorités est un paquet de mensonges - et là ils ne sont plus fiers de leurs dirigeants et de leur pays. En voici un exemple : mon ami Suh Dae-sook a démontré dans un ouvrage écrit en 1968 que Kim Il-sung fut un authentique combattant anti-japonais pendant les dix ans qui suivirent l'incident de Mandchourie [18 septembre 1931], traversant de multiples épreuves et difficultés - tous les spécialistes le savent, au moins depuis 1968. Pourtant, pendant des décennies, on a enseigné aux étudiants que Kim était un "imposteur" qui avait pris le nom d'un grand patriote. Et voila le résultat : vingt ans plus tard, quand le professeur Suh a donné à l'Université nationale de Séoul une conférence sur la vie de Kim, des acclamations bruyantes ont fusé dans toute la salle! Ainsi, on se trompe en essayant de cacher la vérité aux étudiants. Tôt ou tard, elle finit par éclater.  

 

 

H. - Cela fait presque neuf mois que l'administration Lee est en place. Depuis, ont eu lieu des événements spectaculaires tels que les manifestations aux chandelles. Je pense que vous avez suivi de près les événements survenus en Corée. Quel jugement portez-vous sur l'administration Lee dans son ensemble?

 

B. C. - L'administration a commis erreur sur erreur, et n'en a rien tiré. Elle a voulu être intime avec l'administration Bush, la plus impopulaire dans l'histoire américaine (et peut-être dans le monde), alors que Bush était devenu un canard boiteux. Elle s'est volontairement aliénée le Nord, juste au moment où Bush arrivait à s'engager vis-à-vis de Pyongyang - et, résultat, personne à Washington ou dans les pourparlers à six ne prête trop d'attention à l'avis de Séoul.  Elle essaie maintenant d'enterrer tous les nouveaux faits historiques que nous avons appris au sujet des périodes coloniale et de l'après-guerre, ce qui ne fait qu'encourager les jeunes à vouloir en apprendre davantage - ils veulent savoir exactement ce que l'administration tente de dissimuler. Toute une histoire nouvelle a été comme extraite du tube à dentifrice par de nombreux historiens courageux, et il n'y a aucun moyen de la remettre dans le tube. C'est aussi simple que ça : ça ne peut pas marcher.

 

 

 

Entretien avec Bruce Cumings sur le site Internet du Hankyoreh (en anglais)

Présentation de Bruce Cumings sur le site Internet de l'Université de Chicago (en anglais)

 

 

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2 octobre 2008 4 02 /10 /octobre /2008 13:20

Dans un rapport remis au Parlement le 1er octobre 2008, le ministère de la santé de la République de Corée (Corée du Sud)  a attiré l'attention sur l'augmentation du nombre de cas de personnes séropositives, en hausse de plus de 20 % en cinq ans. La faible utilisation des préservatifs en Corée du Sud est un facteur d'exposition accrue à la maladie.

En 2007, le nombre de cas de personnes séropositives en Corée du Sud (744) a augmenté de plus de 20 % en cinq ans, portant le nombre de malades du virus du SIDA à plus de 5.000 dans le pays. Depuis 1985, date à laquelle un cas de SIDA a été diagnostiqué pour la première fois en Corée du Sud, 1.000 Coréens sont décédés du fait de la pandémie.

Selon le rapport remis le 1er octobre 2008 au Gukhoe (le Parlement sud-coréen) par le ministère de la santé, les personnes de plus de 50 ans ont constitué en 2007, pour la première fois, la tranche d'âge où ont été diagnostiqués le plus grand nombre de nouveaux cas (plus du quart). En effet, la progression de la maladie a été la plus forte parmi les personnes les plus âgées.

La situation réelle pourrait toutefois être plus grave : le conservatisme social en matière de moeurs sexuelles en Corée n'incite pas au dépistage de la maladie, ni au traitement médical des personnes malades.

A cet égard, la Corée du Sud est la lanterne rouge des pays industrialisés pour l'utilisation des préservatifs (25 %, contre 40 % à 60 % en Europe, en Amérique du Nord et au Japon).

Face aux risques de développement de la pandémie de SIDA en République de Corée, l'AAFC plaide pour une prévention accrue, notamment par l'utilisation de préservatifs, et un meilleur accès des malades aux soins : la protection sociale de la Corée du Sud, la plus faible des Etats de l'OCDE, est un facteur accru d'inégalités dans le traitement des personnes touchées. (Sources : Yonhap, AAFC)

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13 septembre 2008 6 13 /09 /septembre /2008 04:00

Comme naguère en Allemagne, la législation coréenne sur le droit à l'interruption volontaire de grossesse (IVG) diffère au Nord et au Sud de la péninsule. En la matière, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) est plus libérale que la République de Corée (du Sud).

Alors que la Cour constitutionnelle sud-coréenne vient de
lever l'interdiction de révéler le sexe des bébés à naître - en estimant que les risques d'interruptions volontaires de grossesse (IVG) sélectives au détriment des filles ne se justifiaient plus, au regard des évolutions sociales - du chemin reste à parcourir pour l'égalité des droits entre les femmes coréennes, de part et d'autre du trente-huitième parallèle.

Ayant promulgué dès 1946 une loi sur l'égalité entre les hommes et les femmes, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) a un des régimes les plus libéraux au monde : l'IVG est possible sur simple demande de l'épouse, sans condition de délai. 

En revanche, en République de Corée (du Sud), l'IVG n'est possible que selon des critères médicaux basés sur la santé physique et psychique, interprétés cependant de manière large. De surcroît, le consentement  du mari est requis.

Naguère, la réunification allemande avait conduit à un alignement de la législation de l'ex-République démocratique allemande (RDA) sur celle de la République fédérale d'Allemagne (RFA), moins favorable. L'AAFC espère que la réunification de la Corée ne s'opèrera pas au détriment des droits des femmes à l'IVG. (Sources :
Union suisse pour décriminaliser l'avortement, pour la carte : Le Monde diplomatique)

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30 août 2008 6 30 /08 /août /2008 19:14

Fin juillet 2008, la Cour constitutionnelle de Corée du Sud a levé l'interdiction de révéler le sexe des bébés à naître, en estimant que cette mesure - qui tendait à être contournée en pratique - ne se justifiait plus au regard des risques d'interruption volontaire de grossesse au détriment des filles.

Jusqu'en juillet 2008, la législation sud-coréenne punissait sévèrement les médecins qui révélaient le sexe des bébés à naître : outre une amende, les peines encourues consistaient en un emprisonnement jusqu'à trois années. Cette mesure avait été prise à une période où les autorités sud-coréennes craignaient des interruptions volontaires de grossesse (IVG) sélectives au détriment des filles.

Mais le
rééquilibrage du sex ratio en Corée du Sud a conduit la Cour constitutionnelle à juger, le 31 juillet 2008, que cette interdiction de révéler le sexe des bébés n'avait plus lieu d'être, la Corée du Sud étant désormais dans une situation différente de pays comme la Chine et l'Inde où subsiste une préférence pour les garçons.

La Cour constitutionnelle de Corée a ainsi appelé le Parlement à amender la loi pour permettre aux parents de connaître le sexe de l'enfant à naître pendant la seconde moitié de la grossesse.

De fait, l'interdiction actuelle tendait à être contournée par diverses indications que donnaient les médecins aux parents, selon lesquelles le bébé serait "mignon" ou "énergique"  ou par la couleur des jouets, roses ou bleus. Ce qui, en l'occurrence, renforçait certains préjugés sexistes sur les différences entre les hommes et les femmes... (Source : AP, sur le site
LifeNews.com

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14 août 2008 4 14 /08 /août /2008 18:03

Le président sud-coréen Lee Myung-bak avait promis d'être le "président de l’économie" et il semble prêt à utiliser tous les moyens pour tenir cette promesse. Le président Lee a ainsi décidé de gracier un certain nombre de chefs d’entreprises, dans le but, a expliqué la présidence sud-coréenne, de revitaliser l’économie nationale. Mais, loin de ces justifications, l'amnistie du 15 août est aussi l'occasion pour la nouvelle administration conservatrice en place en Corée du Sud de renforcer son emprise sur les médias du pays.

 

Le 12 août, Kim Kyung-han, ministre sud-coréen de la Justice, a rendu publique la liste des bénéficiaires de la traditionnelle grâce spéciale du 15 août qui marque cette année le 63eme anniversaire de la fin de la colonisation japonaise en Corée et le 60eme anniversaire de la fondation de la République de Corée (Corée du Sud). Parmi les 341.846 personnes qui seront ainsi remises en liberté ou réhabilitées, on trouve surtout des fonctionnaires sanctionnés avant l'entrée en fonction de l'administration actuelle, mais aussi des hommes politiques, des hauts fonctionnaires, des chefs d'exécutifs régionaux ou des personnalités du monde économique.


Plusieurs patrons de chaebols, les conglomérats familiaux sud-coréens, sont concernés. Il s’agit notamment de Chung Mong-koo, PDG du premier constructeur automobile sud-coréen Hyundai Motor (ici le 28 avril 2006, sortant du bureau du procureur), de Choi Tae-won, chef du groupe SK, et de Kim Seung-youn, patron du groupe Hanhwa.

 
Le président Lee Myung-bak, lui-même ancien PDG de la branche construction du géant Hyundai, s’est expliqué sur sa décision d’amnistier les patrons de chaebols. Il a affirmé avoir pris cette décision en tenant compte des difficultés que ces chefs d’entreprises rencontrent dans leurs activités à l’étranger. Il a ajouté que cette amnistie permettrait aux grands groupes de multiplier désormais leurs investissements et de faire preuve de transparence dans leur gestion. Selon Lee Myung-bak, les fonctionnaires et les hommes d’affaires impliqués dans des cas de corruption et d'autres irrégularités depuis son arrivée au pouvoir ne pourront pas bénéficier de cette grâce.

 

La Chambre de commerce et d’industrie de Corée du Sud s’est félicitée de ce geste tout en précisant que cette mesure allait permettre d’augmenter la transparence et l’éthique du management des entreprises. L’opposition et de nombreux groupements civiques dénoncent quant à eux une amnistie qui ne fera que renforcer le sentiment d’impunité des patrons.

 

Le fait est que la justice sud-coréenne se montre déjà très clémente vis-à-vis des crimes ou délits des dirigeants des chaebols, les juges invoquant souvent la nécessité de ne pas perturber l’économie. Par exemple, le patron de Hyundai Motor a notamment été accusé d’avoir détourné 90 millions de dollars mais n'a été condamné, en appel, qu'à 300 heures de travaux d'intérêt général. Le dirigeant de Hanwha, lui, avait employé des hommes de main pour passer à tabac des employés d’un bar qui avaient eu des démêlés avec son fils…

 

Kim Sang-jo, professeur à l'Université Hansung et directeur du groupement civique Solidarité pour la réforme économique, déclare que la grâce accordée par le président Lee est la négation même de la loi et des principes qu'il a pourtant promis de respecter strictement afin d'atteindre une croissance économique de 7%. Cette amnistie met ainsi le gouvernement en contradiction avec lui-même et affaiblit finalement le potentiel de croissance.

 

Parmi les amnistiés du 15 août, figurent également les dirigeants des trois principaux quotidiens conservateurs de Corée du Sud, Bang Sang-hoo, directeur du Chosun Ilbo, Kim Byung-kun, ancien vice-directeur du Donga Ilbo et Song Pil-ho, directeur du Joongang Ilbo, tous condamnés en 2001 pour évasion fiscale. Pour les critiques d'une telle mesure, si la grâce accordée à des hommes d'affaires est destinée à "sauver l'économie", l'amnistie de ces patrons de presse conservateurs ne trouve aucune justification autre qu'idéologique, ceux-ci ne s'étant pas excusés pour les délits commis et affichant même du mépris pour leurs juges.

 

Plusieurs experts qualifient ces mesures de grâce de "cour agressive" faite aux médias conservateurs par une administration désireuse de rester en bons termes avec eux en les récompensant pour leur couverture favorable de l'action du gouvernement et du Grand Parti national au pouvoir, notamment pendant les manifestations contre la reprise des importations de boeuf américain. 


Manifestation contre les importations de boeuf américain, le 8 juin 2008 à Séoul (photo : Hankyoreh)

 

Kim Seo-joong, professeur à l'université Sungkonghoe, décrit l'amnistie accordée à ces dirigeants de la presse conservatrice comme "une mesure symbolique destinée à renforcer les relations étroites entre gouvernement et médias." Le professeur Kim souligne que "les propriétaires de médias ont une grande influence sur la société et devraient respecter des normes sociales plus strictes. Leurs peines ne devraient donc pas être levées." Il est rejoint par Hwang Yong-seok, professeur à l'Université Konkuk, qui affirme que "rien ne justifie l'amnistie de propriétaires de journaux qui doivent avoir une plus grande responsabilité sociale et suivre une éthique bien plus stricte que dans les entreprises."

 

Certains observateurs remarquent que le Chosun Ilbo, le Donga Ilbo et le Joongang Ilbo sont susceptibles de créer des chaînes câblées ou des chaînes d'information en continu si le gouvernement les y autorise. Les dirigeants de ces journaux pourraient donc avoir été grâciés afin de rester à leur poste, voire d'occuper des positions plus élevées une fois qu'ils possèderont des chaînes de radio et de télévision.

 

En particulier, on s'attend à ce que Bang Sang-hoo retrouve son poste d'éditeur du Chosun Ilbo suite à l'amnistie du 15 août. La loi sur la presse interdit en effet à une personne d'occuper la fonction d'éditeur si elle est condamnée à une peine d'emprisonnement avec sursis.

 

Kim Young-ho, de la Coalition du peuple pour la réforme des médias, déclare que, "à la différence des entreprises ordinaires, la loi sur la presse est restrictive quant aux qualifications pour être éditeur parce qu'une fonction exercée dans une entreprise de médias l'est dans l'intérêt du public. On peut considérer que la décision d'amnistier les dirigeants de ces journaux ouvre la voie à une entrée de leurs entreprises dans le secteur de la radiotélédiffusion."

 

La justification "idéologique" de l'amnistie des patrons du Chosun Ilbo, du Donga Ilbo et du Joongang Ilbo est encore plus évidente quand on établit un parallèle entre cette amnistie et l'arrestation de l'ex-président de la KBS, la radiotélévision publique sud-coréenne.

 

Le 8 août 2008, suite à une demande de la Cour des comptes de Corée du Sud rendant responsable Jung Yun-joo, alors président de la KBS, de pertes s’élevant à 150 millions de dollars, le conseil d’administration de la chaîne a voté son licenciement. Le 11 août, ce licenciement a été signé par le président Lee Myung-bak et dès le 12 août, le jour même de l'annonce de l'amnistie, Jung Yun-joo a été arrêté à son domicile à la demande du Parquet. Cette arrestation faisait suite à son refus répété de se présenter devant le procureur dans l’enquête concernant sa mauvaise gestion de la KBS.



Ce licenciement puis cette arrestation ont provoqué l’émoi d’une partie de l’opinion publique inquiète de l’emprise grandissante des partisans du président Lee Myung-bak sur les médias publics. Les patrons de plusieurs diffuseurs qui avaient été critiques à l’égard de la politique de Lee ont été remplacés et des proches de la nouvelle présidence ont pris la tête de la chaîne d’information YTN, de la chaîne internationale sud-coréenne Arirang TV ou encore de l’opérateur satellite Skylife.


Dans ce contexte, les organisations civiques et l’opposition critiquent le licenciement de Jung Yun-joo, qu’elles considèrent comme une prise de contrôle des médias par le pouvoir. Les conservateurs justifient, au contraire, cette décision en accusant l’ex-patron de la KBS "d’incompétence" et de "gauchisme".

On n'a décidément pas fini de mesurer l'impact sur la société et la politique sud-coréennes des manifestations aux chandelles qui ont lieu
depuis avril, et de leur couverture par les médias de tous bords. (sources : Hankyoreh, KBS)

Le président sud-coréen Lee Myung-bak en Batman un peu particulier :

il libère les patrons de presse conservateurs et les dirigeants de chaebols coupables de corruption

et arrête les innocents, en l'occurrence Jung Yun-joo, président de la KBS

(caricature parue le 13 août 2008 dans le quotidien Hankyoreh)

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29 juin 2008 7 29 /06 /juin /2008 19:10
L'actualité très lourde qui entoure parfois la Corée du Nord ne doit pas faire oublier que les (Nord-)Coréens sont un peuple intéressé par le monde qui les entoure, curieux des cultures étrangères et, comme tous les autres peuples, aspirant à une vie paisible et normale. Ainsi, une jeune Coréenne est devenue gérante d'une pizzeria à Pyongyang... Un drôle de parcours sur lequel revient le Choson Sinbo, quotidien des Coréens du Japon, dans son édition du 28 juin 2008, loin des habituels clichés sur un "pays ermite". En attendant une pizza au kimchi?

Le restaurant Byolmuri ("le troupeau d'étoiles"), situé dans l'avenue Changgwang du quartier Ryonhwa de Pyongyang, capitale de la République populaire démocratique de Corée, est spécialisé dans la cuisine italienne.


Sa décoration "à l'occidentale" tranche avec les autres restaurants de la capitale nord-coréenne. Mais la réputation de cet établissement tient aussi aux efforts de Hwang Kum-hui, sa gérante depuis trois ans.


A sa sortie de l’Université de commerce Chang–Cholgu (du nom d'une cuisinière, héroïne de la résistance anti-japonaise avant 1945), Hwang Kum-hui n’avait pas d’expérience de la cuisine occidentale. Elle a donc fait son apprentissage auprès de cuisiniers italiens et suisses présents en Corée.

 

La réussite de ce restaurant est aussi due à son service de haut niveau. L'ensemble du personnel, de la gérante aux serveurs en passant par les cuisiniers, est toujours prêt à rendre un "service attentif" aux clients.

 

Parlant aussi bien l'anglais que l'allemand, Mme Hwang donne aimablement des explications aux clients étrangers sur ses méthodes pour arriver à faire de la cuisine occidentale. Et ces clients sont toujours impressionnés de sa parfaite maîtrise des langues.

Avec ce sens du service qui la caractérise, Hwang Kum-hui se met maintenant à apprendre le chinois.
Les cuisiniers et les serveurs du Byolmuri font preuve du même accueil et de la même gentillesse que leur patronne, sens de l'accueil et gentillesse qui sont, d’après eux, les premiers éléments d'un bon service. (source : Choson Sinbo)

Restaurant Byolmuri

Ryonhwa Dong

Arrondissement Central

Avenue Changgwang

Pyongyang
République populaire démocratique de Corée



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